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Le Ver Luisant

mercredi 10 août 2005

Au sujet de la Sainte Trinité-en-Rien.

Nuit, Hadit, Râ-Hoor-Khuit, ne peuvent être compris que du Maître du Temple.

Ils sont au-dessus de L’Abîme, et recèlent en eux toute contradiction.

Sous eux se trouve un semblant de dualité entre Chaos et Babalon ; ceux-là sont dits Père et Mère, mais il n’en est pas ainsi. Ils sont dits Frère et Sœur, mais il n’en est pas ainsi. Ils sont dits Epoux et Fiancée, mais il n’en est pas ainsi.

La réflexion de Tout est Pan : la Nuit de Pan est l’Annihilation du Tout.

Dans l’Abîme est projeté la Lumière, la Rose Croix, le ravissement de l’Union qui détruit, laquelle est La Voie. La Rose Croix est l’Ambassadrice de Pan.

Combien infinie la distance entre Ceci et Celà ! Bien que Tout soit Ici et Maintenant. Il n’y a pas non plus de Là ou d’Immédiatement ; car tout ce qui est, qu’est-ce sinon une manifestation, c’est-à-dire une partie, c’est-à-dire un mensonge, de CELA qui n’est pas ?

Pourtant, CELA qui n’est pas n’est ni CELA qui est ni ne l’est pas !

L’Identité est parfaite ; et donc la Loi d’Identité n’est qu’un mensonge. Car il n’y a pas de sujet, et il n’y a pas d’attribut ; pas plus qu’il n’y a de contradictoire à aucune de ces choses.

Saintes, Saintes, Saintes sont ces Vérités que je profère, sachant qu’elles ne sont que mensonges, miroirs brisés, eaux troubles ; cache-moi, O notre Dame, dans Ta Matrice ! car je ne puis endurer l’extase.

Dans ce discours de la fausseté contre la fausseté, dont les contradictoires sont également fausses, il semblerait que Ce que je n’ai pas déclaré soit vrai.

Bénie, indiciblement bénie, cette dernière des illusions ; laissez-moi faire l’homme, et l’arracher hors de moi ! Amen.

COMMENTAIRE (IA)

« Le Ver Luisant » pourrait peut-être se traduire par « une petite lumière dans les ténèbres », bien qu’il puisse y avoir une subtile allusion à la nature de cette lumière.

Onze est le grand nombre de la Magick, et ce chapitre indique une méthode magique suprême ; mais il est en réalité décrété onze à cause du Liber Legis, 1, 60.

La première partie du chapitre décrit l’univers dans son acception la plus haute, jusqu’à Tiphareth ; c’est la nouvelle et parfaite cosmogonie du Liber Legis.

Chaos et Babalon sont Chokmah et Binah, mais ils sont en réalité un ; on insiste sur l’unité fondamentale de la Triade supernelle.

Pan est un nom générique, incluant tout ce système entier de son aspect manifesté. Ceux qui sont au-dessus de l’Abîme sont donc dits vivre dans la Nuit de Pan ; on ne les atteint que par l’annihilation du Tout.

Ainsi, le Maître du Temple vit dans la Nuit de Pan.

Or, en-dessous de l’Abîme, la partie manifestée du Maître du Temple atteint également Samadhi, comme la voie de l’Annihilation.

Le paragraphe 7 commence par une réflexion issue de l’exposé précédent. Cette réflexion est immédiatement contredite, l’auteur étant un Maître du Temple. Sur quoi il entre dans son Samadhi, et il enchaîne contradiction sur contradiction, et gagne ainsi un toujours plus haut degré d’extase, à chaque phrase, jusqu’à épuisement de son arsenal, et, avec le mot Amen, il rentre dans l’état suprême.

Extrait du ‘Livre des Mensonges’ d’Aleister Crowley, chapitre 11, traduction © Philippe Pissier, 1999.

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