Introduction à la Kabbalah Denudata de Knorr von Rosenroth

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Article publié le 23 juil 2011

Par MacGregor Mathers

Avant-propos

Ce texte est l’introduction de S.L. MacGregor Mathers à sa traduction anglaise de la Kabbala Denudata de Knorr von Rosenroth [1], traduction latine, publiée en 1684 [2], d’un ouvrage original hébreu, le Sepher Ha Zohar. L’ouvrage de Mathers est paru à Londres en 1887. Ce texte nous semble réellement utile aux personnes désireuses d’entrer en contact avec la Kabbale. L’exposé de la doctrine est complet, clair, parfois difficile certes, mais profond et juste, au contraire de nombre d’ouvrages aujourd’hui sur le marché.

Avant d’aller plus loin, il peut être utile de dire quelques mots sur l’auteur.

Samuel Liddel Mathers est né en janvier 1854 à Londres, en Angleterre. Alors qu’il n’était encore qu’un enfant, son père, William M. Mathers, devait décéder.

Le jeune homme devint un individu excentrique, aux mœurs plutôt inhabituelles pour l’époque : Il était végétarien, un antivivisectionniste déclaré, et non-fumeur. Il était également un partisan des droits de la femme.

« Très jeune homme, il était fortement intéressé par le mysticisme et le symbolisme en général. Il étudia à la Bedford Grammar School – école spécialisée dans les études classiques. A ses moments perdus, il collectait et étudiait la tradition et le symbolisme celtiques » (préface de l’épouse de MacGregor Mathers à l’édition de The Kabbalah Unveiled).

Il compléta plus tard son nom de famille avec le patronyme de MacGregor afin de revendiquer officiellement son héritage écossais. Ainsi que l’écrit sa femme : « son ancêtre, Ian MacGregor de Glenstrae, un ardent jacobite, arriva en France après la révolte de 1745 et il combattit à Pondichéry sous les ordres de Lally Tolendal. Il fut fait Comte de Glenstrae par Louis XV. Ce titre français fut légué à mon mari et il l’a toujours utilisé alors qu’il vivait en France » (préface de l’épouse de MacGregor Mathers à l’édition de The Kabbalah Unveiled).

Ses centres d’intérêt majeurs devaient rester toute sa vie la magie et l’ésotérisme. Mathers fut initié à la Franc-maçonnerie le 4 octobre 1877. Le 20 janvier 1878, il fut élevé Maître Maçon et, en 1882, il fut admis à la Societas Rosicruciana in Anglia pour y devenir membre du Haut Conseil pendant quatre ans.

« Dans sa jeunesse il entra en contact avec Kenneth Mackenzie avec qui il entretint un très fort lien occulte. Mackenzie, auteur de l’Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, fut un grand ami de Bulwer Lytton. Après quelques années d’isolement pendant lesquelles mon mari mena une vie d’étudiant en préparation de son futur travail, il rencontra Anna Kingsford qui l’introduisit à Madame Blavatsky. Celle-ci l’invita à collaborer avec elle à la formation de sa Société théosophique. Après mûres réflexions, en dépit de sa profonde admiration pour cette femme admirable, il finit par refuser cette invitation. Leurs idéaux n’étaient pas tout à fait en adéquation. A cette époque, il avait plus de sympathie pour les idées d’Anna Kingsford concernant le christianisme ésotérique et l’émancipation de la femme. Trois ou quatre ans plus tard, ses chefs occultes lui demandèrent de transférer son centre à Paris, où mon mari et moi-même demeurâmes jusqu’à la fin de sa vie. » (préface de l’épouse de MacGregor Mathers à l’édition de The Kabbalah Unveiled).

En 1887, il traduisit en anglais la Kabbala denudata de Knorr von Rosenroth, sous le titre : The Kabbalah Unveiled.

En 1888, associé à William Robert Woodman et William Wynn Wescott, deux de ses frères franc-maçons de la S.R.I.A., il fonda The Hermetic Order of the Golden Dawn in the Outer (Ordre Hermétique de l’Aube Dorée), où il deviendra notamment le mentor d’Aleister Crowley.

« En 1888, peu après la publication de la Kabblah Unveiled, mon mari commença à œuvrer dans son école ésotérique (l’Aube Dorée). La constitution générale des enseignements, le squelette du travail, ainsi qu’une vaste quantité d’instructions orales, lui fut transmis par ses maîtres occultes… La littérature de cette école, à quelques rares exceptions, fut écrite par mon mari sous la direction de ces maîtres, à partir des anciens mystères égyptiens, chaldéens et grecs… Ce système est absolument adapté à l’occultisme occidental que tout un chacun peut suivre tout en continuant à vivre une vie d’homme ordinaire… Les docteurs Woodman et Wynn-Westcott l’aidèrent dans le travail administratif de cet école et dans les enseignements aussi » (préface de l’épouse de MacGregor Mathers à l’édition de The Kabbalah Unveiled).

Sa femme fut Moina Bergson (Moina Mathers, Mina Mathers), la sœur du philosophe Henri Bergson qu’il épousa en 1890.

Mathers savait lire et traduire nombre de langues, parmi lesquelles le français, le latin, le grec ancien, l’hébreu, le gaélique et le copte.

Il mourut le 5 ou 20 novembre 1918. La cause de son décès est inconnue, cependant Violet Firth (Dion Fortune) avança que sa mort pourrait être due à l’épidémie de grippe espagnole de 1918.

Cette traduction ainsi que les intertitres, notes de bas de pages et adaptations sont de Spartakus FreeMann. La première version de 1999 a été entièrement revue en décembre 2009 e.v. au nadir de Libertalia.

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Figure 1 – Illustration issue de Clef des Grands Mystères d’Eliphas Levi.

Introduction

1. Les premières questions que le lecteur non initié à la Qabale va certainement se poser sont : qu’est la Qabale ? Qui en fut l’auteur ? Quelles en sont les diverses branches ? Quels en sont les enseignements ? Et pourquoi une traduction est-elle nécessaire à l’époque actuelle ? …

2. Je répondrai tout d’abord à la dernière question. À notre époque, une puissante vague de pensée occultiste se répand au sein de la société ; les penseurs commencent à s’éveiller au fait qu’« il y a plus de choses dans les cieux et sur la terre que ce qui peut en être rêvé par leur philosophie » ; et, surtout, on pressent que la Bible, qui fut sans aucun doute plus mal comprise que n’importe quel autre livre jamais écrit, contient de nombreux passages obscurs et mystérieux qui sont inintelligibles sans une clé pour en dévoiler le sens. CETTE CLÉ EST DONNÉE PAR LA QABALE.

Par conséquent, ce travail devrait être d’un certain intérêt pour tous les étudiants en bibliologie ou en théologie. Chaque chrétien doit se poser la question : « Comment puis-je prétendre comprendre l’Ancien Testament si je suis ignorant de la méthode de construction appliquée par cette nation dont les livres sacrés constituent le fondement ; et si je ne connais pas la signification de l’Ancien Testament, comment puis-je m’attendre à comprendre le Nouveau ? » Si l’on pouvait mieux appréhender la véritable et sublime philosophie de la Bible, il y aurait sans doute moins de fanatiques et de sectaires. Et qui peut calculer l’étendue des dégâts occasionnés aux personnes impressionnables et excitables par les bigots qui, toujours, se présentent comme des éducateurs du peuple ? Combien de suicides résultent de manies et de dépressions religieuses ? Combien de sacrilèges insensés n’ont-ils pas été présentés comme sens véritables des livres des Prophètes et de l’Apocalypse ? Si l’on prend la traduction des textes sacrés hébreux – qui est incorrecte sous bien des aspects – comme fondement, et un esprit déséquilibré et enflammé comme maître d’œuvre, à quelle sorte d’édifice peut-on s’attendre comme résultat ? Je le dis sans crainte aux fanatiques et aux bigots de notre époque : vous avez fait choir le Sublime et l’Infini de son trône, et à Sa place vous avez placé le démon de la force déséquilibrée ; vous avez substitué un dieu de désordre et de jalousie à un Dieu d’ordre et d’amour ; vous avez perverti les enseignements du Crucifié. De telle sorte qu’à notre époque, une traduction en anglais de la Qabale est une quasi nécessité, car le Zohar n’a jamais été traduit dans la langue de ce pays, ni, pour autant que je le sache, dans tout autre langage vernaculaire d’Europe [3].

3. La Qabale peut être définie comme étant une doctrine ésotérique juive. On la nomme en hébreu קבלה Qabale, qui est dérivé de la racine קבל, Qibel, signifiant « recevoir ». Cette appellation se réfère à la coutume de transmettre oralement la tradition ésotérique ; le terme lui-même est très proche de « tradition ».

4. Étant donné que, dans ce présent travail un grand nombre de mots hébreux ou chaldéens doit être utilisé dans les textes, et que le nombre de personnes ayant une culture du langage sémitique est réduit, j’ai pensé qu’il serait préférable d’en donner une version en caractères romains, tout en respectant scrupuleusement l’orthographe. Je joins donc une table montrant de manière synoptique les alphabets usuels hébreu et chaldéen (communs aux deux langues) avec les caractères romains par lesquels j’ai transcrit ces lettres dans ce travail [4]  ; ainsi que leurs noms, leurs pouvoirs et leurs valeurs numériques. Il n’existe pas de caractère numérique distinct en hébreu et en chaldéen ; ainsi, comme en grec, chaque lettre à une valeur numérique propre et il en résulte cette idée importante que chaque mot est un nombre, et chaque nombre est un mot. Il y est fait allusion dans l’Apocalypse où le nombre de la bête est mentionné et c’est sur cette correspondance entre les mots et les nombres qu’est basée la science de la Guematria (la première branche de la Qabale littérale). Je reviendrai sur ce sujet par la suite. J’ai choisi la lettre romaine Q pour représenter la lettre hébraïque ק, Qoph ou Koph ; on peut trouver un précédent de cette utilisation dans Livres Sacrés de l’Orient de Max Müller. Le lecteur doit se rappeler que l’hébreu est presque entièrement un alphabet consonantique, les voyelles étant, en majeure partie, fournies par des petits points et des marques placées habituellement sous certaines lettres – ו (Vau), ז (Zaïn) et le ן (Noun final).

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5. Concernant l’auteur et l’origine de la Qabale, je ne puis faire mieux que de citer le passage suivant extrait d’Essai sur la Kabbale du docteur Christian Ginsburg, en rappelant que ce mot a été écrit de diverses manières – Cabale, Kabbale, Kabbala, etc. J’ai adopté Qabale, car il me semble plus en consonance avec l’écriture hébraïque du terme [5].

6. « Un système de philosophie religieuse, ou, plus proprement, de théosophie, qui a non seulement exercé pendant des milliers d’années une extraordinaire influence sur le développement mental d’un peuple aussi frustre que les Juifs, mais a captivé l’esprit des plus grands penseurs de la Chrétienté des XVIe et XVIIe siècles, doit attirer la plus grande attention des théologiens et des philosophes. Quand on ajoute que parmi ses adeptes, il y eut Raymond Lulle, le célèbre métaphysicien scolastique et chimiste (mort en 1315) ; Jean Reuchlin, le scolastique renommé et rénovateur de la littérature orientale en Europe (1455-1522) ; Jean Pic de la Mirandole, le fameux philosophe et scolastique classique (1463-1494) ; Henri Corneille Agrippa, le distingué philosophe et physicien (1486-1535) ; Jean Baptiste von Helmont, un remarquable physicien et philosophe (1574-1637) ; le Docteur Henry More (1614-1687) ; et tous ces hommes, qui après des recherches sans aucun répit d’un système scientifique qui leur dévoilerait les plus profonds des insondables secrets de la nature, et leur montrerait les liens réels qui unissent toutes choses entre elles, ont été satisfaits par cette théosophie, on admettra sans problème que l’attention des étudiants en littérature et en philosophie soit attirée par la Qabale. Cette attraction n’est cependant pas limitée aux hommes de lettres et aux philosophes ; le poète aussi trouvera en elle tout le matériel nécessaire à l’exercice de son génie. Comment pourrait-il en être autrement d’une théosophie qui, nous en sommes sûr, est née de Dieu au sein du Paradis, fut élevée et protégée dans les cieux par les armées angéliques les plus chéries, et ne fut communiquée qu’aux plus saints des enfants des hommes sur la terre. Écoutez l’histoire de sa naissance, de son développement et de sa maturité selon ses adeptes. »

7. « La Qabale fut enseignée par Dieu Lui-même à une compagnie choisie d’anges, qui formait une école théosophique au Paradis. Après la Chute, des anges communiquèrent très gracieusement cette doctrine céleste aux enfants obéissants de la terre afin de fournir aux protoplastes [6] les moyens de retourner à leur noblesse et félicité immaculées. D’Adam elle passa à Noé et puis à Abraham, l’ami de Dieu, qui émigra avec elle en Égypte où les patriarches autorisèrent qu’une parcelle de cette doctrine mystérieuse soit communiquée à l’extérieur. C’est de cette manière que les Égyptiens obtinrent une connaissance de la Qabale et que les autres nations orientales purent l’introduire dans leurs propres systèmes philosophiques. Moïse, à qui fut enseigné toute la sagesse de l’Égypte, fut d’abord initié à la Qabale dans son pays natal, mais il en devint encore plus savant lors de la marche dans le désert, lorsque non seulement il se voua à l’étude de la Qabale pendant les heures de loisirs de ces 40 années, mais reçut également des leçons d’un ange. Grâce à cette science mystérieuse, celui qui donna la Loi au peuple Hébreu fut capable de surmonter les difficultés qui surgirent lors de la conduite des Israélites, et ce en dépit des guerres et de la misère de la nation. Il cacha les principes de cette doctrine secrète dans les quatre premiers livres du Pentateuque, excluant le Deutéronome. Moïse initia également les Soixante-dix Anciens aux secrets de cette doctrine et ils la transmirent à leur tour de bouche à oreille. De tous ceux qui formèrent la chaîne continue de la tradition, David et Salomon furent les plus profondément initiés à la Qabale. Aucun, cependant, n’osa la coucher sur le papier, jusqu’à Siméon Bar Yochaï, qui vécut au temps de la destruction du second Temple… Après sa mort, son fils, Rabbi Éléazar et son secrétaire, Rabbi Abba, ainsi que ses disciples, collectèrent les traités de Siméon Bar Yochaï et composèrent le célèbre ouvrage זהר, Zohar, la Splendeur, qui est le grand dépôt du qabalisme. »

8. La Qabale est habituellement classée en 4 branches :

(a) La Qabale pratique ;

(b) La Qabale littérale ;

(c) La Qabale non écrite ;

(d) La Qabale dogmatique.

9. La Qabale pratique porte sur la magie cérémonielle et talismanique et sort de l’objet de ce travail…

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Notes :

[1] Paru en anglais sous le titre : The Kabbalah Unveiled, Londres 1887.

[2] Knorr von Rosenroth, Kabbala Denudata, sive Doctrina Hebræorum Transcendentalis et Metaphysica Atque Theologia (deux volumes publiés à Sulzbach en 1677-1678) seconde édition à Francfort-sur-le-Main en 1684.

[3] Effectivement, au moment d’écrire cette introduction en 1888, il n’existait aucune traduction dans une langue occidentale du Zohar ou des textes majeurs de la Kabbale.

[4] Nous avons opté pour une transcription des termes hébreux en donnant toutefois la translitération française.

[5] Nous avons décidé de respecter cette forme plutôt que Kabbale afin de respecter le texte original.

[6] Dans la théologie, on désigne par ce terme le premier être vivant dont tout est issu.

Illustration extraite du site Latin American Litterature.

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