Etude de l’âme au sein de la Kabbale

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Article publié le 25 juil 2001

Par Spartakus FreeMann

Introduction à la notion d’âme vue sous l’angle kabbalistique.

Nous présentons ici une petite étude sur l’âme et son sens donné par les kabbalistes : son origine, sa destinée, ses différentes parties :

Au sein de la Torah et jusqu’aux Prophètes, il n’y a pas de concept de vie après la mort. Le corps est enterré et disparaît. L’âme quant à elle remonte à son origine et cesse d’exister :

Ecclésiaste 12.7 : « Que la poussière retourne à la poussière, redevenant ce qu’elle était, et que l’esprit remonte à Dieu qui l’a donné ».

Job 7.7-9 : « Souviens-toi ô Dieu, que ma vie est un souffle : mon ? Il ne verra plus le bonheur ? La nuée se dissipe et disparaît : ainsi celui qui descend au Shéol n’en remonte plus ».

Définitions :

D’après la tradition biblique, l’être humain est à la fois terrestre et céleste. Son vêtement terrestre, ou corps, est constitué de poussière provenant de l’univers et son fondement céleste est insufflé par le divin. Quand il meurt, son vêtement et son fondement sont jugés ensemble, car ils constituent une seule entité.

Le corps n’est pour le Zohar qu’une enveloppe, qu’un simple vêtement. Toutefois, malgré cette enveloppe, les âmes peuvent voir les formes célestes et contempler la gloire de leur Maître (Zohar I, 38b)

Mais l’âme a diverses colorations ou nuances qu’on peut définir ainsi, selon le Zohar :

Les trois filaments de l’esprit (Zohar I, 62a – édition de Mantoue de 1560) « Et Noé engendra trois fils » (Gen. VI, 10) Rabbi Hiyya dit à Rabbi Yéhouda : Je vais te répéter ce que j’ai entendu dire à propos de ce texte. Cela peut se comparer à un homme qui était entré dans le fond d’une caverne, et en sortirent ensemble deux ou trois enfants fort différents de caractère et de comportement : l’un est plein de vertus, le second plein de vices, et la troisième, entre les deux. De même, il y a trois parties de l’esprit qui vont ici ou là, sont attirées vers trois mondes différents. Neshama (l’âme supérieure – l’âme sainte, qui est la forme intuitive la plus profonde qui conduit aux secrets de Dieu et de l’univers) jaillit et pénètre entre les défilés montagneux où elle est rejointe par roua’h (l’esprit). Puis, elle descend vers le bas où nephesh (l’âme vitale – l’âme animatrice que tout homme a reçue) rejoint roua’h, et les trois sont enroulés en un seul écheveau. Rabbi Yéhouda dit : Nephesh et roua’h sont enlacés, alors que neshama a sa demeure dans la nature intime de l’homme, en un lieu qui ne peut être connu ni découvert. Si un homme aspire à une vie pure, il y sera aidé par la sainte neshama, par laquelle il est purifié et sanctifié, et atteint au rang de saint. S’il n’aspire pas, au contraire, à devenir un juste et à mener une vie de pureté, il n’est pas animé par la sainte neshama mais seulement par les deux degrés de nephesh et roua’h. Bien plus, qui s’aventure dans l’impureté s’y enfonce de plus en plus, et l’aide céleste lui est retirée. Ainsi, chacun avance sur le chemin qu’il a choisi ».

Le plus haut degré de la foi (Zohar I, 83b)

« L’« âme » (nephesh) est intimement liée au corps qu’elle sustente et entretient ; elle est, en bas, le premier élan. Lorsqu’elle en est digne, elle devient le trône où siège l’« esprit » (roua’h), ainsi qu’il est écrit : « Jusqu’à ce que l’esprit se répande sur nous, d’en haut » (Isaïe, XXXII, 15). Et lorsque tous les deux, l’âme et l’esprit, se sont dûment préparés, ils sont dignes de recevoir l’« âme supérieure » (neshama) qui siège elle-même sur le trône de l’esprit (roua’h). L’âme supérieure domine tout, et ne peut être perçue. Il y a donc un trône sur un trône, et, au plus haut, un trône.

En scrutant ces degrés de l’âme, on parvient à pénétrer la sagesse suprême, et seule la sagesse permet ainsi de lier certains mystères. C’est à nephesh, l’élan d’en bas, que le corps est attaché, tout comme, dans la flamme d’une chandelle, la lumière obscure à sa base adhère étroitement à la mèche sans laquelle elle ne serait pas. Une fois allumée, elle devient un trône pour la lumière blanche au-dessus d’elle et, lorsque toutes deux se consument, la lumière blanche devient un trône pour une lumière à peine distincte, essence inconnaissable qui repose sur la lumière blanche ; ainsi le tout devient une lumière parfaite.

Il en va de même pour l’homme qui parvient à la perfection et qui est appelé « saint », ainsi qu’il est dit dans le verset : « Aux saints qui sont sur la terre » (Psaume XVI, 3). Et il en est de même dans le monde d’en haut. Ainsi, lorsque Abram entra dans le pays, Dieu apparut devant lui et Abram reçut le nephesh et en cet endroit il éleva un autel au degré correspondant (de divinité). Ensuite, il « partit, allant et se déplaçant vers le sud » (Gen. XII, 9), et il reçut le roua’h. Il parvint enfin, par neshama, au point suprême de l’adhésion à Dieu, et alors « il construisit un autel au Seigneur », ce qui indique le degré ineffable qui est celui de neshama. Voyant alors qu’il lui fallait se mettre à l’épreuve et passer par les différents degrés, il descendit aussitôt en Égypte. Là, il se garda de la séduction des essences démoniques et, après avoir été mis à l’épreuve, il retourna chez lui. De fait, il « remonta de l’Égypte» (Gen. XIII,1), sa foi affermie et assurée, et il accéda au plus haut degré de la foi. Dès lors, Abram connut la sagesse suprême ; il s’attacha à Dieu, et il devint la main droite du monde ».

Le Vol de l’âme, Louis Janmot, XIXe siècle.

Les trois aspects de l’âme (Zohar II, 141b)

« Les noms et les degrés de l’âme humaine sont trois : nephesh (« âme vitale »), roua’h (« esprit ») et neshama (« âme supérieure »). Toutes les trois sont comprises l’une dans l’autre, mais elles ont chacune une demeure propre.

Tandis que le corps se décompose dans la tombe et se réduit en poussière, nephesh reste avec lui et parcourt ce monde, allant de-ci, de-là parmi les vivants, s’enquérant de leurs peines et intercédant en leur faveur, s’il en est besoin.

Roua’h se retire dans le Jardin de l’Éden terrestre. Là, cet « esprit », désireux de jouir des plaisirs du Jardin merveilleux, se drape de ce que l’on pourrait appeler un vêtement, d’une semblance, une apparence du corps dans lequel il séjournait ici-bas. Les jours de sabbath, de néomie et de fête, il monte jusqu’à la sphère céleste et en savoure les délices, puis il revient au Jardin. C’est pourquoi il est écrit : « Et l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné » (Ecclésiaste XII, 7), aux temps fixés, comme nous l’avons dit.

Mais, neshama monte aussitôt rejoindre sa place dans le domaine dont elle a émané, et c’est par elle que la lumière s’allume pour briller en haut. Ensuite, jamais elle ne redescend sur terre. En neshama se réalise l’Un qui englobe tous les côtés, celui d’en haut et celui d’en bas. Et, tant que neshama n’est pas montée pour s’unir au Trône, roua’h ne peut être couronné dans le Jardin d’en bas, et nephesh ne peut trouver le repos ; mais lorsqu’elle monte, ils trouvent le repos. Lorsque les enfants des hommes, dans la peine et la douleur, se rendent sur la tombe de ceux qui s’en sont allés, nephesh est réveillé et va faire lever roua’h qui, à son tour, réveille les patriarches, et ensuite neshama. Et le Saint, béni soit-Il, a pitié du monde. Mais si neshama, pour quelque raison, n’a pu remonter à sa place, roua’h, parvenant à la porte du Jardin d’Éden la trouve fermée ; incapable d’entrer, il erre solitaire et abattu. Nephesh, pendant ce temps, court elle aussi à travers le monde, et, voyant le corps qu’elle habitait autrefois dévoré par les vers et soumis au jugement de la tombe, elle s’afflige sur lui, ainsi que le dit l’Écriture : « Mais sa chair se lamente sur lui et son âme est en deuil » (Job XIV, 22).

Tous connaissent donc la souffrance jusqu’au temps où Neshama est capable d’accéder à sa place d’en haut. Mais, alors, chacun des deux autres est uni à son juste lieu, car tous trois sont un, formant une unité, entrelacés par un lien mystique».

Ecoutons le Sepher ha-bahir :

frag 53 : « Et pourquoi l’or s’appelle-t-il Za Ha B (Zahav) ? Parce qu’il contient en lui les trois mesures (attributs) : le masculin, zakhar, celui-là même auquel il est fait allusion dans la lettre zaïn, première lettre du mot zahab. Le deuxième principe est celui de l’âme, symbolisée ici par le hé, l’âme est appelée par cinq noms (différents) : rouach, hayah (vivante ou principe de vie), yehida (unique, âme des âmes, le plus haut degré d’élévation que l’homme pourrait jamais atteindre), nefesh et nechamah. Quelle est sa fonction dans hé ? Elle constitue un trône pour zaïn, ainsi qu’il est écrit (Ecc. 5.7 « car un supérieur surveille un supérieur placé au-dessous de lui. » Quant à beth dans Zahab, elle garantit le maintien ou la durée des deux principes précédents, comme il est dit (Gen. 1.1 : Bereshit bara) ».

frag. 115 : « Et le cercle, que désigne-t-il ? Ce sont les points voyelles de la Torah de Moïse qui ont tous une forme circulaire ; ils remplissent, dans les consonnes, une fonction semblable à celle de l’âme dns le corps humain, qui cesse de vivre aussitôt que l’âme le quitte et qui ne peut accomplir aucun acte, grand ou petit, sans que l’âme vibre en lui. Il en est de même en ce qui concerne la voyelle. On ne peut pas prononcer une parole quelconque, grande ou petite, sans avoir recours à la voyelle ».

Frag. 118 : « La lettre Yod signifie : le monde fut créé par Dix Paroles. Et quelles sont-elles ? C’est la Torah de Vérité qui contient tous les mondes. Et la lettre Shin ? Il lui répondit : Elle est la racine de l’arbre, car Shin est d’après sa forme comme la racine de l’arbre ».

Frag. 119 : « Et qu’est cet arbre dont tu as parlé ? Il lui répondit : Toutes les puissances du Saint Béni soit-il, sont superposées et elles ressemblent à un arbre ; de même qu’un arbre produit ses fruits grâce à l’eau, de même le Saint béni soit-il, fait croître les forces de l’Arbre. Et qu’est l’eau du Saint béni soit-il ? C’est Hokhmah, et ce sont les âmes des justes qui prennent leur envol de la Source por aboutir au Grand Canal qui, lui, monte et adhère à l’Arbre… »

Frag. 157 : « Quelle est la huitième ? Le Saint béni soit-il, a un seul juste dans son monde qui lui est cher parce qu’il maintient le monde entier et qu’il en constitue le fondement. Et d’ieu le nourrit, le fait germer, l’élève et le préserve. Il est aimé et chéri en haut, aimé et chéri en bas. Il est redouté et majestueux en haut, redouté et majestueux en bas, beau et agréable en haut, beau et agréable en bas, il est le fondement de toutes les âmes (néphachot). Mais tu as dit : C’est la Huitième et tu as dit qu’il était le fondement des âmes, mais il est écrit (Exode 31.17) : au septième jour Il a chômé et repris haleine (va-yinaphach). Celle-ci est la septième, car elle équilibre les six autres qui se répartissent en deux groupes, trois au-dessus et trois en dessous, et c’est elle qui établit l’équilibre entre elles ».

Frag. 184 : « Pourquoi en récitant les bénédictions : qui nous a sanctifiés par ses préceptes et qui nous a ordonnés…, et nous ne disons pas ’…que tu nous as sanctifiés par tes préceptes et que tu nous as ordonnés’ ? Ceci nous enseigne que tous les préceptes sont contenus dans la ’Vie des Mondes’. L nous les a donnés dans sa miséricorde afin de nous sanctifier par eux. Peut-être en serons-nous dignes ! En vue de quoi ? Si nous en sommes dignes dans ce monde-ci, nous aurons le monde à venir qui est grand. Dans sa main se tient le trésor de toutes les âmes. Lorsqu’Israël est bon, les âmes méritent de quitter ce trésor. C’est ce qui fonde notre certitude que le fils de David (le Messie) ne viendra pas aussi longtemps que toutes les âmes ne seront pas ’épuisées dans le corps’. Que veut dire cela ? Dis-toi ceci : Toutes les âmes du corps de l’Homme (Adam). Les nouvelles âmes ne pourront quitter leur trésor que si le fils de David a le mérite de naître. Son âme neuve sortira alors ensemble avec les autres…. »

Frag. 196 : « Rabbah dit : Si les justes avaient voulu, ils auraient pu créer le monde. Et qu’est-ce qui les en empêcha ? ’Vos péchés’, ainsi qu’il est dit (Is. 59.2) : ’Mais ce sont vos péchés qui ont causé la séparation entre vous et votre d’ieu.’ N’était-ce vos péchés, aucune ’séparation’ n’aurait pu s’établir entre vous et lui. C’est ainsi que Rabbah créa un homme et l’envoya a Rabbi Zéra. Ce dernier lui parla, mais l’homme ne répondit pas. N’était-ce vos péchés, il aurait été capable de répondre. Et comment aurait-il pu ? Par son âme. L’homme a-t-il une âme qu’il pourrait transmettre à d’autres ? Oui, car il est écrit (Gen. 2.7) : ’et il insuffla en ses narines une âme de vie.’ L’homme a donc une âme de vie. N’était-ce vos péchés qui nt rendu l’âme impure, la séparation entre vous et lui n’aurait pas existé, ainsi qu’il est écrit (Ps. 8.6) : ’Tu l’as fait de peu inférieur aux Élohim.’ Que signifie de ’peu inférieur’ ? Cela signifie que l’homme a des péchés, tandis que le Saint béni soit-il n’en a pas. Loué soit-il et béni soit son Nom en toute éternité. Il est bien vrai que des péchés il n’en a pas. Mais le mauvais penchant vient quand même de lui. Dis plutôt : il venait de lui jusqu’à l’arrivée de David qui le tua. C’est ce que signifie ce verset (Ps. 109.22) : ’… et mon coeur est meurtri dans son sein.’ Aini parla David : ’puisque j’ai pu le vaincre, le méchant n’est pas accueilli par toi (Ps. 5.5). Par quel moyen l’a-t-il vaincu ? Par l’étude de la Torah, car il ne cessa de l’étudier jour et nuit, et ainsi lia la Torah d’en haut à Dieu. Quand un homme étudie la Torah pour elle-même, la Torah d’en haut s’attache au Saint béni oit-il. C’est ce que nous disons : ’ que l’homme étudie toujours la Torah, même dans un but intéressé. À force de l’étudier on finit par l’étudier pour elle-même.’ Cette Tora dont tu parles, qu’est-elle ? La Torah est une fiancée parée et couronnée en qui sont contenus tous les préceptes. C’est cela le trésor de la Torah et elle est la fiancée du saint béni soit-il… ».

Frag. 198 : « Pourquoi l’appelle-t-on Thamar (tamar signifie palmier) et pas d’un autre nom ? Parce qu’elle est femme. Tu penses au principe féminin ? Dis plutôt : ’Qu’elle contient le principe masculin et le principe féminin, car tous les palmiers contiennent à la fois le principe masculin et le principe féminin. Comment cela ? La loulab (branche de palmier) est le mâle et son fruit est mâle par sa présentation, mais il est femelle par son apparence intérieure. Comment cela ? Les graines sont, comme celles de la femme, fendues ; elles correspondent à la puissance de la lune en haut. Le Saint béni soit-il les créa mâle et femelle, ainsi qu’il est dit dans Gen. 1.27. Est-il possible d’affirmer de la sorte ? Mais il est écrit : ’Élohim créa l’homme à son image, et ensuite : ’je veux lui faire une autre semblable à lui’, puis, ’ il prit une de ses côtes et enferma de la chair à sa place.’ Observe ceci : Pour le récit de la création de l’homme, l’écriture emploie trois expressions différentes : ’former’, ’faire’ et ’créer’. L’expression ’faire’ est employée lors de la ’fabrication’ de l’âme – il la créa comme un composé de mâle et femelle – l’expression ’former’ est employée alors qu’il met l’âme à cheval sur le corps et qu’il rassemble l’esprit. Et d’où savons-nous que l’expression ’former’ est identique à ’rassembler’ ? Du verset Gen. 2.19 ’Et YHVH d’ieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux des cieux et il les fit venir vers l’homme afin de voir comment il les appellerait…’ C’est ce qui est écrit Gen 5.2 : ’masculin et féminin il les créa.’ Et il est écrit Gen 1.28 : ’Et Élohim les bénit’ ».

L’essence de l’âme comporte donc trois degrés et l’âme unie au corps n’est pas un principe simple, mais la réunion de trois éléments hiérarchisés : Néfesh, Rouah et Néshamah.

« Néfesh » (souffle, esprit vital)est l’âme végétative de base, celle qui donne le mouvement au corps. Dans Genèse 1.20, on parle de « néfesh h’ayah » ou insufflation de la vie animale. Le Néfesh est souvent assimilée au sang.

« Rouah’ » est l’âme de l’esprit (esprit intellectuel), le souffle venant de Dieu. Dans Genèse 1.2, on parle de « rouah’ élohim mérah’éfet », le “souffle divin qui plane sur l’univers non encore formé”. En fait, il apparaît ici que l’âme est d’origine divine et l’être humain, en possédant l’âme « rouah’ », est donc créé à l’image de Dieu.

« Néshamah » est le Souffle d’En Haut. Il faut se référer à Genèse 2.7 où on parle de « nishmat h’ayim », « le souffle des deux vies », laissant entendre qu’il y a une autre vie ailleurs. Cet aspect de l’âme est celui qui rapproche le plus l’homme de son créateur et facilite le passage vers le monde intermédiaire. Néshamah est la brise odoriférante de l’aube qui caractérise le côté « lumineux » ou « numineux » de l’être. Néshamah correspond à l’essence divine purement spirituelle et demeure mystérieuse et inaccessible tel Dieu. Ses manifestations ne nous sont connues qu’au travers de notre corps dans ses divers mouvements.

Les trois aspects de l’âme ne sont que des « couleurs » donnant à l’être humain créé son identité et sa spécificité, l’âme étant en fait une et indivisible. Il y a des liens étroits entre ces trois nuances. Néfesh supporte et nourrit le corps, comme une mère porte son bébé : elle constitue un trône sur lequel s’appuie Rouah’ qui, lui-même, reçoit l’esprit supérieur Néshamah.

Ces trois aspects de l’âme trouvent leur image à travers les attributs divins (séfirot) rassemblés sur l’Arbre de Vie. Néfesh se situe dans Malkhut (o’lam hazé), Rouah’ dans l’attribut Tif’éret (la Beauté), Néshamah est dans l’attribut Binah, qui est le monde à venir (o’lam haba).

Il y a deux autres niveaux supérieurs de l’âme qui sont attachés à des attributs supérieurs et qui ne prennent leur coloration qu’après la mort : « h’ayah », la vivante, appartient à H’okhmah et « yéh’idah », l’âme unitaire, qui est déjà dans Kéter, antichambre du monde divin.

Métempsychose, transmigration et réincarnation sont des termes semblables pour signifier qu’une âme qui a déjà fait une vie dans un corps passe à un autre pour recommencer.

Voyons maintenant les douze principes de base ressortant du Zohar (Par Soued) :

« 1. L’âme de tous les êtres humains est unique et vient de l’Adam Primordial ou Adam Qadmon, appelé aussi plérôme divin. Après la transgression d’Adam, elle s’est divisée en une myriade de racines et d’étincelles. L’ensemble reviendra in fine à sa source. 2. L’homme est créé à l’image du divin et il est l’objectif de la création, puisque c’est par lui et par son âme que la transgression d’Adam sera réparée et que l’âme de l’Adam primordial sera reconstituée. 3. L’âme naît androgyne puis se sépare en ses deux aspects masculin et féminin, avant de s’incarner. 4. L’âme a différents aspects qui grandissent avec le corps. Le perfectionnement de l’âme n’a lieu que dans ce monde-ci. 5. Le corps est une enveloppe ou une coquille de l’âme qu’il faut briser pour libérer l’âme. Le vêtement céleste qu’il reçoit est à l’image de son enveloppe terrestre. L’homme juste ou l’homme repenti quitte son vêtement terrestre (matière) pour se revêtir de son vêtement céleste (lumière) et il est accompagné par les anges jusqu’à sa demeure au Gan E’den. L’homme non repenti part et reste nu, accompagné par les démons jusqu’au « purgatoire », appelé géhenne. 6. Il y a coïncidence entre le monde des âmes et celui des anges. Ainsi l’âme d’un Juste peut être assimilée à un ange. Selon le niveau de droiture et de pureté atteint par le Juste dans ce monde-ci, son âme accède à une catégorie d’anges plus ou moins élevée dans le monde intermédiaire. Le Juste devient ainsi un ange messager auprès des êtres humains. De même, l’âme d’un être voué au mal, sans repentir ni intention de le faire dans ce monde-ci, devient un esprit « malin » appartenant aux « écorces » de l’au-delà (ou qlipot) et il erre dans l’univers. 7. La métempsychose est un châtiment lié principalement au fait de ne pas procréer et elle offre l’occasion d’une réparation ou rédemption. Elle concerne également les âmes soeurs qui n’ont pu se retrouver, dans une première vie. Elle offre ainsi l’opportunité d’une rencontre et d’un accomplissement. 8. La femme n’est pas responsable de ne pas procréer et ne subit la métempsychose que si elle n’a pas trouvé d’âme soeur lors de sa première vie. 9. La géhenne est un châtiment plus sévère qui est assimilé à l’Autre Côté, où sévissent Satan et les démons, pour punir l’âme de ses transgressions importantes. On purge une peine maximale de douze mois dans la géhenne. Mais le châtiment le plus grave reste la disparition de l’âme au Shéol quand on refuse de se repentir. L’âme est dite retranchée ou « kharet ». Sur le plan sémiologique, « géhinam » est un mouvement vers le sommeil des facultés de discernement du bien, vers l’obscurcissement des possibilités de faire le bien, vers le penchant au mal, contrairement à Gan E’den (jardin d’Éden) qui est un mouvement vers la lumière et la connaissance du bien. Ainsi l’âme attachée à l’Autre Côté dans son parcours dans ce monde-ci, si elle ne s’est pas repentie, lui reste attachée après la mort. Son châtiment est de ne pas pouvoir jouir de la lumière de Gan E’den. 10. Les temps messianiques ne pourront survenir que si le Réservoir des âmes, ou l’Adam Primordial ou le plérôme divin, est vidé de son contenu. Après son (ou ses) parcours terrestres, après sa purification par « la rivière de feu ou de lumière » et après son passage éventuel par la géhenne l’âme est destinée à briller près du Trône de Gloire, en attendant la résurrection, ou à disparaître (kharet) en cas de non-repentir. 11. Aux temps messianiques seuls les Justes ressusciteront. Au Jugement dernier, qui inaugure la fin des temps et le monde à venir, tous les corps ressusciteront et les âmes seront jugées définitivement avant de rejoindre leur corps initial. Si plusieurs corps ont partagé la même âme, seul le corps qui a procréé se relève, les autres corps restant poussière. 12. Le Monde à venir (o’lam haba) est un monde de paix et de tranquillité éternelle où toutes les âmes jouiront du spectacle de la splendeur divine. Le Monde à venir suit, ou se confond avec, les temps messianiques et le Jugement dernier. »

Toutes les âmes de l’univers sont « une » sur le plan mystique et proviennent de l’Adam primordial (Rivière céleste, Résevoir des âmes ?) qui, elle-même, vient du d’En Haut.

L’âme naît dans la Rivière céleste et elle est stockée dans le « Réservoir » (gouph), appartenant au 7ème ciel (A’rabot).

L’âme attend le corps auquel elle est assignée, car elle est prédestinée. Parfois elle se rebiffe et descend sans son gré, notamment quand elle sait qu’elle sera souillée dans le corps assigné. Avant de descendre l’âme passe nue devant le Créateur, à travers la « chambre d’amour » et jure devant lui de réaliser sa mission sur terre et d’atteindre les mystères de la Connaissance et de la Foi.

Androgynat de l’âme

L’âme est androgyne. Quand elle quitte le « Réservoir », l’âme circule pendant 33 jours avant de se fixer et elle est guidée successivement vers le « Gan E’den », où lui est montrée la lumière des Justes, et vers « Géhinam » où lui est montré le feu de la rigueur. Puis l’âme se sépare en ses deux aspects féminin et masculin, qui se fixent dans les corps désignés, dès la conception de l’embryon. Il faut noter que chaque aspect de l’âme est assigné à un corps de même sexe ; sinon les conséquences sont : stérilité ou homosexualité de l’être ainsi créé.

Si un être a mérité durant ses vies, il va retrouver lors du mariage, sa contrepartie, masculine ou féminine dont il s’est séparé. Il y a alors une union parfaite des corps et des âmes. Si cette rencontre ne se fait pas dans une vie, il y a transmigration des deux aspects de l’âme jusqu’à ce que la rencontre ait lieu. Il s’agit de la première circonstance de transmigration des âmes dans le Zohar, aussi bien pour l’homme que pour la femme. Cette « non rencontre » dans une seule vie est le signe d’un accomplissement inachevé des êtres portant chacun un aspect de l’âme à reconstituer.

Sommeil et extase, rêve et vision

La nuit, l’âme « nefesh » quitte le corps, laissant seulement son empreinte, qui permet au corps de continuer à vivre. Si pendant la journée, l’âme est restée pure, elle arrive à s’élever au-dessus des essences impures qu’elle rencontre lors de son ascension. Elle s’élève alors vers l’entrée des Palais et languit pour visiter le « sanctuaire du Roi ». Sinon, l’âme colle aux essences impures, et reste toute la nuit à leur niveau : ces essences lui montrent l’avenir, tout en mélangeant la réalité et les illusions. Après cela, l’âme « nefesh » retourne à sa place à la fin de la nuit. Pendant le jour, l’âme rouah’ cherche à retrouver la demeure qui lui est destinée (Gan Eden). Grâce à diverses stimulations qui facilitent cette randonnée, l’âme rouah’ s’élève alors vers sa demeure et en route elle rencontre une série d’obstacles qu’elle ne peut franchir que si elle a reçu une préparation et un enseignement adéquats. Elle jouit alors de visions de clarté et de splendeur (et c’est le sens de l’esprit saint ou prophétique) et elle reçoit des informations concernant l’avenir des vivants. Mais attention, sans préparation adéquate, il faut se souvenir du sort des quatre maîtres qui ont tenté de pénétrer dans le « Pardes », seul Rabbi Aqiva est sorti indemne de l’aventure extatique.

Colère et impatience

Les kabbalistes enseignent qu’il faut se détourner d’un homme dont l’âme est « dans les narines », c’est à dire qui est prompt à la colère, car cet homme s’est attaché à l’impureté de l’Autre Côté, il est tombé dans « l’étrange adoration » et il est devenu esclave d’un dieu étranger.

Quand l’homme est impatient, notamment dans l’accouplement avec une femme, c’est comme s’il reproduisait la transgression d’Adam qui a coupé un fruit non mûr de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal et qui a introduit le mal au Gan E’den. L’âme impatiente introduit les écorces dans ce monde et éloigne la Shékhinah, ou Présence divine.

À la mort

Au moment de la mort, l’âme quitte le corps avec violence et souffrance et le « vêtement terrestre » est enlevé par l’Ange de la Mort. Pendant sept jours après le décès, l’âme va et vient entre la tombe et son corps perdu. En effet l’âme s’est « attachée » à la sensualité du corps et cette difficulté de détachement la retient au-dessus de la tombe où elle perçoit avec douleur et angoisse la dégradation de son ancien corps. Pour éviter que cette situation ne se prolonge certains h’assidim se préparent de leur vivant à détacher leur âme de leur corps par une ascèse, le jeûne, la méditation et la prière.

Après la « shiva’h », l’âme rend visite à Adam et Eve et aux couples de patriarches et matriarches enterrés dans la Makhpélah. Puis, selon ses mérites et le jugement reçu, l’âme se couvre de son vêtement céleste pour rejoindre sa demeure dans le monde intermédiaire. Dans tous les cas, avant de rejoindre sa demeure, elle est purifiée pendant trente jours dans la « nehar di nura », la rivière de feu ou de lumière, alimentée par la rosée qui tombe des lettres de feu et d’eau de la Torah ésotérique. Cette immersion a pour but de purger toute âme des séquelles des émotions et des désirs terrestres et de la préparer à la prodigieuse lumière qui l’attend dans sa demeure du Gan E’den.

Le dernier jour de Souccot, ou fête des Tabernacles, un officier de l’armée céleste, Yéhoudiam, descend avec ses myriades et vient soulever l’ombre de ceux qui vont bientôt mourir. Si le mourant est un Juste, les âmes d’en Haut se réjouissent de la venue d’une nouvelle âme qui va directement resplendir au Paradis d’en Haut, accompagnée par Yéhoudiam. Dans les autres cas, l’âme est livrée à l’ange instructeur Métatron (H’énokh) qui va la placer en son lieu dans l’attente que tous les aspects de l’âme se réunissent en une seule unité et resplendissent ainsi.

En effet, les trois aspects de l’âme prennent des chemins apparemment différents. Néfesh reste dans la tombe, jusqu’à ce que le corps soit décomposé en poussière. Elle volette alors dans ce monde-ci, en se mêlant des soucis des vivants afin d’intercéder pour eux le moment opportun. Ainsi entre les jours de Rosh Hashana (Nouvel An) et de Kippour (Grand Pardon), au moment du jugement annuel, elle informe les vivants des décisions du tribunal divin dans un rêve ou dans une vision.

Rouah’ rejoint sa demeure Gan E’den (Paradis d’en Bas) où elle se revêt d’un vêtement lui donnant l’apparence de ce que l’être était sur terre. Lors des shabbats, des fêtes et des néoménies, rouah’ remonte s’imbiber de la splendeur des régions supérieures et revient à sa place.

Néshamah remonte dans la demeure d’où elle vient, le Paradis d’en Haut, et retrouve sa radiance, c’est-à-dire l’unité du Haut et du Bas et ne redescend plus jamais sur terre. Mais tant qu’elle n’est pas unie au « Trône de Gloire », les deux autres aspects néfesh et rouah’ ne trouvent ni repos ni paix et errent chacun dans son monde. Rouah’ trouve la porte du Gan fermée et néfesh erre au-dessus de la tombe d’une manière désordonnée, puis elle est lancée à travers l’univers comme du fond d’une fronde.

Par contre, lors de l’union de néshamah avec sa source, néfesh trouve enfin le repos et suit l’ange Yéhoudiam qui, après lui avoir montré la Makhpélah à Hébron, lui montre successivement la splendeur des demeures de rouah’ et de néshamah. Quand rouah’ est unie à néshamah, l’ensemble retrouve une unité et constitue un lien mystique qui illumine le monde.

En effet, l’union de néshamah (mot qui commence par la lettre noun) et de rouah’ (commençant par resh) donne « ner »(noun-resh), la lumière.

Un esprit impur s’attache au corps qui passe la nuit sans être enterré. En cas de transmigration, une âme ne peut pas réaliser le passage dans un autre corps, tant que son ancien corps n’est pas enterré. Le retard à l’enterrement affaiblit le « char divin » qui doit prendre une décision quant à l’avenir de l’âme.

Le lévirat

Pour jouir de la vision du Trône de gloire, la néshamah a besoin d’avoir un vêtement : elle se revêt de rouah’ comme on l’a vu plus haut à propos de la lumière « ner ». En effet la néshamah qui circule ou qui se promène en certaines occasions veut déjà jouir des délices du « Gan E’den ». Là elle rencontre l’âme rouah’ d’un prosélyte. Elle s’en revêt aussitôt, car cette âme est « parfumée » et permet de jouir pleinement de la splendeur de ce Paradis. La néshamah s’en revêt aussi comme d’une armure pour se prémunir contre les essences impures. Elle redescend avec ce vêtement dans son enveloppe terrestre et s’affiche avec lui, car il attire le bien. La néshamah profite ainsi de son vêtement « prosélyte ».

Dans le cas d’un lévirat, l’âme rouah’ du Rédempteur (frère ou père du défunt) vient couvrir la néshamah nue du défunt. L’âme du défunt est en effet nue, car ayant péché en ne procréant pas, elle ne s’est pas repentie. Ses différents aspects vont errer chacun en son lieu. Mais le Rédempteur peut avoir revêtu l’âme d’un prosélyte. En attendant la reconstruction de l’âme du défunt, c’est-à-dire un engendrement, le Rédempteur quitte le vêtement du prosélyte. Quand cela est réalisé, l’âme du défunt reconstruite revient alors au Réservoir, dans l’attente de la résurrection des corps. Et le rédempteur récupère son vêtement prosélyte.

Celui qui refuse de procréer quitte son univers, c’est-à-dire « l’univers du masculin » (configuration séfirotique regroupant six séphirot ou partsouf appelé « tséi’r anpin », petit visage ou l’Impatient). Ne dominant plus le féminin, il rejoint ainsi « l’univers du féminin » (configuration de la séfira malkhout ou Royaume, appelée aussi « nouqvah »), où il est permis de ne pas procréer. Par substitution, sa femme devient sa mère et le rédempteur récupère sa place dans l’univers du masculin. Par la même substitution, il devient aussi son père : après avoir été déraciné, l’arbre est ainsi « renversé ».

S’il n’y a pas de rédempteur, si l’âme du défunt a transmigré six fois, après être passée entre les mains de Métatron, préposé à l’enseignement, et si le refus de réparer persiste, l’âme bascule de l’Autre Côté, car il y a à la fois séparation du masculin et du féminin et refus de réparer. Au Jubilé, l’âme est libérée de l’Autre Côté et recommence une nouvelle transmigration. S’il y a repentir, la progéniture est du côté féminin (malkhout). Si à la résurrection des corps, il n’y a pas eu de réparation, l’âme est retranchée. Elle disparaît !

Évolution des notions de transmigration

Les idées quant à la transmigration des âmes se développent au 15ème siècle et trouvent leur aboutissement dans l’enseignement de Louria. Hayim Vital en est l’interprète dans son livre Shaa’ré gilgoulim, véritable anatomie de l’âme. La théorie de Louria sur les âmes découle naturellement de celle sur l’Arbre de Vie (é’ts h’ayim) expliquée par le double mouvement de rétraction et d’émanation du divin, appelé « tsimtsoum », et par la brisure des vases (shévirat hakélim) et leur restauration (tiqoun).

Le but de la création est de restaurer l’Adam qadmon ou primordial. Adam qadmon est la source des âmes dans le monde. Adam aurait un nombre limité de « grandes racines » d’âmes, soit 613 membres, correspondant à celui des commandements, qui prennent ici une signification particulière. Chaque grande racine se subdivise successivement en petites racines (613 ou six cent mille grandes âmes) puis en six cent mille étincelles, qui seraient les âmes individuelles. Selon cette structure généalogique, toute âme peut appartenir à plusieurs familles, ce qui expliquerait les rencontres heureuses et fortuites. Le Zohar ne prévoyait que des rencontres d’âmes soeurs pour reconstituer les paires androgynes. La théorie de Louria, développée ultérieurement, étend ces rencontres d’étincelles à tous les composants de la nature, parents, amis ou lieux et paysages qu’on aime, voire animaux domestiques ou objets familiers auxquels on s’attache plus qu’à d’autres. Selon cette théorie il faut élever toutes ces étincelles après les avoir libérées de l’emprise des écorces du mal ou « qlipot ». Ce travail est réalisé par chaque individu ou par un groupe d’individus. Une fois qu’on a libéré toutes les étincelles de lumière prisonnières des « écorces » et qu’on a élevé les âmes progressivement de « néfesh », niveau le plus animal et le plus instinctif de l’âme, à « yéh’idah », niveau le plus parfait, le plus unitaire de l’âme, on aura reconstitué l’Adam qadmon ou primordial. Cet Adam restauré serait alors la figure du Messie ! Cette élévation se fait à travers cinq mondes (depuis celui de la fabrication jusqu’à celui de l’Adam qadmon, en passant par la formation, la création et l’émanation), à travers cinq agencements particuliers des attributs divins appelés partsoufim : le plus bas est « nouqva » correspondant à Malkhout, puis le microprosope, « tséi’r anpin », correspondant aux six séfirot suivantes, suivi de « ima » et « aba », les séfirot supérieures Binah et H’okhmah, elles-mêmes suivies du macroprosope « arikh » anpin ou longanime, correspondant à la séfira Kéter. Ainsi, les étincelles libérées et rassemblées sont progressivement élevées en âmes de plus en plus parfaites, selon 125 niveaux (cinq puissance trois). Mais l’âme d’un défunt ne peut se perfectionner là où elle est, quelle que soit sa demeure au gan E’den. Il faut qu’elle transmigre sur terre pour le faire ou aider à le faire, à travers l’accomplissement des commandements. Cet accomplissement terrestre est l’image de la restauration des 613 limbes de l’Adam primordial.

Ainsi, la transmigration n’est plus un châtiment, mais une opportunité offerte soit de se racheter, en se réincarnant autant de fois que nécessaire, soit d’aider les plus faibles ou les plus imprégnés par les écorces du mal à s’élever par la pratique des commandements, l’étude et la prière. Selon Hayim Vital, on peut transmigrer à travers tous les éléments de l’univers, qu’ils soient d’ordre animal, végétal ou minéral. Ainsi, un violeur migre dans un animal d’abord, pour maîtriser son âme de base, néfesh ; un assassin migre dans un rocher afin d’éprouver le « désir minimal ».

Par la prière on peut aider l’âme d’un défunt afin qu’elle puisse supporter l’épreuve de la géhenne ou à élever sa demeure dans le paradis. A l’inverse l’âme d’un défunt peut aider un vivant dans certaines circonstances difficiles, en le conseillant dans un rêve ou une vision, comme on l’a vu plus haut.

Jusqu’ici la transmigration concernait seulement une âme dans un nouveau corps à naître. Le « i’bour » est une superposition d’âmes dans le même corps ou « engrossement ». L’âme d’un défunt peut aussi s’incarner dans un être déjà vivant, pendant un certain temps, pour l’aider à s’élever, d’un niveau bas où il serait tombé, ou pour lui faire franchir une dernière étape dans le perfectionnement, et lui éviter une transmigration de plus. Par contre, le « dibouk » est une incarnation d’une âme frustrée, à qui un tort a été causé pendant son parcours terrestre sans réparation, et qui s’attaque à tout vivant. Son départ peut être négocié ou, à défaut, il peut être extirpé par un exorcisme.

Soulageant la détresse de la mort d’un jeune enfant, cette théorie explique que son âme aurait péché dans une vie précédente. L’âme est alors arrachée et emportée par Lilith.

Après la venue du Messie et au Jugement dernier, la résurrection des corps aura lieu avec la même âme qu’avant la mort, mais avec son niveau de perfectionnement, après les différentes transmigrations. Elle peut continuer à se parfaire lors de la résurrection générale, dans un monde spirituel libéré de la mort et du mal.

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