Un Maître authentique : Eliphas Levi

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Article publié le 15 fév 2010

Par Claude Jousseaume

Histoire incomplète de ses vies.

Le début de notre 21e siècle est marqué par un retour en force de la mode de la magie et du merveilleux (voir les séries à succès d’Harry Potter, Charmed, Médium et autres).

Le septième art remet à une (triste) mode les pratiques de mauvaise goétie, et d’envoûtements. Les films sur la pseudo affaire « vraie » de Blair Witch et autres séries télévisées en sont un exemple frappant.

Il n’est montré actuellement à une jeunesse, pressée de résultats rapides, que des raccourcis, passerelles entre deux mondes qui existent probablement. Mais d’un bord à l’autre de leurs rives, le risque de chute dans le précipice (qui peut avoir l’apparence d’un gouffre de lumière est bien réel).

Et ce monde régi par l’illusion que ces adolescents voulaient fuir pour diverses raisons devient lors de l’arrivée dans ce gouffre un enfer le plus souvent définitif.

Les nouveaux inquisiteurs sont les propres protagonistes de leurs drames et l’incarnation de Bernardo Guy est en chacun d’eux ; plagiant un nouveau Malleus Malleficarum.

Le « Magicien », au sens noble du terme, véritable « pontife » établissant un lien entre les deux univers n’existe plus actuellement (est-il en dormition comme le sieur Taliesin, le véritable Merlin ?) ou fait-il tout pour rester discret ?

Le Pouvoir est d’abord donné à ceux qui ont décidé de ne pas s’en servir !

L’initiation à la Haute Science n’est pas à la portée du premier « parvenu », la Haute-Magie n’est pas un JEU ! Il est important de se le rappeler.

De tristes périodiques vecteurs (naïfs ?) de la contre initiation, entraînent des gamins non préparés vers un triste avenir ! Nous pouvons y découvrir des méthodes « infaillibles » pour envoûter ses rivaux, comment faire les « bonnes prières sataniques », invoquant cet « adversaire » de l’Amour,  et j’en passe, la liste est longue ». Mais ce n’est pas là le sujet de cet essai…

Il est temps, aujourd’hui, de nous souvenir de ceux qui nous ont ouvert la « Voie Sacrée » et de celui qui pour nous a été l’un des plus grands (si ce n’est le plus grand) « Magiste » du dix neuvième siècle. Je veux parler d’Eliphas Levi.

Eliphas Levi

Eliphas Levi

Ce curieux personnage, naquit, le huit février 1810 sous le signe du Verseau, à Paris, quartier de l’Odéon, rue des Fossés Saint Germain, des œuvres de Jean-Joseph Constant, un cordonnier et de son épouse Jeanne-Agnés née Beaucourt, il est le deuxième enfant de la famille, une sœur, Pauline était née en 1806.

Son pseudonyme vient de la traduction en hébreu de son nom. En effet, il s’appelait : Alphonse Louis Constant, enfant de l’Église Catholique Romaine, (celle qui croyait en Dieu, avant les inepties de Vatican II) dans laquelle il fut baptisé dès le lendemain de sa venue au monde à la paroisse saint Sulpice.

Pour la postérité, il sera Eliphas Levi Zahed.

Nous l’avons découvert, au détour d’une conversation avec un « Ami », Initié de Haut Grade, que la Règle m’interdit de nommer.

Ce Sage, lors de nos longs échanges où nous essayons d’apporter modestement notre pierre à ce monde en train de se dissoudre, nous parle d’un livre, une référence, une sorte de « Bible ésotérique ».

Cet ouvrage se nommait Dogme et Rituel de la Haute Magie, et son auteur porte l’étrange nom d’Eliphas Levi, dont il faut se rappeler qu’il fut l’inventeur du terme si usité de nos jours : l’Occultisme

Il nous a mis d’abord en garde contre le danger de s’attaquer à sa lecture pour des âmes non forgées, comme le fait d’ailleurs son rédacteur dans son chapitre I  en ces termes :

« Qui es-tu, toi qui tiens ce livre entre tes mains et qui entreprends de le lire ? … L’homme qui est esclave de ses passions ou des préjugés de ce monde ne saurait être initié… celui qui n’est pas disposé à douter de tout, celui-là doit refermer ce livre qui est inutile et dangereux pour lui… »

Mon « Ami », m’ayant jugé apte à découvrir les Arcanes du « Dogme… », je dévorais les pages de cet ouvrage toujours si actuel et qui, aujourd’hui encore, reste un des mes livres de chevet.

De la vocation aux manifestations.

En bon catholique, le jeune Alphonse est élève d’une école religieuse de l’île Saint Louis, voulant devenir Prêtre, il fait ses études au Petit Séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, puis en 1830 (année de la mort de son père) au Grand Séminaire d’Issy-les-Moulineaux.

Admis au diaconat, tonsuré, il doit recevoir l’initiation Sacerdotale, le 19 décembre 1835. Mais il s’enfuit sans crier garde pour les beaux yeux d’une très jeune demoiselle : Adèle Allenbach dont il avait en charge l’éducation chrétienne !

Quand il disparut de l’établissement religieux, la mère d’Alphonse de désespoir mit fin à ses jours en se suicidant avec les émanations d’un réchaud à charbon. L’idylle avec la belle pour qui il avait ressenti, selon ses propres paroles : « un impérieux besoin d’aimer » ne dura pas. (Notons tout de même qu’il gardera avec elle des relations épistolaires et qu’elle sera présente pour le conduire en terre après sa mort). Très affecté par la disparition tragique de sa mère, il pensa entrer à la Trappe, mais en fut heureusement dissuadé par un ami nommé Bailleul avec qui il partit en Province.

Les Amours.

Il y rencontre Flora Tristan, passionaria espagnole, belle militante socialiste à la sensualité exacerbée, avec qui il noue une relation, femme de lettres et d’action, auteur de deux brûlots aujourd’hui oubliés : les Pérégrinations d’un Paria et Méphis le Prolétaire (dans lequel Eliphas est dépeint).

Ayant eu des ennuis à la suite de la publication de ces ouvrages « polémiques », elle décida de s’embarquer pour l’Angleterre.

Notre ami, alors, soupira auprès du cœur de Delphine de Girardin, antithèse de Flora, une femme romantique, douce et sensible, et, pendant que la révolutionnaire en jupons tentait avant l’heure de « réunir les prolétaires de tous les pays », notre Mademoiselle Girardin écrivait des romans « élégants » et tentait de convertir notre abbé au spiritisme (notons que c’est elle qui fit rentrer cette doctrine au sein de la famille de Victor Hugo à Jersey).

Son aimant, pour sa part, ne voulait pas séparer les misères de ce monde-ci et la Recherche des béatitudes hypothétiques de l’autre.

Pour compléter sa culture, l’abbé part en retraite à l’abbaye de Solesmes où le livre et le vivre lui sont assurés. Dans la riche bibliothèque Bénédictine, il y découvrit : les gnostiques, les Pères de l’Église, les livres de Cassien et les Mystiques.

C’est durant cette période, en 1839, qu’il fait paraître son premier ouvrage le Rosier de Mai.

Chassé, il devient pour le salaire de quatre cents francs par an, ce que l’on appelait à l’époque : « chien de cour » nom donné au surveillant de récréation. Porteur de sa soutane, n’ayant pas d’autres habits. Grelottant dans un grenier mal fermé qui lui servait de gîte, sans feu pour le réchauffer !

Dans sa révolte contre sa condition écœurante et lamentable, il compose la « Bible de la Liberté » pamphlet honni par les âmes bien pensantes et par l’Église. L’ouvrage qui parut le 13 février 1841 fut interdit et saisi une heure après sa première mise en vente.

Le procès inique intenté contre lui ; le condamna le 11 mai de la même année à huit mois de prison et 300 francs d’amende. Il passera onze mois à la prison de sainte Pelagie (où sera incarcéré plus tard Pierre Auguste Blanqui le célèbre révolutionnaire) ; en butte à toutes les vexations et les ragots, n’ayant pour se détendre que la lecture, c’est à ce moment de sa vie qu’il découvrira les écrits de Swenderborg (voyages magiques mers d’autres mondes) son ex-amour Flora lui rend visite dans cet endroit ou il retrouva son compagnon Alphonse Esquiros.

À sa libération, il décide de se racheter une conduite et en 1842, il décore l’église de Choisy le Roy, ensuite grâce à l’Évêque d’Évreux, il devient prédicateur itinérant avec un certain succès, mais Constant se brouille avec les prêtres du voisinage leur reprochant leur manque de recherche ésotérique.

Il remonte à Paris et publie coup sur coup : La Mère de Dieu et le Livre des Splendeurs.

Puis repris par ses idées de justice, il publie : La Voie de la Famine qui lui vaudra une fois de plus, la prison.

À sa sortie, Flora Tristan est morte emportée par une congestion cérébrale le 14 novembre 1844, son ami (amant ?) ne l’aura plus revue. Il est libéré en 1848 et en profite pour participer aux combats de la révolution des barricades, recherché comme anarchiste, il échappe par miracle à la mort et on fusille par erreur un homme qui avait le malheur de lui ressembler.

Entre-temps, notre héros avait épousé forcé par son père, lors d’une cérémonie civile à la Mairie du Xème arrondissement de Paris, le 13 juillet 1846, une jeune fille de 18 ans mineure pour l’époque, Noémie Cadiot, qui lui donna une fille (la jeune épousée n’était probablement pas une blanche colombe, car ses amants furent nombreux, mais qu’importe) — Marie née en septembre 1847 (la légende dit que le Maître la ressuscita par ses prières et ses dons, lors d’une première attaque d’une maladie qui devait finalement l’emporter). L’enfant, qu’il adorait, de santé fragile, décède peu après. Le Magiste garda cette déchirure comme une plaie qui le rongera peu à peu.

Comme la plupart des grands Initiés, il répète l’axiome ontologique dans lequel il est dit que le Magiste ne peut rien pour lui et peu pour ses proches. Nombre d’entre eux sont durement touchés par l’adversaire (certains des lecteurs me comprendront sûrement).

Est-ce le prix à payer pour l’obtention des « Pouvoirs » ? Nous le pensons, tout acte ou bonheur dévié de sa route de manière anormale à l’aide d’entités implique un prix à payer. La Nature, se venge toujours de l’homme qui la corrige, comme le disait avec raison Jean Cocteau.

Quand le disciple est prêt.

En 1852, Eliphas publie son chef-d’œuvre sous le nom de plume qu’il s’est donné Dogme et Rituel de la Haute Magie, soutenu et inspiré par le savant polonais Hoëné Wronski. Le succès commence enfin, 1853, son mentor meurt, les relations avec Noémie se détériorent de plus en plus, notre ami, ne tarde pas à s’embarquer pour l’Angleterre ou les exilés depuis le coup d’État de Napoléon le petit, émigrés français sont nombreux.

Il y rencontre Edward Bulwer-Lytton, célèbre auteur de romans et dirigeant de la société rosicrucienne d’Angleterre, il devient son ami et est introduit dans les cercles de Rose Croix (ce qui à l’époque était une exception, car cette société ne recrutait que des personnes ayant reçues au moins le grade de Maître dans la Maçonnerie Bleue). À leur demande, il fait des séries d’évocations magiques notamment pour rentrer en contact avec le spectre d’Apollonius de Tyane l’auteur du Nuctéméron (ouvrage ou le docteur Philippe Encausse trouva son nom de plume : Papus, génie médecin de la première heure) relatée dans son Dogme et Rituel. (Papus vint à l’occultisme après avoir découvert (par hasard ?), l’épée magique d’Eliphas !)

Mais laissons le Mage nous remémorer lui-même cette expérience étrange : « Il s’agissait d’évoquer le fantôme du divin Apolonius de Tyane et de l’interroger sur deux secrets : je fus laissé seul. Le cabinet préparé pour l’évocation était… dans une tourelle : on y avait disposé 4 miroirs concaves, une sorte d’autel dont le dessus de marbre blanc était entouré d’une chaîne aimantée, j’étais vêtu d’une robe J’allumai le feu sur deux réchauds avec les substances requises et je commençai les invocations du rituel… Il me sembla sentir une secousse de tremblement de terre… et lorsque la flamme s’éleva, je vis distinctement, devant l’autel, une figure d’homme plus grande que nature, qui se décomposait et s’effaçait. Je vains me placer dans un cercle, j’appelais trois fois Apolonius en fermant les yeux et lorsque je les rouvris un homme était devant moi gris, j’éprouvais une sensation de froid extraordinaire….. Mon bras fut aussitôt engourdi, les figures ne nous avaient pas parlé, mais la réponse à nos questions communes était la mort ».

Le Maître fut particulièrement choqué par ces expériences et évitât de les réitérer par la suite de sa carrière.

Eliphas LEVI fut le reste de son existence absolument opposé aux expériences gratuites de magies. Quand il eut quelques disciples, il leur fit promettre de ne jamais tenter la plus petite expérience et de ne s’occuper seulement que de la partie spéculative de la science occulte. Par contre, le Maître pensait qu’avec de la volonté, tout homme pouvait réaliser certains miracles comme il expose dans la Clef des grands Mystères (ouvrage de 1859 en 22 axiomes que je vous livre).

Théorie de la Volonté

 

AXIOME I

 

Rien ne résiste à la volonté de l’homme, lorsqu’il sait le vrai et veut le bien.

 

AXIOME II

 

Vouloir le mal, c’est vouloir la mort. Une volonté perverse est un commencement de suicide.

 

AXIOME III

 

Vouloir le bien avec violence, c’est vouloir le mal ; car la violence produit le désordre,

 

et le désordre produit le mal.

 

AXIOME IV

 

On peut et l’on doit accepter le mal comme moyen du bien ; mais il ne faut jamais ni le vouloir, ni le faire, autrement on détruirait d’une main ce qu’on édifie de l’autre. La bonne foi ne justifie jamais les mauvais moyens ; elle les corrige lorsqu’on les subit, et les condamne lorsqu’on les prend.

 

AXIOME V

 

Pour avoir le droit de posséder toujours, il faut vouloir patiemment et longtemps.-

 

AXIOME VI

 

Passer sa vie à vouloir ce qu’il est impossible de posséder toujours, c’est abdiquer la vie et accepter l’éternité de la mort.

 

AXIOME VII

 

Plus la volonté surmonte d’obstacles, plus elle est forte. C’est pour cela que le Christ a glorifié la pauvreté et la douleur.

 

AXIOME VIII

 

Lorsque la volonté est vouée à l’absurde, elle est réprouvée par l’éternelle raison.

 

AXIOME IX

 

La volonté de l’homme juste, c’est la volonté de Dieu même, et c’est la loi de la nature.

 

AXIOME X

 

C’est par la volonté que l’intelligence voit. Si la volonté est saine, la vue est juste. Dieu a dit : Que la lumière soit ! et la lumière est ; la volonté dit : Que le monde soit comme je veux le voir ! et l’intelligence le voit comme la volonté l’a voulu. C’est ce que signifie le mot « ainsi soit-il » qui confirme les actes de foi.

 

AXIOME XI

 

Lorsqu’on se fait des fantômes, on met au monde des vampires, et il faudra nourrir ces enfants d’un cauchemar volontaire avec son sang, avec sa vie, avec son intelligence et sa raison, sans les rassasier jamais.

 

AXIOME XII

 

Affirmer et vouloir ce qui doit être, c’est créer ; affirmer et vouloir ce qui ne doit pas être, c’est détruire.

 

AXIOME XIII

 

La lumière est un feu électrique mis par la nature au service de la volonté : elle éclaire ceux qui savent en user, elle brûle ceux qui en abusent.

 

AXIOME XIV

 

L’empire du monde, c’est l’empire de la lumière.

 

AXIOME XV

 

Les grandes intelligences dont la volonté s’équilibre mal ressemblent aux comètes, qui sont des soleils avortés.

 

AXIOME XVI

 

Ne rien faire, c’est aussi funeste que de faire le mal, mais c’est plus lâche. Le plus impardonnable des péchés mortels, c’est l’inertie.

 

AXIOME XVII

 

Souffrir, c’est travailler. Une grande douleur soufferte est un progrès accompli. Ceux qui souffrent beaucoup vivent plus que ceux qui ne souffrent pas.

 

AXIOME XVIII

 

La mort volontaire par dévouement n’est pas un suicide ; c’est l’apothéose de la volonté.

 

AXIOME XIX

 

La peur n’est qu’une paresse de la volonté, et c’est pour cela que l’opinion flétrit les lâches.

 

AXIOME XX

 

Arrivez à ne pas craindre le lion, et le lion vous craindra. Dites à la douleur : Je veux que tu sois un plaisir, et elle deviendra un plaisir, plus même qu’un plaisir, un bonheur.

 

AXIOME XXI

 

Une chaîne de fer est plus facile à briser qu’une chaîne de fleurs.

 

AXIOME XXII

 

Avant de déclarer un homme heureux ou malheureux, sachez ce que l’a fait la direction de sa volonté : Tibère mourait tous les jours à Caprée, tandis que Jésus prouvait son immortalité et sa divinité, même sur le Calvaire et sur la croix.

On voit dans ces quelques conseils la grandeur et la Sagesse du Maître, il est à ne point en douter que la rencontre avec les Rose Croix et Occultistes Anglais ont marqué Lévi.

Un Magicien dans le Temple.

De retour en France, il demande à être reçu Maçon. La Lumière lui est donnée par le Vénérable Jean-Marie Caubet, le 14 mars 1861 à l’atelier : « la Rose du Parfait Silence » dépendant du prestigieux Grand Orient de France, alors sous la grande Maîtrise du Prince Murat.

Exalté au Sublime Grade de Maître, le 21août 1861, il occupe peu après, comme Officier, le poste d’Orateur. Tentant de parler de la Kabbale à ses frères, il se heurte à l’incompréhension générale, le sang de notre ami ne fait qu’un tour et une fois son diplôme de Maître Maçon en poche, il ne reparut plus en loge malgré les nombreuses sollicitations de ses amis.

Mais il est aussi vrai que la Maçonnerie, même si elle n’était pas la structure moribonde au niveau initiatique qu’elle est à présent (peu de Maçon connaissent réellement la Poésie de cette structure initiatique qui est (quoi qu’on en dise), paraphrasant René Guénon, « la seule Voie Initiatique avec le Compagnonnage de l’Occident » (pour être complet Guénon rajoutera également la religion catholique comprise dans son sens ésotérique).

Cette même année, il publie La Clef des Grands Mystères, dernier volet de sa trilogie commencée avec le Dogme… Et poursuivie avec L’Histoire de la Magie (succès de librairie de l’année 1859).

La correspondance avec le baron Spedialeri commence alors, riche d’enseignements et se termine le 14 février 1874, ce sont des cours de Kabbale, uniques, précis ; dès qu’un ouvrage paraissait sur l’occultisme, Eliphas le signalait au Baron.

Eliphas Levi, n’était pas fortuné et vivait de quelques dérisoires droits d’auteur que lui rapportaient ses écrits et de leçons de Kabbale qu’il transmettait avec rigueur seulement à ceux qu’il jugeait aptes à les recevoir ; car il était convaincu que le Bien mal compris peut produire de funestes effets.

En 1865, la chère Justice des hommes annule le mariage contracté 20 ans auparavant avec la demoiselle Noémie Cadiot.

Bien avant, cette décision, elle était déjà la maîtresse du sculpteur Pradier. Attirée par cette discipline, elle acquit à son tour une réputation de sculpteur sous le nom de Claude Vignon.

La guerre approche et Eliphas s’engage dans la Garde Nationale, pour défendre Paris assiégé ; les privations du moment ruinèrent sa santé, et il ne put jamais s’en remettre complètement.

À la suite d’un voyage en Allemagne, à l’invitation de l’une de ses admiratrices, il apprit le décès de la compagne du Baron Spedialeri, un revirement total se produisit chez ce dernier, il devient matérialiste et, de surcroît athée !

À l’automne 1872, il apprit le mariage de son ex-femme avec le député de Marseille, futur ministre du Commerce du gouvernement Gambetta : Maurice Rouvier.

Les souffrances physiques allaient alors l’assaillir et le voyage vers l’au-delà s’amorcer comme c’est le cas quand on à trop aimé. Eliphas avait tant espéré son retour

André Hardellet ne dit-il pas que l’Homme meurt de ses désirs insatisfaits.

1875 ; L’ultime maladie d’Eliphas : « Je m’attends… À la vieillesse… Mes jambes se roidissent, mes dents s’ébranlent, la somnolence me poursuit jusque dans la rue et il me semble que ma vie ne soit plus qu’une lutte contre la mort… Je n’ai jamais fait sciemment et volontairement de mal… J’ai aimé ».

Il ne réussit pas de son vivant à renouer avec le Baron Spedialeri et notre Magiste en eut grande peine. Néanmoins, un secours matériel bienvenu lui sera apporté dans ses vieux jours par l’aide du gendre de Balzac, le Comte Georges de Mniszech.

Ses derniers secours furent le Docteur Wattelet et M. Édouard Adolphe Pascal qui le soignèrent avec dévouement.

Le mercredi 26 mai 1875, le Maître rédige son testament

Le lundi 31 mai 1875, jour de la Visitation, souffrant de ne plus entendre toutes ces voix chères qui s’étaient tues, déçu par le genre humain, en qui il avait tant espéré, le Grand Homme rejoint dans la souffrance ce Monde Invisible dont il avait déjà à maintes reprises aperçu les contours, cet Orient éternel dont parlent les rituels Maçonniques.

Gageons qu’à ce jour il ait découvert la Clef des Grands Mystères.

Il me plaît de le représenter tel l’Ermite du Tarot revêtu de son manteau de Mage, cherchant à l’aide de son lumignon, à guider les âmes des chercheurs de lumière. Eliphas, à l’aide de ton bâton, tu as écarté pour nous les pierres d’embûches parsemant les chemins de vies.

Les œuvres de l’Abbé Constant influenceront grandement le Sar Peladan, Stanislas de Guïata, Oswald Wirth, Papus qui le considérait d’ailleurs comme un demi-dieu. Le célèbre groupement de la Golden Dawn et une grande partie des écrits du fameux Aleister Crowley qui se voulait sa réincarnation,

Le Mage britannique se servit grandement des livres de Lévi pour ses évocations et le Dogme et Rituel de la Haute Magie était un de ses livres de chevet.

Le Message de cet Homme était l’Amour, ce séducteur vivait pour aimer : « cet indicible besoin » secouait son être, jamais il n’utilisa ses extraordinaires dons pour le mal et croyez-nous il en aurait eu le pouvoir, il se reposait sur la providence et elle ne l’oubliait que peu.

Que les adeptes de la Goétie se souviennent de ces phrases écrites par le grand Mage : « Le magicien dispose d’une force qu’il connaît, le sorcier s’efforce d’abuser de ce qu’il ignore. Le diable…se donne au magicien et le sorcier se donne au diable ».

Au moment où des « adolescentes prépubères » s’amusent avec des grimoires écrits par des initiés de pacotille pour des prises de pouvoir ou de cœur illusoires et trop chères payées. Jeune génération, médite les phrases d’Eliphas.

La Haute Magie est efficace, mais elle est dangereuse, n’essayez pas, vous paierez au centuple les aides que vous croirez obtenir !

Vous aurez des résultats rapides, mais les phénomènes que vous déclencherez vous n’en serez pas les maîtres.

Et rappelez-vous toujours la phrase du grand poète initié Jean Cocteau :

La Nature se venge toujours de l’homme qui la corrige

P.-S. Alphonse Louis Constant fut mis en terre, au cimetière D’Ivry, le 2 juin 1875

En 1881, sa dépouille fut exhumée et jetée à la fosse commune.

Aujourd’hui, aucun tertre ni branches d’Acacia, ne nous dit ou le Magiste dort de son dernier sommeil.

NOTA : dans sa biographie sur Eliphas Levi, Paul Chacornac précise : « Constant, fondateur d’école, n’est disciple d’aucune. Par sa haute intelligence et son esprit éducatif, il a mis au point la valeur des choses. À mesure que sa méditation s’élève, il découvre de vastes horizons qui deviennent un nouveau point de départ pour l’ultime envol vers les plus hauts sommets. »

A, Isabelle MAZZA

1966-2001

(in mémoriam)

« De la pitié, le bel ange pleura.

Que de chagrins l’attendaient au passage !

Le peuple hélas ! ne croit plus aux héros »

Alphonse Lois Constant (Eliphas Levi)

Claude JOUSSEAUME (source)

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