L’Au-delà et les forces inconnues : le satanisme

Article publié le 21 Juil 2014 par EzoOccult le Webzine d'Hermès

Mis à jour le : 10 janvier 2016

L’Au-delà et les forces inconnues : le satanisme par Jules Bois

On n’a jamais su, on ne saura peut-être jamais le fin mot du satanisme. Les messes noires, les envoûtements, qui furent les scandales des siècles passés, ne sont pas taris de nos jours encore. Le mieux renseigné sur ces effroyables rites, aussi bien dans le passé que de nos jours, est, sans contredit, M. J.-K. Huysmans, l’auteur de Là-Bas ! Les médecins appellent tout cela folie religieuse, érotomanie sacrée, iéromanie. Je me souviens que M. Raymond me montra, à la Salpêtrière, des hystériques dressées du temps de Charcot : nous pûmes leur donner en suggestion les spectacles du Sabbat. Elles croyaient voir le Diable, nous le décrivaient selon la richesse de leurs lectures, et chose plus extraordinaire encore croyaient entendre de lui des réponses, tandis qu’elles subissaient seulement un rêve que nous avions excite. J’ai moi-même, à la clinique du docteur Bérillon, recommencé, avec des sujets hypnotiques, les évocations de l’ancienne magie. Ces sujets gens, suggestionnés par les paroles des grimoires, voyaient les démons selon leur imagination et d’après mes avis. Ce qui était le plus frappant, c’était le dédoublement de leur « moi », qui leur donnait l’illusion d’une nouvelle présence. Ils dialoguaient avec eux-mêmes, alors qu’ils croyaient parler réellement avec un esprit mauvais. Que de phénomènes du spiritisme s’expliquent aisément par ces dédoublements de personnalité, résultat de l’hypnotisme !

Y a-t-il autre chose que de la suggestion et du rêve dans le satanisme ? On le croyait au moyen âge, et de nos jours M. Huysmans le croit aussi. En fait, c’est l’homme le plus documenté sur les rites de cette religion à rebours qui a encore ses prêtres abominables et ses offices hideux. De ce point de vue, le sourire du plus sceptique cède à un mouvement d’étonnement et d’horreur en pensant que de telles abominations sont possibles de nos jours. Rien cependant n’est plus certain.

Le spiritisme et l’occultisme diaboliques.

Nous étions, ce jour-là, trois dans la bibliothèque de Huysmans le grand écrivain de Là-Bas, moi-même et une chatte qui venait d’arriver de Siam, en droite ligne, et qui saute comme une panthère et, qui grimace comme un singe. Heureusement qu’elle est toute petite encore. Mais elle ne supporte pas qu’on écrive sans elle ni que l’on pense sans qu’elle vous morde le bout du nez.

— Le spiritisme, l’occultisme, la magie, je ne m’occupe plus de ces choses maintenant, me dit J.-K. Huysmans. Ce qui m’intéresse, c’est le pur satanisme au point de vue religieux.

— Vous avez assisté à des phénomènes, cependant ?

— Oui, autrefois. Je ne doute pas une seconde que ce ne soit démoniaque ou, du moins diabolisé. Un médium est tout près d’être un possédé. L’âme, dans la vie ordinaire, est défendue, mais elle a, en quelque sorte, des vasistas, des lucarnes qui donnent sur l’Invisible. On les ouvre soi-même en se mettant dans l’occultisme, le spiritisme et même le magnétisme. Si le diable n’y est pas toujours, il en est bien près.

— Mais en fait, ces nouvelles écoles, ne font-elles pas la guerre au matérialisme, et ne travaillent-elles pas à l’avènement de l’idéal ?

— Le spiritisme n’a fait que mettre à la portée des concierges la possibilité de l’Au-Delà. Il a été inventé pour les âmes les plus basses. Le Diable a senti que le matérialisme faiblissait ; aussi a-t-il changé ses cartes ; il a pris d’autres atouts ; mais il n’a pas perdu à ce nouveau jeu. Sa suprême malice est arrivée à faire dire aux siens qu’il n’existe pas. Le fait seul de nier le Diable est une preuve qu’on en est possédé.

Édouard Dubus tué par l’occultisme.

Nous avons connu l’un et l’autre – vous vous en souvenez ? – ce pauvre Édouard Dubus, que les pratiques magiques de Stanislas de Guaita rendirent démoniaque et dément. Ce poète vint me voir la veille de sa mort. Il était absolument possédé. J’essayai vainement de le sauver. Le lendemain, on le trouva inanimé dans un urinoir. Les esprits qu’évoquent les occultistes ne peuvent être que des démons.

À ces mots, la chatte de Siam miaula, et m’ayant griffé la main que je lui tendais avec innocence, elle sauta sur la table, essaya ses griffes au manuscrit de l’Oblat, et s’installa en ronronnant à l’ombre de l’encrier.

Les prêtres sataniques.

— Mais le vrai satanisme est le satanisme religieux. On a dit que j’avais donné, dans Là-Bas, des renseignements si violents qu’ils paraissaient douteux. Quelle erreur ! Ce n’était que des pistaches, des dragées, des flancs à la crème, des « béatilles » si vous voulez le terme ecclésiastique.

M. Huysmans se leva, non sans peine, car la chatte avait adopté ses genoux. D’un vieux bahut, il sortit avec soin un coffret.

— Là se trouvent, me dit-il, les documents que je n’ai jamais donnés. C’est en manuscrit, réellement, l’« enfer » de ma bibliothèque. Voyez vous-même. Je ne l’ai montré encore à personne. Nous ouvrîmes. Tout d’abord, des scapulaires hérétiques, des parfums servant à combattre, prétendait l’étiquette, les mauvais esprits, des hosties du célèbre médium Vintras, tachées d’un sang prodigieux qui était né dans les oublies elles-mêmes. Puis, des liasses de correspondances, des portraits de mauvais prêtres aux visages de galériens et aux lèvres anti physiques. Je parcourus surtout les lettres, authentiques et signées ; elles étaient atroces, et je recule à en donner aux lecteurs du Matin même quelques détails. Il y avait aussi la confession d’un mauvais prêtre au Saint-Office, écrite par lui-même. Jamais je ne lus pareil assemblage d’immondices, de sacrilèges et de crimes.

Un enfant monstrueux égorgé.

Le crime ne devait pas tarder à suivre ces sordides démences. En effet, si j’en crois ce prêtre lui-même, dans ses confessions au Saint-Office, signées et datées, il sacrifia, comme autrefois l’abbé Guibourg, un enfant, avec cette nuance aggravante que l’enfant était de lui.

« À sept heures du matin – la citation est textuelle – je vais dire la sainte messe, et pendant la consécration, Mlle A. Ch. mit au monde un monstre qui n’avait rien d’humain. J’ai cru devoir détruire ce monstre. Néanmoins je lui donnai le baptême, par précaution ; trois jours après je le brûlais. »

Et il ajoute, non sans étonnement, que les contacts qu’il s’était permis ne lui avaient pas laissé supposer qu’il pût y avoir génération.

L’incubat dans les cloîtres de femmes.

Un autre prêtre sataniste se complaisait à multiplier dans les cloîtres de femmes les cauchemars d’amour qu’au moyen âge on appelait les « incubes », car on supposait que le démon pouvait s’éprendre des femmes et les posséder. Ce prêtre rédigeait une revue qui traitait toutes ces questions obscures où la mystique côtoie la pathologie dans les cloîtres, comme le dit M. Huysmans, les aumôniers sont la plupart du temps médiocres. Devant certains troubles inexplicables des sœurs, des mères abbesses s’adressèrent, malheureusement confiantes en son caractère de prêtre, à ce docteur en théologie qui n’était qu’un praticien du satanisme. Il répondait aussitôt qu’il se chargeait de l’affaire et recommandait qu’on n’en dît rien au confesseur. Il se faisait payer le voyage, et, une fois arrivé, se servait de fumigations spéciales et de pratiques sacrilèges qui perfectionnaient le mal des nonnes. La correspondance entre ces pauvres filles et lui est déroutante par la naïveté des aveux et l’abomination des conseils. L’étrange est que ce prêtre n’était pas un vulgaire érotomane et croyait très sincèrement agir sur des êtres invisibles, qu’il pouvait à volonté déchaîner ou restreindre.

Le chanoine Docre.

— Ce prêtre ne serait-il pas le chanoine Docre ?

— Oui et non ; je n’ai pas fait un portrait, mais un type, avec le féroce sacrilège de Là-Bas. Des personnalités différentes y ont afflué. Aussi est-il inexact de dire, comme certains journaux l’ont fait, qu’il est le chanoine Roca, l’occultiste, ou tout autre chanoine connu. Je me suis même servi de plusieurs traits relatés dans des rapports déjà classés, comme la fameuse affaire de Cantianille, la voyante diabolique. Ainsi le détail du Christ tatoué sous la plante des pieds pour le fouler mieux. On a tort, en somme, de mettre un nom quelconque sur ce personnage qui est une synthèse de plusieurs.

— Et la messe noire ?

M. Huysmans affirma :

— Elle se dit ou plutôt elles se disent assez souvent dans le quartier même que j’habitais autrefois, la rue de Sèvres.

— Y avez-vous réellement assisté ?

M. Huysmans feignait de ne m’écouter pas ; il était trop occupé par sa chatte, qui lui livrait une bataille réglée. Elle eut le dessus – et de deux façons, si j’ose dire –, car elle s’installa sur sa nuque.

Je répétai ma question.

— Vous savez, me dit avec prudence le romancier converti, que Durtal s’en confesse dans En Route.

Puis se reprenant :

— Beaucoup de détails que j’ai relatés ont été pris dans les archives de Vintras, cet éloquent hérétique qui accomplit tant de prodiges démoniaques. L’histoire des souris blanches dévorant les hosties m’a été donnée par le docteur Boullan, de Lyon.

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Critique des séminaires.

— Mais qu’est-ce donc que ces séminaires qui peuvent produire de tels fruits ?

— Oh ! il ne s’agit que d’exceptions, disons-le vite. Le lamentable, c’est que les prêtres les plus intelligents sont de simples rationalistes. L’abbé Duchesne, qui traita Catherine Emmerich d’hallucinée, est leur dieu, comme, sans doute, l’abbé Hart, qui appela sainte Thérèse une hystérique, alors que Charcot, plus respectueux malgré son incroyance, la traitait de « femme de génie ». Ces gens rient quand on leur parle du Démon. Je me trouvai un jour dans un couvent au milieu de prêtres qui se gaussaient de Là-Bas et de la préface que je fis à votre livre, le Satanisme et la Magie. « Tout cela est inventé ou est rempli d’exagérations », me disaient-ils. « Et les vols d’hosties ? leur répondais-je, à quoi cela rime-t-il donc ? » »

Les vols d’hosties.

À la fin du dîner, l’un de ceux qui avaient le plus plaisanté finit par avouer « Il m’est arrivé tout de même une histoire étrange au mois de mai. » Plusieurs jeunes filles sont venues en confession me raconter qu’elles avaient reçu l’offre, en échange d’une somme d’argent, de se laver la bouche avec un mélange astringent qu’on se chargeait de leur fournir, avant de communier, afin de rendre l’hostie intacte. »

Je ne pus qu’admirer ce prêtre qui ne croyait pas au satanisme après ces révélations, car quelle utilité à avoir des hosties consacrées pour ceux qui ne verraient là que du pain à chanter, et pour quelle œuvre s’en serviraient-ils sinon pour des rites sataniques ?

Cependant, la chatte du Siam trouva que nous avions assez causé elle essaya ses dents et ses griffes sur le dos de son maître, qui dut décidément l’exiler dans le grenier.

Et l’on clouait des caisses dans les corridors pour le départ prochain. Je comprends que cette âme profonde et frileuse, où survit le moyen âge, ne retourne pas joyeusement dans notre Paris sceptique et surmené.

— Ce n’est pas tout ça, termina-t-il, il faut quitter sa maison et en automne. Autos et salamandres, v’la ce qui m’attend.

L’Au-delà et les forces inconnues : le satanisme, JULES BOIS.

Le Matin, 24 septembre 1901.

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