INITIATIONS AUX ANCIENS MYSTÈRES DES PRÊTRES D’ÉGYPTE.
samedi 5 avril 2003, par Frère Bailleul
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Le rite des « Architectes Africains » fut sans doute l’un des premiers rites égyptiens. L’égyptomanie commença à se développer avec l’œuvre d’Athanase Kircher (1652) et l’écriture de son Oedipus Aegyptiacus. Plus tard, l’abbé Terrasson, helléniste et académicien, éditera un roman pseudo-initiatique, Sethos ou Vie tirée des monuments et anecdotes de l’ancienne Egypte (1728). Ce récit décrit des initiations imaginaires censées se dérouler en terre d’Egypte. En 1770, deux allemands, von Köppen et von Hymmen, l’imiteront en publiant le Crata Repoa, suite de textes initiatiques se déroulant dans la même contrée. Rappelons que von Köppen fut l’auteur de ce qui est reconnu comme l’un des premiers rites égyptiens, le Rite des « Architectes Africains » créé à Berlin vers 1767.
Marconis de Nègre s’inspira de ce texte en le développant dans le chapitre intitulé L’initiation de Platon, que nous présenterons dans un des prochains numéros d’Arcana.
Il nous a paru intéressant et utile de commencer par la publication de ce texte peu connu du Crata Repoa. En effet, bon nombre d’éléments symboliques et initiatiques qu’il contient dépassent largement le cadre de la maçonnerie égyptienne et se retrouvent sous une forme ou sous une autre dans différents rites maçonniques. C’est donc un élément important de compréhension de notre tradition.
Lorsqu’un aspirant aux mystères avait le désir d’entrer dans la société antique et mystérieuse de Crata Repoa, il devait se faire recommander par un des Initiés. La proposition en était ordinairement faite par le Roi lui-même, qui écrivait à cet effet une lettre aux prêtres.
Ceux-ci adressaient cet aspirant d’Héliopolis aux doctes de l’Institution, à Memphis ; de Memphis, on le renvoyait à Thèbes ( [1]).
Il était circoncis ( [2]).
On le mettait à un régime particulier ; on lui interdisait l’usage de certains aliments ( [3]), même du vin, jusqu’à ce qu’il eût obtenu, dans un grade supérieur, la permission d’en boire de temps en temps. On l’obligeait à passer plusieurs mois, comme un prisonnier, dans un souterrain, où on l’abandonnait à ses réflexions ; il jouissait de la faculté d’écrire ses pensées. Elles étaient ensuite examinées attentivement, et servaient à faire connaître le degré de son intelligence.
Lorsque le temps de quitter le souterrain était arrivé, on le conduisait dans une galerie entourée de colonnes d’Hermès, sur lesquelles étaient gravées des sentences qu’on lui faisait apprendre par cœur ( [4]).
Dès qu’il les savait, un membre de la société ayant le nom de Thesmosphores ( [5]), s’approchait de lui, tenant à la main un grand fouet, pour contenir le peuple devant la porte dite des profanes, par laquelle il introduisait le Récipiendaire dans une grotte.
Là, on lui bandait les yeux, et on lui attachait les mains avec des liens élastiques.
Pastophoris
Ou Apprenti, chargé de la garde de l’entrée qui conduisait à la Porte des hommes. Le Récipiendaire étant préparé dans la grotte, le Thesmosphores le prenait par la main ( [6]), et le présentait à la porte des hommes ( [7]).
A son arrivée, le Thesmosphores touchait sur l’épaule du Pastophoris (l’un des Apprentis précédemment reçus), qui était de garde à l’extérieur, et l’invitait à annoncer le Récipiendaire ; ce que celui-ci faisait en frappant à la porte d’entrée ( [8]).
Le Néophyte ayant satisfait aux questions qui lui étaient adressées d’abord, la porte des hommes s’ouvrait, et il était introduit.
L’Hiérophante lui posait de nouvelles questions sur différents sujets. Il devait de même y répondre catégoriquement ( [9]).
On le faisait ensuite voyager dans l’enceinte de la Birantha ( [10]), et pendant ce temps, on cherchait à l’effrayer par des éclairs, des coups de tonnerre, et en produisant artificiellement autour de lui tous les effets de la grêle, de la tempête et de la foudre ( [11]).
S’il ne s’en laissait pas trop effrayer, et s’il n’était pas déconcerté, le Menies, ou lecteur des lois, lui lisait les constitutions de la société de Crata Repoa. Il était obligé de promettre de s’y conformer.
Après cette adhésion, le Thesmosphores le conduisait, tête nue, devant l’Hiérophante ; il s’agenouillait ; on lui mettait la pointe d’un glaive sur la gorge, et on lui faisait prêter le serment de fidélité et de discrétion. Il invoquait le soleil, la lune et les astres, pour témoins de sa sincérité ( [12]).
Cet engagement solennel prononcé, on lui ôtait le bandeau de dessus les yeux, et on le plaçait entre deux colonnes carrées, nommées Betilies ( [13]).
Au milieu de ces deux colonnes, étaient couchées une échelle à sept échelons, et une autre figure allégorique, composée de huit portes de différentes dimensions ( [14]). L’Hiérophante n’expliquait pas d’abord au Récipiendaire le sens mystérieux de ces emblèmes ; mais il lui tenait le discours suivant :
« Vous qui venez d’acquérir le droit de m’entendre, je m’adresse à vous : les portes de cette enceinte sont sévèrement fermées aux Profanes, qui ne peuvent y pénétrer ; mais vous, Menès Musée, vous, enfant des travaux et des recherches célestes, écoutez ma voix ; elle va vous enseigner de grandes vérités. Soyez en garde contre les préjugés et les passions qui pourraient vous éloigner du véritable chemin du bonheur ; fixez vos pensées sur l’Etre divin ; ayez-le toujours devant les yeux, afin de mieux gouverner votre cœur et vos sens. Si vous voulez marcher dans la vraie route de la félicité, songez que vous êtes sans cesse en présence du Tout-Puissant, qui gouverne l’univers. Cet Etre unique a produit toutes choses ; il les conserve, et existe par lui-même. Aucun mortel ne peut le voir ; rien ne peut être soustrait à ses regards ( [15]), »
Après ce discours, on faisait passer l’Apprenti sur les degrés de l’échelle, et on lui indiquait à mesure quel en était le symbole fondé sur la métempsycose. On lui enseignait aussi que les noms et les attributions des Dieux avaient une toute autre signification que celle que le peuple y attachait.
Ce grade étant consacré à la physique, on lui expliquait les causes des vents, des éclairs, du tonnerre ; on y comprenait l’anatomie, l’art de guérir et de composer les médicaments.
C’était également dans ce même grade que l’on enseignait aux néophytes la langue symbolique et l’écriture vulgaire des hiéroglyphes ( [16]).
La réception finie, l’Hiérophante donnait à l’Initié le mot d’ordre, à l’aide duquel tous les Initiés se reconnaissaient. Ce mot était Amoun ; il signifiait sois discret ( [17]).
Ils se reconnaissaient encore par un attouchement manuel ( [18]).
On remettait au Récipiendaire une espèce de bonnet terminé en pyramide, et on lui ceignait autour des reins un tablier appelé Xylon.
Il portait autour du cou un collet dont les bouts tombaient sur la poitrine.
Du reste, il était déshabillé pendant la réception.
Il devait garder à son tour la porte des hommes.
Traduit de l’allemand par le Frère Bailleul.
Bailleul éditeur, Paris 1821.
[1] Porphyre, vie de Pythagore
[2] Hérodote, liv.2 - Clément d’Alexandrie, Scromat. 1
[3] Légumes et poissons
[4] Jamblique, de Mysteriis. Pausanias, liv. I, raconte très expressément que ces colonnes se trouvaient dans certains sou terrains prés de Thébes.
[5] L’Introducteur. Les terminaisons des noms en us sont ici, pour la pluplart changées en es et en os, suivant le dialecte égyptien.
[6] Apulée, de Metam., liv. II.
[7] Cicéron, de Legibus, liv. 2, Mysteriis ex agresti imanique vita esculti ad humanitatem, et mitigati sumus.
[8] Voyez l’explication d’une pyramide d’Egypte, où cette action est figurée d’après nature.
[9] Plutarque, in Lacon. Apoph., verb. Lysander.
[10] Histoire du ciel, tome I, page 44.
[11] Eusébe Caesar. Preparat. Evangel. - Clément d’Alexandrie, Admonit. ad Gent.
[12] Alexander ab Alexandro, liv. 5, chap. 10.
[13] Eusébe, Demonst. Evang., liv. I.
[14] Origéne, Cont. Cels., page 34, traduction de Bouchereau.
[15] Eusèbe, Preparat. Evangel., 1-13. - Clément d’Alexand, Admonit. ad Gent.
[16] Jamblique, Vie de Pythagore.
[17] Plutarque, d’Isis et d’Osiris.
[18] Jamblique, Vie de Pythagore.
[30] L’empereur Commode, remplissant un jour cet emploi, s’en acquitta d’une manière tellement sérieuse qu’elle devint tragique.

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