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L’Amour Sous la Volonté

samedi 10 juillet 2004, par Morigane

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Dans son Livre de la Loi, Aleister Crowley écrit cette fameuse phrase : « L’Amour est la seule Loi, l’amour sous la volonté ». Beaucoup la prennent au pied de la lettre, prétendant ainsi régenter l’Amour. Je dis bien « prétendant », car, à mes yeux, croire que l’on peut contrôler un sentiment aussi magique et spontané que l’Amour véritable est une illusion, une chimère. Le contrôle. Vieux fantasme de l’homme, et encore plus de l’homme qui pratique l’Art, quelque soit son nom ou sa forme. Pourquoi vouloir contrôler, régenter, et dénaturer à tout prix cette magie spontanée de l’Amour ? Certains me rétorqueront alors :« Mais si Crowley le dit c’est que c’est possible ». Je répondrai à ces personnes :« Et si vous n’aviez rien compris au texte ? ». Car si on lit un tant soit peu le début du Livre de la Loi, on s’aperçoit que la « sacro-sainte » phrase tant répétée, s’inscrit dans un ensemble, dans un paragraphe, où Crowley fait une distinction nette entre deux types d’amour :

« Invoque moi sous mes étoiles ! L’amour est la loi, l’amour sous la volonté. Ni ne laisse les fous se méprendre sur l’amour ; car il y a amour et amour. Il y a la colombe, et il y a le serpent. Choisissez bien ! Lui, mon prophète, a choisi, connaissant la loi de la forteresse, et le grand mystère de la Maison de Dieu. Toutes ces vieilles lettres de mon Livre sont correctes ; mais Tzaddi n’est pas l’Etoile. Cela aussi est secret ; mon prophète le révélera aux sages. »

Et quelques versets avant, Crowley énonce que « Le mot de la Loi est Thelema ». Or Thelema peut avoir deux sens : Volonté ou ... Désir ! La différence des sens possibles devient alors flagrante, et l’on se dit qu’à prendre la mauvaise traduction, on pourrait bien faire une énorme bourde. Que la Loi soit Volonté ou Désir n’est pas du tout la même chose. Alors que comprendre ?

Si on se penche un peu sur le personnage de Crowley, on s’aperçoit qu’il aimait les boutades, surtout à l’encontre de ses élèves à qui il racontait parfois les pires « poissons d’Avril » avec l’air du plus grand sérieux. C’était aussi un hédoniste, qui s’adonnait au sexe sans complexes ni tabous, et qui en avait fait un outil majeur de sa pratique Magicke. Quand on prend en compte ces paramètres, on peut effectivement se demander si Crowley n’a pas jouer sur les mots, et substitué une des traductions de Thelema par une autre. Ce qui nous donnerait plutôt : « L’Amour est la seule Loi, l’amour sous le désir ». Cela vous semble étrange comme phrase, n’est-ce pas. Pas tant que ça en fait. Car « sous » ne veut pas forcément dire « hiérarchiquement en dessous », et dans le cas qui nous occupe « sous » (« under » en anglais) voudrait plutôt dire « qui sous-tend ». Ce qui impliquerait que l’Amour véritable est la seule Loi, et qu’il doit sous-tendre le désir, sous peine que ce dernier ne soit confondu avec l’amour, et n’en soit qu’un ersatz sans saveur ni odeur, et bien pire, sans magie.

Si cette interprétation est correcte, voila de quoi bouleverser la vision que beaucoup ont de la Magick, et de l’oeuvre de Crowley en général. Pire, voila de quoi bouleverser leur vision des choses. Ne pas contrôler leur vie, ne pas contrôler leurs sentiments ? Voila de quoi donner des frissons de terreur aux « initiés », si attachés qu’ils sont à leur chimère du contrôle.

Vouloir contrôler l’Amour, voila bien une hérésie humaine. Comme si ce sentiment, cette magie, était quelque chose de contrôlable. Comment ne pas comprendre qu’à vouloir contrôler ce sentiment on le tue ? L’Amour ne peut que se vivre, pas se contrôler, car alors il n’existe plus. L’Amour est une magie en soi, vouloir le contrôler c’est le détruire à coup sûr.

Mais la phrase de Crowley peut être interprétée d’une autre façon encore. Si on part du postulat que c’est bien le mot « volonté » que Crowley a voulu mettre, alors l’interprétation de sa phrase pourrait être « l’amour est la seule loi, l’amour sous-tend la volonté ». Ce qui poserait la encore l’Amour comme base de toute magie, puisque Crowley définit la magie comme l’art de faire changer les choses en accord avec sa volonté. Or si l’Amour sous-tend la volonté, alors il sous-tend la magie aussi.

Quelle que soit l’interprétation de cette phrase on en revient à une chose : l’Amour est une magie, il est à la base de la magie elle-même. Alors laissez à d’autres cette chimère du contrôle de l’Amour. Vivez le, vivez sa magie, et arrêtez de vouloir régenter tout ce qui vous concerne. Il y a bien plus de magie dans l’imprévu, et le non contrôlé, que dans ces systèmes rigides de l’ésotérisme qui prétendent faire de notre vie « un long fleuve tranquille » soumis à nos envies.

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1 Message

  • > L’Amour Sous la Volonté

    6 août 2004 22:01, par Spartakus

    « Je sais très bien que le plus petit élan d’amour vrai nous rapproche beaucoup plus de Dieu que toute la science que nous pouvons avoir de la création et de ses degrés. Mais l’Amour qui est une force ne va pas sans la Volonté. On n’aime pas sans la Volonté, laquelle passe par la conscience ; - c’est la conscience de la séparation consentie qui nous mène au détachement des choses, qui nous ramène à l’unité de Dieu. On gagne l’amour par la conscience d’abord, et par la force de l’amour après. Cependant, il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père. Et celui qui jeté sur la terre avec la conscience de l’idiot, après Dieu sait quels travaux et quelles fautes dans d’autres états ou d’autres mondes qui lui ont valu son idiotie ; mais avec juste ce qu’il lui faut de conscience pour aimer, et aimer dans un détachement sans phrase, dans un merveilleux élan spontané ; à qui tout ce qui est le monde échappe, qui de l’amour ne connaît que la flamme, aura moins que cet autre à côté dont le cerveau rejoint la création entière, et pour qui l’amour est un minutieux et horrible décollement. Mais – et c’est toujours l’histoire du dé à coudre – il aura tout ce qu’il peut absorber. Il jouira d’un bonheur fermé, mais qui, remplissant toute sa mesure, lui donnera à lui aussi la sensation d’immensité. Jusqu’au jour où ce pauvre en esprit sera balayé comme les autres choses. On lui retirera son immensité. On nous jugera tous, grands et petits, après notre paradis de délices, après le bonheur qui n’est pas tout, je veux dire qui n’est pas le Grand Tout, c’est-à-dire rien. On nous confondra, on nous fondra jusqu’à l’Un. Un Seul, le grand Un cosmique, qui fera bientôt place au Zéro infini de Dieu ».

    Antonin Artaud, Héliogabale ou l’anarchiste couronné, éditions Gallimard1979.

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