Le Livre Secret d’Artéphius

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Le Livre Secret d’Artéphius. 

LE SECRET LIVRE

DU TRÈS ANCIEN PHILOSOPHE

ARTÉPHIUS

De art occulta, atque lapide philosophorum liber secretus, Paris, 1612.

Traduit en français par Pierre Arnauld, Sieur de la Chevalerie, et imprimé dans Trois Traitez de la Philosophie Naturelle: chez Guillaume Marette.

Artéphius ou Artéfius, sur la vie duquel nous ne possédons aucun renseignement, vécut au XIe siècle. C’est certainement un des Adeptes les plus réputés avec Morien, Nicolas Flamel, Basile Valentin et quelques autres. Artéphius affirme avoir prolongé sa vie bien au-delà de mille ans : « Parvenu à l’âge de plus de mille ans, dit-il, par la grâce de Dieu et l’usage de mon admirable quintessence, j’ai résolu en ces derniers jours de ma vie, de tout révéler au sujet de la Pierre Philosophale, sauf une certaine chose qu’il n’est permis à personne de dire ni d’écrire, parce qu’elle ne se révèle que par Dieu ou par la bouche d’un maître. Néanmoins tout peut s’apprendre dans ce livre, pourvu qu’on ait un peu d’expérience et qu’on n’ait pas la tête trop dure. »

Voici donc le Secret livre de la Pierre Philosophale, ouvrage fort estimé dont il n’existe pas de réédition moderne. Pour en simplifier la lecture, le texte a été mis en français contemporain et, sans nuire au sens exact, débarrassé de certains archaïsmes et répétitions superflues

L’antimoine est des parties de Saturne ayant en toutes ses façons sa nature, ainsi cet antimoine saturnin convient au soleil ayant en soi l’argent vif dans lequel aucun métal ne se submerge que l’or : c’est-à-dire seulement vraiment le soleil se submerge en l’argent vif antimonial saturnin, sans lequel argent vif aucun métal ne se peut blanchir. Il blanchit donc le laiton, c’est-à-dire l’or et réduit le corps parfait en sa première nature, c’est-à-dire en soufre et argent vif de couleur blanche et, plus qu’un miroir resplendissant, il devient le corps parfait qui est de la nature : car cette eau est amiable et aux métaux placable, blanchissant le soleil parce qu’elle contient un argent vif blanc. Et de ceci tu dois tirer un très grand secret, c’est à savoir que l’eau antimoniale saturnine mer curiale et blanche, afin qu’elle blanchisse l’or, ne brûlant point, mais seulement dissolvant et puis après se congelant en forme de crème blanche. Voilà pourquoi le philosophe dit que cette eau fait le corps volatile, parce qu’après qu’il a été dissous et refroidi, il monte en haut sur la superficie de l’eau. Prends de l’or en feuilles ou laminé ou calciné par le mercure, mets-le dans notre vinaigre saturnin mercurial et tires-en le sel armoniac (comme on dit), mets-le dans un vaisseau de verre large et haut de quatre doigts ou plus, et laisse-le là en chaleur tempérée et tu verras en peu de temps s’élever comme une liqueur d’huile surnageant au-dessus, en forme de pellicule; recueille-la avec une cuillère ou en mouillant une plume et ainsi plusieurs fois par jour recueille-la jusqu’à ce que plus rien ne monte, puis fait évaporer l’eau au feu, c’est-à-dire l’humidité superflue du vinaigre et il te restera une quintessence d’or en forme d’huile blanche incombustible dans laquelle huile les Philosophes ont mis plus grands secrets, et cette huile qui est d’une très grande douceur possède d’éminentes vertus pour les plaies.

Tout le secret de ce secret antimonial est donc que par ce dessus nous fassions extraire et tirer du corps de la magnésie l’argent vif non brûlant (et cela est l’antimoine et le sublimé mercurial), c’est-à-dire qu’il faut extraire, une eau vive incombustible, puis la congeler avec le corps parfait du soleil qui se dissout dans cette eau en nature et substance blanche, congelée comme une crème, et faire venir tout cela au blanc. Toutefois, le soleil. en la putréfaction et résolution qu’il fera en cette eau à son début, perdra son éclat, s’obscurcira et noircira, puis s’élèvera sur l’eau et surnagera peu à peu une substance de couleur blanche et, cela s’appelle blanchir le laiton rouge le sublimer philosophiquement et réduire en sa première matière c’est-à-dire en soufre blanc incombustible et argent vif fixe; ainsi humide termine, c’est-à-dire l’or notre corps, par la réitération de la liquéfaction en cette eau, notre dissolution se convertira et réduira en soufre et argent vif fixe, et de cette façon le corps parfait du soleil prendra vie en cette eau dans laquelle il se vivifiera, s’inspirera, croîtra et multipliera en son espèce, comme les autres choses. Car en cette eau il se fait que le corps composé de deux corps, du soleil et de la lune s’enfle, se putréfie comme le grain de blé (en terre), s’engrossit et croît, prenant substance et nature animé et végétable.

Aussi notre eau, notre vinaigre susdit est le vinaigre des montagnes, c’est-à-dire du soleil et de la lune, voilà pourquoi il se mêle avec le soleil et la lune, leur adhérant perpétuellement, et le corps prend de cette eau la teinture de la blancheur et avec elle resplendit d’une lueur inestimable. Qui saura donc convertir le corps en argent blanc médicinal pourra facilement convertir par cet or blanc, tous les métaux en argent fin ou or blanc, comme la lune blanche des philosophes, l’argent vif blanc fixe, l’or de l’alchimie et la fumée blanche. Donc sans notre vinaigre antimonial, l’or blanc de l’alchimie ne peut se faire. Et parce qu’en notre vinaigre il y a double substance d’argent vif, l’une de l’antimoine, l’autre du mercure de l’antimoine, l’autre du mercure sublimé, il y a aussi double poids et substance d’argent fixe vif, et supérieure à l’or en couleur naturelle, poids, substance et teinture.

Donc notre eau dissolvante porte une très grande teinture et grande fusion, car quand elle sent le feu commun elle fait fondre l’or et l’argent vif s’il est en elle et tout aussitôt blanche comme elle est, ajoutant au corps, couler, poids et teinture. Elle est aussi dissolvante de toute chose qui peut se liquéfier, et l’eau visqueuse précieuse, résolvant tous les corps crus en leur première matière, comme en terre et poudre visqueuse, comme en soufre et argent vif. Si donc tu mets dans cette eau tout métal limé ou divisé et le laisses quelque temps en douce et lente chaleur, il se dissoudra totalement et se changera en eau visqueuse et en huile blanche, ainsi qu’il a déjà été dit. Ainsi elle amollit les corps et les prépare à la fusion et liquéfaction, comme elle rend toutes choses fusibles, aussi bien les pierres que les métaux, puis elle leur donne esprit et vie. Donc elle dissout toutes choses par solution admirable et convertira le corps parfait en médecine fusible, fondante, pénétrante et plus fixe en poids et couleur.

Travaille donc avec elle et tu auras ce que tu désires, car elle est l’esprit et l’âme du soleil et de la lune, l’huile, l’eau dissolvante, la fontaine, le bain-marie, le feu contre nature, le feu humide, secret, occulte et invisible, le vinaigre très fort duquel un ancien philosophe a dit : « Le Seigneur m’a montré une eau nette que j’ai reconnu être un pur vinaigre altérant. Vinaigre dis-je pénétratif et instrument conduisant l’or et l’argent à la putréfaction, résolution et réduction en leur première matière. C’est l’unique agent en ce monde pour cet art. »

Or, cette eau est une certaine substance claire comme argent pur, laquelle doit recevoir les teintures du soleil et de la lune, afin qu’elle se congèle et se convertisse avec eux en terre blanche et vive. Car cette eau a besoin des corps parfaits afin qu’avec eux, après la dissolution, elle se congèle, se fixe et se coagule en terre blanche, d’autant que leur solution et leur coagulation, parce qu’ils ont une même opération, et l’un ne se peut dissoudre que l’autre ne se congèle. Et il n’y a aucune autre eau qui puisse dissoudre les corps que celle-là, qui demeure permanente avec eux en nature et forme. Voire le permanent ne peut être que de la même nature que celle de l’autre corps, afin qu’ils ne fassent qu’un.

Donc quand tu verras ton eau se coaguler elle-même avec les corps dissous en elle, sois assuré que ta science, ta méthode et tes opérations sont vraies.

La nature s’amende en sa semblable nature, c’est-à-dire que l’or et l’argent s’améliorent en notre eau, comme notre eau avec ces corps. Aussi cette eau est appelée le moyen et le milieu de l’âme, sans lequel on ne peut travailler. Elle est le feu végétable, animal et minéral, conservatif de l’esprit fixe du soleil et de la lune, le destructeur des corps et le vainqueur qui change les formes métalliques, faisant que les corps ne sont plus corps, mais seulement esprits fixes, convertissant ces formes en substance humide, molle et fluide, qui a vertu d’entrer dans les autres corps imparfaits et se mêler avec eux indivisiblement, les teindre et parfaire, ce que ces corps ne pouvaient pas faire auparavant, car ils étaient secs et durs, et cette dureté n’a pas vertu de teinture, ni de perfection. Donc, bien a propos, convertissons-nous les deux corps en substance fluide, d’autant que même teinture teint plus de mille fois en substance molle et liquide, qu’en sèche. Donc la transmutation des métaux imparfaits est impossible par les corps durs. De cela, il faut faire revenir l’humide et révéler le caché, ce qui s’appelle réincruder les corps, soit cuire et amollir jusqu’à ce qu’ils soient privés de leur corporalité dure et sèche, car le sec n’entre point, ni ne teint que soi-même. Donc le corps sec et terrestre ne teint point s’il n’est teint lui-même, car l’épais terrestre n’entre point ni ne teint jusqu’à ce que son esprit occulte soit tiré et extrait de son ventre par notre eau blanche et qu’il soit fait totalement spirituel, blanche fumée, blanc esprit et âme admirable.

Partant, nous devons avec notre eau atténuer les corps parfaits, les altérer et mollifier, afin qu’après ils puissent être mêlés avec les autres corps imparfaits. Voilà pourquoi quand nous n’aurions autre bénéfice et utilité de notre eau Antimoniale que celui-ci, qu’elle rend les corps parfaits, subtils, mous et fluides selon sa nature, il nous suffit. Car elle réduit les corps à la première origine de leur soufre et Mercure, puis après en peu de temps, moins d’une heure ou d’un jour avec eux nous pouvons faire sur la terre ce que la nature a fait dessous aux mines de la terre en mille années, ce quasi miraculeux. Notre secret final est donc, par notre eau faire les corps volatils, spirituels, et eau tingeante, ayant entrée sur les autres corps. Car elle fait des corps un véritable esprit, parce qu’elle insère les corps durs et secs et les prépare à la fusion, c’est-à-dire les convertit en eau permanente.

Elle fait donc des corps une huile très précieuse et bénigne, qui est une vraie teinture et une eau permanente et blanche, de nature chaude et humide tempérée, subtile et fusible comme de la cire, qui pénètre profondément et teint parfaitement. De cette façon notre eau dissout incontinent l’or et l’argent, faisant une huile incombustible, qui peut alors se mêler dans les autres corps imparfaits. D’autant que notre eau convertit les corps en sel fusible, qui est appelé après par les philosophes Sel Albrot (Alembroth) qui est le meilleur des sels, le plus noble, étant fixe au régime et ne fuyant point au feu. Véritablement il est l’huile de nature chaude et subtile, pénétrante, profondante et entrante, appelée Élixir complet et le secret caché des sages Alchimistes.

Celui donc qui connaît ce sel du Soleil et de la Lune, sa génération ou préparation, et sait le mélanger avec les autres métaux imparfaits, celui-là vraiment connaît un très grand secret de la nature et une voie de perfection.

Ces corps ainsi dissous par notre eau sont appelés argent vif, lequel n’est point sans soufre, ni soufre sans nature des luminaires, parce que les luminaires, le Soleil et la Lune, sont les principaux moyens et milieu en la forme par laquelle la nature passe, parfaisant et accomplissant sa génération. Et cet argent vif est appelé sel honoré et animé, et portant génération et feu, vu qu’il n’est que feu, ni feu, vu qu’il n’est que soufre, ni soufre, vu qu’il n’est qu’argent vif, tiré par notre eau du Soleil et de la Lune et réduit en pierre de grand prix, c’est-à-dire cet argent vif est la matière des luminaires altérée, changée et réduite de l’état vil en noblesse. Note que ce soufre blanc est le père des métaux et leur mère, ensemble il est notre Mercure, la minière de l’or, l’âme, le ferment, la vertu minérale, le corps vivant, la médecine parfaite, notre soufre et notre argent vif, c’est-à-dire soufre du soufre, argent vif de l’argent vif, et Mercure du Mercure. Donc la propriété de notre eau est qu’elle liquéfie l’or et l’argent, et augmente en eux leur couleur naturelle. Elle convertit les corps, de leur corporalité en spiritualité.

C’est elle qui envoie dans le corps la fumée blanche qui est l’âme blanche, subtile, chaude et de grande ignéité. Cette eau est aussi appelée la pierre sanguinaire, aussi est-elle la vertu du sang spirituel, sans lequel rien ne se fait et le sujet de toutes choses liquables, et de liquéfaction, qui convient fort bien, et adhère au Soleil et à la Lune, mais plus au Soleil qu’à la Lune, note bien cela. S’appelle aussi le milieu, pour conjoindre les teintures du Soleil et de la Lune avec les métaux imparfaits. Car elle convertit les corps en vraie teinture, pour teindre les autres imparfaits, c’est une eau qui blanchit, ainsi qu’elle est blanche, qui vivifie, ainsi qu’elle est une âme, et comme dit le philosophe, entre bientôt dans son corps. Car c’est une eau vive qui vient arroser sa terre, afin qu’elle germe et donne du fruit en son temps; ainsi toutes choses naissantes de la terre sont engendrées par l’arrosement.

Donc la terre ne germe point sans irrigation, arrosement et humidité. L’eau de la rosée de Mai nettoie ces corps, les, pénètre comme l’eau de la pluie, les blanchit et fait un corps nouveau composé de deux corps. Cette eau de vie gouvernée avec ce corps le blanchit, le convertissant en sa couleur blanche. Or, cette eau est une fumée blanche, et partant le corps se blanchit avec elle. Il te faut donc blanchir ce corps et rompre tes livres. Et entre ces deux, c’est-à-dire entre le corps et l’eau est désir, amitié et société, comme entre le mâle et la femelle, à cause de la proximité de leur semblable nature : car notre eau vive seconde est appelée Azoth blanchissant le laiton, c’est-à-dire le corps composé du Soleil et de la Lune par notre eau première. Cette eau seconde est aussi appelée l’âme des corps dissous, desquels corps nous avons déjà lié ensemble les âmes, afin qu’elles servent aux sages Philosophes. O combien est précieuse et magnifique cette eau! Car sans elle l’Œuvre ne pourrait se parfaire; aussi est-elle nommée le vaisseau de la nature, le ventre, la matrice, le réceptacle de la teinture, la terre et la nourrice, elle est cette fontaine en laquelle se lavent le Roi et la Reine, et la mère qu’il faut mettre et sceller sur le ventre de son enfant qui est le Soleil, qui est sorti et venu d’elle et qu’elle a engendré. Voilà pourquoi ils s’aiment mutuellement, comme la mère et le fils, et se conjoignent si aisément ensemble, parce qu’ils sont venus d’une même et semblable racine, de même substance et nature. Et parce que cette eau est l’eau de vie végétable, elle donne la vie et fait végéter, croître et pulluler ce corps mort, le fait ressusciter de mort à vie, par solution et sublimation, et en une telle opération le corps est changé en esprit, et l’esprit en corps, alors est faite l’amitié, paix et concorde des contraires, c’est-à-dire du corps et de l’esprit, qui entre eux échangent leurs natures, qu’ils reçoivent et se communiquent indivisiblement, si parfaitement, que le chaud se mêle avec le froid, le sec avec l’humide, le dur avec le mou, et de cette façon se fait la mixtion des natures contraires, à savoir, du froid avec le chaud, de l’humide avec le sec et l’admirable conjonction des ennemis. Donc notre dissolution des corps qui se fait en cette première eau, n’est autre chose qu’une mortification de l’humide avec le sec, d’autant que l’humide se coagule toujours par le sec, car l’humidité se contient et s’arrête seulement par la siccité, se terminant en corps ou en terre. Nos corps durs et secs, mets-les donc en notre première eau, en un vaisseau bien clos là où ils demeureront jusqu’à ce qu’ils montent en haut, et alors ces corps pourront être appelés un nouveau corps, l’or blanc de l’Alchimie, la pierre blanche, le soufre blanc non brûlant et la pierre de Paradis, c’est-à-dire la pierre convertissant les métaux imparfaits en argent blanc et fin. Ayant cela, nous avons aussi tout ensemble, le corps, l’âme et l’esprit, desquels esprit et âme, il est dit, qu’on ne les peut extraire des corps parfaits que par la conjonction de notre eau dissolvante, car il est certain que la chose fixe ne se peut élever en haut que par la conjonction de la chose volatile.

L’esprit donc, moyennant l’eau et l’âme, se tirera des corps, lequel corps se fera non-corps, parce que d’un même instant l’esprit avec l’âme des corps monte en haut, à la partie supérieure, ce qui est la perfection de la pierre et s’appelle sublimation. Cette sublimation (dit Florentin Cathalanus) se fait par les choses aigres, spirituelles et volatiles, qui sont de nature sulfureuse et visqueuse, qui dissolvent et font élever les corps en l’air, en esprit. Et en cette sublimation une certaine partie et portion de notre dite eau première, monte en haut avec les corps, se joignant ensemble, ascendant et se sublimant en une moyenne substance, qui tient de la nature des deux, à savoir des deux corps et de l’eau, et partant cette moyenne substance est appelée le composé corporel et spirituel, Corsufle, Combar, Éthelie, Zandarith et le bon Duenech. Toutefois proprement elle s’appelle eau permanente, parce qu’elle ne fuit point au feu, demeurant perpétuellement jointe avec les corps conjoints, c’est-à-dire avec le Soleil et la Lune, leur communiquant une teinture vive, incombustible et très ferme, plus noble et précieuse que la précédente, parce que cette teinture peut couler sur les corps, tout ainsi que l’huile, perçant et pénétrant tout, avec une fixité admirable, parce que cette teinture est l’esprit, et l’esprit est l’âme, et l’âme est le corps; car en cette opération le corps est fait esprit de nature très subtile, et semblablement l’esprit s’incorpore, et se fait de la nature des corps avec les corps, et ainsi notre pierre contient corps, Ame et esprit. O nature, comme tu changes les corps en esprit! Ce que tu ne pourrais faire si l’esprit s’incorporait avec les corps, et si les corps avec l’esprit ne se faisaient volatils, et puis après permanents. Ils ont donc passé les uns dans les autres et se sont convertis ensemble par sapience, comme tu fais l’or volatil et fugitif, encore que naturellement il soit très fixe. Il faut donc dissoudre et liquéfier ces corps avec notre eau, et avec eux faire une eau permanente, eau dorée, sublimée, laissant au fond l’épais terrestre et superflu sec. Et en cette sublimation le feu doit être doux et lent; car si par cette sublimation en feu lent, les corps ne sont purifiés et les plus grossières parties terrestres (note bien) ne sont séparées de l’immondice du mort, tu ne pourras parfaire l’œuvre. Car tu n’as besoin de cette nature subtile et légère, qui monte en haut des corps dissous, laquelle sera aisément donnée par notre eau si tu travailles doucement, elle séparera l’hétérogène de l’homogène.

Notre composé reçoit donc un nettoiement et mondification par notre feu humide, à savoir, dissolvant et sublimant ce qui est pur et blanc, mettant à part les fèces comme un vomissement qui se fait volontairement, dit Azinaban. Car en telle dissolution et sublimation naturelle, il se fait un choix des éléments, une mondification et séparation du pur de l’impur, de sorte que le pur et le blanc monte en haut, et l’impur et terrestre fixe, demeure au fond de l’eau du vaisseau; ce qu’il faut jeter et ôter, parce qu’il est de nulle valeur, prenant seulement fondante, laissant la, moyenne substance blanche, fluente, fondante, laissant le terrestre féculent qui est demeuré du fond, provenu principalement de l’eau, et ce qui reste en ce fond n’est rien que boue et terre damnée ou condamnée, qui ne vaut rien, ni ne peut valoir jamais, comme fait cette claire matière blanche, pure et nette, laquelle seule nous devons prendre. Et en ce rocher Capharée, le plus souvent le navire et savoir des disciples et étudiants en la Philosophie (comme il m’est arrivé autrefois), périt très imprudemment, parce que les Philosophes, le plus souvent enseignent de faire le contraire, savoir qu’il ne faut ôter que l’humidité, c’est-à-dire la noirceur, ce que toutefois ils disent et écrivent seulement pour tromper les grossiers ignorants, qui d’eux-mêmes sans maître, lecture infatigable, ou prière à Dieu Tout-puissant, désirent emporter victorieusement cette bienheureuse toison d’or.

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