Sur le mystère de ces trente deniers, nous allons réfléchir sous peu de temps, revenons aux propos rapportés par les évangélistes.

Si Judas, comme le prétend Jean, a été le seul à s’indigner du gaspillage compris comme tel par les disciples de Marie de Béthanie alors c’est à Judas seul que le Christ répond : « Si elle a versé ce parfum sur mon corps, c’est en vue de mon ensevelissement« . (Matthieu XXVI, 12) et cela n’est pas sans importance en ce que cette phrase révèle une complicité dans le drame des heures qui vont suivre, entre le Maître et l’Apôtre, parce que, puisqu’il y a ensevelissement du Sauveur comme le révèle le Christ, l’Apôtre s’en va immédiatement vers les grands prêtres leur dire que les temps sont venus où il lui est demandé de livrer le Fils de l’Homme : il y a urgence car il n’est pas dit : « Ce que tu fais, fais le vite » comme le traduisent Jean Grosjean, Segond, l’Ecole Biblique de Jérusalem, Crampon, les moines de Maredsou, mais « ce que tu fais, fais-le plus vite« . (Jean XIII, 27) selon la traduction de l’Abbé Alta dont nous usons pour Jean et les Epîtres de Paul, et avons montré toujours l’excellente traduction en tous nos travaux. (49)

B. L’annonce des prophètes

Nous avons déjà examiné certains aspects prophétiques relatifs à Judas, outre notamment le verset 10 du Psaume 40 « Celui qui mangeait le pain avec moi a levé le talon contre moi » et le sens du nom de l’Apôtre qui pourrait bien provenir de Yehud’el : Dieu soit loué ; complétons en premier lieu notre réflexion sur le nom d’Iscarioth.

Iscarioth pourrait provenir de l’araméen : Iaskar iothé qui signifie celui qui l’a livré, et sans prétendre épuiser dès à présent tous les sens, si l’on ajoute à Yehud’el, Iaskar iothé, on obtient comme signature Dieu soit loué, celui qui l’a livré !… Soit loué (par) Dieu, celui qui l’a livré !

Guillaume de Bourges en son Livre des Guerres du Seigneur rattache Judas Iscarioth à Issakar dont il est fait état dans la Genèse notamment, et Issakar a pour racine sakar, c’est à dire donner un salaire : nous demeurons dans le cadre du mystère de Judas et particulièrement celui de cette prétendue contre partie de trente deniers par lequel bien des sots historiens des idées, et exégètes prétendent expliquer le geste de l’Apôtre.

1. Issakhar

Il convient en premier lieu de citer Genèse XLIX, 14-16. « Issachar est un âne osseux, accroupi entre deux foyers, il voit que le repos est bon et que le pays est agréable, il tend son dos pour porter et il est propre à la corvée d’esclave« .

Et le Targum du Pentateuque révèle ces deux versets en ces termes :

« Issachara porte la charge de la Loi, c’est une tribu puissante connaissant les déterminations des temps ; elle est étendue entre les territoires de ses Frères. Il vit que le repos du monde à venir était bon et que sa portion de la terre d’Israël était plaisante : c’est pourquoi il inclina l’épaule pour s’adonner à l’étude de la Loi et ses frères lui offraient des présents« . (50)

Rachi dans le cadre de son Commentaire du Pentateuque déclare que si Isacchar est un âne osseux c’est parce que c’est « un âne qui a des os. Il porte la charge de la Tora, comme un âne robuste que l’on charge d’un lourd fardeau« . (51)

Elie Munk en la Voix de la Thora rappelle que la fin du verset 14 : accroupi entre deux foyers, selon une sentence du Yalkout des Yéménites peut s’étendre au sens figuré : « Entre les frontières, c’est à dire entre les mystères de la création et celui de la théosophie« . (52)

Et Rachi poursuit son commentaire, « Il a vu que le repos est bon : il a vu que son domaine est une terre bénie, bonne pour produire des fruits. Il a incliné son épaule pour porter le joug de la Thora, et il est devenu pour tous ses frères en Israël un serviteur qui apporte le tribut« . (51)

Il apparaît donc que si comme l’envisage Guillaume de Bourges en son Livre des guerres du Seigneur, la prophétie de Jacob qu’énonce Genèse XLIX, 14-16, se rapporte à Judas Iscariote (53), on doit entendre celle-ci non pas selon la glose maladroite de ce Père, mais selon l’enseignement des maîtres du Judaïsme, et l’Apôtre porte la charge de la Loi qui est un lourd fardeau entre le mystère de la Création et celui de la Sagesse de Dieu qui a pour objet l’union avec la divinité, avec Dieu ; ce fardeau est amené à produire des fruits du fait que Judas est devenu pour tous les hommes le serviteur, l’esclave chargé de la corvée, de la mission, de porter donc à Dieu, le tribut de tous ses Frères, de tous les hommes, en vue de cette Union avec Dieu : l’un des drames de la philosophie chrétienne est la désolidarisation de tous les hommes de la mission de Judas qui a porté en les incarnant, toutes les trahisons des alliances accomplies entre Dieu et Sa Créature.

2. Le Psaume IV

En ses versets 14 et 15 désignerait, selon la Tradition : Judas (54)

« Mais toi, un homme pareil à moi, mon compagnon, mon familier, avec qui nous échangions de douces confidences dans la Maison d’Elohim, en nous promenant avec animation !« . Si ces versets désignent l’Apôtre, il convient comme toujours, une fois de plus, d’être honnête et d’inclure ces versets dans le contexte qui leur appartient :

« Ce n’est pas un ennemi qui m’outrage, je les supporterais, ce n’est pas celui qui me hait qui se dresse contre moi, je me cacherais de Lui ; mais toi, un homme pareil à moi, mon compagnon, mon familier, avec qui nous échangions de douces confidences dans la Maison d’Elohim, en nous promenant avec animation ! Que sur eux fonde, qu’ils descendent vivants au Shéol, puisque le mal est à demeure dans leur sein ! » (Ps. LV, 13-17)

L’exégète est obligé de reconnaître que si Judas désigne le compagnon ; le mal et la « malédiction » du Shéol ne le concernent pas ; le verset 16 désigne non point l’Apôtre mais l’humanité en ce qu’il exprime un pluriel.

Si l’on doit admettre que Judas est évoqué par le verset 14 alors on doit reconnaître aussi que ce verset exprime non pas une condamnation mais une plainte que l’on doit relier à cet autre verset des Psaumes (Psaumes LXXXVIII, 19) :

« Tu as éloigné de moi amis et compagnons, mes familiers tu les as écartés » et cette plainte est celle de la séparation, et Judas se trouve écarté, séparé de la condamnation du verset 16!

« Il aurait été bon pour cet homme de ne pas naître » déclarent Matthieu XXVI, 24 et Marc XIV, 21, qui témoignent d’une importance nuance devant le témoignage de Luc XXII, 22 : « Malheur à l’homme par qui il est livré« .

L’état de péché dans lequel se trouve l’humanité s’apparente à la ténèbre et le Christ déclare avec regret : « Il aurait été bon pour cette humanité de ne pas naître au péché, de n’être pas dans le péché, et le péché de n’être pas« .

C’est là que réside le troisième élément de la nuit évoqué par Jean, et cette parole du Seigneur si elle devait s’appliquer à Judas ; Marcel Pagnol en a relevé alors le sens quand il fait dire en sa magnifique pièce, à l’Apôtre :

Judas (il crie) : « Mieux vaudrait pour moi n’être jamais né ! C’est ma plainte depuis le Calvaire ! C’est la parole que l’on dit devant un aveugle, un paralytique, la parole de la pitié devant le malheur innocent ! Et tu oses dire qu’il m’a condamné ? Il le savait, que j’étais marqué entre tous les hommes, et que Dieu me sacrifiait… Merci, mon maître, mon divin Sauveur… » (55)

Parce que Judas synthétise et actualise la rupture successive des Alliances dans la Récapitulation de l’Histoire de cette Création, la parole que rapportent Matthieu et Marc est en mesure de se rattacher aux malédictions qu’énonce l’Ecriture ; mais il convient alors d’unir l’individuel et le collectif, l’unité et l’universel de cette « malédiction » par ce rappel qu’énonce l’autre Apôtre :

« Vous savez ce qui est écrit : « Malédiction sur celui qui manquera d’observer tout ce qui est prescrit par la Loi ». Il est donc manifeste que personne n’est juste devant Dieu selon la Loi, et que le juste vivra par la Foi. La Loi au contraire n’est pas affaire de foi, mais « qui la pratiquera vivra par elle ». Aussi le Christ nous a-t-il rachetés de la malédiction, de la Loi en subissant pour nous la malédiction, selon ce qui est écrit : « Maudit celui qui est pendu au bois« . (Galates III, 10-14)

La « malédiction » de Judas s’avère nécessaire pour que le christ nous rachète de notre malédiction et si ce relèvement s’opère le matin de la résurrection, la nuit de Jean XIII, 30 représente le temps antérieur de notre malédiction, qui est notre nuit.

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