Accueil » Kabbale » Etudes Kabbalistiques » Les Mystères de Bérèshit

2/ Au commencement de… , le texte ne dit pas au commencement de quoi. C’est pourquoi le midrash rapporté par Rachi propose comme lecture du verset Bé = bichevil, à cause d’un rèchite, et rèchite s’explique par Torah et Israël. En d’autres termes, à cause de la Torah et d’Israël, Dieu créa.

Mais le Targoum Yérouchalmi (Traduction araméenne de Jérusalem) traduit avec sagesse Dieu créa… car le verset Téhillim III, 10. dit : rèchite, le début de la sagesse, c’est la crainte de l’Éternel.

Selon le Targoum, l’intention divine qui a présidé à la création est la sagesse autrement dit la crainte de l’Éternel. Aussi pour le Zohar, l’anagramme de Bérèchit, est-il yéra Chabbat, crains le Chabbat. Et qui craint le Chabbat craint le Créateur. Le but de la création est donc que les créatures craignent l’Éternel.

Èlohim, au début, Dieu avait l’intention de créer le monde par la rigueur divine, middate ha-dine, mais comme il a vu que le monde ne pouvait tenir sur la justice stricte, il lui a associé la miséricorde, middate ha-rahamim. Aussi le texte dira-t-il par la suite Bérèchit 2, 4. : « Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés ; à l’époque où l’Éternel, miséricorde, Dieu, justice, fit une terre et un ciel. »

Toujours est-il impossible de penser qu’un changement ait pu intervenir au niveau de la volonté divine. Celle-ci a toujours voulu diriger son monde selon middate ha-dine qui continue d’ailleurs à s’appliquer aux tsaddiqim, en raison de leur aptitude à assumer à accepter la rigueur divine. S’agissant des réchaîm, incapables d’y faire face, le Créateur consent à lui adjoindre clémence et miséricorde. C’est pourquoi il a été donné au rachâ, la possibilité de s’amender et faire un repentir. Car si le monde était dirigé seulement par middate ha-dine, il n’y aurait pas eu de place aux réchaîm.

Lisons ce que dit Albert Soued : « ‘Au commencement’ est la traduction généralement admise du premier mot biblique ‘béreshit’ qui commence par une grande lettre ‘bet’ , la maison. En effet toute la Bible et par conséquent, toute la création est contenue dans cette ‘grande maison’ ». La qabalah donne d’autres interprétations telles que ‘l’alliance du feu’ ou ‘brit esh’, expression constituée des mêmes lettres que le mot ‘bérèshit’ , mais celles-ci sont disposées autrement. Ainsi au commencement, la première alliance fut conclue, l’alliance du feu entre le créateur et lui-même. Dans le même esprit, la qabalah propose de lire le premier mot de la Bible, ‘bara shit’ ou ‘Il créa six’ (les six directions de l’espace : droite/gauche, avant/arrière, haut/bas), ou ‘il créa le manteau ou le fondement’.

On peut proposer également de décomposer le mot « béreshit » en quatre composantes : « bara »(bet/resh/aleph), « shin », « yod », « taw », soit « il créa le feu, le germe de vie, le signe ».

Un autre agencement serait le suivant : bar-yod-taw-esh. « Bar » (bet-resh) est l’engendrement vers l’extérieur de quelque chose, généralement une descendance, un fils, qui est appelé « bar » en araméen. L’engendrement ici est le « yod », la lettre ou la semence à partir de laquelle le monde fut créé. Il reste « taw », le signe et« esh » (aleph-shin), le feu. Ainsi « béreshit » peut être interprété comme une extériorisation, la création d’un point de départ, la lettre yod, dont le signe est le feu. La lettre de feu serait alors le yod.

Un autre arrangement des six lettres de « béreshit » serait yésh (yod-shin) bara (bar aleph) taw ou « le »il y a« créa un signe ». Il s’agit alors de l’engendrement de quelque chose ayant une certaine consistance, un signe, à partir de l’unité « aleph ». En fait, ces deux derniers arrangements des lettres du premier mot de la Bible se rejoignent car la maison « bet » abrite une unité/dualité.

LIRE
Aleister Crowley & l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée

Parmi celles proposées par la qabalah, cette méthode d’analyse d’un mot est classique. Il y a de nombreuses autres combinaisons des six lettres du premier mot de la Bible, théoriquement sept cent vingt. Il serait fastidieux de les produire, d’autant que la majeure partie ne donne pas de sens directement compréhensible.

On citera néanmoins des expressions telles que : il y a une lumière dans le signe, il montre le signe en moi, chant du désir et un chant du signe est arrivé (Albert Soued – 1985)

3/ Le mot Élohim traduit par Dieu est un pluriel, mais le verbe « créa » est au singulier. N’est-il pas naturel de chercher à comprendre ce fait étrange ?

Le nom hébreu pluriel Élohim marque pourtant une différence fondamentale avec le Allah singulier des musulmans. Il indique que le vrai Dieu est une pluralité dans l’unité et non une personne unique. C’est ce que confesse, souvent sans le savoir, tout Juif qui récite : « Schma Israël, Adonaï Elohinou Adonaï Ehad » : « Ecoute, Israël, l’Eternel nos Dieux est un Eternel UN ».

Quiconque admet que la Bible est la Parole de Dieu ne doutera que le fait de trouver trois fois le nom de Dieu dans cette phrase, deux fois au singulier et une fois au pluriel soit sans importance ! D’autre part, il est intéressant de remarquer qu’il n’est pas dit : « l’Éternel notre Dieu est un Dieu unique », mais plutôt « un Dieu UN ».

Unique en hébreu est Yahid, ici il y a Ehad, UN. Ce même mot que Dieu emploie lorsqu’il dit : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une chair UNE. Le mystère de la Trinité de Dieu dans l’unité est évidemment bien au-delà de celui de l’unité entre homme et femme dans un mariage, cependant Dieu n’emploie aucun mot au hasard dans sa Parole et nous incite ainsi Lui-même à méditer ce rapprochement.

A propos d’Elohim encore , voici un extrait de La kabbale, chemin d’Eveil (JLC-CEH), extrait du chapitre 10 : « La réponse du Tsim-Tsoum » :

(…) ELOHIM est Tout. Le nom d’ELOHIM est formé par le mot ELEH qui se réfère à l’Etre et par le pluriel IM dont la valeur numérique (iod 10 + mem 40 = 50) est la même que celle du mot « tout », KOL ( kaf 20 + lamed ). Élohim est CE QUI EST ( Eleh ) TOUT ( kol ). Élohim est UN (Eleh) et MULTIPLE (im). Par ailleurs, Élohim et la Nature ne sont pas séparés, puisque la valeur numérique de ELOHIM ( 1 + 30 + 5 + 10 + 40 = 86 ) est identique à celle de HA-THEVA, « La Nature » ( hé, teth, beth, ayin = 5 + 9 + 2 + 70 = 86 ). On peut dire la même chose concernant l’homme, car si nous prenons la première et la dernière lettre d’ELOHIM, selon les procédés du Notarikon, nous obtenons le mot EM (aleph, mem) qui signifie « Mère » et constitue l’un des Noms traditionnels de la Schékinah. Or, les lettres restantes, lamed, hé, iod, celles qui demeurent au sein de la Mère dans le Nom d’ELOHIM, ont pour valeur numérique 45 ( 30 + 5 + 10 = 45 ) qui est identique à celle de l’homme : ADAM ( aleph 1 + daleth 4 + mem 40 = 45 ). Au coeur de la Présence Divine (Schékinah), l’homme est Élohim.

« ELOHIM ATEM », déclare le Psaume 82 : « Vous êtes des Dieux ». Est-il possible de dire que le Dieu de la kabbale est Celui du théisme classique, du monothéisme, du panthéisme ?

B – Ète ha-chamayim wé-ète ha-arèts

Ces deux éléments ciel et terre ont été créés au début de la création. Pourtant chamayim, se décompose en èche, feu et mayim, eau ! Pourquoi le texte ne donne-t-il pas d’information sur la création de ces deux éléments constitutifs des cieux ?

LIRE
Ibn Wahshiyya et la magie (1)

Ete ha-chamayim, or ha-Hayim, réfutant l’explication de Bérèchit comme étant au commencement de la création du ciel et de la terre tente de montrer la grandeur du Créateur qui, par le premier verbe, la première parole Bérèchit, avait tout créé. En effet, le contraire serait impossible à comprendre étant difficilement en accord avec le texte. Car chamayim est déjà composé de Èche, feu, et mayim, eau, deux éléments qui n’étaient point jusqu’alors créés. Il cite à l’appui le texte du décalogue Chémot 20, 1. : Alors Dieu prononça toutes ces paroles, c’est-à-dire, Il avait dit en une parole tous les dix commandements ce qu’aucune bouche ne peut exprimer. Tout ce que le Créateur avait l’intention de créer le fut à la première parole qui est Bérèchit. Aussi le ète, qui accompagne les cieux et la terre signifie ainsi que tout ce qu’ils renferment. Mais si Dieu avait procédé à d’autres créations durant les jours suivants, ce fut surtout pour mettre de l’ordre dans son monde. Il en veut pour preuve le texte Bérèchit 2, 13. :

« Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu’en ce jour il se reposa de l’oeuvre entière qu’il avait créée [le jour de la création] et organisée [pendant les six jours]. »

Or ha-Hayim explique ainsi l’emploi de Bérèchit. Se basant sur le texte Téhillim 33, 6. : Par la parole de l’Éternel les cieux se sont formés, par le souffle de sa bouche, toutes leurs milice, il se demande comment nos Maîtres peuvent-ils affirmer que les créatures célestes ont été créées au deuxième jour pour éviter à l’homme l’erreur de dire qu’elles ont contribué à la création du monde. Le texte stipule, en effet, qu’elles ont été créées par le souffle de sa bouche qui, lui, est antérieur et précède la parole. Mais Bérèchit dont le sens est aussi parole divine atteste que le Créateur a usé de la parole avant le souffle afin que les êtres célestes ne puissent pas dire qu’ils ont participé à la création. Au début, les cieux et la terre furent créés par la parole ce n’est qu’ensuite que furent créés les êtres célestes par le souffle qui précède normalement la parole.

Or, la terre n’était que solitude et chaos ; des ténèbres couvraient la face de l’abîme, et le souffle de Dieu planait sur la face des eaux.

La terre était solitude et chaos, quel besoin de nous renseigner sur ce que la terre était avant la création de la lumière ?

À partir des six jours de la création, le monde n’a pas subi, il est vrai, de changement. Le soleil continue toujours à se lever à l’Est et se coucher à l’Ouest. Cette information devient nécessaire car si les réchaîm contribuaient par leurs mauvaises actions à jeter le monde dans le chaos, ce ne sera nullement un changement ni une nouveauté. Ce sera seulement le retour du chaos originel. L’ordre de la Création ne sera maintenu que si Israël et les tsaddiqim consentent à jouer ce rôle par leur conduite et par l’étude de la Torah.

C – Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.

Et la lumière fut, Pour quelle raison n’a-t-on pas dit et ce fut ainsi comme pour la plupart des choses créées ? Dans ce texte il est écrit cinq fois le terme Or, et dans le texte traitant des luminaires, le quatrième jour, il est dit cinq fois Maor. Pourquoi ? Rambane remarque, en effet, l’emploi de l’expression et la lumière fut au lieu de ce fut ainsi. L’expression ce fut ainsi suggère, dit-il, que la lumière initiale de la création est celle que nous avons en ce moment alors qu’elle n’a été en service que jusqu’au quatrième jour de la création, jour où furent créés les luminaires.

LIRE
Ehyeh Ascher Ehyeh

Rachi dit que cette lumière ne devait pas être au service des réchaîm, c’est pourquoi Dieu l’avait mise en réserve pour la fin des temps.

C’est cette voie qu’emprunte, Maor Wa-Chèmèche. La Torah évite de préciser ce fût ainsi pour ne pas risquer de voir les réchaîm utiliser cette lumière destinée aux seuls tsaddiqim.

Ainsi pour cette raison trouvons-nous cinq fois le terme or, lumière, le premier jour et, parallèlement cinq fois le terme maor, luminaire, le quatrième jour pour préciser que la lumière qui est en service, celle produite par le soleil, la lune et les étoiles, n’est que le reflet de cette première lumière qui est gardée en réserve pour les tsaddiqim.

Dieu considéra que la lumière était bonne, et il établit une distinction entre la lumière et les ténèbres.

Il établit une distinction entre la lumière et les ténèbres.

Cette information paraît de prime abord inutile puisque le jour sera le règne de la lumière et la nuit celui des ténèbres. Pourquoi alors l’avoir mentionnée ?

Rachi explique qu’il n’est point convenable ni esthétique que la lumière et les ténèbres servent confusément.

Mais Sforno, souligne, tout en étant d’accord avec l’opinion de Rachi, que le jour et la nuit connaissent une distinction, pendant les quatre premiers jours, par la seule volonté du Créateur. Pendant ces quatre jours, la durée du jour et de la nuit a été marquée non par l’exercice du soleil et de la lune qui n’étaient pas en fonction, mais par la volonté divine.

Dieu appela la lumière Jour, et les ténèbres, il les appela Nuit. Il fut soir, il fut matin, un jour.

D – Yom èhad, un jour.

Pourquoi ne pas employer yom richone, premier jour, comme pour les autres jours où le nombre ordinal est employé ?

En ce premier jour, Dieu était unique en son monde. Kéli Yaqar, souligne qu’il faut absolument affirmer l’unicité de Dieu créateur du jour et de la nuit pour combattre les croyances manichéennes qui enseignent l’existence d’un dieu créateur de la lumière distinct du créateur des ténèbres, dieu du mal distinct du dieu du bien.

Pour les Hébreux et les kabbalistes, Dieu est èhad, unique. Il ne saurait exister d’autres divinités. Au-delà du récit de la Création, la Torah vise de nous imprégner de l’existence de Dieu et de Sa Providence. Aussi dans nos prières devons-nous mentionner le jour comme la nuit que Dieu est le créateur à la fois du jour et de la nuit, de la lumière et des ténèbres.

Les Mystères de Bérèshit par Spartakus FreeMann.

Image par Brigitte Werner de Pixabay

Rejoindre la Communauté d'EzoOccult sur Facebook

Le Groupe Facebook a pour but de réunir les lecteurs du site et de la page afin d'échanger sur les sujets qui nous tiennent à coeur.

Cet article vous a plu ? N'hésitez pas à vous abonner à notre lettre d'information pour être tenu au courant de nos publications.

Rejoignez les 8 506 autres abonnés

S’abonner
Notifier de
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

3 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires