Von Hund et la Stricte Observance Templière par Papus.

L’histoire de la Stricte Observance, dans ses diverses manifestations, est utile à connaître pour les Martinistes, car on a quelquefois confondu, à cause de la mise en jeu des Supérieurs Inconnus, ce régime avec le Martinisme, ce qui est une erreur.

Nous laisserons de côté, dans cette étude, toute polémique et toute réponse à des attaques dont le Martinisme n’a guère à se soucier. Il en a vu bien d’autres, et il ne s’en porte pas plus mal, au contraire les chevaliers laïques du Christ sont assez aidés dans tous les plans, pour venir à bout de leur tâche. Occupons-nous donc, pour l’instant, de l’histoire de l’œuvre de réalisation de von Hund, en nous appuyant sur des travaux publiés en Allemagne, qui nous permettront d’éclairer certains points, laissés obscurs par les auteurs qui se sont occupés, en France, de cette question.

Biographie

Charles Gotthelf von Hund est né en 1722. Sa famille (Hund et Alten-Grotkau) était une des plus anciennes de la Silésie. On la trouve mentionnée dans des chartes dès l’an 1300, et en 1480 un burgrave de Glatz portait le nom de Hund et Alten-Grotkau.

À l’époque de la guerre de Trente Ans, Wenceslas von Hund et Alten-Grotkau était président du tribunal de Liegnitz. Les ravages de la guerre et de la peste le forcèrent à abandonner ses biens pour chercher un refuge à Fraustadt. Pendant cette émigration, il perdit sa femme. De retour à Liegnitz, il trouva ses terres dévastées, et dut, au moment de les remettre en valeur, s’enfuir de nouveau en Pologne, en abandonnant la Silésie à une nouvelle invasion. Il mourut de misère en 1637, laissant quatre fils.

L’aîné, à force de courage et d’intelligence, remit en valeur les biens paternels, mais il mourut à trente-trois ans, non marié. Ses trois frères fondèrent, par contre, trois nouvelles branches de la famille, et c’est à l’aînée de ces branches qu’appartient l’homme qui nous intéresse.

Charles Gotthelf de Hund était mineur quand son père mourut. En entrant dans le monde, il possédait les terres de Moenau, Kittlitz, Rauden, Metzdorf, Berwalde, Ober-Gebelzig, Klein-Foerstchen, Jerchwitz, Lierka, et Nuder Gobelzig.

Fils unique, il fut l’objet des soins tout particuliers de la part de sa mère et de son tuteur. C’est ainsi qu’on le laissa téter jusqu’à l’âge de neuf ans, et « plus tard encore, sa mère, quand elle rencontrait quelque part une nourrice vigoureuse et saine, lui faisait donner le sein par cette femme ».

En 1737, il alla suivre les cours de l’Université de Leipzig, et en 1739 il commença à voyager sous la tutelle du colonel de Schoenberg ; il avait dix-sept ans. À la suite de son amour pour la fille de son tuteur, amour terminé par la mort prématurée de la jeune fille, le jeune seigneur fit le serment de ne pas se marier.

En 1741, à dix-neuf ans, il vint à Paris, où il embrassa en secret, et, paraît-il, pour plaire à une grande dame, le catholicisme.

En 1742, nous le trouvons à Francfort, où il assiste au couronnement de l’empereur Charles VI, et où l’Électeur de Cologne le nomma Chambellan. Il paraît qu’il n’a jamais eu droit au titre de baron dont l’ont décoré la plupart des historiens.

Von Hund et la franc-maçonnerie

À l’âge de vingt ans, le 20 mars 1742, il se fait recevoir dans la loge maçonnique de Francfort. Cette loge appartenait au système de Clermont [1], et, comme telle, se vouait à la réalisation et à la continuation de l’œuvre des Templiers, en même temps qu’à la défense des Stuart [2].

En 1743, de Hund fut reçu Templier et fut présenté au Prétendant. En même temps, il était nommé, dans une réunion tenue à Maëstricht, grand maître de l’Ordre pour la province de Basse-Allemagne. C’est alors qu’il entra en relation avec Henri Marshall, grand maître pour la province de la Haute-Saxe, qui avait reçu son diplôme de lord Darnley, grand maître pour la province d’Angleterre.

Le chef suprême de tout l’Ordre était alors Charles Stuart, le Prétendant, et son titre secret était eques a penna rubriz.

Ces détails sont nécessaires, pour montrer que Hund a été un réalisateur d’un ordre déjà existant, à l’extension duquel il a consacré sa fortune et sa vie, et non pas un imposteur, comme ont voulu le faire croire certains auteurs profanes ou simples maçons que l’illuminisme épouvante partout où ils le rencontrent.

Grâce à la collaboration de Hund et de Marshall, l’Ordre prit vite une grande extension. L’obéissance absolue, à laquelle étaient astreints les membres, lui fit donner le nom de Stricte Observance. Plus tard nous aborderons, si nous en avons le loisir, l’étude des divisions et des enseignements de cet Ordre, ainsi que des divers détails des réceptions et des grades.

Notons seulement un fait : c’est le nom latin désignant chacun des chevaliers de l’Ordre. C’est une remarque importante, car cela nous permettra, à tout moment, de différencier les Templiers des Martinistes qui conservaient toujours leur nom personnel. C’est ainsi que Hund était eques ab ense.

Voici quelles furent les loges principales, fondées sous l’impulsion de Hund et de Marshall, et leur siège :

  • À Dresde ;
  • À Leipzig ;
  • Dessins (1742).
  • À Sachsenfeld, loge aux Trois Roses, fondée en 1743 par le comte Solms Sachsenfeld (1708-1789)
  • À Naumbourg, loge des Trois Marteaux (rétablie en 1754).

Les provinces eurent plusieurs distributions dont voici les deux principales :

1° Division :

  1. Aragon
  2. Auvergne
  3. Languedoc
  4. Léon
  5. Bourgogne
  6. Grande-Bretagne
  7. Basse-Allemagne
  8. Italie
  9. Grèce

2e division :

  1. Basse-Allemagne.
  2. Auvergne
  3. Languedoc
  4. Italie
  5. Grèce
  6. Autriche
  7. Lombardie
  8. Russie
  9. Suède

À cette époque, l’Allemagne était le centre de culture d’une foule de systèmes plus ou moins maçonniques, relatifs aux hauts grades. Et ici, qu’on me permette une parenthèse. Me suis-je assez fait traiter d’ignorant et d’imaginatif, pour avoir osé présenter Ramsay comme l’ardent disciple de Fénelon (Martinisme et Franc-Maçonnerie, p. 11) ! Ignorant, je le suis, car j’ai la certitude de ne rien savoir, et cette certitude s’accroît avec les années. Imaginatif, j’espère l’être aussi. Mais, dans le cas actuel, les flèches de la critique doivent atteindre M. Matter et son si bel ouvrage sur Fénelon qui m’a été d’un précieux secours.

À côté de la Stricte Observance, voici, avec les dates, les systèmes alors répandus en Allemagne :

  • 1755 : système Rosaïque, propagé en Allemagne et en Suède, de 1755 à 1761, par Rosa. Voué à l’étude de l’Alchimie, de la Théosophie, de Cosmosophie et de Mécanique.
  • 1756-1787 : Loge des Architectes Africains, fondée à Berlin par Kippen. Voué à l’étude de l’histoire des Sociétés secrètes.
  • Loge des Illuminés.
  • Loge des nouveaux Rose-Croix (Schrepfer et Woelmer).
  • Loge des Frères Asiatiques, créée, en 1780, en Autriche (B. Ecker d’Eckhofen ; Bohemann, fondateur de la communauté).
  • Loge des frères de la Croix, fondée, en 1777, en Silésie.

Cette invasion de systèmes divers devait forcément amener de graves difficultés au malheureux réalisateur, d’après la loi : l’initié tuera l’initiateur. Cela ne manqua pas d’arriver. Un comptable, émigré en Allemagne à la suite de gros déficits, appelé Becker ou Leucht, que certains auteurs considèrent comme d’origine juive, et qui prenait le nom de Johnson a Fuhnen, prétendit avoir été envoyé par les chefs suprêmes d’Écosse, avec le titre de grand prieur.

PREMIER CONVENT. Hund convoqua, en 1764, à Altenberg, près Kahla, un premier convent de l’Ordre, pour étudier la validité des affirmations de Becker. En faisant cela, il commettait, à notre avis, une grande faute ; car il introduisait dans son Ordre basé sur l’Illuminisme les procédés profanes des parlements, c’est-à-dire l’action de l’inférieur sur le supérieur. Les résultats ne se firent pas longtemps attendre.

Becker prit la fuite avec la caisse. Arrêté, pour d’autres faits, à Magdebourg, il fut mis en prison, et y mourut en 1775.

Les frères de l’Ordre, tout heureux d’être appelés à censurer leurs directeurs, demandèrent de nouvelles lumières sur une foule de faits, et la division commença.

Un parti suivit Hund et persévéra dans son œuvre de réalisation. Ce fut la majorité. Mais un autre parti, bien que peu nombreux, se révolta sous la direction du chirurgien-major Ellermann, et, avec l’aide de Zinnendorf (Eques a Iapide negro), fonda en 1766 un système très sévère, bien que portant le nom d’Obéissance Relâchée ou Late Observance. Ce système, après lequel ont très longtemps fonctionné un grand nombre de loges maçonniques de la Prusse et du Mecklembourg, adopta presque entièrement les formes du rite suédois.

CONVENT DE 1772. La majorité, sous la direction de Hund, convoqua un nouveau convent en 1772, à Kahla. Dans ce convent, le duc Charles de Brunswick (mort en 1780) fut élu grand maître, et l’on commença à rogner les pouvoirs du réalisateur de l’Ordre, Hund, qui resta seulement à la tête de la direction de la Haute et de la Basse-Saxe.

C’est là qu’un nouveau schisme se produisit sous l’influence de Gugumos (Eques a cygne triumphante) qui se donnait pour un ancien envoyé du Saint-Siège dans l’île de Chypre, et qui groupa autour de lui un grand nombre de fidèles.

CONVENTS DE WIESBADEN, DE BRUNSWICK, DE WOLFENBUTTEL. Un nouveau couvent, convoqué à Wiesbaden, le démasqua. Mais un frère très important de l’Ordre, Jean-Chrétien Shubart (Eques a struthione), fatigué de ces discussions, se retira avec éclat, d’où convocation de nouveaux convents à Brunswick (1775) et à Wolfenbuttel (1778). En même temps, le grand aumônier Stark, de Darmstadt (Eques ab aquila fulva), se mit à combattre, de toutes ses forces, l’origine dite templière de l’Ordre.

Le pauvre de Hund n’avait pu résister à toutes ces secousses et à toutes ces petites infamies. Il avait dépensé pour son œuvre plus de 500 000 thalers, il avait vendu toutes ses terres, et avait transformé la dernière en une rente viagère, que lui servait le comte Roeder de Koenigsbrück.

En 1776, il s’était rendu à Meiningen. Il y mourut, le 8 novembre, à l’âge de cinquante-quatre ans.

Quant à son Ordre, il eut comme grand maître, à dater de 1783, le duc Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick, qui avait succédé à son père, mort en 1780.

Le duc Ferdinand de Brunswick, qui devait jouer un si grand rôle dans l’histoire de l’llluminisme, convoqua le couvent de Wilhemsbad, d’où sortit le régime rectifié, que suivent, encore aujourd’hui, plusieurs loges.

Les anciens partisans de la Stricte Observance élurent, à Turin, un nouveau grand maître, Vernez, qui ne put jamais établir son influence en Allemagne.

Conclusions

Telle est l’histoire de ce réalisateur. Nous avons négligé d’émailler ce récit de notes informant le lecteur des erreurs commises par les biographes de Hund, que les uns appellent baron, et dont d’autres ne connaissent pas la famille. Notre mérite est en effet absolument nul ; car nous avons résumé des documents plus complets que les autres, et voilà tout. Tant que nous n’avons pas eu ces documents, nous avons fait les mêmes erreurs que d’aucuns, et c’est ce qui se passe, encore aujourd’hui, pour les biographes de Saint-Martin et de Willermoz.

Ce qu’il importe, en terminant, c’est de faire remarquer aux Martinistes qu’ils doivent se garder de confondre la chevalerie chrétienne, fondée par Claude de Saint-Martin, et dont les preuves de transmission existent, toutes imprimées à différentes époques, avec la Stricte Observance d’une part, et les llluminés de Weishaupt de l’autre. Certains Martinistes, comme Willermoz, ont fait partie des deux Ordres, comme d’autres Martinistes ont fait partie des loges ordinaires.

Mais ce que l’histoire dira un jour, c’est que, chaque fois qu’un Martiniste est entré dans un autre Ordre ou dans la simple Maçonnerie, soit dans l’antiquité, soit de nos jours, il a toujours marqué son passage par des œuvres originales. Les archives de l’Ordre seront plus tard bien instructives quand elles montreront les engagements signés de la plupart des écrivains maçonniques contemporains, même de ceux qui attaquent leur centre d’initiation. Que les futurs critiques par donnent à ces adversaires d’un jour leurs actes, comme nous les leur pardonnons d’après les principes vraiment chrétiens de l’Ordre, et que la vie de ce malheureux de Hund serve d’exemple aux réalisateurs futurs !

Plus sur le sujet :

Von Hund et la Stricte Observance Templière par Papus

L’Initiation, décembre 1900.
Image : 3SchluesselLoge / CC BY-SA

[1] Certains prétendent que l’ordre des Templiers dans sa forme combattante avait réellement disparu, mais que son clergé se serait réfugié en Écosse, où il aurait été enté sur la franc-maçonnerie. Ce système templier, fut créé de 1735 à 1740 et son siège principal était à Paris, au collège de Clermont des jésuites, il prit le nom de système de Clermont.

[2] La plupart des Loges Jacobites ont pratiqué le système Templier, système adapté spécialement aux hommes  d’action, et essentiellement aristocratique. Le Templier moderne n’a jamais été un démagogue; il est plus vraiment anticlérical et surtout antipapiste qu’ennemi de la Royauté.

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