Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 9 janvier 2016

La Momie attachée & Pour en finir avec le jugement de Dieu, par Antonin Artaud

La Momie Attachée

Tâtonne à la porte, l’œil mort et retourné sur ce cadavre, ce cadavre écorché que lave l’affreux silence de ton corps.

L’or qui monte, le véhément silence jeté sur ton corps et l’arbre que tu portes encore et ce mort qui marche en avant.

Vois comme tournent les fuseaux dans les fibres du cœur écarlate, ce grand cœur où le ciel éclate pendant que l’or t’immerge les os

C’est le dur paysage de fond qui se révèle pendant que tu marches et l’éternité te dépasse car tu ne peux passer le pont.

Pour en finir avec le jugement de Dieu

Tutuguri Le Rite du Soleil Noir

Et en bas, comme au bas de la pente amère, cruellement désespérée du cœur, s’ouvre le cercle des six croix, très en bas, comme encastré dans la terre mère, désencastré de l’étreinte immonde de la mère qui bave.

La terre de charbon noir est le seul emplacement humide dans cette fente de rocher.

Le Rite est que le nouveau soleil passe par sept points avant d’éclater à l’orifice de la terre.

Et il y a six hommes, un pour chaque soleil, et un septième homme qui est le soleil tout cru habillé de noir et de chair rouge.

Or, ce septième homme est un cheval, un cheval avec un homme qui le mène.

Mais c’est le cheval qui est le soleil et non l’homme.

Sur le déchirement d’un tambour et d’une trompette longue,

LIRE  L’Amour Magique

Etrange, les six hommes qui étaient couchés, roulés à ras de terre, jaillissent successivement comme des tournesols, non pas soleils mais sols tournants,

Des lotus d’eau,

Et à chaque jaillissement

Correspond le gong de plus en plus sombre

Et rentré

Du tambour

Jusqu’à ce que tout à coup on voit arriver au grand galop, avec une vitesse de vertige,

Le dernier soleil,

Le premier homme,

Le cheval noir avec un

Homme nu,

Absolument nu

Et vierge

Sur lui.

Ayant bondi, ils avancent suivant des méandres

Circulaires

Et le cheval de viande saignante s’affole

Et caracole sans arrêt

Au faîte de son rocher

Jusqu’à ce que les six hommes

Aient achevé de cerner

Complètement

Les six croix.

Or, le ton majeur du Rite est justement

L’Abolition de la Croix

Ayant achevé de tourner

Ils déplantent

Les croix de terre

Et l’homme nu

Sur le cheval

Arbore

Un immense fer à cheval

Qu’il a trempé dans une coupure de son sang.

L’ombilic des limbes, Antonin Artaud (1896 – 1948) , paru en 1925.