Les Egrégores par Eliphas Lévi, extraits. 

Les Egrégores : mot mystérieux & terrible, dont l’explication pourrait rendre fou.

Qu’est-ce donc que les égrégores ? Les égrégores sont des dieux. Ego dixii dii esti et sicut homines moriemini. Deus stetit in Synagoga deorum et in medio deos dijudicat.

Nota : Eliphas Levi utilise « eggregore » pour égrégore. Le mot Eggrégore se compose des deux mots latins Eggregius et gregorius, il signifie une excellence sur éminente et collective. Les Eggrégores, d’après le sens même de leur nom, seraient des composés de diverses
puissances réunies. De là les figures hybrides que l’Egypte donnait à ses Dieux et que le catholicisme a réservé pour les démons lorsque le Christ eut damné le chef des Eggrégores de la terre.

Les égrégores sont des esprits moteurs & créateurs de formes. Ils naissent du respir de Dieu.

Dieu dort dans la nature & le monde est son rêve. En dormant, il aspire & il respire. Son souffle crée les égrégores, & il y a les égrégores de l’aspir & du respir. Ces puissances spirées sont en lutte, & leur lutte fatale est éternelle, parce qu’elles sont les esprits des Élohim. Leur amour est une guerre, & leur guerre produit l’amour. C’est de cette tradition kabbalistique que sont venues les fables des Titans, les géants de la Genèse, & les batailles des démons & des anges.

Les démons sont à jamais repoussés, parce qu’ils sont les égrégores du respir.

Il a été dit à Schitan leur chef : SOLVE.

Et à Schicad, chef des égrégores de l’aspir : COAGULA.

Voici ce que les kabbalistes disent encore : « L’infiniment petit ne saurait voir l’infiniment grand & échappe lui-même à la vue. »

Pour les insectes que nous foulons aux pieds sans les apercevoir, nous sommes des dieux aveugles & lourds, & pour d’autres dieux, infiniment grands relativement à nous, nous sommes des insectes invisibles.

Les égrégores, en se battant, écrasent des peuples, comme des fourmilières & ne savent même pas que nous souffrons & que nous mourons.

II. Les géants de la Genèse, les Titans de la fable, les anges d’Hénoch sont les égrégores ennemis des dieux, parce que les dieux ont des fictions des hommes.

PARRUS a écrit une farce obscène qu’il a intitulée « La Guerre des Dieux » ; il ne croyait pas, en cela, toucher à un des suprêmes arcanes de la magie. La guerre des dieux est éternelle, mais jamais les anges n’ont lutté contre Dieu.

Le combat d’Éros & d’Antéros représente la guerre des dieux.

Les deux serpents d’Hermès se menacent toujours, mais une main cachée dans le mage tient & dirige le caducée.

XI. L’homme ignorant & faible qui subit la fatalité devient l’esclave & le jouet des égrégores, mais le sage est au-dessus d’eux parce que DIEU est lumière dans le sage.

Plus sur le sujet :

Les Egrégores par Eliphas Levi.

L’Initiation, mars 1893
Image par Stefan Keller de Pixabay

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2 réflexions sur “Les Egrégores”

  1. (Un texte plus complèt venant d’une autre source…)

    Les Égrégores
    Éliphas Lévi
    L’Initiation, mars 1893.

    Les égrégores : mot mystérieux et terrible, dont l’explication pourrait rendre fou.
    Qu’est-ce donc que les égrégores ? Les égrégores sont des dieux. Les égrégores sont des esprits moteurs et créateurs de formes. Ils naissent du respire de Dieu.
    Dieu dort dans la nature et le monde est son rêve. En dormant, il aspire et il respire. Son souffle crée les égrégores, et il y a les égrégores de l’aspir et ceux du respir. Ces puissances spirées sont en lutte, et leur lutte fatale est éternelle, parce qu’elles sont les esprits des Élohim. Leur amour est une guerre, et leur guerre produit l’amour. C’est de cette tradition kabbalistique que sont venues les fables des Titans, les géants de la Genèse, et les batailles des démons et des anges.
    Les démons sont à jamais repoussés, parce qu’ils sont les égrégores du respir.
    Il a été dit à Schitan leur chef : SOLVE.
    Et à Schicad, chef des égrégores de l’aspir : COAGULA.
    Voici ce que les kabbalistes disent encore : « L’infiniment petit ne saurait voir l’infiniment grand et échappe lui-même à la vue. »
    Pour les insectes que nous foulons aux pieds sans les apercevoir, nous sommes des dieux aveugles et lourds, et pour d’autres dieux, infiniment grands relativement à nous, nous sommes des insectes invisibles.
    Les égrégores, en se battant, écrasent des peuples comme des fourmilières et ne savent même pas que nous souffrons et que nous mourons.

    Terribles hypothèses

    II. Les géants de la Genèse, les Titans de la fable, les anges d’Hénoch sont les égrégores ennemis des dieux, parce que les dieux sont des fictions des hommes.
    PARRUS a écrit une farce obscène qu’il a intitulée « La guerre des dieux » ; il ne croyait pas, en cela, toucher à un des suprêmes arcanes de la magie. La guerre des dieux est éternelle, mais jamais les anges n’ont lutté contre Dieu.
    Le combat d’Éros et d’Antéros représente la guerre des dieux.
    Les deux serpents d’Hermès se menacent toujours mais une main cachée dans le mage tient et dirige le caducée.

    III. Bereschith bara Elohim ath aschamaîm ath Haaris. « Par sa vertu principiante (par la tête) lui, le Dieu, a créé le ciel et la terre. »
    Élohim dit : « Voici Adam devenu semblable à l’un de nous, connaissant le bien et le mal ; empêchons donc qu’il ne vive éternellement. » (Les commentateurs prétendent qu’ici Dieu plaisante ! ! !) Élohim se repentit d’avoir fait l’homme ! Assurément cet Élohim n’est pas le Dieu immuable et parfait dans sa sagesse.
    Les théologiens assurent que tout avait été créé pour le mieux et que le péché d’Adam a seul introduit le mal et le désordre dans le monde.
    Le péché en ce cas aurait fait une créature nouvelle.
    Assurément le lion n’est pas fait pour manger de l’herbe et l’on se demande si l’araignée est organisée pour autre chose que pour faire de la toile et dévorer les mouches.
    La loi de la nature n’est pas seulement une loi d’amour, c’est une loi de guerre, de destruction et d’absorption mutuelle.
    Dieu a-t-il refait une nature mauvaise ? L’homme a-t-il pu la faire ? Est-ce le diable qui l’a faite ? Oh, oh ! je vous attends ici. Le diable serait-il créateur ? C’est un Dieu alors quod unus ex nobis.
    Dieu, dit-on, a créé toutes choses. Nemo dat quod non habet ; at qui Deus non habet formam, ergo formam dare non potest. Spritus beati forma est rationalis determinatio limitis. Soli ergo spiritus creati formam dare possunt quod est creare. Substantia aeterna est et non creatur, nisi aeterna volitione dei. Omne quoi creatur sub ratione alicuius formae destrui necesse est quia omnis forma definitia necessario finitur.

    IV. Jésus a dit : « Le prince de ce monde est déjà jugé, et il n’y a rien en moi qui lui appartienne. » L’esprit du monde a-t-il changé depuis Jésus-Christ, et le prince qui le gouverne n’est-il pas toujours le même ? JÉSUS avait envoyé les apôtres comme des agneaux au milieu des loups. Les loups d’abord les ont mangés, mais leur successeurs se sont faits loups, et ils ont régné en ce monde. Que signifie ce gémissement des îles lointaines, lorsque Tamy, se dressant sur la proue de son navire, cria que le grand Pan était mort ?
    Qu’est-ce que ce mystérieux égrégore qui est enchaîné sur le Caucase, et qui doit un jour détrôner Jupiter quand Hercule aura brisé de nouveau sa chaîne ?
    Pourquoi le grand crucifié n’est-il pas un blasphémateur lorsqu’il se nomme le Beni-Élohim, lui qui apparaît radieux sur le Thabor entre les égrégores de Moïse et d’Élie ? N’a-t-il pas dit : « Mon père est plus grand que moi » et « Je vais vers mon père, vers votre Dieu et mon Dieu ? » Ego dixi : diiestis et filii excelsi ; omnes et sicut homines moriemini.
    Est-ce que l’homme n’est pas réellement créature ? Il crée librement par la science et fatalement par la vie. Sa chair pullule de mondes invisibles et il est le Héhovah aveugle et sourd d’une infinité d’animalcules qui ne le connaissent pas et qu’il ne connaît pas.
    Les révélateurs religieux, en nous disant de crier vers Dieu, d’y réunir sans cesse nos voix et de faire violence au ciel, ne semblent-ils supposer que nous devons nous révéler nous-mêmes à notre égrégore pour qu’il prenne pitié de nous ? Le monde, providentiel dans son ensemble, est fatal dans les détails ; l’architecte est sublime, mais les maçons !

    V. À qui les fourmis demandent-elles justice quand le pied d’une rustre les écrase ? Elles ne s’adressent à personne. Elles travaillent avec activité pour rebâtir leurs magasins ; elles lutent avec intelligence contre l’aveugle fatalité. Qu’une puce nous morde, nous ne faisons pas comme le sot de la fable de La Fontaine ; nous n’appelons pas les dieux à notre aide, nous écrasons l’insecte sans colère, mais aussi sans pitié. Je trouve que M. Tartufe n’aurait pas tort, s’il le faisait sincèrement, de se reprocher « d’avoir pris une puce en faisant sa prière […] et de l’avoir tué avec trop de colère ».
    M. Tartufe en colère contre une puce égale DIEU en colère contre l’homme, et la colère de M. Tartufe le met au niveau de la puce. La puce est-elle un animal plus radicalement méchant que le ver à soie ? Mais celle-là nous est nuisible, tandis que l’autre nous est utile.
    Tous les êtres sont innocents ; mais la guerre est la loi du monde. Celui qui fait les choses ainsi n’a sans doute pas pu faire mieux ; mais il est infiniment probable qu’il en est autrement dans d’autres univers. « Ne nous tentez pas et délivrez-nous du mal. » Est-ce à Dieu ou au Diable que ce bon Jésus disait cela ? Ou pourrait facilement se tromper ; aussi nos prêtres ont-ils fait un Diable avec le bon DIEU de Jésus.
    Bouchez-vous une oreille, et je vais dans l’autre vous jeter tout bas en courant la parole secrète des grands initiés :
    Osiris est un DIEU noir.
    Toute la divinité de Jésus-Christ est dans son sacrifice. Son sacrifice restera, et ses idées d’homme passeront. Ceux qui l’ont tué savaient ce qu’ils faisaient, et lui peut-être ne savait pas ce qu’il disait.

    VI. Évidemment, il se manifestera dans l’ordre et l’harmonie de l’univers une intelligence supérieure à celle de l’homme ; mais est-ce nécessairement l’intelligence suprême ? L’ordre et l’harmonie de l’univers sont limités par le mal ; nous-mêmes nous pourrions imaginer quelque chose de mieux. Qu’est-ce d’ailleurs que l’univers ?
    Les infusoires aussi ont leurs univers que nous ne soupçonnons pas. Les fourmis et les abeilles ont une civilisation naturelle bien supérieure à la nôtre. Ne vous semble-t-il pas entendre une fourmi dire qu’au-dessus d’elle il ne peut y avoir qu’un être illimité et tout-puissant ; que cet être a dû même se transformer en fourmi dans la nécessité où il se trouvait de se révéler à la fourmilière dont les adorations lui étaient nécessaires, et que, dans le ciel, au-dessus des brins d’herbe les plus hauts, une fourmi ressuscitée est assise à la droite de DIEU ?
    On parle de la chaîne des êtres ; mais cette chaîne est-elle circulaire, a-t-elle deux bouts ? Les deux bouts sont entre les mains de DIEU, dira le poète. Mais comment peut-il les toucher ? Entre l’incommensurable pour nous et l’infini absolu il reste toujours le même abîme.
    Alors, à quoi bon la chaîne ? Pourquoi les proportions dans ce qui est fatalement rompu des deux côtés ? Si la chaîne n’est pas, ne peut pas et ne doit pas être rompue, si elle monte de l’infiniment petit à l’infiniment grand, et si l’analogie, appuyée sur les proportions des sciences exactes, est notre guide certain dans le hasard des hypothèses, il existe des égrégores, il existe en DIEU une tri-personnalité ascendante (le fils ascension), descendante (le père) et intermédiaire (le saint esprit), et tout cela se trouve dans le fils incarné, chef et type de l’humanité, qui est descendu, qui est remonté et qui reste notre médiateur.

    VII. Nous ne pouvons absolument rien dire de DIEU, si ce n’est qu’il est. Tout ce que le Schemamphorasch nous apprend à dire de l’être divin s’applique au microscome, c’est-à-dire à l’esprit universel !
    Principe de l’être et des êtres, spirateur des esprits, DIEU n’est ni l’être, ni un être, ni un esprit.
    Principe des nombres, il n’est pas soumis au nombre et il n’est pas conséquent ni un ni plusieurs ; en tant que DIEU il n’est pas personne : les trois personnes du ternaire infini sont en lui, comme tout est en lui. Les trois personnes aussi ne sont pas trois DIEUX, elles sont indivisiblement le même DIEU.
    Le mot égrégore se compose des deux mots latins /egregius/ et /gregorius/ ; il signifie une excellence suréminente et collective. Les égrégores, d’après le sens même de leur nom, seraient des composés de diverses puissances réunies. De là, les figures hybrides que l’Égypte donnait à ses dieux et que le catholicisme à réservés pour les démons lorsque le Christ eut damné le chef des égrégores de la terre.
    Le christ a porté cette sentence comme grand pontife et doit venir la faire exécuter comme roi en son second avènement. Si le messianisme ne s’accomplit pas, le christianisme n’aura été qu’une douloureuse déception et un laborieux mensonge.
    Prométhée n’est pas un égrégore. C’est l’homme allégorique. Il représente le génie de la science et de la liberté. Il est martyr des égrégores dont il nie la divinité personnelle. Jupiter use sa foudre à le frapper et doit être détrôné par lui. La raison humaine, émancipée par le travail et la douleur, proteste contre l’arbitraire fatal des dieux et s’immortalise par la foi à la raison providentielle. L’acte de foi qui jette un pont sur l’abîme, c’est celui-ci : « Je crois en l’éternelle raison. »

    VIII. Il n’est pas une mouche, pas un ciron, pas un infusoire qui n’ait sa raison d’être et sa destinée sur la terre. Que les aspersions de chlorure exterminent cependant les myriades de ces insectes, ce détail est prévu par la puissance créatrice. C’est un mouvement à gauche au lieu d’un mouvement à droite, et la balance pour eux n’est pas moins équilibrée.
    La mort n’est pas la fin de la vie ; c’est un changement de mode, la continuation de l’immortalité pour les insectes comme pour les hommes.
    La lutte entre égrégores ne peut cesser que par l’absolution. Deux dieux parfaitement d’accord ne sont plus qu’un seul DIEU.
    Il y a nécessairement un ordre hiérarchique entre les égrégores comme entre les mondes.
    Tout univers a son soleil, tout a son ange qui est le génie créateur de son univers ; mais il y a des soleils de soleils, des groupes d’univers et des groupes de groupes.
    Les métatrones ou métatrons sont des égrégores, non pas de la terre, mais de l’humanité terrestre. Ils sont les princes des apparences plutôt que des formes. Ils agissent sur les croyances et régissent l’empire des visions lucides ; ils sont les inspirateurs des prophètes et règnent sur les volontés par les imaginations.
    Les égrégores de la terre sont les génies de la mer et des montagnes ; pour les anciens c’étaient des dieux, pour la kabbale ce sont des esprits mortels ignorants et sauvages, parce que la terre est un monde des plus imparfaits. Deviendra-t-elle jamais parfaite ? Tout cela est relatif. Le dernier échelon d’une échelle peut se trouver un jour à la place où est maintenant le premier ; mais le premier sera élevé d’autant, et la différence sera toujours la même.

    IX. Vous êtes tous frères et vous n’avez qu’un père qui est DIEU. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Toute la divinité de CHRIST éclate dans ces deux paroles, bien que dans la seconde il trahisse son ignorante humanité. Ne voit-il pas, le sublime avocat, qu’il est plus grand que le DIEU qu’il invoque ? S’ils ne savent pas ce qu’ils font, ce sont eux qui auraient à pardonner à leur père. Si on dit au père d’un aveugle : « Pardonne-lui de ne point voir », n’aurait-on pas l’air de supposer que ce père est le plus cruel et le plus injuste des pères ? Aussi Jésus sur la croix, comme Prométhée sur le Caucase, se sent-il abandonné de son Dieu, dépassé par lui. Il ne l’appelle plus « père », et lui crie avec les sanglots et un suprême désespoir : « DIEU, DIEU (on ajoute au texte en lui faisant dire « mon Dieu »), pourquoi m’as-tu abandonné ? »
    Prométhée n’a rien à espérer de Jupiter, et Jésus est damné par Jéhovah, parce que Prométhée martyr est plus grand que Jupiter, et parce que Jésus en mourant se fait dieu à la place de Jéhovah. Jéhovah et Jupiter ne sont plus que des égrégores qui se battent, pendant qu’un homme, un supplicié, les juge et les condamne tous les deux.
    Un nom nouveau plus grand que Schemamphorash a été inauguré pour le monde : ce nom est « charité ». Voilà comment l’homme-dieu du Calvaire, plus grand qu’il ne croyait l’être, ne savait pas ce qu’il disait.
    La fourmi doit-elle un culte à l’homme, et l’homme serait-il honoré par les hommages de la fourmi ? L’infusoire doit-elle rêver à l’éléphant qu’elle ne saurait connaître ni deviner ? Évidemment, non ; ainsi l’homme ne doit rien aux égrégores et se dégrade-t-il ridiculement en adorant les dieux ; le seul culte, qu’il doive au grand inconnu, source de vérité et de justice, c’est la justice et la vérité. Le règne de DIEU n’a pas de manifestation hors de nous-mêmes ; il est au-dedans de nous.
    L’égrégore Jupiter ou Jéhovah ou Satan peut torturer Prométhée, ou Jésus, ou Galilée ; serait-il pour cela leur maître ? N’ont-ils pas la mort pour se libérer ? L’enfant stupide et cruel qui torture une mouche est-il le seigneur de la mouche ? Acquiert-il du droit sur elle par son épouvantable abus de pouvoir ? Non. Mais il donne le droit aux mouches d’empoisonner les hommes avec leurs piqûres.
    La bêtise du genre humain autorise la férocité, la malfaisance et l’importunité des bêtes. La mouche est vaillante lorsqu’elle se venge de l’homme, mais que penseriez-vous de l’homme qui se vengerait de la mouche ? Il peut combattre contre elle, car il est réduit à la craindre ; il en est ainsi de nous à l’égard des égrégores : nous leur échappons pour les braver, car nous ne saurions leur appartenir.

    X. Dans la chaîne des êtres, il semble y avoir une lacune ; l’homme, anneau vivant de cette chaîne, peut observer et toucher l’anneau qui est immédiatement au-dessous de lui : c’est le singe, soit gorille, soit chimpanzé ; mais il ne voit ni ne touche l’anneau qui doit être immédiatement au-dessus. C’est pour cela que les anciens sages ont imaginé l’homme invisible, qu’ils ont appelé ange ou démon, mais ils n’ont pas songé que l’invisible doit être immatériel, et que l’immatériel est infini, puisque la limite de la substance est la forme. Les prêtres l’ont bien senti, et ils ont donné des corps à leurs dieux, disant qu’ils se cachent dans les nuées, comme Jésus-Christ pendant son ascension. Mais les nuées sont mobiles et transparentes ; elles peuvent cacher un instant sur le mont Ida les faiblesses conjugales de Jupiter mais elles ne sauraient fournir des corps même aériens, des vêtements imperméables.
    S’il existait des géants, nous les verrions, puisque nous voyons les soleils qui sont des milliards de fois plus grands que nous ; la puce nous voit puisqu’elle nous mange, mais nous ne pouvons voir et manger nos dieux qu’en les faisant plus petits que nous, à moins qu’on ne dise que nous sommes la vermine de la terre.
    Où donc placerons-nous les esprits des égrégores ? dans les astres évidemment : ils doivent être les âmes des étoiles, ou peut-être des univers. Les étoiles sont les armées célestes, et Sabaoth est le seigneur des armées. On appelle Lucifer l’ange révolté, or Lucifer est une étoile ; au dernier jugement, les étoiles tomberont du ciel. Ceci étant donné, nous pouvons nous faire une idée de la guerre des égrégores. Les mondes en effet et même les univers s’attirent et résistent mutuellement. Parfois ils se brisent les uns contre les autres, et, par leurs passions magnétiques, se suscitent mutuellement des fléaux.
    Il est écrit dans le Zohar que le vieillard suprême créa d’abord des rois qui s’entre-détruisirent parce qu’ils n’avaient point la science de l’équilibre.
    Le livre d’Hénoch dit que les géants de la terre furent les enfants des égrégores déchus, et les kabbalistes font de leur Adam-Kadmon le plus gigantesque et le plus puissant des égrégores. Il tomba, disent-ils, parce que, ayant voulu séparer sa tête de la couronne suprême, il sépara en tête sa tête de son corps, ce qui entraîna la mort de l’un et de l’autre. La légende des égrégores renversés a donné des titans à la fable et des démons à la mythologie chrétienne.
    Lorsque Adam succombe aux suggestions orgueilleuses de l’égrégore de la terre, il entraîne la terre dans sa chute et consomme la damnation de l’égrégore que la race d’Adam peut seule racheter en relevant le monde de sa chute.
    Ève doit écraser la tête du serpent ; mais ce serpent, humilié sous les pieds de la femme, sera glorifié sur le Thau mystérieux de Moïse, lorsque son image d’airain guérira l’homme de la morsure du serpent.
    Pourquoi les égrégores ont-ils été jaloux de l’Humanité et ont-ils voulu, selon Hénoch, prendre un corps pour s’accoupler avec les femmes ? C’est qu’ils sont captifs comme les astres et qu’ils veulent devenir comme l’homme, libres. Ils voulaient s’affranchir en lui et par lui ; mais si les étoiles devenaient libres, elles se heurteraient et se briseraient dans le ciel.
    Si les hommes eux-mêmes devenaient libres, en s’affranchissant de toute loi, le monde social périrait, et on pourrait supposer que les grands révolutionnaires ont été des incarnations d’égrégores.

    XI. L’homme ignorant et faible qui subit la fatalité devient l’esclave et le jouet des égrégores, mais les sage est au-dessus d’eux parce que DIEU est lumière dans le sage.
    Les égrégores ont peur de DIEU, le sage aime DIEU, et par conséquent ne le craint pas. Il ne sacrifie pas aux dieux, ni même à DIEU, il sacrifie avec DIEU et comme DIEU, parce que le sacrifice est l’essence de la divinité dans l’homme. Tous les cultes autres que celui de l’esprit et de la vérité sont des rites de magie sévère et des évocations de fantômes semblables à la théurgie de Maxime d’Éphèse et de Julien. Jupiter et Jéhovah sont le même diable et le même égrégore, qui a changé de manteau et de barbe.
    C’est ce prince du vieux monde que Jésus a jugé, mais que les prêtres blasphémateurs ont trouvé moyen d’associer à Jésus-Christ. Le vieux monde, c’est le régime absolu des rois et des prêtres. Le monde chrétien doit être la liberté de tous sous le règne de la justice et de la vérité.
    Le CHRIST n’est point un égrégore : il est le fils de Dieu parce qu’il est complètement et absolument fils de l’homme. L’humanité l’a engendré sous la fécondation seule de l’esprit de DIEU ; il n’est vrai DIEU que parce qu’il est vrai homme et par conséquent indépendant des égrégores qui peuvent l’opprimer, mais non le supprimer, le compromettre en non le soumettre. Le CHRIST crucifié est le même mythe que Prométhée sur le Caucase : l’un est persécuté par Jupiter, qui a peur de lui, l’autre reproche amèrement à Jéhovah de l’avoir abandonné.
    Il est bien entendu que le Jéhovah du vulgaire n’a rien de commun avec l’indicible schéma. Vous savez toutefois que le schéma est le nom de Tiphereth, et non pas celui de Kether. Le schéma est la formule régulatrice de l’idéal humain ; il n’est divin que relativement à l’homme.

    XII. Dans la fable d’Éden, Moïse met évidemment en scène l’égrégore de la terre, apparaissant tantôt sous la forme humaine, tantôt sous la forme du serpent. Il se promène au frais après-midi, il tend un piège à l’innocence de la créature. Tout la scène du fruit défendu est préparée à plaisir, et l’Adonaï des Juifs se montre ici malicieux et cauteleux comme un Afrite de Mahomet ou un Darvant de Zoroastre. Néanmoins l’homme lui échappe, et il s’écrie avec tout le fiel de l’envie : « Voici Adam devenu semblable à /l’un de nous/ ; il connaît le bien et le mal ; empêchons donc qu’il n’étende la main et qu’il ne touche à l’arbre de vie, car il vivrait éternellement. » Les commentateurs se sont tirés comme ils ont pu de ce passage, en disant que DIEU « plaisantait ». Comment trouvez-vous ce blagueur infini ? Ou plutôt, que dites-cous de ces stupides théologiens, dignes précurseurs de ceux qui prétendent que DIEU « s’amuse » à nous envoyer des fléaux.
    – Si tu mords à la science, tu mourras, avait dit l’égrégore.
    – J’accepte la mort pour vivre un instant, car la science c’est la vie.
    – Voici Adam devenu notre égal, s’écrie l’égrégore consterné, cachons-lui le fruit de la vie.
    – Trop tard, trop tard, tourmenteur de Prométhée ! Le fruit de vie, c’est la liberté, et tôt ou tard, l’humanité doit le cueillir.
    Vous me demandez pourquoi dans mes livres, et surtout dans la science des esprits, j’ai été si réservé sur la tradition dogmatique des égrégores. C’est que je la trouve très dangereuse pour l’imagination. C’est qu’elle interpose des fantômes entre nous et la vérité ; c’est qu’elle multiplie sans nécessité les êtres que nous aurions à craindre ; c’est qu’elle favorise les superstitions du spiritisme et crée le diabolisme.
    Je la rejette donc systématiquement de mon enseignement ésotérique, tout en la trouvant très probable en en la réservant pour les initiés.

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