Le Vintrasisme

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Le Vintrasisme par J. des Esseintes.

I

Nous désirons exposer ici une Gnose qui dévoile certains mystères du Kosmos supérieur et jette des vues toutes nouvelles et très profondes sur l’économie et l’ésotérisme du Christianisme.

Cette Gnose, nous fut révélée par une personnalité extraordinaire : Pierre Michel Eugène Vintras. Sans naissance, sans fortune, sans éducation, dépourvu de tout ce qui paraissait indispensablement nécessaire à l’accomplissement d’une aussi grande œuvre, l’Esprit révélateur le cultiva lui-même, le façonna, le pétrit pour ainsi dire, l’éleva à toute la hauteur de sa grande mission, et de ce degré d’ignorance, le fit arriver à la perception, à l’intuition d’une immense Vérité.

Que l’on juge du changement profond opéré en lui par ces traits caractéristiques que nous empruntons à un auteur du temps :

« Occupé, lors de son appel, à une petite fabrique de papiers au village de Tilly-s-Seulles, accusé, jugé, condamné en 1843 ; le premier mis en liberté en 1848, il est connu dans le monde sous les prénoms de Pierre et de Michel, et hors le monde par le nom de Strathanaël, c’est-à-dire clairon de Dieu. »

« Cet homme si extraordinaire, si prodigieux, de quelque côté qu’on le considère, étonne quand il ne ravit point… Il était l’homme illettré par excellence ; nul ne lui vit jamais un livre à lui, et sans avoir jamais rien appris humainement que ce qu’on enseigne à l’enfant du pauvre, il est aujourd’hui, de par Dieu, l’homme universel ! »

« Appelé à tonner dans les nues le Vendredi saint, ou à ravir dans le ciel l’esprit de son auditoire le jour de la Sainte-Trinité, il s’était montré la veille ingénieux artiste à tresser des couronnes de fleurs, à improviser des autels. Chantre et poète comme le doux St-François d’Assise, il sera, s’il le faut demain, Saint-Bernard sublime ! »

« Étudiée comme orateur et théologien, la voix ne lui manque jamais, non plus que l’exactitude la plus orthodoxe ; tantôt devinant la langue de l’Académie et tantôt créant celle du peuple, comme n’eussent pas fait le Dante ni Shakespeare, jamais ses longueurs n’ont trouvé d’auditoires impatients. »

« C’est bien autre chose quand il est à l’état de prophète : jamais, peut-être, parole humaine n’a été, dans un auditoire, en même temps et tour à tour, plus naturelle, plus consolante, plus poétique, plus à l’ordre du jour, de l’heure, des yeux qui voient, des oreilles qui entendent, de l’âme qui a besoin, du cœur qui désire et de l’esprit qui comprend »

« Nous n’avons jamais ouï Pierre-Michel, un des grands jours de la foi chrétienne, sans nous figurer un archange en pleines nues, faisant entendre la voix de Dieu à tout le globe, et sans nous dire : je voudrais que la terre entière pût l’entendre ! Et cependant, dans ses élévations, dans ses instructions les plus ravissantes du jour, lorsqu’il était pour ses auditeurs à l’état céleste, il était le seul à s’ignorer ! C’était le soir, dans le cénacle privé, qu’il était à apprendre telle ou telle de ses magnificences, et le plus simple de ses auditeurs faisait pour l’homme de Dieu office de Dieu ! (Le Grand Prophète et le Grand Roi, 1854). »

Il ne nous appartient pas de définir la mission de Vintras, plus merveilleuse encore que sa personne. Qu’il nous suffise de dire pour l’instant que ce mouvement prodigieux connu sous le nom l’Œuvre de la Miséricorde, à la tôle duquel il marchait, et auquel tant de prêtres prirent part, fut comprimé comme l’avaient été auparavant tous les grands mouvements gnostiques par les efforts combinés de l’Église romaine, de l’Université, des milices monacales et du pouvoir civil. La force brutale le brisa, comme elle avait brisé les premiers ; mais qui dit briser ne dit pas détruire.

L’Œuvre de la Miséricorde a sa vitalité en elle-même qui lui assure l’avenir pour sa manifestation. Le temps d’arrêt qu’elle a subi dans son extension extérieure était prévu, d’ailleurs, et le 10 octobre 1856, voyant le peu d’adhérents qui resteraient aux temps qui précéderont celui où s’élèvera une nouvelle voix en faveur de l’Œuvre, Vintras écrivait : « Ne vous comptez pas, il ne restera que ceux qui sont sortis d’eux-mêmes dans l’orbe du nom de Dieu et dans le vrai de sa volonté ».

II

Il nous est impossible, en quelques pages, d’exposer la Gnose de Vintras, nous nous bornerons à indiquer les points principaux de son enseignement.

À un point inconnu du temps sans limites, une entreprise scélérate, une révolte abominable se perpétra dans les sphères supérieures de la nature universelle.

La Matière alors n’existait pas ; il n’existait que des Forces intellectuelles et vivantes, qui, du fait de leur révolte, produisirent une catastrophe qui les précipita du sommet spirituel des mondes, pour s’arrêter providentiellement dans une station proportionnelle à la compacité physiologique qui venait de s’opérer dans leur propre substance, par suite de leur refroidissement que causa leur éloignement du Pôle Nord spirituel.

Le monde où furent relégués les coupables (c.-à.-d. les éléments de l’univers) qui n’étaient autres que nous-mêmes n’était pas encore le monde que nous voyons aujourd’hui. Beaucoup moins compact, il pourrait bien être la sphère hyperphysique dont parle Platon, cette « terre divine » que d’autres ont appelée Adamah et d’autres encore l’Evadam. La Planète-Terre, et les autres aussi, ne furent solidifiées que plus tard par suite d’une seconde chute.

Nous sommes obligés de passer sous silence une masse de notions contenues dans l’Évangile éternel, l’ouvrage capital de Vintras, sur les facultés prodigieuses dont l’Evadam était doué naturellement, avant la seconde chute, sur ses générations semi-spirituelles, alors que les deux principes, masculin et féminin n’étaient pas séparés : bornons-nous à dire qu’il était doué d’un organisme composé de matière astrale ou éthérée, comme sera celui de l’Evadam reconstitué au terme de l’évolution rédemptrice.

L’abîme appelle l’abîme, les chutes succèdent aux chutes, de plus en plus terribles, dit l’Evangile Eternel.

Une nouvelle rébellion se produisit donc.

Mais le fait extraordinaire qui détermina la seconde chute fut, d’après l’Évangile, le résultat d’une suggestion puissante, ou d’une véritable hypnotisation exercée sur l’Evadam tout entier par les mêmes influences qui avaient provoqué la première révolte.

L’Orgueil, ce ferment actif, vivante, racine de tout mal, comme dit Saint Paul, se propagea par suggestion dans tous les membres de l’androgyne édénal, en gagnant d’abord la partie féminine, (le cœur, l’âme, l’Ève) pour s’étendre ensuite à la partie masculine (le cerveau, l’esprit, l’Adam.) Et c’est ainsi que le cœur entraînant la tête, le principe féminin séduisant le principe masculin, l’Evadam succomba tout entier.

Précipité des hauteurs delà sphère Divine, l’Androgyne édénal se divisa ; les molécules qui le constituaient physiologiquement se désagrégèrent en tombant du Pôle Nord au Pôle-Sud, où elles restèrent englouties au sein des éléments qu’elles entraînèrent avec elles. Parmi ces éléments, ceux qui leur étaient inféodés de plus près s’épaissirent en se concrétant autour d’elles, solidifiés par le froid glacial qui avait tout envahi ; ils formèrent la matière dans laquelle ils nous emprisonnèrent, les uns dans les végétaux, les autres dans les minéraux ; ils nous enveloppèrent comme de langes et devinrent notre tombeau, ou pour mieux dire, la matrice charnelle, d’où nous avons à nous dégager lentement, l’un après l’autre, en évoluant par la naissance, monade par monade, cellule par cellule, selon la grande loi de l’Évolution, pour reconstituer le grand corps brisé dans l’Eden. Tel est le dogme de la chute, de la Déchéance, (la loi de l’Involution) auquel répond le dogme opposé de la régénérescence, de la Rédemption, (la loi d’Évolution).

III

Cette évolution s’est faite, et se fait, laborieusement, péniblement, depuis les origines de notre monde terrestre.

Cette évolution a eu plusieurs phases. Dans les premières, l’humanité avait besoin d’être conduite, d’être guidée, d’être cultivée, instruite. Ce fut l’ère des voyants et des prophètes ; ce fut l’ère où Dieu vint à l’homme ; se proportionnant à sa faiblesse et aux ténèbres de son ignorance.

Mais voici que s’ouvre une nouvelle ère, dans laquelle ce n’est plus Dieu se rapprochant de l’homme, mais l’homme justifié, régénéré, brisant lui-même les liens de son assujettissement, et dans la liberté et la suprême énergie de son amour, s’élançant dans les souveraines profondeurs de l’infinie lumière de Dieu.

Le Vintrasisme
Le Vintrasisme – Pierre Vintras

C’est cette ère qu’annonçait Vintras par son Œuvre de la Miséricorde.

« Le Règne du Père, et le règne du Fils sont passés », disait-il. L’Ère nouvelle, qui s’ouvre maintenant et dans laquelle nous allons entrer, est le Règne du Saint-Esprit. Cette Ère sera celle de la régénération de l’humanité, sa réhabilitation dans la sainteté de sa dignité première ; ce sera la destruction du mal et le règne de la justice par l’amour qui, unissant et unifiant tous les hommes, les reconstituera dans l’harmonie de leur création.

Le but de la gnose vintrasienne est donc de reprendre le christianisme dans sa suprême essence et de le résumer en trois chapitres, dont les titres sont : Amour, Justice et Liberté. Ce qui arrêtait l’influence du christianisme et paralysait son efficacité pour le bien de l’humanité, c’était l’insuffisance de son enseignement, ne pouvant satisfaire les désirs de l’intelligence dans la recherche de la vérité ; c’était l’opposition trop manifeste de son sacerdoce avec l’esprit du Christ, détruisant lui-même par ses exemples toute l’influence de ses enseignements ; c’était encore l’étroitesse de ses formes, si peu en rapport avec les vastes et généreuses aspirations des cœurs vraiment chrétiens.

Avec la nouvelle révélation, quelles lumières sur ces obscurités, quelles vives et harmonieuses clartés elle projette ; écoutons Vintras annoncer les prophètes de ces temps nouveaux : « Voici qu’ils s’avancent, ceux que ma grâce a choisis, ceux que mon amour a prévenus, ceux que mon esprit a éclairés. Je les ai faits, par la science, contemporains de tous les âges, en mettant dans leurs mains les fils de toutes les traditions, la clef qui ouvre tous les sanctuaires. Je les ai initiés à tous les secrets de la nature. Les Bibles de tous les peuples, les livres saints de tous les Temples, sont lisibles pour leurs yeux. Leur pensée est en communion avec la pensée universelle de l’humanité. Sur leurs fronts rayonne la synthèse de toutes les connaissances dont s’est enrichi le génie de l’homme, depuis l’origine des temps jusqu’à nos jours. Pour eux, les hiéroglyphes, les symboles, les figures, les paraboles n’ont plus de secrets. Le sphinx a parlé, les voiles d’Isis sont tombés, la nature s’est dévoilée et la création se montre à leurs yeux ce qu’elle est, en vérité : un poème divin dont ils connaissent la langue, le rythme, la cadence, l’harmonie ! »

Et plus bas :

« La théurgie, la haute magie, la psychurgie, l’alchimie, l’astrologie, toutes les sciences occultes sont redevenues pour eux expérimentales et rationnelles. Ils ont trouvé l’échelle de Jacob ; ils en montent, ils en descendent les degrés ; les secrets rapports du Ciel et de la Terre, de l’invisible avec le visible, se sont montrés à leurs regards. Les rêves profonds de l’Orient, les aspirations ardentes de l’Occident, toutes les espérances de l’Humanité, seront pour eux réalisées sur la Terre » Tablettes d’Hénoch, p. 7 et suivantes, 1857, chez Trubner et à Londres.

Tel était l’enseignement de Vintras, qui a été méconnu par presque tous les ésotéristes modernes [1].

Il est juste, d’ajouter que presque tous, — si l’on excepte le savant abbé Roca et le patriarche gnostique Synésius, les seuls qui se soient informés de la révélation ésotérique de Vintras — en ont parlé, qui n’en ont jamais lu le premier mot.

« On parle à son aise de ce merveilleux enseignement, disait l’abbé Roca, quand on le rejette en bloc, sans se donner la peine d’aller au fond et peut-être même de lire. Mais, c’est tout autre chose quand on l’examine sérieusement : alors, on s’aperçoit que loin de porter atteinte à la gnose sacrée de la tradition canonique, il en élargit au contraire le monument, il l’éclaire, l’embellit, le glorifie et le couronne. Il n’en détache pas une seule pierre, il n’en brise aucune pièce. Reprenant un à un tous les matériaux de l’ancien édifice, il reconstruit le Temple, en le transfigurant de la base au sommet… »

« L’on se demande comment a pu faire un illettré pour écrire ou dicter 50 ou 60 volumes dans ces conditions ? Comment expliquer qu’il ait pu parler ainsi religion, dogme, morale, culte, exégèse, ésotérisme, sans études préalables ? Cela d’une manière brillante, supérieure, pendant des heures entières et pendant plusieurs années, devant un auditoire difficile, où se mêlaient des prêtres, des savants, versés dans ces matières, sans que personne ait pu relever, un écart, un lapsus, une parole malsonnante ?… »

Et l’abbé Roca ajoute :

« Je défie un Saint-Thomas d’en faire autant ! »

Plus sur le sujet :

Le Vintrasisme, J. des Esseintes.

La Voie, Revue mensuelle de Haute Science, 15 juin 1904, pages 262 et suivantes.

Illustration par cgrape de Pixabay

Note :

[1] Vintras attribuait cette opposition de la part des occultistes, aux Esprits qu’ils évoquaient et qui se jouaient de leur naïve crédulité. Au cours d’une vision de nuit, Élie (Vintras) disait qu’il n’y avait alors (19 décembre 1872) pas moins de 300 principaux chefs qui l’évoquaient : « Ils ne savent rien comme cela, ce sont des Esprits qui répondent, se disant être moi ou dans mes affinités…

Ils ne peuvent rien obtenir de moi, mais ils ne parviennent pas moins jusqu’à moi, ce qui ne laisse pas que de me fatiguer et de prendre sur mon temps de repos… Ces Esprits les trompent et se moquent d’eux, ils leur disent que j’ai des secrets, de grandes connaissances, des secrets de la science. Puisque je ne me cache ni sous un pseudonyme, ni dans des retraites cachées, qu’ils envoient quelqu’un d’éprouvé, en qui ils puissent avoir confiance si des raisons attribuées au rang social ou autres les empêchent de se présenter eux-mêmes, mais, d’une manière ou d’une autre, d’agir : homme à homme, à découvert. »

C’est ainsi que Vintras a été représenté, en image, tenant dans sa main gauche une espèce de sceptre, surmonté d’une main ayant les trois doigts du milieu de la main fermés, et le pouce et le petit doigt ouverts. Or, ceci est faux.

Nous ne savons pas que Vintras ait jamais eu un sceptre semblable, mais ce que nous savons, c’est qu’une nuit, pendant une vision, Vintras, vit un des Esprits évoqués, affirmer aux évocateurs, qu’il tenait dans la main un sceptre aux doigts fermés et le pouce et le petit doigt ouvert, et qu’il y puisait, disait cet Esprit, « une grande force et puissance autoritaire. »

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