Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 9 janvier 2016

L’Alchimie SimplifiéeL’Alchimie Simplifiée par René Schwaeble

V.

Variations atomistiques étranges – Teinture, les quatre modalités de l’énergie – L’Athanor – Chaleur obscure, chaleur lumineuse – L’Oeuf Philosophique

Le Soufre, le Mercure et le Sel obtenus, arrivons à la Conjonction, à la Fixation des éléments, c’est-à-dire à l’opération qui les rend fixes, non volatils, au feu, incomburables par l’O.

Il serait inutile, en effet, de projeter directement soufre philosophique sur de l’argent, par exemple, en fusion : l’on n’obtiendrait qu’une variation des poids atomistique et spécifique, le lingot n’aurait pas la couleur d’or. Toutefois attaqué par 1’acide azotique étendu d’eau, il prendrait une belle couleur jaune et la conserverait jusqu’à son entière dissolution. Et si l’on faisait repasser l’argent à l’état métallique et le refondait sans y ajouter de Soufre le phénomène se reproduirait. Lazarus Erken a dit : « Quand tu auras joint le soufre métallique au métal ; vulgaire ne crois point que la teinture soit extérieure ; la matière demeure comme un métal non mûr. Basile Valentin prétendait qu’en prenant un certain Soufre non mûr provenant des sulfures d’antimoine l’on obtiendrait une teinture non visible, intérieure (elle serait dans l’atome, ne le colorerait pas), et que pour le rendre visible il faudrait y ajouter de l’or ouvert qui augmenterait sa puissance colorante et la rendrait fixe au feu ».

Mettre 100 grammes de soufre en fleur, 100 gr. de potasse pure non carbonatée et 100 gr. d’acide Azotique dans un vase de grès ou de porcelaine, recouvrir ce vase d’une plaque de verre et l’exposer au jour ; au bout de huit jours la matière se gonfle et rend visible ce qui était invisible, elle devient rouge, se liquéfie. Continuer cette putréfaction, en remuant de temps en temps avec un agitateur de verre, jusqu’à ce qu’apparaissent des efflorescences de carbonate de potasse et de soude et à la surface une croûte grise d’hyposulfite. Dessécher la substance, la mettre au creuset, fondre. Sortir la matière du creuset, verser sur cette matière de l’alcool pur, faire digérera feu lent de 80 à 85°. L’alcool se teint en rouge. Décanter. Prendre une pièce d’argent, la tremper brusquement dans le liquide et la laver dans l’eau fraîche : la pièce est teinte superficiellement.

Évaporer l’alcool jusqu’à ce qu’il reste une résine, la projeter sur de l’argent en fusion (après l’avoir entourée de cire), donner un bon feu de fonte, retirer le creuset du feu. Quand il est froid, enlever le culot d’argent. Ce culot est teint intérieurement et pas extérieurement : si on le passe à l’acide azotique, il apparaît jaune. II faut pour opérer la Conjonction avoir recours à l’Athanor ou fourneau philosophique ; il faut connaître le Sec (ce qui est en bas, la terre, le solide ; le type du Sec est le C pur cristallisé sous forme de silicate hyalin – diamant – ou des composés divers), l’Humide (ce qui est en haut, l’air, le gaz, l’H), le Chaud (l’O, le comburant universel, le feu, la matière radiante), le Froid (l’Az, l’agent, l’eau, le liquide), les quatre modalités de l’énergie, pour amener les matériaux à une maturité qu’ils n’acquièrent naturellement que grâce à un grand nombre de siècles et aux divers événements cosmogoniques et géologiques.

L’athanor est un fourneau à réverbères composé de quatre parties indépendantes les unes des autres et pouvant se superposer. La partie supérieure figure une coupole ; elle est munie d’un thermomètre maintenu par un bouchon de liège. Dans la deuxième partie, cylindre parfait ; quatre ouvertures circulaires, garnies de vitres, sont percées, qui permettent de surveiller l’opération ; c’est dans cette partie que loge le Têt contenant du sable fin sur lequel reposera l’Œuf philosophique (avoir soin d’enfoncer doucement l’Œuf jusqu’à ce que la surface de la matière qu’il renferme coïncide avec celle du sable). Le vase contenant le sable est ou supporté par une légère grille placée horizontalement entre la seconde et la troisième parties de l’athanor ou maintenu par des agrafes. La troisième partie forme, à l’intérieur, un cône tronqué de façon à présenter en haut une ouverture de même diamètre que le Têt placé au-dessus. La quatrième partie comporte à l’intérieur un cône renversé et plein, situé immédiatement au-dessus du foyer, maintenu par des agrafes et laissant autour de lui un vide circulaire qui, en montant, se réduit à l’épaisseur d’un doigt.

L’intérieur de l’athanor doit être émaillé en blanc vif ou enduit d’une couche de carbonate de magnésie délayé dans un peu d’eau gélatineuse.

Il faut se servir d’une lampe ayant une couronne de matière radiante, de zirconium ou de magnésie, fournissant des rayons chimiques à température basse. Une lampe ordinaire ne donnerait pas de chaleur lumineuse puisque sa chaleur serait étouffée par le support de l’Œuf, ne pouvant, comme la chaleur radiante du zirconium, traverser les corps opaques. C’est le feu clibanique dont parle Glauber.

Dans la lampe on met l’huile suivante : Prendre un kilo d’huile d’olive faite à froid, un kilo de sel marin décrépité, mettre le tout dans une cornue, mettre à la digestion pendant 4 ou 5 jours à 100° maximum. Distiller à feu doux : il sort une huile blanche transparente comme de l’eau. Lorsque des veinules rouges montent en haut de la chape de la cornue arrêter la distillation. Cette huile blanche brûle à flamme bleue, elle a besoin de très peu d’O, elle dure la moitié de temps plus que l’huile d’olive ordinaire.

Pour confectionner la lampe à zirconium (voir La Chimie métallurgique de Daubrey, au chapitre des métaux rares), prendre une mèche de coton de 7 à 8 brins, la tremper dans une solution de zirconium (zirconium et acide acétique), laisser sécher, préparer la couronne, calciner légèrement au feu bleu du gaz comme l’on fait pour les becs Auer. Il est bon d’avoir plusieurs lampes afin de pouvoir les changer quand il le faut ; quant à la couronne, une seule suffit.

La mèche est supportée par des fils inoxydables de nickel ou de maillechort.

Bien entendu, l’athanor repose sur trois briques afin de permettre à l’air d’y pénétrer.

La chaleur obscure est la chaleur de constitution des corps (24) ; la chaleur lumineuse est la chaleur de combinaison, elle a pour but de capter l’AZOTH universel, la Vie. L’œuf de la poule contient la vie à l’état latent – chaleur obscure, chaleur de constitution ; pour que cette vie se manifeste, il faut appliquer une nouvelle force extérieure, la chaleur lumineuse produite par la poule ou là couveuse artificielle. (Au reste, la chaleur de la poule est réellement un peu lumineuse ainsi qu’on peut l’observer par les temps secs).

La chaleur lumineuse pénètre jusqu’au centre de la Terre en tant que fonction chimique – et non en tant que matière radiante ou réflexible : les rayons qui traversent la terre sont les rayons violet, ultraviolet et noir. Je signale ce point à ceux qui s’occupent d’astrologie (25).

Chaleur obscure et chaleur lumineuse représentent les deux dragons de Nicolas Flamel, la chaleur obscure (dragon rouge) étant contenue dans le Fixe, et la Chaleur lumineuse (dragon bleu) dans le Volatil.

L’athanor installé, il faut prendre 30 grammes de Soufre philosophique, les porphyriser dans un mortier de verre, y ajouter 60 grammes de Mercure philosophique et procéder par imbibition en continuant la porphyrisation. On obtient une pâte épaisse, opaque. Puis, on ajoute 90 grammes de Sel philosophique. On introduit le tout réduit en poudre subtile dans un matras de verre, l’Œuf philosophique (d’un verre dur et ne contenant pas de plomb – qui pourrait le faire crever. On obtient ce verre en prenant du quartz non alumineux et en le fondant dans un creuset de chaux vive) (26). L’Œuf fermé hermétiquement (au préalable, on y aura fait le vide, en le faisant chauffer une demi-heure dans de l’eau à 100°, et en fermant, ensuite, à la lampe), on le place dans l’athanor de façon à ce qu’il reçoive la chaleur lumineuse par réflexion ; sans quoi l’AZOTH ne pourrait y pénétrer.

LIRE  SeL - SuCRe

On commence par une température de 40°. Cette chaleur ne sert qu’à inciter la chaleur obscure du composé. La Salamandre vit du feu et s’en engrosse.

Au bout du troisième jour, des nuages .sombres montent et descendent ou se résolvent en pluie. C’est l’aile de corbeau, c’est la mort, c’est la Putréfaction au cours de laquelle s’opère la Conjonction.

À ce moment il faut bien surveiller la température : l’Œuf pourrait éclater en créant des vapeurs vénéneuses.

On apercevra une phosphorescence plus ou moins vive, toute putréfaction étant accompagnée de phosphorescence. La putréfaction – qui rend la chaleur obscure lumineuse, le fixe volatil – réveille le côté sporadique des métaux (27).

La matière minérale possède infiniment moins de chaleur obscure rayonnante que les matières végétale et animale – ce qui fait que son évolution demande infiniment plus de temps.

VI

Le Petit Oeuvre – L’Elixir de Vie – Poudre de projection

Dans l’Œuf philosophique le calme renaît, la vie revient. Au bout d’un mois, la matière devient gris cendre. On augmente le feu de 10°. Des pustules apparaissent, colorées comme le scarabée. C’est le régime de la fermentation, c’est le paon- indiquant que l’union du mâle et de la femelle est consommée (28), c’est l’arrivée de la chlorophylle métallique.

La matière s’éclaircit, blanchit ; c’est le Lait virginal, la Vierge immaculée, la Lune droite des Sages, la Pierre Philosophale au blanc, pas absolument fixe. Si l’on ne veut transmuer les métaux qu’en argent, métal encore oxydable, si l’on ne veut accomplir gué le Petit Œuvre, on peut ouvrir l’Œuf. Il ne reste plus, alors, qu’à mêler la Pierre ainsi obtenue à de l’argent dans les conditions et proportions indiquées ci-après pour l’or.

Pour avoir la Pierre au rouge, la Pierre absolument fixe, pousser la chaleur à 58° ; au bout d’une vingtaine de jours, la matière devient faune citron.

Pousser à 80° ; au bout d’une quinzaine, la matière devient rouge. Encore un mois et elle devient d’un rouge brillant, transparent. Bientôt, elle s’affaisse et passe à l’état de pierre ou sel. Ce sel, soluble dans l’alcool, constitue ce que les anciens appelaient l’Élixir de vie pour les trois règnes.

Ne pas croire toutefois que la panacée universelle guérisse les jambes cassées, les organes détruits, etc. Contenant la vie, laquelle est la même pour les trois règnes, elle ne fait que communiquer un peu de cette vie aux malades qui en ont besoin ; elle introduit simplement dans l’économie une activité solaire oui redonné de l’énergie à la masse cérébrale, organe régulateur de la vie physique et chimique ; ce n’est qu’un tonique, un tonique puissant.

Ce sel dissous dans l’alcool apporte la vie aux trois règnes :

1° au règne minéral. Prendre un gramme de la liqueur, le mettre sur une terre ferrugineuse ou sesquioxyde de fer. Procédant par voie de coction ne dépassant pas 30°, l’on verra naître dans ce sesquioxyde un métal différent du fer.

2° au règne végétal. Mettre l gramme de la liqueur sur 8 à 10 grammes de terre ordinaire (terre prise dans les champs) calcinée sans fusion, l’on verra naître des végétaux (d’abord mousses, puis fougères, puis graminées). La terre ayant été calcinée ne pouvait contenir de germes. – Les fakirs enferment une graine de blé ou autre dans leurs mains : au bout d’un certain temps de coction, la plante croît ; une fois sortie des mains elle meurt. Au préalable, les mains ou la graine ont été trempées dans la liqueur.

3° au règne animal. Prendre de la terre ordinaire et préparée comme ci-dessus, la porphyriser au mortier, l’arroser d’une nouvelle quantité de liqueur : on voit apparaître le ver, la mouche, le papillon.

Revenons à la Pierre Philosophale. L’Œuf ouvert, mettre en un creuset brasqué au charbon de l’or chimiquement pur ; lorsqu’il est en fusion, ajouter de la Pierre philosophale la tierce partie du poids de l’or, et couvrir le creuset. Cette opération a pour but d’amener l’or à l’état de ferment ou levain de tous les métaux. Dans le creuset l’or sur lequel on a mis la Pierre s’enfle, puis se réduit en poudre rouge pourpre.

C’est la poudre de projection (laquelle est inanalysable puisqu’elle tue, amène à maturité toutes les substances), c’est l’or devenu ferment de l’or. Dans cet état elle n’a d’action que de l sur 1.000 ; l kilo de métal, plomb ou autre, ne donnerait qu’un gramme d’or quelle que fût la quantité de poudre employée. Pour multiplier sa puissance, reprendre la poudre, la remettre au foyer avec de l’or comme ci-dessus ; ajouter de la Pierre toujours comme ci-, dessus ; la poudre ainsi obtenue a une action de 10 sur 1.000. À la troisième opération, l’action sera de 100 sur 1.000, et à la quatrième de 1.000 sur 1.000.

La poudre qui contient les éléments fixes et lies éléments volatils (chaleur obscure et chaleur lumineuse) – le tout inséparable maintenant – amène à l’état lumineux, fixe au feu la chaleur obscure du métal sur lequel on l’aura projetée. Pour faire la projection, enrober de cette poudre la valeur d’un grain de millet dans une petite feuille de cire vierge (laquelle empêche l’atmosphère de l’oxyder), jeter sur un métal en fusion cette boulette ; aussitôt, le métal brille et semble doué d’un mouvement de rotation sur lui-même. Couvrir le creuset, fermer le fourneau, élever la température, laisser refroidir. Le culot a diminué en volume.

VII

Alchimistes et Alchimie

À Paris existent encore la rue Nicolas-Flamel et la rue Pernelle. (Il y a, aussi, la place Maubert, c’est-à-dire Maître Albert) près de la Tour Saint-Jacques, et le Conseil municipal ne songe nullement à les débaptiser, plus respectueux, probablement, de la charmante légende de Flamel et de sa femme que des services qu’ils rendirent à la science.

Nicolas Flamel, écrivain d’abord au Charnier des Innocents, puis à l’Église Saint-Jacques, acheta un jour pour deux florins un livre doré fort vieux et beaucoup large, fait de déliées écorces, avec une couverture toute gravée de figures étranges. Le livre contenait trois fois sept feuillets, le septième sans écriture, mais montrant peints une verge, des serpents se combattant, un autre serpent crucifié, des déserts, des fontaines. Et, au premier feuillet, il y avait écrit en grosses lettres : « Abraham le Juif, prince, prestre lévite, astrologue, et philosophe, à la gent des Juifs par l’ire de Dieu dispersée aux Gaules. Salut. D. I. »

L’auteur enseignait la transmutation métallique en paroles communes, avertissait die tout sauf du premier agent qu’il avait peint en figuré par très grand artifice.

Ayant chez lui ce beau livre, Flamel ne fit nuit et jour qu’y étudier, entendant très bien toutes les opérations qu’il démontrait, mais ne sachant avec quelle matière commencer. Et quand sa femme Pernelle vit le livre elle en fut autant amoureuse, prenant un extrême plaisir de contempler ces belles gravures d’images et portraits fit peindre toutes ces figures et les montra à, plusieurs grands clercs qui n’y entendirent jamais plus que lui. L’un cependant, maître Anseaulme, dit que véritablement le premier agent y était indiqué, le vif argent, qu’il, fallait fixer par longue décoction dans un sang très pur de jeunes enfants. Cela fut cause que, durant le long espace de vingt un ans, Flamel fit mille brouilleries, non toutefois avec le sang, ce qui est méchant et vilain. Enfin ayant perdu espérance de jamais comprendre ces figures, il fit un vœu à Dieu et à M. Saint-Jacaques de Gallice pour demander leur intervention. Donc avec le consentement de Pernelle, portant sur lui l’extrait d’icelles, ayant pris l’habit et le bourdon, il se mit en chemin, et tant fit qu’il arriva à Montjoye, et puis à Saint-Jacques (Santiago en Espagne) où avec une grande dévotion il accomplit son vœu. Cela fait, dans Léons au retour, il rencontra un médecin juif de nation, et alors chrétien, lequel était fort savant en sciences sublimes, appelé Maître Cauches. Quand Flamel lui eut montré les figures de son extrait, il lui demanda incontinent, ravi de grand étonnement et joie, s’il savait nouvelle du livre duquel elles étaient tirées (livre que les cabalisles croyaient à jamais perdu). Et notre pèlerin lui ayant répondu qu’il avait espérance d’en avoir de bonnes nouvelles si quelqu’un déchiffrait ces énigmes, tout à instant. Maître Gauches commença de les déchiffrer.

LIRE  La Nature par Dom Pernety

Tant il y a que par la grâce de Dieu et intercession de la bienheureuse Sainte Vierge et benoîts Sainte Jacques et Jean, Flamel sut ce qu’il désirait, c’est-à-dire les premiers principes, non toutefois leur première préparation qui est une chose très difficile sur toutes celles du monde.

Mais il l’eut à la fin après les longues erreurs de trois ans ou environ durant lequel temps il ne fit qu’étudier et travailler.

Finalement, il trouva ce qu’il désirait. La première fois qu’il fit la projection, ce fut sur du mercure dont il converti demi-livre en pur argent, meilleur que celui de la minière. Ce fut le 17 de janvier un lundi environ midi, en sa maison présente Pernelle seule l’an de la restitution de l’humain mil trois cent quatre-vingt-deux.

Flamel et sa femme fondèrent et rentèrent plus de quatorze hôpitaux dans la ville de Paris, bâtirent tout de neuf trois chapelles, décorèrent de grands dons, et bonnes rentes sept églises avec plusieurs réparations en leurs cimetières, outre ce qu’ils firent à Boulogne qui n’est guère moins. Puis Flamel fit peindre sur la quatrième arche du cimetière des innocents, entrant par la grande porte de la rue Saint-Denis et prenant la main droite, les plus vraies et essentielles marques de l’art, sous néanmoins des voiles et couvertures hiéroglyphiques, peur représenter deux choses selon la capacité, premièrement les mystères de notre résurrection future au jour du jugement du bon Jésus, et encore toutes les principales et nécessaires opérations du magistère de la philosophie naturelle.

Voilà l’histoire véridique. Maintenant, que Flamel soit né à Pontoise ou à Boulogne, en 1330 ou 1331, peu importe ; retenons seulement ceci : Nicolas Flamel apprit d’un manuscrit le moyen de faire de l’or. À ceux qui souriraient je conseillerai de lire l’interprétation que lui-même à donné de ses symboles alchimiques. Paracelse n’est pas moins connu que Flamel encore qu’il n’eut pas même été comme lui « souffleur ». Paracelse, malgré ses affirmations, n’a jamais travaillé dans le laboratoire, il ne connaît que la théorie, plus philosophe, plus penseur que chimiste. Il tire plutôt sa renommée de sa parole que des quelques préparations pharmaceutiques auxquelles son nom demeure attaché.

Le premier, il comprit que chaque chose contient une âme, un principe actif, ce que nous appelons caloïde, il enseigna qu’il faut séparer le pur de l’impur, Obtenir la subtile quintessence des produits, leur stable concentration vitale, que l’Alchimie est la Science de la Vie dans les trois règnes, et que la Médecine n’existe pas sans 1’Alchimie et l’Astrologie laquelle montre que chaque astre signe chaque animal, chaque végétal, chaque minéral de son sceau spécial, et que tout s’enchaîne, se correspond. Philippe Bombast naît en 1491 ou 1493, au village de Maria Einsiedeln (Notre-Dame des Ermites – d’où surnom d’Ermite qu’Érasme appliquera à Paracelse – dans le canton de Schwitz). Son père, Guillaume de Hobenheim, homme curieux de science et possédant une belle bibliothèque, exerce la médecine dans ce village, et, comme tout le monde, s’occupe alchimie. Il surnomme l’enfant « Auréolus. » Âgé de deux ans, Auroélus s’amusait, devant la maison paternelle, à tirer la queue d’un gros porc : celui-ci, furieux, se retourna, et lui coupa les deux testicules. De là, peut-être, le mépris, que, plus tard, Paracelse affiche pour les femmes. Instruit en alchimie et magie par son père, par le fameux Trithemius, abbé de Spanheim, par Scheyt, évêque de Sergach, par Mathieu Schlacht, Philippe s’en va, à la façon des Bohémiens, par les villes et par les campagnes, tirant des horoscopes, lisant dans les lignes de la main, vendant le secret de la Pierre philosophale, évoquant les morts, chantant des psaumes interrogeant médecins, bateleurs, bourreaux, barbiers, vieilles femmes, sorciers. Il marche au hasard, prétend avoir visité toute l’Europe, avoir été, en Russie, pris par les Tartanes et conduit par eux à Constantinople, après avoir poussé jusqu’en Égypte, à seule fin de se mieux connaître à la science hermétique ! Mais, Théophraste Paracelse (ainsi se surnomme-t-il lui-même : à cette époque, déjà, un médecin pour réussir devait étonner la galerie) n’a point quitté l’Allemagne, cela se voit aux descriptions fantaisistes qu’il donne des autres pays ! Car, il ment, il ment atrocement (et pourtant, il accuse Ariatofe de mentir selon les habitudes des Grecs, lesquels ne considèrent pas le mensonge comme un mal !). Il invente les histoires les plus folles. Il demeure longtemps aux mines de Bohème, où Sigismond Fueger de Schwartz lui enseigne la minéralogie et la métallurgie. Il suit l’armée en qualité de chirurgien.

Les médecins redoutent le mercure et l’opium : lui les recommande – heureusement, d’ailleurs, puisque, grâce à ces substances, il guérit lèpre, maladies vénériennes, gale, hydropisies légères, douleurs aiguës ! Il vante Hippocrate, et maudit les Arabes et les docteurs scolastiques. « Parlez-moi plutôt, s’écrie-t-il, des médecins spagyriques. Ceux-là, do moins, ne sont pas paresseux comme les autres ; ils ne sont pas habillés de beau velours, soie ou taffetas ; ils ne portent pas de bagues d’or aux doigts, ni de gants blancs. Les médecins spagyriques attendent avec patience, jour et nuit, le résultat de leurs travaux. Ils ne fréquentent pas les lieux publics ; ils passent leur temps dans le laboratoire. Ils portent des culottes de peau, avec un tablier de peau pour s’essuyer les mains. Ils mettent leurs doigts dans les charbons et dans les ordures. Ils sont noirs et enfumés comme des forgerons et des charbonniers. Ils parlent peu et ne vantent pas leurs médicaments, sachant bien que c’est à l’œuvre que l’on reconnaît l’ouvrier, ils travaillent sans cesse dans le feu pour apprendre les différents degrés de l’art alchimique… ».

Paracelse jure de guérir toutes les maladies, assure avoir rendu la santé à dix-huit princes sur le point de périr entre les mains des médecins galénistes, il promet le possible et l’impossible. An demeurant, peut-être moins menteur que hâbleur : il se persuade que ce qu’il dit est vrai, s’emporte furieusement contre ceux qui osent sourire. Car, il n’a pas toujours expérimenté ce qu’il prône, il prend pour argent comptant les racontars, se les assimile instantanément ! II n’a pas même lu, il ne lit même pas : ignorant Geber, il se proclame l’inventeur du Sel philosophique ! Il raconte ce qui lui passe par la tête, mélangeant empirisme, superstition, routine, disant choses idiotes et choses sublimes. Et il faut qu’on l’écoute, qu’on l’approuve, qu’on l’admire pour ne pas recevoir de grosses injures.

Il guérit Érasme et Æcolampade. Ce dernier, en 1527, lui fait obtenir une chaire de professeur de médecine et de philosophie à l’Université de Bâle. A sa première leçon, il met en tas tous les livres de médecine qu’il trouve dans l’amphithéâtre et les brûle, s’écriant : « Oui, je vous le dis, le poil follet de ma nuque en sait plus long que vous et vos auteurs ; les cordons de mes souliers sont plus savants que votre Galien et votre Avienne, et ma barbe a plus d’expérience que vos universités. Suivez-moi donc, marchez derrière moi, suivez-moi tous, je suis votre roi ! »

LIRE  Robert Fludd, alchimiste rosicrucien

Ses idées subversives lui amenèrent nombre d’admirateurs – et nombre d’ennemis.

En 1529, il guérit, grâce à son laudanum, le noble chanoine Liechtenfessins de violentes douleurs d’estomac, lui réclame cent louis d’or d’honoraires, prix convenu, ne peut les obtenir, le cite en justice ; il perd son procès, injurie les juges, doit (quitter précipitamment la ville.

Et le voici qui recommence ses pérégrinations, visitant Colmar, Nuremberg, Saint-Gall, Augsbourg, Salzbourg, où, le 24 septembre 1541, il meurt à l’hôpital Saint-Étienne, laissant pour toute bibliothèque la Bible, la Concordance de la Bible, le Nouveau-Testament et les Commentaires de Saint-Jérôme sur les Évangiles. Je ne puis m’empêcher en écrivant ces monographies de penser aux deux alchimistes que je connais (j’entends par « alchimiste » celui qui ne recule pas devant le titre, qui a le courage d’en assumer la traditionnelle bizarrerie), l’un, Tiffereau, dont j’ai parlé à l’Avant-propos, l’autre, le docteur Jobert.

Les voyages orageux de Paracelse ne rappellent-ils pas l’existence mouvementée de Tiffereau, de ce brave vieillard luttant toujours pour la défense sa découverte, pour cet or dont il a réussi à fabriquer au Mexique quelques parcelles et qu’il ne peut retrouver ?

Et l’existence légèrement mystérieuse de Flamel ne rappelle-t-elle pas celle du docteur Jobert qui, il y a quelques années, dans son petit laboratoire de la rue de Vaugirard, voulut bien, par deux fois, la première en présence de Victorin de Joncière, l’illustre et regretté compositeur, la seconde en présence de Léon Champrenaud, le directeur de La Voie, une des revues d’occultisme les plus sérieuses et les plus transcendantes, faire de l’argent ?

VIII

La Transmutation – ou l’Accroissement – fut indéniable

Nous avions apporté nous-mêmes le creuset et le plomb. Au plomb le docteur ajouta un certain poids d’une poudre de sa composition, et le lingot obtenu donna à l’analyse d’un essayeur officiel un poids d’argent supérieur au poids de la poudre.

Et pourtant, à quelque temps de là, une polémique – fort courtoise, d’ailleurs – s’éleva entre le docteur Jobert et M. Jules Delassus, le très savant collaborateur de la revue L’Hyper chimie, au sujet d’une expérience effectuée en présence de ce dernier.

À la vérité, l’expérience avait eu lieu sur des quantités minimes de métal, trop minimes pour que l’analyse décelât un appréciable résultat. Et nous sommes persuadés que le jour où le docteur Jobert emploiera de plus importantes quantités M. Jules Delassus pourra reconnaître la véracité de la transmutation ou de l’accroissement.

En attendant, voici une recette du Dr Jobert, que nous avons essayée et dont nous garantissons le résultat.

Transformation du cuivre en argent.

Prendre 100 grammes de sulfate de cuivre pur, 60 grammes de phosphate de soude, 60 grammes de chlorure de sodium.

Faire dissoudre à chaud le sulfate de cuivre dans un litre d’eau. Ajouter le chlorure de sodium. Puis, ajouter goutte à goutte, en agitant le tout, le phosphate de soude dissous au préalable dans deux fois son poids d’eau. Filtrer. Prendre cette liqueur, y ajouter 150 grammes de sulfure de potassium au préalable dissous et filtré. Faire bouillir et évaporer jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la moitié de la liqueur. Filtrer à nouveau. Prendre la liqueur et la mettre dans un vase de verre assez haut. Prendre deux lames de cuivre rouge bien décapé, les relier à un générateur d’électricité quelconque d’une puissance de 8 volts. Mettre les deux lames ainsi reliées dans la liqueur en les maintenant éloignées l’une de l’autre de 5 centimètres environ.

Faire passer le courant jusqu’à ce que la liqueur soit décolorée. De rouge, elle doit devenir blanche. Retirer les lames de cuivre. La négative sera chargée d’un enduit blanc. La mettre dans un bon creuset et la faire fondre. Retirer le culot du creuset, le mettre à dissoudre sur un feu doux dans de l’acide azotique dédoublé de la moitié de son poids d’eau. Au fond de la capsule, il s’est formé un résidu. Filtrer. Ajouter peu à peu dans cette liqueur une dissolution de chlorure de sodium. L’eau devient laiteuse. La laisser reposer, réajouter dans la liqueur claire, un peu de dissolution de chlorure de sodium jusqu’à’ ce qu’il ne se forme plus de précipité. Laisser reposer au moins 4 ou 5 jours, car la précipitation est très longue à se faire. Décanter, filtrer. Mettre à sécher le résidu, et y ajouter trois fois son poids de plomb pauvre.

Mettre dans un creuset, faire fondre en ajoutant borax, salpêtre et charbon jusqu’à ce que la scorie soit bien liquide. Laisser refroidir le creuset, et passer à la coupelle le bouton.

Ce n’est évidemment qu’une expérience de laboratoire qui n’enrichira pas. Mais elle pose le problème, et nous voudrions qu’elle encourageât les curieux, curieux de science et curieux de littérature.

L’Alchimie Simplifiée par René Schwaeble

Lire le début de cet article : L’Alchimie Simplifiée [1].

Notes :

(24) Le radium est analogue au Mercure des Philosophes auquel Basile Valentin attribue des propriétés détruisant les matières organiques qui l’avoisinant ; dissolvent les métaux ouverts et les amenant à maturité. Le radium fait fonction de feu froid.

(25) Certains alchimistes (Artéfius, Basile Valentm, Paracelse, le Cosmopolite, etc.) ont assimilé les métaux aux planètes, expliquant les propriétés de ceux-là par les propriétés de celles-ci, employant la phraséologie astrologique. Voir le Dictionnaire mytho-hermétique de Pernety au mot « Zodiaque ». Voir, aussi, le quatrième livre des Archidoxes magiques de Paracelse.

(26) On trouvera ce verre à Paris, chez Poulencq.

(27) Tout corps qui se putréfie absorbe de l’O. Un métal auquel on fournit de l’O s’oxyde, se ronge, disparaît peu à a : peu par combustion, par chaleur sèche, se résout sur lui-même ; c’est une véritable putréfaction, c’est la dissociation des éléments atomiques.

(28) Là, un lion rouge, hardi prétendant, était marié, dans un bain tiède, avec la fleur de lis. (Faust. – Goethe V2.2)