Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 27 décembre 2015

Par Ramsey Dukes

Dans les années 50, CP Snow initia un important débat lorsqu’il proposa une division en « deux cultures », c’est-à-dire la Science & l’Art (1).

Pendant un moment, tout le monde prit parti pour cette représentation binaire ou bien fut classé dans l’un ou l’autre camp. On s’est par exemple demandé si l’éducation traditionnelle axée sur la tradition artistique était réellement adaptée à une société de plus en plus orientée vers la technologie. On avait en effet poussé les enfants à croire que l’ingénierie était inférieure aux arts – une discipline pour des types sans imagination qui seraient relégués dans des jobs de seconde zone alors que les postes de management seraient donnés à de brillants & extravertis licenciés en Arts.

CP Snow désirait que la Science soit reconnue comme une culture égale & de même valeur — et non pas comme une forme inférieure, ni comme un neo-barbarisme menaçant les Arts. C’était peut-être un signe des temps — du matérialisme des années 50 — qu’il ne se soit concentré que sur l’Art & la Science & qu’il n’ait pas reconnu la Religion en tant que culture à part entière.

Des débats plus récents ont élu la Religion & la Science comme les deux paramètres culturels significatifs — on fait valoir par exemple que l’accent actuel porté sur l’éducation scientifique ne nous aide pas à nous préparer à prendre des décisions morales. Les Arts sont quelque peu surestimés dans ce débat, car on oublie que l’étude de la littérature est une autre manière de définir et d’explorer nos sensibilités morales. Récemment, j’ai entendu une discussion qui admettait l’existence de trois courants culturels — l’Art, la Science & la Religion. Mais le terme qui continuait à faire défaut dans tous ces débats était la Magie.

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Dans SSOTBME , j’ai suggéré que la meilleure méthode pour « cartographier » la culture humaine était d’utiliser une boussole avec 4 directions : l’Art, la Science, la Religion & la Magie. J’ai suggéré qu’ignorer ou nier la Magie c’était un peu comme nier l’existence d’un trou dans la route — cela ne fait qu’augmenter les chances de tomber dedans.

Même lorsque la Magie est abordée dans ces débats, elle l’est généralement en termes de « superstition » ou de « folie ». Aujourd’hui, au cours de l’émission « Start the Week » de la BBC4, une femme argumentait pour un retour des religions établies & elle suggérait que sans ce retour, nous risquions de retomber dans les superstitions du passé. Elle fit un parallèle entre les anciens sacrifices royaux & la manière dont Clinton a été « démembré » par la presse en quittant ses fonctions. L’animateur la contra en soulignant que, pour beaucoup de personnes en Angleterre, un retour à la religion serait perçu lui-même comme un retour aux anciennes superstitions.

Il existe une discipline où nous trouvons la Magie incluse dans la Religion & la Science — l’anthropologie. Ce que j’ai retiré du Rameau d’Or de Frazer, c’est qu’il existait une chose primitive appelée Magie qui a évolué en Religion & qu’à son tour celle-ci a ouvert la voie de l’illumination sous la forme de la Science. Une autre suggestion était que la Magie a évolué dans deux directions : en tant que système spirituel elle a évolué en Religion, en tant que système technologique en Science.

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Dans chacun ces deux modèles la Magie a sa place, mais cette place est dans le prolongement plutôt qu’aux côtés de la Science & de la religion. Et désormais, c’est l’Art est mis de côté.

Peut-être que la suggestion la plus radicale de SSOTBME est que la Magie, plus que d’être un précurseur de la Science, en est l’héritière. J’ai dédié un chapitre entier aux exemples qui démontrent que la Science mène à la Magie & non l’inverse — en commençant avec la résurgence de l’occulte des années 60 suivant le post-modernisme des années 50 & en remontant jusqu’au début de l’occultisme de la fin de siècle qui a suivi le scientisme victorien, jusqu’aux Ages Sombres qui suivirent le rationalisme de l’ère classique. Dans mon schéma, cependant, cette évolution n’apparaît pas comme un processus linéaire, mais comme un phénomène cyclique dans lequel la Magie tend à évoluer vers l’Art, alors que l’Art évolue vers la Religion, la Religion vers la Science & la Science vers la Magie. Et ainsi le cycle se poursuit-il.

Cette idée me semblant finalement trop radicale, j’en parlerai dans le second essai de cette présente série. Le point que je veux soulever ici est simplement que les autres analyses de notre culture mentionnée ci-dessus sont inadéquates, car elles omettent le rôle de la Magie. D’une part, il est fallacieux de « balayer toutes les impulsions spirituelles sous la carpette de l’Art », et d’autre part, il est faux d’insister sur le fait que la recherche d’un sens peut uniquement mener à Dieu.

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Nous vivons au sein d’une ère scientifique & cela nous conduira très probablement vers la Magie. Ne voyez pas cela comme un renversement inattendu ou un retour en arrière, car nous avons réellement besoin de comprendre la Magie pour donner un sens à ce qui se passe actuellement.

Ramsey Dukes. Titre original « Does our society need magic ? », sur le site Occulte-Books. Traduction française, Spartakus FreeMann, mai 2002 e.v.

(1) Le nom de C. P. Snow, physicien et romancier anglais né en 1905, est à jamais associé à l’idée de troisième culture. En 1959, C. P. Snow publia The two Cultures, un essai qu’il aurait pu tout aussi bien intituler : Les deux solitudes. Les deux cultures, ce sont deux groupes qui s’ignorent et souvent se détestent. D’un côté, des scientifiques de plus en plus spécialisés et distants du grand public, de l’autre les littéraires, groupe qui inclut ceux que l’on appelle les intellectuels. Au début du présent siècle du moins, ces derniers avaient, dans le monde du haut savoir, le monopole de la communication avec le grand public. (Extrait de « La troisième culture », sur le site de l’Encyclopédie de l’agora)