Les fins du monde

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Article publié le 21 jan 2012

Par Melmothia

« La fin de toute chair est venue devant moi, car la terre est pleine de violence à cause d’eux ; et voici, je vais les détruire avec la terre (…) tu entreras dans l’arche, toi, et tes fils et ta femme et les femmes de tes fils avec toi. Et de tout ce qui vit, de toute chair, tu feras entrer dans l’arche deux de chaque espèce, pour les conserver en vie avec toi ».

 C’est ainsi que Dieu s’adresse à Moïse dans le livre 6 de la Genèse, avant d’inonder la surface du globe. 150 jours plus tard, il promettra aux survivants d’y regarder désormais à deux fois avant de noyer sa création sous les eaux et, pour fêter sa nouvelle alliance avec les hommes, fera apparaître un arc-en-ciel dans les nues.

Si cette version du déluge est la plus connue, elle n’est ni la première ni la seule. Des mythes semblables existent dans de nombreuses civilisations. En Grèce, Deucalion doit se réfugier dans un coffre pour survivre aux inondations décidées par Zeus et, à Babylone, les aventures d’Outanapishtim, rapportées dans l’Epopée de Gilgamesh, constituent la source directe de l’histoire de Noé. On y trouve déjà l’arche, les couples de chaque espèce et la colombe lâchée pour estimer le niveau des eaux. Un point important distingue ces récits. Tandis qu’à Babylone ou en Grèce, le déluge est le fruit d’un simple caprice divin, dans la version Biblique, il est décidé en raison des mauvaises actions des hommes.

C’est que cette « fin du monde » a pris, entre temps, avec l’avènement du monothéisme, une coloration morale qu’elle conservera dans ses déclinaisons ultérieures. De l’engloutissement de l’Atlantide – fin du monde en miniature, aux périls liés à l’arme nucléaire, si le ciel menace de nous dégringoler sur la tête, c’est peu ou prou de notre faute.

Le déluge, Gustave Doré, 1865.

Le déluge, Gustave Doré, 1865.

Dans les civilisations dites païennes, le monde ne saurait connaître de véritable fin. Il se soumet plutôt à des cycles de destruction et de reconstruction succesifs, imitant ceux de la nature. Pour envisager un terme définitif à l’univers, il faut une temporalité linéaire telle que la présuppose le monothéisme. Ce sera donc dans le judaïsme, plus encore avec le christianisme, que se précisera l’idée d’une fin du monde associée à celle d’un Jugement dernier.

Il existe au moins une trentaine de textes de type apocalyptique. Le plus célèbre est sans conteste L’Apocalypse de Jean qui décrit, sous la forme d’une vision prophétique, la façon dont cette fin du monde doit advenir. Il y est question d’épidémies, de guerres. Et de la venue sur terre d’un antéchrist. Il y est également dit que ces désastres inaugureront le début d’une période de paix et de prospérité de mille ans durant laquelle le Christ sera de retour sur terre et le diable enchaîné au fond de l’abîme.

Durant les premiers siècles de l’Eglise, en raison des persécutions, les Chrétiens s’approprieront les attentes élaborées par les communautés juives après la destruction du Temple. Ces groupes se préparant à une proche Apocalypse seront appelés « millénaristes ». 
Puis, lorsque le christianisme est adopté comme religion officielle de l’empire à la fin IVe siècle et après trois siècles et demi d’attente, les espoirs d’un retour imminent du Christ s’estompent ; le christianisme s’installe et envisage un avenir. Saint Augustin propose alors une lecture symbolique du texte de Jean, transformant le millénaire de paix attendu en une promesse plus abstraite de jugement dernier. Cette interprétation, bien qu’adoptée comme vision officielle de l’Eglise, mettra longtemps à s’imposer. Le Moyen Age connaîtra régulièrement des « flambées » de millénarisme, aux époques de guerre ou de peste. Dans chaque événement inquiétant, chaque anomalie, des individus isolés ou des groupes pensent reconnaître les signes annonciateurs décrits par Saint-Jean. D’autres s’appliquent à de savants calculs pour en estimer la date. Car la question obsédante pour ceux qui attendent la fin des temps est moins « comment » que « quand » ? Régulièrement des croyants penseront ainsi avoir découvert l’échéance de la fin des temps et se comporteront en conséquence. Lorsque l’apocalypse attendue n’a pas lieu, ils en concluent à un mauvais calcul de dates. Ainsi, en l’an 590, alors que la peste fait des ravages à Rome, le pape Grégoire le Grand, écrit à ses correspondants que l’Apocalypse est venue. Puis, le fléau s’éloignant, il se ravise, concluant qu’elle aura sans doute lieu plus tard…

Le Grand Dragon et la Bête venue de la mer, William Blake, 1805.

Le Grand Dragon et la Bête venue de la mer, William Blake, 1805.

À partir du XVIIIe, la religion perd en puissance au bénéfice de la science et de la raison. Le millénarisme se « laïcise ». Les utopies sociales remplacent l’attente du royaume de Dieu sur terre. Une idéologie du progrès, scientifique et technique, va se substituer durant les deux siècles suivants aux idéaux métaphysiques et s’imposer comme la voie royale pour le bonheur universel. Puis, à son tour, le rêve se transforme en cauchemar. Le 6 août 1945, nous avons acquis le privilège de pouvoir nous auto-détruire ; grâce à l’arme nucléaire, la fin du monde est « techniquement » possible. Et tandis que l’écologie, et ses voeux d’harmonie entre l’homme et la nature prennent le relais du rêve d’un âge d’or, les avancées technologiques nous soufflent de nouvelles façons d’imaginer notre fin. Le cinéma s’est fait l’écho fidèle de ces craintes. Des films comme Planète interdite (1995) ou Terminator avec Arnold Schwarzeneger mettent en scène des robots devenus fous, se retournant contre leurs créateurs. L’armée des 12 singes, avec Bruce Willis, ou les zombis de 28 jours plus tard nous parle d’un monde déshumanisé, victimes de biotechnologies livrées à elle-même. À la crainte de la colère divine se substitue ainsi la peur de l’homme se prenant lui-même pour Dieu. Et tandis que le grand écran égrène ces scénarios catastrophes, le petit écran nous informe scientifiquement sur les différentes façons dont nous pourrions disparaître. Depuis quelques années, la mode est en effet aux documentaires alarmistes. Tout y passe, du super-volcan à la collision astéroïdaire, en transitant par le réchauffement climatique, le trou noir glouton, la mort du soleil, la pandémie multiple. Et, bien évidemment, la guerre nucléaire. Cette avalanche de futurs lugubres, liée à la prise de conscience des dégâts que nous avons faits sur notre environnement, nous incite à renouer avec le mythe de notre propre fin comme châtiment divin.

 Ces temps-ci, la mode est à la variante maya. Selon des rumeurs largement nourries par le Web, le solstice d’hiver 2012 devrait être le dernier de l’humanité. Près de 200 ouvrages sur le sujet sont déjà parus, développant des thèses variées, mais ayant en commun d’associer les dates du calendrier maya aux péripéties spatiales de l’hypothétique planète Nibiru. L’existence de cette dixième planète de notre système solaire aurait été découverte, selon l’écrivain Zecharia Sitchin, par les Sumériens. Dans son ouvrage La 12e planète, paru en 1975, il affirme que Nibiru abriterait même une civilisation extraterrestre ayant déjà visité la terre, les Anunnaki. Ces hypothèses pour le moins douteuses seront relayées vingt ans plus tard par Nancy Lieder, une médium prétendant recevoir les messages des annunanki, destinés à avertir les humains d’une collision prochaine de Nibiru avec la terre. La catastrophe était initialement prévue pour mai 2003, mais quand rien n’arriva, l’apocalypse fut repoussée à décembre 2012, ce qui permit à la théorie Nibiru de fusionner avec les interprétations alarmistes du calendrier maya.

En attendant l’apocalypse, vous pouvez occuper vos soirées en jouant à l’Armageddonpoly inventé par Robert Kutner dont l’ouvrage Apocalypse How (Running Press, 2008) traite sur le mode de l’humour des différentes façons dont l’univers pourrait en finir avec nous.

Melmothia, 2010. Article rédigé pour le compte du site Syfy.

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