Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 31 mars 2019

Les Stigmates par Melmothia

En grec ancien, le terme « stigma » réfère aux marques de propriété que les éleveurs font sur leurs animaux et les Grecs aisés sur leurs esclaves. Rien de religieux donc ; les stigma sont de simples signes d’allégeance. Le terme n’apparaît d’ailleurs qu’une fois dans le Nouveau Testament. Dans son Épître aux Galates, l’apôtre Paul écrit : « car moi, je porte en mon corps les marques de Jésus ». Cette formule est possiblement une allusion aux sévices subis au nom de la foi, ou peut-être Paul se présente-t-il ainsi comme le serviteur du Christ, mais rien dans ce passage ne laisse supposer qu’il ait été physiquement affecté.

Un millénaire plus tard pourtant, ces « stigma » deviendront des « stigmates ». L’expression désigne désormais des plaies apparaissant de façon surnaturelle sur le corps de croyants aux endroits où le Christ a été meurtri durant son supplice, à savoir des plaies sur les mains et les pieds, là où ont été enfoncés les clous de la crucifixion, à l’emplacement de la couronne d’épines, enfin au flanc qui a supporté le coup de lance du soldat.

Maladie Divine

Les Stigmates - Thérèse Neumann (1898-1962). Image extraite du site Qui était Catherine Emmerich.

Thérèse Neumann (1898-1962).
Image extraite du site Qui était Catherine Emmerich.

Les premiers cas apparaissent au moyen âge, après qu’un prédicateur italien a reçu les stigmates en 1224. Deux ans avant sa mort, alors qu’il priait sur le mont Alverne après un jeûne de 40 jours, Saint François d’Assise aurait eu la vision d’un séraphin cloué à une croix dont le sang irradiait des blessures. Un jet de feu et de sang lui aurait alors transpercé les membres. Une fois la vision dissipée, le saint aurait constaté la réalité des plaies qui demeurèrent jusqu’à sa mort.

Durant les siècles suivants, quelques centaines de personnes verront ce type de blessures apparaître sur leur corps, sans que la science ni même l’Église n’arrive à trancher entre supercherie, maladie mentale, phénomène paranormal ou mystique. Le plus célèbre de nos stigmatisés modernes est sans conteste Padre Pio dont la ville natale a été surnommée la « Las Vegas des croyants » en raison des 7 millions de pèlerins qu’elle accueille chaque année. Ce prêtre, qui avait la réputation de guérir les malades et posséder un don d’ubiquité, aurait perdu l’équivalent d’une coupe pleine de sang durant une cinquantaine d’années sans jamais avoir besoin d’une transfusion. Padre Pio portait en permanence des mitaines pour dissimuler les marques qui traversaient de part en part ses mains. Mais à sa mort, les stigmates avaient disparu – preuve pour les sceptiques qu’ils n’avaient existé et pour les croyants que les blessures étaient d’origine surnaturelle. Presque aussi célèbres sont les cas de Marthe Robin ou de Thérèse Neumann (1898-1962) qui aurait saigné des pieds, des mains et versé des larmes de sang, tous les vendredis pendant près de 40 ans.

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Face à ces phénomènes, l’Église demeure réticente à reconnaître le caractère d’authenticité des stigmates. Sur plus de 300 cas recensés, 20% à peine ont été canonisés par Rome et plutôt en raison de leur choix de vie que de leurs indélébiles blessures. Parmi ceux-ci se trouve Catherine Emmerich, la nonne dont les visions servirent de base au film de Mel Gibson, La passion du Christ.

Quant à la science, elle préfère comme de coutume évoquer en premier lieu la supercherie, un certain nombre de pseudo-stigmatisés ayant été pris en flagrant délit de simulation, et le passage des tissus sains aux blessures n’ayant jamais été observé et encore moins filmé. En l’absence de fraude avérée, les scientifiques se tournent du côté de la pathologie mentale. Des chercheurs contemporains ont ainsi souligné un point commun entre les différents stigmatisés : le jeûne, souvent associé au manque de sommeil. Ces conditions, en provoquant une chute du taux de sérotonine, pourraient favoriser une perte du sens de la réalité et conduire les personnes à s’automutiler, puis à oublier leur geste. Explication quelque peu simpliste, mais qui satisfait à l’exigence rationnelle.

Avant et après Barbet

Dans les années 40, les recherches anatomiques d’un certain Pierre Barbet vont jeter un nouveau pavé dans la marre en soulevant la question de la localisation des blessures. Bien que la crucifixion ait été un châtiment très courant dans l’Antiquité, il n’existe aucune description ni représentation des exécutions. C’est donc aux anatomistes modernes d’en reconstituer les conditions. Or, en effectuant à cette fin des expériences sur des cadavres, Pierre Barbet démontra en 1937 que les tissus tendres et le cartilage de la main sont incapables de soutenir plus de 30 ou 40 kilos. Il en déduisit que les clous devaient être enfoncés au niveau des poignets, là où l’os est suffisamment solide pour résister à la traction due au poids du corps.

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Sa découverte eut deux conséquences : le discrédit du phénomène des stigmates, les mains du Christ n’ayant pu être transpercées de la façon couramment montrée dans les tableaux et sur les crucifix. Et consécutivement un phénomène étonnant : un certain nombre de stigmatisés sans doute soucieux de s’adapter à la modernité présentèrent désormais les plaies « au bon endroit »…

En accord avec son temps, c’est aux poignets que la jeune stigmatisée jouée par Patricia Arquette dans le film Stigmata de Rupert Wainwright (2000) voit apparaître ses premières blessures, auxquelles succèdent d’autres, au dos et au front. La médecine échoue à comprendre sa pathologie, a fortiori à la soigner, d’autant qu’autour de la jeune femme se déchaînent des manifestations pour le moins étranges (télékinésie, visions, etc.). C’est un prêtre du diocèse de Pittsburgh qui prendra le relais de la science impuissante à aider Frankie Page. Mais rapidement, l’homme d’Église se heurte à deux problèmes majeurs : son interlocutrice se dit athée et dans son discours, elle évoque un manuscrit araméen censé contenir des paroles du Christ que Rome tiendrait à tout prix à dissimuler. Et tandis que notre prêtre se retrouve tiraillé entre sa conviction et son vœu d’obéissance à l’Église, les blessures de la jeune stigmatisée commencent à mettre ses jours en péril…

Patricia Arquette dans le film Stigmata, Rupert Wainwright (2000)

Patricia Arquette dans le film Stigmata, Rupert Wainwright (2000)

Durant une heure trente, Stigmata nous promet une révélation, celle du « vrai » message du Christ. L’intrigue du film s’inspire de The Dead Sea Scrolls Deception, sorti en 1993, un ouvrage de Michael Baigent et Richard Leigh, auteurs dont les oeuvres avaient déjà inspiré Dan Brown pour son Da Vinci Code. Ils y filent l’hypothèse que l’extrême lenteur avec laquelle les manuscrits de Qumrân sont révélés au public tient à la volonté de l’Église de conserver ces informations secrètes. Si elle constitue un bon sujet de fiction, la thèse du complot ne tient pas, le temps écoulé entre la découverte des manuscrits de la Mer Morte et leur décryptage s’expliquant simplement par l’état de dégradation des rouleaux. La fameuse révélation de Stigmata s’avère d’ailleurs assez décevante, puisqu’il s’agit de la nécessité pour chaque croyant de bâtir sa propre église dans son cœur. Rien de susceptible de renverser Rome, donc.

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Nouveau bouleversement

Soixante ans après les travaux de Pierre Barbet, un médecin légiste, le Docteur Frederik Zugibe, s’applique à en contredire les conclusions. Durant ses expériences, Pierre Barbet semble en effet n’avoir jamais tenu compte de la position des pieds durant la crucifixion, pensant qu’il ne s’agissait que d’un paramètre très secondaire. Or Frederik Zugibe a démontré ces dernières années que si le poids du corps entraînait en effet la déchirure des mains lorsqu’il y était entièrement suspendu, une planchette posée sous les talons ou un clou planté dans la cheville changeaient considérablement la répartition de la masse. Ce qui rend finalement possible le type de crucifixion classique de l’imagerie religieuse. On peut donc s’attendre à ce que, pour les générations futures de stigmatisés, les plaies reprennent leur place au milieu des mains.

Quelque trente cas de stigmatisation sont à l’heure actuelle recensés à travers le monde. Si l’Église est toujours réticente à leur égard, la plupart sont des croyants convaincus chez qui les stigmates sont apparus lors de visions ou d’extases mystiques. Certains, cependant, comme Giorgio Bongiovanni cultivent une version du dogme très personnelle. Ce Silicien, stigmatisé d’une croix au front, prophétise régulièrement le retour du Christ qui, selon lui, devrait revenir très prochainement sur terre avec la vierge Marie… au volant d’un OVNI.

Les Stigmates, Melmothia 2009 – Article rédigé pour le compte du site Sci Fi.