Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 16 janvier 2016


Le Mutus Liber – Planche 7 par Serge Hutin

Ce qui en rend l’interprétation difficile est que nous y voyons tour à tour : le couple alchimique qui accomplit (en vêtements ordinaires) des opérations de laboratoire ; des scènes mythologiques (Saturne croquant son fils au milieu d’un brasier) ; un épisode rituel.

Le Mutus Liber – Planche 7

Du point de vue des opérations de laboratoire, les quatre premières figures ne présentent – on le constatera – aucune difficulté : il s’agit de manipulations diverses accomplies par l’alchimiste et sa compagne lors des opérations qui mènent à la réalisation du Grand Œuvre.

 Ce sont les trois dernières figures, celles de la partie inférieure, qui sont, elles, délicates à interpréter. La partie de gauche représente le dieu Saturne s’apprêtant, au milieu d’un brasier, à dévorer son fils. D’une part, il s’agit d’une étape capitale dans les opérations de laboratoire (celles du procédé de la « voie humide »).

 MAGOPHON écrit : « Il est une eau qui renferme le feu du Ciel ; c’est la rosée, ou flos coeli, que nous avons vu épreindre dans une planche précédente. On sait que la rosée renferme un principe acide qui brûle à la lettre. Les objets soumis à son action ne tardent pas à tomber en poussière. Nous devons faire observer, cependant, que la rosée philosophale diffère, en réalité de la rosée commune. Elle est, néanmoins, formée des véritables pleurs de l’Aurore unis à une substance terrestre qui est le sujet de l’Œuvre. »

 Les deux dernières figures continuent ce symbolisme opératif spécial : lorsque Saturne – continue MAGOPHON – a accompli son horrible festin, on doit, dit Philalèthe, faire passer sur lui toutes les eaux du déluge, non pas de manière à le noyer, mais à corriger les effets d’une digestion laborieuse en éliminant les toxines résultant de la fermentation. Ce lavage à grande eau dépouille le corps de ses impuretés, en corrige les humeurs et le rend dispos pour les opérations subséquentes. On le distille alors hermétiquement afin de n’en rien perdre ; en précipiter le sel qui se présente en petits cristaux très hygrométriques, et qu’on doit soustraire aussitôt aux influences de l’air. C’est pourquoi on l’enferme dans un flacon bouché à l’émeri et qu’on tiendra en réserve.

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 D’autre part, on peut retrouver dans cette figuration – en nous souvenant que c’est l’homme lui-même qui est en fait le sujet principal de l’œuvre – le symbolisme tantrique du « pot mis à cuire », c’est-à-dire de notre nature matérielle qui doit être totalement purifiée, sublimée.

Le Mutus Liber – Planche 7

La toute dernière figure est, elle aussi, mais uniquement en partie, symbolique : l’alchimiste ne sacrifie pas un enfant de chair ! mais l’homme qui s’engage sur la voie d’une union tantrique doit le plus souvent « sacrifier son fils » c’est-à-dire renoncer à avoir une postérité charnelle : de par sa nature même une telle union ne peut procréer [1].

 Mais la scène n’est pas seulement symbolique : elle semble nous décrire une autre phase du rituel privé accompli par le couple d’initiés. Les deux époux sont – à cette phase – dépourvus de vêtements, la femme ne portant alors que son diadème lunaire par-dessus son écharpe rituelle. L’homme brandit le sabre de la main droite, tandis que son épouse lui présente de la même main, une fiole constellée d’étoiles.

Serge Hutin, Le Mutus Liber – Planche 7, extrait de Commentaires sur le Mutus Liber, éditions Le Lien, 1966.