Alphabet magique du Transitus Fluvii par Spartakus FreeMann.
AprĂšs avoir Ă©tudiĂ© lâalphabet cĂ©leste, nous allons Ă prĂ©sent passer au second alphabet que lâon retrouve dans le De occulta philosophia dâAgrippa : le transitus fluvii ou « de la traversĂ©e du fleuve ».
De semblables alphabets se trouvent Ă la fin de manuscrits syriaques (par exemple, mss. Sachau 53, 70, 116, dans la collection de Berlin) ; et lâun dâentre eux s’est mĂȘme « infiltrĂ© » dans la grammaire hĂ©braĂŻque d’Abraham de Balmes [MiknĂȘh Abraham, Venise, 1523, fol. 10] oĂč il est expressĂ©ment donnĂ© comme un alphabet mĂ©sopotamien. Il se trouve aussi dans le livre cabalistique Sepher Raziel.
Duret lâappelle « alphabet d’Abraham », que les Juifs assurent avoir Ă©tĂ© donnĂ© au patriarche lorsqu’il quitta la ChaldĂ©e pour venir habiter le pays de Chanaan [Duret, Thresor des langues de cest univers, p. 124, et Theseus Ambrosius, Appendix multarum diverserumque linguarum. Teseo Ambrosio est nĂ© Ă Pavie en 1469, savant augustin, d’un talent Ă©clectique, il fit imprimer dans l’abbaye de St. Pierre in Coelo Aureo, dont il Ă©tait l’abbĂ©, cette premiĂšre introduction concise aux langues proches-orientales].
Goeffroy Tory, rapportant les dires de Sigismond Fante, le fait remonter, quant Ă lui, Ă MoĂŻse : « caractĂšres utilisĂ©s par les HĂ©breux lors de leur passage dans le dĂ©sert » (voir figure 8 en annexe). Rappelons que son ouvrage, le Champs Fleury [voir la reproduction de la planche en annexe], est paru en 1529, soit 4 ans avant la parution de la version dĂ©finitive du De occulta dâAgrippa.
Cet alphabet est encore prĂ©sent chez Guillaume Postel, dans un ouvrage publiĂ© en 1538 et dĂ©crivant 12 alphabets dont le chaldĂ©en oĂč Postel range notre transitus fluvii [Postel, Guillaume (1510-1581), Linguarum duodecim characteribus differentium alphabetum : introductio ac legendi modus, longe facilimus, linguarum nomina sequens proxime pagella offeret, 1538].
Nous ne saurions ĂȘtre complets sans citer les liens que certains ont tissĂ©s entre cet alphabet et le cĂ©lĂšbre langage Ă©nochien de John Dee. Cet alphabet apparaĂźt dans le Liber Loagaeth, connu aussi sous le nom de Livre d’Enoch, qui fut rĂ©vĂ©lĂ© Ă Dee et Ă Kelly en mars 1583 et qui est consignĂ©e dans le Liber Mysteriorum Quintus.
LâAnge Galvah dĂ©clare Ă son propos :
« Concernant le Livre, il doit ĂȘtre appelĂ© Logah : ce qui dans votre langue signifie Parole de Dieu. Ăcris-le de la sorte : LOAGAETH, il doit ĂȘtre prononcĂ© Logah. Ce mot est dâune grande signification, je veux dire en respect de la profondeur quâil renferme. La premiĂšre feuille (comme tu lâappelles) est la derniĂšre du Livre. Et comme la premiĂšre feuille est un fatras sans ordre, elle signifie donc le dĂ©sordre du monde, et est la Parole de ce dĂ©sordre ou prophĂ©tie. »
La premiĂšre feuille de ce manuscrit donnĂ©e Ă Dee et Ă Kelly contenait l’alphabet dit « angĂ©lique » (voir figure 10 en annexe). Les noms des lettres, le sens de lâĂ©criture et leurs Ă©quivalents en anglais ont Ă©tĂ© donnĂ©s aux deux hommes, et il leur a Ă©tĂ© dit de les mĂ©moriser avant de continuer.
Certains chercheurs on voulu voir comme origine, ou source, de cet alphabet la Voarchadumia de Pantheus qui contient notamment notre « transitus fluvii » (voir figure 4), et un « alphabet dâEnoch ». Dee possĂ©dait un exemplaire de ce livre, quâil a fortement annotĂ©e, et qui a pu lui servir de source dâinspiration, entre autre, pour sa Monas Hieroglyphica.
Lâorigine de lâĂ©nochien dont nous ne pouvons traiter ici a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© par Hiramash (voir son site hiramash.net) qui soulĂšve avec intĂ©rĂȘt quâ« une hypothĂšse historique avait Ă©tĂ© avancĂ©e que le MoĂŻse historique devait Ă©crire en alphabet samaritain. Si cette homme avait eu une quelconque expĂ©rience avec le monde divin, peut-ĂȘtre l’Ă©nochien ne serait-il qu’une forme dĂ©viĂ©e du samaritain ? La graphie samaritaine n’a pas la rondeur de celle de l’Ă©nochien, toutefois les ornements et inflexions du tracĂ© peuvent avoir des points communs ».
Si on le suit, cette source ne pourrait-elle ĂȘtre cette Ă©criture chaldĂ©enne que les grammairiens des langues sĂ©mitiques du 16e siĂšcle appelaient chaldaĂŻque et que les mages nomment « transitus fluvii » ?
Quoiquâil en soit, la postĂ©ritĂ© de cet alphabet du Transitus Fluvii perdure jusquâĂ nos jours, oĂč les chercheurs de mystĂšres le relient aux Ă©vĂ©nements « rĂ©els » ayant inspirĂ© le film Blair WitchâŠ
Les figures relatives Ă cet article sur l’alphabet magique du Transitus Fluvii sont disponibles ici :
Si ce sujet vous intĂ©resse, allez lire l’histoire mystĂ©rieuse des caractĂšres chinois de la statue d’Isis du musĂ©e de Turin.
Plus sur le sujet :
Alphabet magique du Transitus Fluvii, Spartakus FreeMann, octobre 2010 â fĂ©vrier 2011 e.v.
Bibliographie :
- Egidius Cardinalis, Lib. de hebraicis elementis ;
- Paulus Riccius, Thalmud des Juifs ;
- Pic de la Mirandole, Lettre aux amis inconnus ;
- P. Crinitus, De honesta disciplina, liv. xxv, ch. 3 ;
- Cornelius Agrippa, De la vanité des sciences, ch. ii, et le De occulta philosophia ;
- Arius, Montanus, t. iii, Apparatus , cap. de Cyclo ;
- Teseo Ambrogio (Theseus Ambrosius), Introductio in Chaldaicam linguam, Syriacam atque Armenicam et decem alias linguas characterum differentium (1539) ;
- Postel, Guillaume (1510-1581), Linguarum duodecim characteribus differentium alphabetum : introductio ac legendi modus, longe facilimus, linguarum nomina sequens proxime pagella offeret, 1538 ;
- F. Louis Vivez, liv. 1, de son Globe des Canons et secrets de la langue sainte, et divine Ecriture, ch. 1 ;
- Duret, Trésor des langues, p. 123 ;
- Reuchlin, De arte caballistica ;
- Legendre. TraitĂ© de l’opinion, liv. iii.


