Notez donc que cette séparation, division et sublimation, sans doute, est la clé de toute l’œuvre. Donc après la putréfaction et dissolution de ces corps, nos corps s’élèvent en haut, jusque la superficie de l’eau dissolvant en couleur blanche, et cette blancheur est vie. Car en cette blancheur, avec les esprits du Soleil et de la Lune, est infuse l’âme Antimoniale et Mercuriale qui sépare le subtil de l’épais, le pur de l’impur, élevant peu à peu la partie subtile du corps de ses fèces, jusqu’à ce que tout le pur soit séparé et élevé. Et en ceci s’accomplit notre sublimation philosophique et naturelle, et avec cette blancheur l’âme est infuse au corps, c’est-à-dire la vertu minérale, qui est plus subtile que le feu, vu qu’elle est une vraie quintessence et vraie vie, qui désire et espère naître et se dépouiller des grosses impuretés terrestres qu’elle a prises du menstruel et de la corruption de son lieu d’origine. Et en ceci est notre sublimation philosophique, non pas avec le Mercure vulgaire inique, qui n’a nulle qualité semblable à celles desquelles est orné notre Mercure extrait de ses cavernes Vitrioliques, mais revenons à notre sublimation. Il est donc certain en cet art, que cette âme extraite des corps, ne se peut élever que par apposition de la chose volatile qui est de son genre, par laquelle les corps sont rendus volatils et spirituels en s’élevant, subtilisant et sublimant contre leur nature corporelle propre, grave et pesante, en laquelle façon ils se font incorporels et quintessence de la nature des esprits, laquelle est appelée l’oiseau d’Hermès et le Mercure extrait du cerf rouge, et ainsi demeurent en bas les parties terrestres ou plutôt les parties les plus grossières des corps, lesquelles ne peuvent se dissoudre parfaitement par aucun subtil moyen, ni artifice d’esprit.

Et cette fumée blanche, cet or blanc, cette quintessence, est aussi appelée la magnésie composée, laquelle contient comme l’homme, corps, âme et esprit. Son corps est la terre fixe du Soleil qui est plus que très subtile, laquelle s’élève en haut, pesamment par la force de notre eau divine. Son âme est la teinture du Soleil et de la Lune, procédant de la conjonction de ces deux, et l’esprit est la vertu minérale des deux corps et de l’eau, qui porte l’âme ou la teinture blanche sur les corps, et des corps, ainsi que par l’eau sur le drap est portée la teinture des teintures.

Et cet esprit Mercurial est le lien de l’âme Solaire, et le corps Solaire est le corps de la fixion contenant avec la Lune, l’esprit et l’âme. L’esprit donc pénètre le corps, fixe, conjoint l’âme, teint et blanchit, de ces trois unis ensemble se fait notre Pierre, c’est-à-dire du Soleil, de la Lune et Mercure. Donc avec notre eau dorée, se tire la nature, surmontant toute nature, et si les corps ne sont pas dissous par notre eau, imbus par elle, amollis, doucement et diligemment régis, jusqu’à ce qu’ils laissent leur grosseur et épaisseur, et se changent en un subtil esprit, impalpable, notre labeur sera toujours vain; parce que si les corps ne sont changés en incorporels, c’est-à-dire en Mercure des Philosophes, on ne trouve point encore la règle de l’Art, parce qu’il est impossible d’extraire des corps cette très subtile âme qui contient en soi toutes teintures, si premièrement ces corps ne sont fondus en notre eau. Dissous donc les corps dans l’eau dorée décuis-le jusqu’à tant que par la force et vertu de l’eau toute la teinture sort en couleur blanche, ou en huile blanche; et quand tu verras cette blancheur sur l’eau, sache qu’alors les corps sont liquéfiés. Continue encore ta décoction jusqu’à ce qu’ils enfantent la nuée qu’ils ont déjà conçue ténébreuse, noire et blanche.

Tu mettras donc les corps parfaits dans notre eau en un vaisseau scellé hermétiquement, que tu tiendras sur un feu doux, jusqu’à ce que tout soit résous en huile très précieuse. Cuis (dit Adfar) avec un doux feu, comme pour de la nourriture et éclosion des œufs de poule, jusqu’à ce que les corps soient dissous et que leur teinture (note bien) qui sera très amoureusement conjointe l’une avec l’autre, sorte entièrement. Car elle ne sort et ne s’extrait pas toute à la fois, mais seulement petit à petit, chaque jour, chaque heure, jusqu’à ce qu’après un long temps cette dissolution soit entièrement faite, et ce qui est dissous, dès l’instant s’en aille sur l’eau. Il faut qu’en cette solution le feu soit très lent, doux et continuel, jusqu’à ce que les corps soient faits eau visqueuse, impalpable, et que toute la teinture sort, au commencement de couleur noire, puis ensuite par de longues décoctions, elle se fasse eau blanche et permanente. Car la régissant en son bain, elle se fait claire puis devient finalement comme de l’argent vif vulgaire, montant sur les airs, sur l’eau première. Enfin, quand tu verras les corps dissous en eau visqueuse sache qu’alors ils sont convertis en vapeur et que tu as les âmes séparées de tes corps morts, et qu’elles sont mises en ordre par la sublimation et état des esprits, et par-là les deux corps avec une portion de notre eau, sont faits esprits volant et montant en l’air, et que là le corps composé du mâle et de la femelle, du Soleil et de la Lune, de cette très subtile nature nettoyée par la sublimation, prend vie, est inspiré par son humeur, par son eau, comme l’homme par l’air, voilà pourquoi dorénavant il multiplie et croît en son espèce, comme toutes les autres choses du monde. En cette élévation et sublimation philosophique, ils se conjoignent les uns les autres, et le corps nouveau inspiré de l’air, vit végétablement, ce qui est miraculeux. Donc, si par l’eau et par le feu les corps ne sont subtilisés jusqu’à ce point, qu’ils puissent monter comme les esprits, jusqu’à ce qu’ils soient comme eau, fumée ou Mercure, on ne fait rien en l’Art.

Toutefois, montant comme les esprits, ils baissent en l’air et se changent en air, se font vie avec la vie, de sorte qu’ils ne peuvent plus se séparer, de même que de l’eau mélangée avec de l’eau. C’est pour cela qu’on dit que la pierre naît sagement de l’air, parce qu’elle est entièrement spirituelle. Car ce vautour volant sans ailes, crie sur la montagne : je suis le blanc du noir et le rouge du blanc, et le citrin enfant du rouge, je dis vrai et ne mens point. Il te suffit donc de mettre le corps dans ton eau et dans le vaisseau, et puis le bien clore, jusqu’à ce que la séparation soit faite, qui est appelée par les envieux conjonction, sublimation, extraction, putréfaction, ligation, épousailles, subtiliation, génération, etc., et que tout le magistère soit parfait. Fais donc ainsi comme la génération de l’homme et de tous les végétaux, mets seulement une fois la semence en la matrice et puis clos-la bien. Tu vois par ce moyen que nous n’avons pas besoin de plusieurs choses et que notre œuvre ne requiert point de nombreuses espèces, parce qu’il n’y a qu’une seule pierre, une seule médecine, un vaisseau, un régime, une disposition successive, tant au blanc qu’au rouge. Et bien que nous disions souvent, prenez ceci, prenez cela, nous n’entendons point qu’il faille prendre rien qu’une chose, qu’il faut mettre une seule fois et puis clore le vaisseau, jusqu’à ce que l’œuvre soit parfaite. Car les Philosophes envieux disent qu’il faut prendre diverses choses afin d’égarer les ignorants et lourdauds, comme il a déjà été dit. Cet art n’est-il pas aussi Cabalistique et plein de très grands secrets? Et toi fat, tu crois que nous enseignons clairement les secrets des secrets? Prends-tu les paroles selon le son des mots? Sache certainement (et je ne suis aucunement envieux comme les autres), que toute personne qui prend les paroles des autres Philosophes selon la signification vulgaire des mots ordinaires, déjà celui-là, ayant perdu le fil d’Ariane dans les détours du labyrinthe, erre totalement et destine son argent à la perdition. Et moi-même, Artéphius, après avoir appris tout l’art dans les livres du véritable Hermès, j’ai été comme les autres envieux. Mais, comme j’ai vu en l’espace de mille ans, ou peu s’en faut (lesquels mille ans sont déjà passés sur moi depuis ma naissance, par la grâce du seul Dieu Tout-puissant et l’usage de cette admirable quintessence), comme j’ai vu en ce long espace de temps que personne ne parfaisait le magistère d’Hermès, à cause de l’obscurité des mots des Philosophes, animé de piété et de la probité d’un homme de bien, j’ai résolu en ces derniers jours de ma vie, d’écrire le tout sincèrement et vraiment, afin qu’on ne puisse rien désirer de plus pour faire l’œuvre, qu’on ait (j’excepte certaine chose qu’il n’est loisible à personne de dire ni écrire, parce que cela révèle toujours par Dieu, ou ai encore que cela maître); encore que cela même peut s’apprendre facilement dans qu’on ait un peu d’expérience et la tête point trop dure. J’ai donc écrit en ce livre, la vérité toute nue, la couvrant néanmoins de petits haillons, afin que tout homme de bien et sage puisse cueillir heureusement de cet arbre philosophique, les pommes admirables des Hespérides. Et pour cela, loué soit Dieu très haut qui a mis cette bienveillance en notre âme, et avec une très longue vieillesse, nous a donné cette dilection de cœur, par laquelle il me semble que j’embrasse, chéris et aime vraiment tous les hommes.

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L’Étoile Flamboyante

Mais revenons à l’art. Véritablement notre œuvre s’achève tôt, car ce que le Soleil produit en cent ans aux minières de la terre pour la génération d’un seul métal (ainsi que j’ai vu souvent), notre feu secret c’est-à-dire notre eau ignée, sulfureuse, qui est nommée Bain Marie le fait en peu de temps. Et cette œuvre n’est point de grand labeur à celui qui l’entend et la sait, voire sa matière n’est point si chère (vu qu’une petite quantité suffit), parce qu’elle est si brève et si facile, qu’à bon droit elle est appelée un ouvrage de femmes et un jeu d’enfants.

Travaille donc courageusement, mon fils, prie Dieu, lis assidûment les livres, car un livre ouvre l’autre, penses-y profondément, fuis les choses qui s’enfuient et s’évanouissent au feu, parce que ton intention ne doit point être aux choses combustibles et adustibles, mais seulement dans la coction de ton eau extraite de tes luminaires. Car par cette eau la couleur et poids se donnent jusqu’à l’infini, laquelle est une fumée blanche qui déflue dans les corps parfaits ainsi qu’une âme, leur ôtant entièrement la noirceur et immondicité, consolidant les deux corps en un, multipliant leur eau, et il n’y a pas autre chose qui puisse ôter aux corps parfaits, c’est-à-dire au Soleil et à la Lune, leur vraie couleur qu’Azoth, soit cette eau qui colore et rend blanc le corps rouge selon les régimes.

Mais traitons maintenant des feux. Notre feu est minéral, égal, continu et ne s’évapore point s’il n’est trop excité; il participe du soufre, est pris ailleurs que de la matière, il dérompt tout, dissout, congèle et calcine, il est artificiel à trouver et d’une dépense sans frais, du moins très peu élevée. Il est aussi humide, vaporeux, digérant, altérant, pénétrant, subtil, aérien, non violent, sans brûlure, circondant et environnant, contenant, unique, c’est la fontaine d’eau vive qui entoure et contient le lieu où se baignent le Roi et la Reine. En toute l’œuvre ce feu humide te suffit, au commencement, au milieu et à la fin.

Car en celui-ci consiste tout l’art, c’est un feu naturel, contre nature, innaturel et sans brûlure; enfin, ce feu est chaud, sec, humide et froid, pense sur ceci et travaille convenablement, ne prenant point les natures étrangères.

Que si tu n’entends point ces feux, écoute bien ceci que je te confie de la plus abstruse et occulte cavillation des anciens Philosophes, et qui n’a jamais encore été écrit dans les livres jusqu’à présent.

Nous avons proprement trois feux, sans lesquels l’art ne se peut parfaire, et celui qui sans eux travaille, se donne beaucoup de peine en vain. Le premier est le feu de la lampe, lequel est continuel, humide, vaporeux, aérien et artificiel à trouver. Car la lampe doit être proportionnée à la clôture, et en cette lampe il faut faire preuve de grand jugement, ce qui ne vient pas à la connaissance de la cervelle dure, parce que si le feu de la lampe n’est géométriquement et congrûment adapté au fourneau ou par défaut de chaleur, tu ne verras point les signes attendus en leur temps, et par trop longue attente tu perdras l’espérance, ou bien s’il est trop véhément tu brûleras les fleurs de l’or et plaindras tristement tes labeurs. Le second feu est de cendres, dans lesquelles le vaisseau scellé hermétiquement demeure assis, ou plutôt c’est cette chaleur très douce qui contourne le vaisseau provenant de la vapeur tempérée de la lampe. Ce feu n’est point violent, s’il n’est trop excité, il est digérant, altérant et se prend ailleurs que de la matière, il est unique, il est aussi humide, etc. Le troisième est le feu naturel de notre eau, qui à cause de cela est appelé feu contre nature, parce qu’il est eau et toutefois elle fait que l’or devient esprit véritable, ce que le feu commun ne saurait faire, celui-ci est minéral, égal, participe du soufre, rompt, congèle, dissout et calcine tout; il est pénétrant, subtil, non brûlant, c’est la fontaine dans laquelle se lavent le Roi et la Reine, duquel nous avons toujours besoin, au commencement, au milieu et à la fin. Des autres deux feux susdits nous n’en avons pas toujours besoin, mais quelquefois seulement. Conjoins donc en lisant les livres des Philosophes, ces trois sortes de feux et sans doute tu entendras toutes les cachotteries de leurs feux.

Quant aux couleurs, qui ne noircit point ne peut blanchir, parce que la noirceur est le commencement de la blancheur, le signe de la putréfaction et altération, et que le corps est déjà pénétré et mortifié. Donc la putréfaction en cette eau, premièrement t’apparaîtra la couleur noire semblable au brouet sanglant poivré. Puis après la terre noire se blanchira par une continuelle décoction, car l’âme des deux corps surnage sur l’eau comme de la crème blanche, et en cette seule blancheur tous les esprits s’unissent, de sorte que depuis ils ne s’en peuvent fuir les uns des autres. Il faut donc blanchir le laiton et rompre les livres, afin que nos cœurs ne se détrompent point, parce que cette entière blancheur est la vraie pierre au blanc et le corps noble par la nécessité de la fin, et la teinture de blancheur d’une très exubérante réflexion, qui ne fuit point étant mêlée avec un corps. Note donc ceci, que les esprits ne sont point fixes qu’en la couleur blanche, laquelle par conséquent est plus noble que les autres couleurs et doit être plus désirablement attendue, vu qu’elle est comme quasi tout l’accomplissement de l’œuvre Car notre terre se putréfie premièrement en noirceur, puis elle se nettoie en l’élévation, après elle se dessèche et la noirceur s’en va, alors elle se blanchit, et périt le ténébreux empire humide de la femme; alors aussi la fumée blanche pénètre dans le corps nouveau et les esprits se resserrent en la sécheresse, et le corrompu, déformé et noir par l’humidité, s’évanouit, alors le corps nouveau ressuscite, clair, blanc et immortel, emportant la victoire sur tous les ennemis. Et comme la chaleur agissant sur l’humide engendre la noirceur, qui est la première couleur, de même en cuisant toujours, la chaleur agissant sur le sec engendre la blancheur, qui est la seconde couleur, puis après engendre la citrinité et la rougeur agissant sur le pur sec, voilà pour les couleurs.

Il nous faut donc savoir que la chose qui a la tête rouge et blanche, les pieds blancs et puis rouges, et auparavant les yeux noirs, que cette seule chose est notre magistère. Dissous donc le Soleil et la Lune en notre eau dissolvante qui leur est familière et amie, et de leur nature prochaine, qui leur est douce et comme une matrice, mère, origine, commencement et fin de vie, qui est la cause qu’ils prennent amendement en cette eau, parce que la nature se réjouit avec la nature, et que la nature contient la nature et avec elle ce conjoint en vrai mariage, et qu’ils se font une seule nature, un corps nouveau ressuscité et immortel. Et ainsi il faut conjoindre les consanguins avec les consanguins, alors ces natures se suivent les unes les autres, se putréfient, engendrent et se réjouissent, parce que la nature se régit par la nature proche et amie. Notre eau donc (dit Danthin), est la fontaine belle, agréable et claire, préparée seulement pour le Roi et la Reine, qu’elle connaît très bien et eux, elle. Car elle les attire à soi et eux demeurent en elle à se laver deux ou trois jours c’est-à-dire, deux ou trois mois, et les fait rajeunir et rend beaux. Et parce que le Soleil et la Lune ont leur origine de cette eau, leur mère; il faut que derechef ils entrent dans le ventre de leur mère, afin de renaître de nouveau et qu’ils deviennent plus robustes, plus nobles et plus forts. Et si ceux-ci ne meurent et ne se convertissent en eau, ils demeureront tout seuls et sans fruit. Mais s’ils meurent et se résolvent en notre eau, ils apporteront un fruit centième, et du lieu duquel il semblait qu’ils eussent perdu ce qu’ils étaient, de ce même lieu ils apparaîtront ce qu’ils n’étaient auparavant. Donc avec le Soleil et la Lune, fixez avec très grande subtilité l’esprit de notre eau vive. Car ceux-ci convertis en nature d’eau, ils meurent et sont semblables aux morts, toutefois de là puis après inspirés, ils vivent, croissent et multiplient comme toutes les autres choses végétables. Il te suffit donc de disposer extrinsèquement, la matière, car elle œuvre suffisamment pour sa perfection en son intérieur. Car la nature a en soi un mouvement inhérent certain et selon la vraie voie, meilleur qu’aucun ordre qui puisse être imaginé par l’homme. Donc tu prépares seulement et la nature parachèvera. Car si elle n’est empêchée par le contraire, elle ne passera pas son mouvement qu’elle a certain, tant pour concevoir que pour enfanter. Garde-toi donc seulement après la préparation de la matière que tu n’échauf fes trop le bain. Et pour le dernier que tu ne laisses fuir les esprits a affligeraiente celui qui travaillerait, l’opération serait détruite et donnerait au Philosophe beaucoup d’infirmités c’est-à-dire, de tristesses et de colères. De cela est tiré cet axiome, savoir que par le cours de la nature, celui qui ignore la production des métaux ignore aussi leur destruction. Donc il te faut conjoindre les parents, car les natures trouvent leurs natures semblables et en se putréfiant se mêlent ensemble, se mortifient et puis se revivifient. Il est donc nécessaire de connaître cette corruption et génération, comment les natures s’embrassent et se pacifient au feu lent, comment la nature se réjouit par la nature, comment la nature retient la nature et la convertit en nature blanche. Après cela si tu veux rubifier il te faut cuire ce blanc en un feu sec et continuel, jusqu’à ce qu’il se rougisse comme le sang, lequel alors ne sera autre chose que feu et vraie teinture. Et ainsi par le feu sec continuel, se change, corrige et parfait la blancheur, se citrinise et acquiert la rougeur et vraie couleur fixe. D’autant que plus ce rouge se cuit, plus il se colore et se fait teinture de plus parfaite rougeur. Il faut donc par un feu sec et par une calcination sèche sans humeur, cuire le composé, jusqu’à ce qu’il soit vêtu de couleur très rouge et qu’il soit parfait élixir.

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L’Alchimie Simplifiée 1

Si après tu le veux multiplier, il te faut derechef résoudre ce rouge en nouvelle eau dissolvante, et puis par décoction, le blanchir et rubifier par les degrés du feu, réitérant le premier régime. Dissous, congèle, réitère, fermant la porte, rouvrant et en quantité et qualité à ta volonté. Car par nouvelle corruption et génération, s’introduit de nouveau un mouvement neuf et ainsi nous ne pourrions point trouver la fin si nous voulions toujours travailler par réitération de solution et coagulation, par le moyen de notre eau dissolvante, c’est-à-dire dissolvant et congélant comme il a été dit pour le premier régime.

Et ainsi sa vertu s’augmente, multiplie en quantité et qualité, de sorte que si en ta première œuvre une partie de ta pierre teignait cent, la seconde fois teindra mille, la troisième dix mille, et ainsi si tu poursuis ta projection, viendra jusqu’à l’infini, teignant vraiment, parfaitement et fixement, en quelle quantité que ce soit, et ainsi par une chose de vil prix, on ajoute la couleur, la vertu et le poids.

Donc notre feu et Azoth te suffit, cuis, cuis, réitère, dissous, congèle, continuant ainsi à ta volonté et multipliant tant que tu voudras, jusqu’à ce que ta médecine soit fusible comme la cire et qu’elle ait la quantité et la vertu que tu désires. Tout l’accomplissement de l’œuvre ou de notre pierre seconde (note bien ceci) consiste en ce que tu prennes le corps parfait que tu mettras en notre eau dans une maison de verre bien close, et bouchée avec du ciment, afin que l’air n’y entre point et que l’humidité enclose ne s’enfuie, que tu tiendras en digestion à chaleur douce et lente, très tempérée, semblable à celle d’un bain ou fumier, sur lequel avec le feu, tu continueras la perfection de la décoction jusqu’à ce qu’il se pourrisse et soit résous en couleur noire, puis s’élève et se sublime par !’eau afin que par là il se nettoie de toute noirceur et ténèbres, se blanchisse et subtilise, jusqu’à ce qu’il vienne en la dernière pureté de la sublimation, se fasse volatil et blanc dedans et dehors. Car le vautour volant en l’air sans ailes, crie afin de pouvoir aller sur le mont, c’est-à-dire sur l’eau, sur laquelle l’esprit blanc est porté. Alors continue ton feu convenablement et cet esprit, cette subtile substance du corps et du Mercure, montera sur l’eau, laquelle quintessence est plus blanche que la neige, continue encore à la fin, fortifiant le feu jusqu’à ce que tué tout le spin monte en haut. Car sache que tout ce qui sera clair, pur et spirituel, montera en haut en l’air sous forme de fumée blanche, que les Philosophes appellent le lait de la Vierge.

Il faut donc (comme disait la Sibylle) que de la terre le fils de la Vierge soit exalté, et que la quintessence blanche après sa résurrection s’élève vers les cieux, et qu’au fond du vaisseau et de l’eau demeurent le gros et l’épais, car une fois le vaisseau refroidi tu trouveras au fond les fèces noires et brûlées, séparées de l’esprit et de la quintessence blanche, que tu dois jeter. En ce temps, l’argent vif plut de notre air sur notre terre nouvelle, lequel est appelé argent vif sublimé par l’air, duquel se fait l’eau visqueuse, nette et blanche qui est la vraie teinture séparée de toute fèce noire, et ainsi notre laiton se régit avec notre eau, se purifie et s’orne de la couleur blanche, laquelle couleur ne se fait que par la décoction et coagulation de l’eau. Cuis donc continuellement, ôte la noirceur du laiton, non avec la main, mais avec la pierre, ou le feu, ou avec notre eau Mercuriale seconde qui est une vraie teinture. Car cette séparation du pur de l’impur, ne se fait point avec les mains, d’autant que c’est la nature seule qui la parfait véritablement, ouvrant circulairement à la perfection.

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La Monade Hiéroglyphique de John Dee

Donc il apparaît que cette composition n’est point un ouvrage manuel, mais seulement un changement de natures. Parce que la nature elle-même se dissout et conjoint, se sublime, s’élève et blanchit ayant séparé les fèces. Et en telle sublimation se conjoignent toujours les parties plus subtiles, plus pures et essentielles, d’autant que quand la nature ignée élève les plus subtiles, elle élève toujours les plus pures et, par conséquent, laisse les plus grosses. Pour cela il faut par un feu médiocre continuel, sublimer en la vapeur, afin que la pierre s’inspire en l’air et puisse vivre. Car la nature de toutes les choses prend vie de l’inspiration de l’air et aussi tout notre magistère consiste en vapeur et sublimation de l’eau. Il faut donc élever notre laiton par les degrés du feu et qu’il monte en haut librement de soi-même, sans violence, partant si le corps par le feu et l’eau n’est atténué et subtilisé jusqu’à ce qu’il monte ainsi qu’un esprit, ou comme l’argent vif fuyant, ou comme l’âme blanche séparée du corps et emportée en la sublimation des esprits, il ne se fait rien en cet art. Toutefois, lui montant ainsi en haut, il naît en l’air et se change en air, se faisant vie avec la vie, étant entièrement spirituel et incorruptible. Ainsi par tel régime, le corps se fait esprit de subtile nature et l’esprit s’incorpore avec le corps, et se fait un avec lui. En cette sublimation, conjonction et élévation, toutes choses se font blanches.

Donc cette sublimation Philosophique et naturelle est nécessaire, qui compose la paix entre le corps et l’esprit, ce qui ne peut se faire autrement que par cette séparation de parties. Voilà pourquoi il faut sublimer les deux ensemble, afin que le pur monte et l’impur terrestre descende en la perturbation et tempête de la mer houleuse. De là, il faut cuire continuellement, afin que la matière devienne en nature subtile et que le corps attire à soi l’âme blanche Mercurielle qu’elle retient naturellement, et ne la laisse point séparer de soi, parce qu’elle lui est égale en proximité de nature première, pure et simple. Il ressort de cela qu’il faut, par la décoction, faire la séparation jusqu’à ce que rien ne demeure plus de la graisse de l’âme, qui ne soit élevé et exalté en la partie supérieure, car ainsi les deux seront réduits à une simple égalité et simple blancheur. Donc le Vautour volant par l’air, et le Crapaud marchant sur terre, est notre magistère. Quand tu sépareras doucement avec grande attention la terre de l’eau, c’est-à-dire du feu, et le subtil de l’épais, montera de la terre au Ciel ce qui sera pur, et ce qui sera impur descendra en la terre, et la plus subtile partie prendra en haut la nature de l’esprit, et en bas la nature du corps terrestre. Par cette opération on élève la nature blanche avec la plus subtile partie du corps, laissant les fèces, ce qui se fait bientôt, car l’âme est aidée par son associée et parfaite par elle. Ma mère (dit le corps) m’a engendré, et par moi elle s’engendre. Toutefois, après qu’elle a pris son vol, elle est pleine d’autant de piété qu’on saurait désirer, chérissant et nourrissant son fils jusqu’à ce qu’il soit parvenu à l’état parfait. Or, écoute ce secret : garde le corps en notre eau Mercuriale jusqu’à ce qu’il monte en haut avec l’âme blanche, et que le terrestre descende en bas, qui est appelé la terre restante, alors tu verras l’eau se coaguler avec son corps, et seras assuré que la science est vraie, parce que le corps coagule son humeur en siccité, comme le lait caillé de l’agneau coagule le lait en fromage, en cette façon l’esprit pénétrera le corps et la commixtion se fera parfaitement, et le corps attirera à soi son humeur, c’est-à-dire son âme blanche, de même que l’aimant attire le fer à cause de la similitude et proximité de leur nature, et de son avidité, alors l’un contiendra l’autre, et cela est notre sublimation et coagulation, qui retient toute chose volatile et fait qu’il n’y a plus de fuite.

Donc cette composition n’est point une opération manuelle, mais (comme j’ai déjà dit) c’est un changement de natures et une connexion et liaison admirable du froid avec le chaud et de l’humide avec le sec. Car le chaud se mêle avec le froid, le sec avec l’humide, et par ce moyen se fait la commixtion et conjonction du corps et de l’esprit, qui est appelée la conversion des natures contraires. Car dans une telle solution et sublimation, l’esprit est converti en corps et le corps en esprit, ainsi donc mêlées ensemble, et réduites en un, les natures se changent les unes les autres, parce que le corps incorpore l’esprit et l’esprit change le corps en esprit teint et blanc.

De là (et voici la dernière fois que je te le dirai) décuis-le en notre eau blanche, c’est-à-dire dans du Mercure, jusqu’à ce qu’il soit dissous en noirceur, puis après par décoction continuelle, sa noirceur se perdra et le corps ainsi dissous; à la fin, montera avec l’âme blanche, alors l’un se mêlera dans l’autre et ils s’embrasseront de telle façon qu’ils ne pourront plus jamais être séparés, et alors dans un réel accord l’esprit s’unit avec le corps et se font permanents; cela est la solution du corps et coagulation de l’esprit qui ont une même et semblable opération. Qui saura donc marier, engrosser, mortifier, putréfier, engendrer, vivifier les espèces, donner la lumière blanche et nettoyer le Vautour de la noirceur et ténèbres jusqu’à ce qu’il soit purgé par le feu, coloré et purifié de toutes macules, il sera possesseur d’une si grande dignité, que les Rois lui feront grand honneur.

Que notre corps demeure en l’eau jusqu’à ce qu’il soit dissous en poudre nouvelle au fond du vaisseau et de l’eau, laquelle est appelée cendre noire, et cela est la corruption du corps qui par les Sages est appelée Saturne, Laiton, Plomb des Philosophes et la poudre discontinuée.

Et en cette putréfaction et résolution du corps apparaîtront trois signes : la couleur noire, la discontinuité et séparation des parties à l’odeur puante qui est semblable à celle des sépulcres. Cette cendre est donc celle de laquelle les Philosophes ont tant parlé, qui est restée dans la partie inférieure du vaisseau, que nous ne devons pas mépriser, car en elle est le Diadème de notre Roi, et l’argent vif, noir, immonde, duquel on doit ôter la noirceur en le décuisant continuellement dans notre eau, jusqu’à ce qu’il s’élève en haut en couleur blanche, qui est appelée l’Oie et le Poulet d’Hermogène. Donc qui ôte la noirceur de la terre rouge et puis la blanchit, possède le magistère, de même que celui qui tue le vivant et ressuscite le mort. Blanchis donc le noir et rougis le blanc, afin que tu parachèves l’œuvre Et quand tu verras apparaître la vraie blancheur resplendissante comme le glaive nu, sache que la rougeur est cachée, en elle, alors il ne te faut point tirer cette poudre blanche hors du vaisseau, mais seulement il te faut toujours cuire, afin qu’avec la calidité et siccité, survienne finalement la citrinité et la rougeur très étincelante, laquelle voyant avec une grande terreur tu loueras à l’instant le Dieu très bon et très grand qui donne la sagesse à ceux qu’il veut, et par conséquent les richesses, et selon l’iniquité des personnes les leur ôte et soustrait perpétuellement, les plongeant en la servitude de leurs ennemis. Dieu auquel soit louange et gloire, aux siècles des siècles. Amen.

FIN

Plus sur le sujet :

Le Livre Secret d’Artéphius, De art occulta, atque lapide philosophorum liber secretus, Artéphius, Paris, 1612.

Image par Xiao feng Lew de Pixabay

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