Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 19 mars 2019

Mysterium Ecclesia ? Par Carlo Suarès

Mon Dieu, je crois fermement tout ce que croit et enseigne la Sainte Église catholique, apostolique et romaine, parce que c’est vous, ô vérité infaillible, qui le lui avez révélé. Ainsi soit-il.

On peut se demander combien de ceux qui se prononcent pour cet acte de foi se rendent compte de ce qu’ils font. Ces paroles pèchent par l’omission de tous ceux qui reçoivent « la révélation » (mot à définir !), patriarches, prophètes, Évangélistes et le Rabbi lui-même. Usurpation, non seulement par Pierre : par la cooptation apostolique qui construit à la fois son Église et sa vérité.

La doctrine, à la façon de la « ligne » de Moscou ou de Pékin, s’établit et se modifie par ses ordonnances. Depuis Pierre et Paul jusqu’au curé du village, elle s’impose par la peur. III Pierre, Il, 9-10 : Le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux et réserver les injustes pour être punis au jour du jugement, ceux surtout qui vont après la chair dans un désir d’impureté et qui méprisent l’autorité. Et Paul : Rom., XIII, 1 : Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures. (Phrases cueillies au hasard, parmi tant d’autres semblables.)

Tout le monde parle de « la crise des Églises ». Il n’y a pas « crise », il y a une double mort : celle d’une pensée archaïque dont souffrent toutes les Églises et Synagogues, et celle de l’autorité, qui mène Rome à sa destruction.

Les Églises réformées n’ont que des raisons de se réjouir à l’annonce du retour du Rabbi. Par des contacts fraternels et compréhensifs avec des personnes actives dans ces confessions, j’en suis assuré. Les rejets que je reçois proviennent en général de personnes qui brandissent la Bible, objet tabou, en criant : « C’est la parole de Dieu ! » (Des Synagogues je n’entends rien. Elles n’ont à mon égard qu’un silence méprisant : « Qu’est un Juif hors les lois de Moïse et les traditions ? » Mais c’est bien cette prétendue « Parole » qui est en crise, alors que, lu comme il doit enfin l’être, ce livre prodigieux, fantastique d’intelligence et d’intelligibilité ressuscite en splendeur.

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Le code chiffré originel que j’ai donné depuis longtemps, en plusieurs ouvrages, est le seul instrument, le seul absolument, qui sauve le Message des « deux Testaments », enfoui dans les infantilismes de ses interprétations consacrées. L’application d’une bonne volonté « neuve », dégagée de toute croyance, suffit pour pénétrer dans ce code projectif de la langue sacrée affranchie et affranchissant du temps linéaire. Mais combien d’hommes et combien d’énergies et de patience et de persévérance et d’obstination et d’entêtement faudra-t-il encore pour que s’écroulent les forteresses cimentées jour après jour par deux mille et cinq mille années d’inertie ? Par le refus qu’opposent à la naissance de la Conscience cosmique tant d’hommes et de femmes ?

En quelques années nous avons vu paraître une demi-douzaine de bibles, en des textes qui ignorent tout du code originel et dont les variantes sont parfois plus erronées que les textes consacrés de longue date. On y lit et re-relit que Dieu a créé le Ciel et la Terre (explication onirique du Mystère de l’existant). Et la Terre, ce disque au centre de la coupole céleste, demeure l’unique préoccupation de ce Dieu, lequel se promène dans son jardin d’Éden après avoir, opération délicate et mal réussie, extrait une femme d’un homme, et d’autres histoires aussi saugrenues.

Tiffany’s Dome 1, dessiné par J. A. Holtzer (1897). Preston Bradley Hall, Chicago Cultural Center. Mysterium Ecclesia ?

Tiffany’s Dome, dessiné par J. A. Holtzer (1897). Preston Bradley Hall, Chicago Cultural Center.

L’on me dit : « Qu’importe si l’on croit à ces légendes ? Après tout, quel mal font-elles ? »

Quel mal ? Lisez plutôt Paul (1 Tim., II, 12-15) : Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme, mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Ève ensuite, et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, a été coupable de transgression. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté…

Veut-on d’autres citations ? Ce n’est pas difficile, car tout est à l’avenant : 1 Cor., XI, 8 et la suite : L’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme, et l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l’homme. C’est pourquoi la femme à cause des anges (sic) doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend…

Cela ne suffit-il pas ? Apprenez, femmes, vos devoirs domestiques (Eph., v. 21) : Femmes, soyez soumises à vos maris, etc., avec la suite des exhortations, doublant celles de Pierre : Enfants, obéissez à vos parents… Serviteurs, obéissez à vos maîtres, etc.

Les deux apôtres se sont bien entendus pour assujettir, empêcher la naissance de l’Humain. À cet effet, entre autres dispositions, mutilez la moitié du genre humain, celle qui est le plus en contact avec les réalités de l’existence ; l’autre vous ne la ferez que mieux rêver, chevaucher des chimères, partir en croisades ou à la recherche du Graal, brandir la torche de l’Inquisition.

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L’image de la femme à qui la jouissance de son corps est interdite devient mère tout en étant vierge, c’est logique. Cet archétype est d’autant plus utile que cette Mère-Vierge, indéfiniment éplorée, ne cesse de verser des larmes sur le cadavre de son Fils ressuscité. Celui qui, à coups de marteau, est allé la démolir dans la basilique de Pierre a peut-être inauguré symboliquement l’Ère nouvelle, le Verseau, l’Ère de la Femme dans sa vivante réalité ?

Relire la Bible à la lumière du code chiffré originel détruire enfin l’écorce de ce livre, telle qu’elle corrompt encore par la putréfaction de ses pensées archaïques et en dégager l’essence si longtemps perdue est la tâche urgente à laquelle devraient se mettre celles des Églises que ne menace pas le Retour actuel du Rabbi, car cette tâche fait partie de ce retour. Cette tâche est déjà ce retour. L’exaltation de cette tâche sera, sinon toute son œuvre car elle dépassera ce que nous pouvons imaginer – du moins cette œuvre en ceux qui s’y emploieront.

Je suis surpris qu’elle ne se fasse pas déjà. Au contraire, il est regrettable que certains représentants, et non des moindres, d’Églises réformées, se tournent vers le Vatican en vue d’élaborer ensemble ce qu’ils appellent une « stratégie commune » en faveur des Évangiles ! Ils voient, curieusement, dans l’autorité du pape, « un solide rempart pour les vérités essentielles de l’Évangile »… comme si la Vérité a besoin de stratégies et de remparts !… Comme si stratégies et remparts n’étaient ceux de Rome pour Rome, pour Rome qui s’écroule !

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Et, à ce jargon militaire, Rome a aussitôt répondu, avant toute concertation, en publiant Mysterium Ecclesia qui réaffirme son infaillibilité.

Elle ne manquerait pas, en cas d’accords, de démontrer ainsi la soumission de ses partenaires.

Carlo Suarès. Mysterium Ecclesia ? in Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus, Robert Laffont, Paris, 1975.