La Genèse de l’Enochien & Le Liber Primus de John Dee EzoOccult

Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 19 février 2017


John DeePar Le Philalèthe

Voici un dossier assez important sur l’origine de l’Enochien du Mage John Dee suivi du Liber Primus en français en .pdf. Ces deux pièces nous viennent de le Philalèthe & de la mailing list Enochia de Yahoo. Nous espérons ainsi donner quelques compléments sur l’Enochien qui guideront l’étudiant vers une forme « sérieuse » de magie énochienne, et non vers les fantasmes infantiles habituellement présents sur le web ésotérique.

Bonne lecture.

Spartakus FreeMann

Les Origines de la Magie Enochienne

La magie énochienne résulte des travaux d’un homme exceptionnel, John Dee, et de son médium Edward Kelly (on trouve parfois le pseudo Edward Talbot qu’il a utilisé au début de sa collaboration avec Dee, ou encore Edward Kelley), entre 1581 et 1589.

John Dee (1527-1608) est l’une des plus importantes figures de son époque, connu pour ses travaux en mathématiques (il a occupé un temps un poste à la Sorbonne où il donnait des cours sur Euclide et sur la géométrie), en cartographie, astronomie, astrologie (il fut l’astrologue de la reine Elizabeth après qu’elle lui ait demandé de déterminer le jour le plus favorable pour son couronnement, et il lui donna également des cours d’astrologie), cryptographie, etc… Sa bibliothèque, qui fut incendiée peu avant sa mort, était l’une des plus riche d’Angleterre, et de nombreux savants venaient la visiter. Dee était par-dessus tout fasciné par les mystères et les sciences occultes, en particulier par la légende d’Enoch qui fut enlevé au Ciel et eu la grâce de voir la Divinité en face et d’obtenir toute sagesse et connaissance, légende qui fut à l’origine de l’apocryphe Livre d’Enoch racontant comment les Anges descendus parmi les hommes leur ont enseigné les secrets de la Magie. Un autre sujet de fascination pour Dee était le mystérieux Livre de Soyga (Aldaraia sive Soyga vocor), un manuscrit en latin de la fin du moyen-âge traitant d’astrologie et de démonologie, et qui contient 36 Tablettes de 36 lignes par 36 colonnes remplies de lettres, à la manière des tablettes élémentaires que l’on connaît bien. Ce livre n’était connu que par ce qu’en a laissé Dee, c’est à dire un passage ou Dee demande à Uriel si ce livre a une quelconque valeur, et où l’Ange lui répond que ce Livre avait été révélé à Adam au Paradis par les Anges du Seigneur.

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Déborah Harkness en a retouvé 2 copies en 1994, la première à la Bodleian Library (MS Bodley 908) et la deuxième à la British Library (MS sloane 8)). Une étude publiée par Jim Reeds a révélé un algorithme (semi-empirique) permettant de reconstruire ces Tables à partir des mots-clés en tête de chacune d’elle, mais le sens de ces cryptogrammes est toujours un mystère. Dee a toute sa vie voulu être capable de décrypter les Tables de Soyga, mais les Esprits avec lesquels il conversait ne lui ont jamais donné la clé.

D’un autre côté, et presque à l’opposé de Dee, nous avons E. Kelly (1555-1595). Il est décrit comme un nécromancien, auteur de quelques traités d’Alchimie, et aussi comme voleur (ce qui lui aurait valu, d’après la légende, de se faire couper les oreilles). Il frappe à la porte de Dee en 1581 avec un mystérieux livre sur la transmutation des métaux en or, et avec un échantillon de poudre rouge qu’il prétend être de la poudre de projection. Ses qualités exceptionnelles de médium ont tôt faits de convaincre Dee d’utiliser ses services.

A cette époque, Dee avait déjà commencé ses expériences de clairvoyance au moyen d’un cristal (procédé très répandu à l’époque, qu’on retrouve dans de nombreux traités de magie et grimoires de sorcellerie, et que Dee mentionne déjà en 1564 dans « la monade hiéroglyphique »), tout seul dans un premier temps mais avec peu de succès, puis en faisant appel à des médiums, le dernier avant Kelly étant Barnabas Saul qui est mentionné au début du Liber Mysteriorum Primus.

C’est le début d’une collaboration qui durera jusqu’à 1589, date à laquelle les 2 hommes se séparent, Kelly restant à Pragues à la cour de l’Empereur Rodolphe II et où il meurt en essayant de s’échapper de la prison dans lequel il était enfermé pour n’avoir pu réaliser la transmutation des métaux en or, Dee retournant à Mortlake en Angleterre après un périple à travers toute l’Europe. Accusé de sorcellerie, il trouve refuge auprès du Roi James I, et meurt dans une extrême pauvreté en 1608 à l’age de 81 ans.

Dee étant un homme consciencieux et méticuleux, il notait toutes ses conversations avec les Esprits dans ses journaux, pendant que Kelly décrivait tout ce qu’il voyait, entendait et ressentait. Et ses journaux nous sont en partie parvenu et sont la base de la Magie Enochienne telle qu’on la connaît actuellement. Le parcours tumultueux des manuscrits de Dee depuis sa mort ont conduit à diviser la Magie Enochienne en 2 parties, bien que formant un tout à l’origine : la plus connue, celle qu’a utilisé Mathers pour l’intégrer dans les rituels de la Golden Dawn et qui concernent les « 4 Tablettes Elémentaires » (entre guillemets car ces 4 Tables n’en forment qu’une, et ce que la GD apelle « Tablette d’Union » n’est pas séparée des autres, Dee appelant cet ensemble « la Grande Table »), les Appels Enochiens, les 30 Aethyrs et les 91 Princes, a été publié par Casaubon en 1659, et englobe la période 1583-1607 (Dee ayant continué après sa séparation avec Kelly, mais ce qui en est sorti n’a que peu d’intérêt). La première partie (1581-1583) est moins connue mais pourtant indissociable de la seconde et indispensable à la pratique) et concerne :

LIRE  Référence de Magie Enochienne par Ben Rowe [1]

la Table de Pratique, constituée de la Tabula Sancta, du Sigilum Dei Aemeth et des 7 Insignes de la Création, tout ceci étant décrit dans les Libri Mysteriorum Primus, Secundus et Tertius ;

l’Heptarchia Mystica, un sous-ensemble de la Magie Enochienne basée sur une hiérarchie planétaire de Rois et de Princes regroupés dans la Tabula Bonorum, objet du Liber Mysteriorum Quartus ;

Le Liber Logaeth (Liber Mysteriorum Quintus), un manuscrit crypté et jusqu’à ce jour indéchiffré, constitué de Tables de caractères rappelant le Livre de Soyga.

Ces manuscrits sont ceux que Dee avait caché dans un coffre en bois et qui ne furent découvert que des années plus tard par Elias Ashmole avant de finir à la British Library.

La liste complète des manuscrits de Dee dont a hérité Ashmole est la suivante :

Mysteriorum liber primus, 1581, et 1582. 22 Dec. 1581 – 15 Mars 1582.

Mysteriorum liber secundus. La première page a été détruite, la fin est datée du 21 Mars 1582.

Mysteriorum liber tertius. 28 Avril 1582-4 Mai.

Liber Mysteriorum Quartus. 15 Nov, 1582-21 Novembre (la première page a été détruite)

Liber Mysteriorum quintus, 1583. 23 March 1583-18 Avril.

Quinti libri Mysteriorum appendix. 20 Avril 1583-23 Mai.

Par ailleurs les manuscrits retranscrits par Casaubon sont :

Liber sexti Mysteriorum (et sancti) parallelus novalisque. 28 Mai 1583-4 Juillet

Liber Peregrinationis Primae (sexti Mystici paradromus) 21 Sept. 1583-13 Mars 1584.

Mensis Mysticus Sabbaticus, pars prima ejusdem. 10 Avril 1584-30 Avril.

Libri Mystici Apertorii Cracoviensis Sabbatici 1584 Le titre original de ce Livre est Libri septimi Apertorii Cracoviensis, Mystici Sabbatici, pars tertia, Ao, 1584, avec au-dessous cette note : « Liber quartus decimus ». La première action de ce Livre est datée du 7 Mai 1584 et se termine le 22 Mai.

LIRE  Au sujet de John Dee

Libri Septimi Apertorij Cracoviensis Mystici Sabbatici pars quarta. 23 Mai 1584-12 Juillet

Libri Cracoviensis Mysticus Apertorius. Avec dans le manuscrit original cette note : « Sive potius, pars quinta libri 7mi &c. Cracoviensis », 12 Juillet 1584-15 Aout.

Mysteriorum Pragensium liber primus Caesareusque. 15 Aout 1584-7 Oct.

Mysteriorum Pragensium Confirmatio. 14 Jan. 1585-20 Mars

Mysteriorum Pagensium Confirmatorum liber. 20 Mars 1585 – 6 Juin

Unica Actio ; quae Pacciaena vocatur. Ao 1585, Aug. 6. Il n’y a qu’une seule action dans ce Livre, avec cette note sous le titre « Que durabat hora 5 mane ad horam 11 ».

Liber Resurectionis – 30 Avril 1586-21 Janv. 1587

Actio tertia. Mysteriorum divinorum memorabilia, ab actionis ( ex septem ) tertiae, descriptae exordio, cui diea 4o Aprilis, Ao 1587, dicata fuit. 4 Avril 1587-23 Mai

Enfin, on trouve ces manuscrits à part :

48 Claves Angelicae Ecrit en langue énochienne, avec la traduction anglaise en interligne.

Cracoviae ab Aprilis 13 ad Julii 13 ( diversis temporibus ) receptae, Ao 1584. A la fin de la page de titre, on a ce nom : Liber 18

Liber Scientiae, Auxilii et Victoriae Terrestris Maij 2, stilo novo, 1585 collectus ex praemissis in lib. 10, et aliis.

De Heptarchia Mystica Collectaneorum, Lib : primus

Ce manuscrit reprend les éléments du Liber Mysteriorum Quartus.

Liber Enoch., c’est à dire très certainement le Liber Logaeth, mais Ashmole note que sur le manuscrit qu’il possède (et qu’il s’est procuré auprès de Sir John Cotton ) il y a ce titre : Liber Mysteriorum Sextus et Sanctus, Liber 8. Le Liber Mysteriorum Quintus ne contient pas la totalité des Tables, Dee les a transcrites à part dans ce manuscrit.

Tabula Bonorum Invocationes : il s’agit d’un livre de conjurations et de prières en latin que Dee a rédigé d’après les indications des Esprits, et devant servir à l’invocation des hiérarchies de la Grande Table.

Philalèthe. Mailing List Enochia.

Lire le Liber Primus :