2. La récapitulation des prophètes

A propos de la nuit qu’il convient de relier au premier des mois de l’année, nous devons nous arrêter tout d’abord sur la symbolique des nombres 10 et 14 et par voie de conséquence au chiffre 5 ; il importe de ne jamais oublier l’importance que les Pères de l’Eglise attachèrent à la science des nombres et qu’un maître comme Lacuria reprendra dans le cadre d’un traité magistral (36).

A. Symbolique des nombre et âges du monde

Le Maître Alexandrin sur le dixième jour du premier mois déclare en ses Homélies sur Josué :

« Nous pourrons le dixième jour du premier mois, entrer dans la Terre des promesses, c’est à dire dans le bonheur de la perfection« . (37)

La Pâque juive comme anticipation et annonce de la Pâque chrétienne est bien effectivement le lieu de la promesse et ce nombre dix déclare Origène est celui « de la consommation et de la perfection » (38) ; et en ses Homélies sur le Lévitique, le Père des Pères ajoute :

« Dix se trouve partout comme nombre parfait ; de lui surgit le principe et l’origine de tout nombre. Il convient donc que l’auteur et l’origine de toutes choses, Dieu, paraisse désigné par ce nombre« . (39)

Sur l’intervalle entre le dix et le quatorze, on distingue le chiffre cinq, ce qui donne l’occasion à Origène en son traité Sur la Pâque de suggérer une intéressante analogie sur la purification des cinq sens :

« Et de même que le mouton n’est pas immolé en même temps qu’il est pris, le dix, mais le quatorze, après un intervalle de cinq jours, de même ici, quand on a pris le mouton véritable, c’est à dire Christ, ce n’est pas tout de suite qu’on l’immole et le mange après un intervalle de cinq jours depuis sa prise. Celui en effet qui entend parler du Christ et qui croit, celui-là a pris le Christ, mais il ne l’immole pas et ne le mange pas avant que cinq jours ne se soient écoulés, car, comme les sens de l’homme sont au nombre de cinq, si le Christ ne venait pas en chacun d’eux ; il ne pourrait pas être immolé et, après avoir été rôti, être mangé« . (40)

Cette symbolique du cinq entrevue par Origène est parfaitement juste quant à l’analogie qu’il convient d’établir entre le temps de la Pâque ancienne et celui de la nouvelle Pâque. Il est à regretter toutefois que le maître Alexandrin, n’ait pas développé son analyse, et lorsque l’on sait les attaques permanentes dont il fut sujet, l’intuition que nous allons exprimer, s’il avait pu – sans nul doute – la percevoir, aurait été mal accueillie, s’il l’avait exprimée.

Pris le 10, immolé le 14. Cet intervalle de cinq jours se retrouve et explique la mission de Judas, car c’est le mercredi Saint que le Sanhédrin conspirera contre Jésus, et que Judas s’en ira trouver les grands prêtres, et c’est le dimanche suivant, que s’accomplira la Résurrection : l’immolation s’entendant comme la victoire sur la mort et les quatre animaux et les vingt-quatre anciens de chanter devant l’Agneau :

« Tu es digne de prendre le Livre et d’en ouvrir les sceaux car tu as été égorgé et avec ton sang tu as acheté pour Dieu, parmi toute tribu, langue, peuple et nation, ceux dont tu as fait un règne et des prêtres pour notre Dieu et ils régneront sur la terre« . (Apocalypse V, 9-11).

Il est nécessaire d’incorporer la mission de Judas à l’histoire de la Rédemption car elle ne se limite pas – comme l’imaginèrent les Pères – aux trois jours durant lesquels le Christ connut dans Sa Chair une mort physique.

Sur le quinaire Jésus-christ apporte un témoignage d’une excessive importance lorsqu’il déclare :

« Pensez-vous que je sois venu donner la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division. Car désormais dans une maison de cinq personne on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois« . (Luc XII, 51,52)

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Toute division est oeuvre de séparation, est oeuvre de Création, nous l’avons entrevu dans le cadre de nos précédents travaux notamment en notre étude sur le Prologue de Saint-Jean dans la tradition chrétienne et l’exégèse scripturaire, et si le Christ est venu apporter la division, il a opposé aussi dans le cinq, le deux au trois, c’est à dire les deux jours qui manifestent la mission de Judas aux trois jours qui manifesteront sa mort et sa résurrection ; et il importe de noter que cette opposition, cette division s’inscrit dans le volonté divine.

Les deux jours de Judas, c’est le 2 des Kabbalistes, c’est la lettre Beith, par laquelle commence le mot Bereschit, premier mot de la Genèse, et il convient de rappeler encore, cette précision de l’éminent Kabbaliste Emmanuel Levyne :

« La création, c’est le Beith de Béréchith. Sans limitation de l’infini, il ne peut y avoir de création« . (41)

Or si toute limite est un obstacle, nous savons que Satan est un obstacle que Dieu se fait à lui-même (13) et que nous avons remarqué que, pour Luc, Satan entre en Judas deux jours avant la fête des Azymes. Or, si « Créer, cela revient à donner des limites à l’infini, à le restreindre et à le contenir » (42) ; Judas crée le temps de la rédemption, en ce qu’il donne dans le temps visible de l’Incarnation du Fils une limite à celle-ci qui débouchera non pas sur une fin, mais sur une oeuvre de création qui est par la Passion, la mort et la résurrection du Verbe incarné, la réalisation de la Nouvelle Création opérée par le Fils, aussi l’Apôtre de déclarer :

« Car si on est devenu en Christ une création nouvelle, l’ancienne n’est plus et tout absolument est nouveau, et tout maintenant vient de Dieu qui nous a de nouveau unis à Lui par Jésus-Christ » (II Corinthiens V, 17, 18).

Plusieurs Pères de l’Eglise ont par contre comparé les cinq jours de la Pâque ancienne à l’histoire du monde divisée en cinq étapes.

Un autre traité anonyme dérivé d’Hippolyte : La Pâque Spirituelle déclare :

« Dieu ordonne aussi que le dix du mois, l’on se procure un agneau, en chaque maison, qu’on amène chez soi assez de convives pour le consommer sans laisser de restes, et qu’on immole l’agneau le quatorze vers le soir. Ainsi, cinq jours durant la victime demeure auprès des êtres qu’elle doit sauver ; à la fin du cinquième on immole la victime et la mort passe outre, et celui qui a été épargné jouit d’une lumière éternelle ; toute la nuit brille la lune ; et le soleil succède à la lune, car c’est le quinze, jour de la pleine lune« .

« Ces cinq durées désignent toute l’histoire du monde, qui se divise en cinq âges : d’Adam à Noé, de Noé à Abraham, d’Abraham à Moïse, de Moïse à la venue du Christ, et la cinquième qui est le temps de cette venue. En tous ces âges, la bienheureuse victime proposait le salut aux hommes, mais ne l’opérait pas encore, tandis qu’à la cinquième période la Pâque véritable était immolée et l’homme premier – né, qu’elle sauvait, accédait à l’éternelle lumière – La Pâque est immolée, non en pleine soirée, mais vers le soir. Ce détail indiquait que le Christ souffrirait, on pas à l’extrême fin de cet âge, mais vers sa fin. La même division du temps a été remarquée dans cette parabole, où le Christ partage la journée en cinq, et dit que ceux qui sont appelés à la vigne, c’est à dire l’oeuvre de la justice, le sont, les uns à la première heure, d’autres à la troisième, d’autres à la sixième, d’autres à la neuvième, d’autres à la onzième. Là aussi, divers étaient les appels, diverses les oeuvres de la justice ; elles étaient autres à lépoque d’Adam ou de Noé, autres à celles d’Abraham ou de Moïse, autres enfin et parfaites à celle où le Christ est venu. Alors les derniers touchent les premiers le salaire de leurs travaux comme dans la parabole du Sauveur ; ne recevons-nous pas les premiers, la renaissance dans le baptême, nous pour qui le Christ a été immolé, avant de ressusciter et d’insuffler l’Esprit Saint pour notre renouvellement« . (43)

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Sur ce long passage du dérivé d’Hippolyte, il y aurait une importante exégèse à établir, qui ne serait pas hors de notre propos, mais le prolongerait trop, choisissant d’y revenir dans le cadre d’une prochaine étude sur « L’Anticipation du Royaume des cieux sur terre ou le Mystère du Sacrifice dans la tradition Judéo-chrétienne et l’exégèse scripturaire ». Pour l’heure, notons ces remarques d’Eusèbe, qui déclare dans son Histoire Ecclésiastique ; après avoir évoqué Philon, Josèphe, Aristobule Le Grand, notamment :

« Ces acteurs, lorsqu’ils résolvent les questions relatives à l’Exode, disent que tous doivent offrir également les sacrifices de la Pâque après l’équinoxe de Printemps, au milieu du premier mois ; et cela se trouve lorsque le soleil traverse le premier segment de l’écliptique, ou, comme quelques-uns d’entre eux l’ont appelé, du cercle du zodiaque. Mais Aristobule ajoute qu’il serait nécessaire, pour la fête des sacrifices de la Pâque que, non seulement le soleil, mais aussi la lune traversassent le segment équinoxial. Comme en effet, il y a deux segments équinoxiaux, celui du printemps et celui de l’automne, qu’ils sont diamétralement opposés l’un à l’autre, et que le jour des sacrifices de la Pâque est la quatorzième du mois au soir, la lune se tiendra opposée diamétralement au soleil, ainsi que, d’ailleurs, on peut le voir aux jours de pleine lune ; ils seront, le soleil dans le segment del ‘équinoxe de Printemps, la lune nécessairement dans le segment de l’équinoxe d’automne« . (44)

Avant de fermer cette parenthèse, sur le mystère de la Pâque et l’opposition soleil, lune, rappelons ce passage d’Apocalypse XII, 1-3 :

« Et on a vu un grand signe dans le ciel, une femme vêtue de soleil, avec la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur sa tête. Elle est enceinte, elle crie dans les douleurs en tourment d’enfanter« .

Lacuria en son monumental ouvrage inédit, dont nous terminons de préparer une édition critique : la clef historique de l’Apocalypse, précise que cette femme est l’Eglise, ou dans un sens plus large, toute la société des croyants depuis le commencement du monde. Le soleil c’est la révélation, la Foi. La lune qui est quelque fois le symbole de l’Eglise se trouve ici sous les pieds de la femme, c’est l’amoralité, l’inconstance que la fixité de la foi et la permanence promise par Jésus-Christ, fait fouler aux pieds. Les étoiles – qui ne nous concernent pas présentement – luminaires secondaires et plus petits que le soleil, sont les intelligences finies éclairées par la Foi :

« Et elle a enfanté un fils mâle qui va faire paître toutes les nations avec un trique de fer, et cet enfant a été enlevé vers Dieu, et vers son trône« . (Apocalypse XII, 5).

Le dérivé d’Hippolyte rattache la parabole des ouvriers de la vigne que relate Matthieu XX, 1-17 aux cinq jours de la Pâque. Si Eusèbe de Césarée, Jérôme et Jean Chrysostome considèrent en ce passage de l’évangéliste les cinq heures où le maître de la vigne engage ses ouvriers, comme le symbole des différents âges de la vie où chacun peut être appelé par Dieu à la Rédemption, des Pères comme Cyrille d’Alexandrie, Irénée de Lyon et surtout Origène, percevront, comme le dérivé d’Hippolyte, ces cinq heures comme les cinq grandes étapes de l’histoire de la création en marche vers la Rédemption.

L’analyse d’Origène qui s’avère la plus complète en ce qu’elle s’inscrit dans un ordre cosmique et offre des développements divers n’envisage pas, comme nous en avons déjà exprimé le regret, un parallèle avec les jours de la Nouvelle Pâque, eux-mêmes en relation avec l’histoire de la chute et de la Rédemption.

Prenons note que pour Origène comme pour le dérivé d’Hippolyte, le premier jour correspond à la durée allant d’Adam à Noé et le deuxième à la durée allant de Noé à Abraham. Par ailleurs, le premier jour de la nouvelle Pâque est le mercredi Saint où le Sanhédrin conspire contre Jésus et Judas propose aux grands prêtres de leur livrer le Christ, le deuxième jour est le Jeudi Saint où s’établit la préparation du repas pascal et son déroulement.

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Le Mercredi Saint, le sanhédrin conspire contre Jésus alors que le Christ vient d’achever plusieurs discours notamment sur le retour du Christ en gloire à l’occasion du Jugement dernier ; et Judas ira trouver les grands prêtres en leur proposant de livrer le Sauveur, car le Seigneur avait dit à ses disciples : « Vous savez que dans deux jours c’est la Pâque ; le Fils de l’Homme aussi est livré pour être crucifié« . (Matthieu XXVI, 2)

Si l’évangéliste ajoute : « Et dès lors il cherchait une occasion pour le livrer« . (Matthieu XXVI, 16), cette précision se rapporte à Judas en ce qui touche sa mission, d’une part en ce que le Christ déclare : « Le Fils de l’Homme doit en passer parce qui a été établi« . (Luc XXII, 22) et d’autre part, nous allons le percevoir, parce que l’Apôtre actualise la rupture des alliances successives entre Dieu et Sa Créature.

Dans le cadre de notre étude sur Satan (13) nous avons compris que Lucifer conspirait contre l’ordre de la Création en voulant aider l’homme à acquérir une conscience individuelle lorsque le bénéfice de cet accès ne relève pas de la fonction angélique, mais de l’ordre de la grâce : ils refusent, Lucifer et ses anges de se soumettre à Dieu, en prétendant détenir les clefs de la Tora : il conviendrait de citer alors tout le chapitre 23 de Matthieu, et s’ils « tinrent conseil pour se saisir de Jésus par ruse et le tuer » (Matthieu XXVI, 4), de la même façon que Lucifer avait été le témoin de la chute de l’homme, les grands prêtres seront les témoins de ce que Judas livrera le Christ : « Il Parlait encore que Judas l’un des douze, survint, et avec lui une troupe de gens armés d’épées et de bâtons, envoyés par les grands prêtres et les anciens du peuple« . (Matthieu XXVI, 47).

De même qu’il est dit au serpent : « Puisque tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et entre tous les animaux des champs« . (Genèse III, 14). De même le Christ déclare notamment aux scribes et aux pharisiens : « Malheur à vous scribes et pharisiens, comédiens qui fermez aux hommes le règne des cieux. Car vous qui n’entrez pas, vous ne laissez pas entrer ceux qui entrent« . (Matthieu XXIII, 13).

Dans le cadre de la chute originelle, Eve et Adam vont trahir le Créateur en refusant le type de vie intemporelle que Dieu leur proposait pour une vie orientée vers la mort : Livrer le Christ c’est livrer le Verbe par qui toute la Création est venue à l’existence. Refuser l’ordre de la Création et le Verbe, c’est refuser pour Adam de garder et cultiver le jardin d’Eden.

Judas c’est la récapitulation dans sa chair de ce qu’étaient Eve et Adam, et l’Apôtre actualisera la chute originelle en vivant sa mission jusqu’à orienter sa vie vers la mort volontaire, rappel de la détermination suicidaire du couple originel qui voulant se nourrir des aliments terrestres est retourné à la terre dont il dépendra dès lors car : « Tu es poussière et tu retourneras en poussière » (Genèse III, 19) déclare Elohim à Adam, et Judas retourna à la terre sur laquelle se sont répandues ses entrailles : « tombé la tête en avant, il a crevé par le milieu et toutes ses entrailles se sont répandues« . (Actes I, 18)

Quant au mystère de la mort de l’Apôtre, nous reviendrons sur ce point et l’analyserons plus loin.

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