Le Jeudi Saint s’établit la préparation du repas pascal et son déroulement. La préparation de la Pâque c’est la préparation de l’Arche qui anticipe l’alliance qui sera contractée entre Elohim et Noé :

« Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous et avec votre race après vous« . (Genèse IX, 9) et cela s’accomplira après le Déluge, donc après les préparatifs, la construction de l’Arche et donc par analogie après les préparatifs de la Pâque qui anticipe la nouvelle Alliance établie par le Christ : « Buvez en tous, car c’est mon sang, celui de l’Alliance, répandu pour beaucoup en rémission des péchés« . (Matthieu XXVI, 27-29)

Une première alliance avait été établie entre Elohim et Adam lorsqu’il lui avait été demandé de garder et de cultiver le jardin d’Eden, mais l’homme viola le seul interdit qui lui avait été donné et il voulut acquérir la puissance de Dieu par ses propres ressources (13).

L’alliance deuxième, établie entre Elohim et Noé sera rompue par la prétention des hommes à tenter de construire la tour de Babel, expression de l’humain à vouloir gagner, par ses propres ressources, et sans le secours de la grâce, un état semblable à Dieu : « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour, dont la tête soit dans les cieux et faisons-nous un nom« . (Genèse XI, 4)

La troisième alliance sera établie entre Iahvé et Abraham et sera détruite par le péché de Sodome que l’on imagine toujours comme n’étant qu’un péché de débauche, alors qu’il s’agit de ce même péché rencontré dans le cadre des deux précédents Alliances : le refus de Dieu et la prétention de l’homme à s’égaler à Dieu , lorsque les habitants de Sodome déclarèrent à Lot à propos des deux anges du Seigneur venus en sa maison le visiter : « Va-t-en plus loin ! » et ils dirent « Il est le seul qui soit venu pour séjourner et il voudrait juger ! Maintenant nous te ferons plus de mal qu’à eux!« . (Genèse XIX, 9)

La quatrième alliance sera établie entre le Seigneur et Moïse et sera détruite par le péché du Veau d’or qui est toujours la non reconnaissance de la puissance de Dieu par les hommes et sa substitution au « profit » d’une fausse puissance : « Alors Iahvé dit à Moïse : « Va ! Descends, car ton peuple s’est corrompu, lui que j’ai fait monter de la terre d’Egypte ! Ils se sont vite détournés de la voie que je leur avais prescrite, ils se sont faits un veau de métal fondu, se sont prosternés devant lui et lui ont sacrifié, puis ils ont dit : Voici tes dieux, Israël, qui t’ont fait monter de la terre d’Egypte« . (Exode XXXII, 7-9) ; et il convient de noter que les kabbalistes considèrent que les secondes tables de la Loi ne sont pas une nouvelle alliance entre Dieu et Moïse. (45)

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Nous parvenons ainsi à la cinquième Alliance conclue par le Christ à l’occasion de la Cène et nous retrouvons les cinq étapes de l’histoire du monde évoquées par le dérivé d’Hippolyte et le Maître Alexandrin en son Commentaire sur l’évangile selon Matthieu, notamment d’Adam à Noé, de Noé à Abraham, d’Abraham à Moïse, de Moïse à la venue du Christ, et la cinquième qui est le temps de cette venue, c’est à dire le temps qui part de l’Incarnation du Verbe pour arriver à celui de la Rédemption, et Jésus-Christ déclare : « Je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu’à ce jour où j’en boirai du nouveau dans le Règne de mon Père« . (Matthieu XXVI, 29).

Judas récapitule la rupture des Alliances antérieures à la Nouvelle Alliance dès lors qu’il est aisé de comprendre – ce qu’aucun des Apôtres ne comprenait -, cette parole du Sauveur au soir de la Pâque : « En vérité, en vérité je vous dis que l’in de vous me trahira« . (Jean XXIII, 21) ; parole non pas seulement prophétique, mais récapitulative de l’ordre de la nature humaine et de son histoire, et en ce sens expression d’une actualisation ordonnée d’un passé qui ne permet pas le changement ni du présent ni du futur : « Car le Fils de l’Homme doit en passer par ce qui a été établi« . (Luc XXII, 22)

C’est donc après plusieurs discours du Christ portant sur la parabole des talents et le Jugement dernier que le Sanhédrin conspira contre le Maître, et c’est après que Marie de Béthanie eut répandu sur la tête du Sauveur un flacon de parfum de grand prix et que les apôtres eurent protesté contre ce gaspillage que Jésus leur répond : « Si elle a versé ce parfum sur mon corps, c’est en vue de mon ensevelissement« . (Matthieu XXVI, 12) et l’évangéliste ajoute : « Alors, l’un des douze, appelé Judas Iscariote alla vers les grands prêtres… » (Matthieu XXVI, 14)

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Il convient de noter que Matthieu et Marc déclarent que les disciples s’indignèrent quand Jean (est-ce à nouveau un autre parti pris contre l’Apôtre ?) omet de relater la protestation des disciples, pour « n’accuser » de celle-ci que le seul Judas : « Ce qui fit dire par Judas l’Iscariote, fils de Simon, un des disciples, celui qui allait le délivrer : « Pourquoi ne pas avoir vendu ce parfum trois cents deniers, que l’on aurait donné aux pauvres ». (Jean XII, 4-6) et ce parti pris nous le trouvons enraciné par exemple chez Jean en cette accusation qui n’a aucun fondement : « Et il dit cela non point qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu’il était le voleur, et, chargé de la bourse, il portait ce qu’on y mettait« . (Jean XII, 6)

Ouvrons une parenthèse et soyons sérieux. Je somme quiconque en mesure d’apporter une preuve ou même une présomption de preuve sur la grave et inadmissible accusation de vol portée par l’évangéliste contre l’Apôtre, après deux mille ans d’exégèse de me la fournir, si elle existe !

C’est au voleur que l’on confie la bourse ? Et si Judas est un voleur pourquoi déclarer qu’il porte dans la bourse dont il a la charge, ce que l’on y met : étrange contradiction, un voleur ne porte pas dans sa bourse ce que l’on peut lui remettre, mais, au contraire, garde les richesses dans sa propre bourse, qui ne saurait être celle de la communauté ! Ce parti pris se retrouvera chez les Pères et les écrivains qui prétendront écrire la vie du Christ. Ainsi en est-il de l’analyse interrogative et toute jésuitique d’un Jules Lebreton qui s’étonne :

« Et Judas va trahir le Christ ; on se demande à ce sujet pourquoi Jésus, qui le connaissait, lui avait confié le soin de la bourse commune ; n’était-ce point l’induire en tentation ? Quand Jésus l’appela, Judas n’était pas indigne de se confiance ; Jésus en fut un des douze et lui donna tous les secours qui pouvaient faire de lui un apôtre et un saint. C’est alors que lui-même ou peut-être la petite communauté lui a confié le soin de la bourse commune ; peut-être ses fonctions passées le désignaient à cette gérance ; Jésus n’a pas voulu en cela s’inspirer de sa prescience surnaturelle ; il a souffert de cette prévision, mais il n’a pas voulu traiter autrement que les autres l’apôtre qui devait le trahir« . (46)

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C’est là une bien curieuse attitude qui se dégage de ces considérations, empreintes d’une fausse pitié, et présument des sentiments du Sauveur que nous ne connaissons pas, surtout quant aux raisons de ses actions.

Un autre Jésuite, Ferdinand Prat en son étude Jésus-Christ, sa vie, sa doctrine, son oeuvre, déclare :

« La présence de Judas dans le collège apostolique, a de quoi nous surprendre. Jésus, prévoyant sa trahison, l’a-t-il choisi quand même pour tracer leur ligne de conduite aux supérieurs qui, faute de connaître l’avenir, doivent s’en rapporter aux dispositions actuelles des candidats ? Il faut croire qu’au moment de son élection Judas n’était pas indigne. Ce fut le démon de l’avarice, de l’ambition et de l’envie, qui s’empara de son âme et qui, de chute en chute, le précipita dans l’abîme« . (47)

S’étonner des actions du Christ c’est s’étonner comme les Pharisiens ; il ne nous appartient pas d’être surpris mais si nous ne comprenons pas, il nous est fait un devoir de réfléchir avant de nous exposer à juger ce que nous ne connaissons pas. De quelle avarice est atteint l’Apôtre qui, comme le rappelle Marcel Pagnol, n’a pas livré le Sauveur pour gagner trente deniers mais pour participer à l’accomplissement des Ecritures, alors qu’il y avait bien plus à « gagner » à voler la bourse de la communauté… ce qu’il ne fit pas.

– « Jean : N’est-ce pas toi qui l’as vendu ?

– Judas : Je l’ai livré. Sais-tu pourquoi ?

– Jean : Tu l’as fait pour trente deniers.

– Judas : Que les prêtres acceptent cette idée, c’est possible. Mais parmi vous, qui peut le croire ? … Si j’avais eu besoin de ces trente deniers, je n’avais qu’à les prendre dans notre bourse…« . (48)

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