Dans la suite de l’article du Kabbale et Hermétisme, nous traitons à présent de la Magie érotique.

Dans une analyse des mythes fondamentaux des diverses civilisations antiques, Julius Evola identifie le motif récurrent d’un acte présentant un risque fondamental et une incertitude, et il découvre que dans tous ces actes l’interprétation d’un tel acte met en évidence l’émergence de deux conceptions opposées : la magie érotique et la religieuse. Du point de vue de la théologie, Adam a commis le péché capital et par conséquent ne pouvait plus accéder à l’Arbre de la Connaissance, protégé par le glaive du Chérubin. Mais dans une perspective magique, puisqu’Adam a réussi à toucher l’Arbre et connaissait par conséquent le secret, l’expérience doit être reproduite. La flamme ne meurt pas, mais est « passée et purifiée » dans la tradition secrète de l’Art Royal, qui dans certains textes hermétiques est exactement identifié avec la Magie. D’un autre côté, cependant, il est évident qu’une telle entreprise ne peut obtenir les bonnes grâces divines. L’implication négative suggère que l’Art Royal est un moyen de contraindre Dieu à participer à l’acte magique, une manière de forcer la main divine. Si Dieu ne répond pas à la prière, Il réagira certainement à la stimulation appropriée. Dans ce point de vue, les invocations démoniaques ne sont qu’une étape. Et dans cette perspective, le secret occulté dans l’Arbre du Bien et du Mal est que l’homme est l’égal des dieux célestes. C’est pourquoi la tradition hermétique désigne l’homme comme un dieu mortel. Il est par conséquent aisé de comprendre pourquoi l’Hermétisme étonna tant les hommes de la Renaissance.

Comme nous l’avons mentionné auparavant, l’opposition entre la magie et la religion n’empêche nullement l’existence, durant la période dont fait l’objet cette étude, d’une interrelation entre les deux plans, particulièrement matérialisée par les pratiques magiques des représentants de l’autorité religieuse. Mais même dans ces cas, nous avons bien évidemment affaire à des clercs qui ont une inclination philosophique certaine. Le passage en revue des personnalités qui l’adoptèrent (la magie) permet de remarquer que la magie infiltrait la chrétienté médiévale par la philosophie. Si l’astrologie et l’alchimie, héritières de la tradition hermétique, ont pu émerger à nouveau en Europe occidentale, par le biais des écrits arabes, à partir du 11e siècle, et furent utilisées comme des « sciences naturelles », la magie ne fut jamais, quant à elle, officiellement adoptée jusqu’à l’époque où le Corpus Hermeticum fut traduit par le philosophe néoplatonicien Marcile Ficin au 15e siècle.

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Un aspect important de l’évolution de la magie durant la Renaissance est sa relation directe avec l’érotisme. Michel de Certeau affirmait que l’érotisme avait émergé de la culture de la Renaissance en tant que produit de la nostalgie mystique de la disparition de Dieu en tant qu’unique objet d’amour. Au 13e siècle, tandis que la religion se démythologise, la mythification de l’amour semble s’accentuer. Ainsi, selon le postulat de Certeau, une transformation eut lieu de la foi vers l’érotisme. Ceci explique le développement du symbolisme de la femme durant la Renaissance. Ian Petru Couliano considère qu’un élément essentiel du rite érotique est l’occultation de l’amour, perçu, cependant comme un acte volontaire.

La tradition hermétique est basée sur l’interprétation d’un acte mentionné dans les Écritures saintes juives, nous voulons parler de la chute d’Adam. Sous une perspective érotique, dans l’Hermétisme la relation entre le plan humain et le plan divin donne la connaissance et le pouvoir. À son tour le mysticisme juif part d’un triple acte érotique – Adam et Eve, Adam et Lilith/Serpent, Lilith/Serpent et Eve. Et au sein des préoccupations principales du mysticisme juif existe effectivement une relation érotique. Que ce soit l’interaction entre la Sephirah Tiphereth et la Sephirah Malkhuth, en tant qu’aspect respectivement mâle et femelle de la divinité, ou l’extrapolation de la relation entre le Tsaddik et la Shekhinah, toutes les expériences mystiques dans le judaïsme possèdent une parcelle érotique. Parmi les rituels kabbalistiques il existe un mariage entre Dieu et la Communauté d’Israël, en tant que Roi et Son Métatron, qui est célébré lors de la fête de Shavouoth, le 15e jour après la Pâques juive. La célébration du Shabbath en tant que mariage sacré indique la source du rituel sabbatique de la magie, même si celui-ci correspond au royaume démoniaque. Ainsi, pour les adeptes de l’Hermétisme, la force primordiale a une nature femelle qui nous rappelle l’aspect de la divinité au sein du Judaïsme. De plus, la femme est perçue comme l’épouse de Dieu. À la fois dans l’Hermétisme et dans la Kabbale, les quatre éléments primordiaux sont le Feu, l’Air, l’Eau et la Terre. Dans le processus hermétique des émanations de ces éléments, l’Eau est un principe féminin lunaire et passif du Feu qui est un principe actif et solaire, tout comme dans la Kabbale, Hokhmah, principe féminin, émane du principe mâle de Dieu qui est Kether.

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Mais l’influence de l’ésotérisme de la Kabbale sur l’Hermétisme de la Renaissance est sans doute plus visible encore dans les rituels magiques eux-mêmes. Couliano, citant diverses sources, nous rappelle que « dans leurs pratiques magiques, les théurges font souvent utilisation de disque d’or (strophalos) gravé de signes mystiques et possédant un saphir en leur centre ». Parmi les symboles magiques présents sur ce strophalos, celui constitué de deux demi-cercles et de la lettre grecque Iota rappelle aux chrétiens la croix de Moïse supportant le serpent d’airain (Nombres 21:9). L’aspect le plus significatif est relié à ce que Coulianio appelle l’ »émonomagie ». La structure des royaumes démoniaques au sein de la Magie de la Renaissance révèle une imagination spectaculaire. Il n’y a aucun doute que ces royaumes comportent un mélange de notions des plus variées reprises de diverses mythologies, parmi lesquelles on peut facilement trouver le Judaïsme.

Les hiérarchies des êtres supra terrestres durant la période de la Renaissance se répartissaient de la manière suivante : les dieux super célestes, les âmes des étoiles ou dieux célestes, les archanges, les anges, les démons, les principautés, les héros, les princes et les âmes humaines désincarnées. Si les dieux, les âmes et les principautés proviennent d’autres sources, il est évident que celles des archanges, des anges, des démons, des héros et des princes proviennent du Judaïsme. Les archanges et les anges sont ceux décrits dans les écrits juifs et les Princes rappellent le Métatron d’Enoch ou Sar ha-Panim, Prince de la Face divine.

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À la fois dans la Kabbale et dans l’Hermétisme de la Renaissance nous sommes en présence d’une vision négative de l’érotisme qui distrait l’homme de la voie pieuse. Même si le blâme porte sur les démons, en réalité cela se réfère à une attraction vers les pouvoirs divins inconnus considérés d’un point de vue sexuel. Dans chacun de ces cas, le but des exercices théurgiques est d’obtenir la connaissance du domaine démoniaque afin d’être capable de le contrôler.

Entre la Kabbale et l’Hermétisme existe cependant une différence fondamentale. Si, pour le kabbaliste le domaine du mal est important dans le processus du Tikkoun ou de la restauration bénéfique de l’intégrité divine, pour l’hermétiste, cette connaissance est nécessaire afin de conjurer les démons et les obliger à prendre part à l’acte magique dont la finalité n’est pas nécessairement bénéfique.

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Kabbale et Hermétisme par Spartakus FreeMann. 

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