VII

Reportons-nous maintenant à l’époque actuelle ; pensons au prêtre que nous coudoyons journellement sur le trottoir de nos rues, au couvent voisin devant la porte duquel nous passons chaque jour. Que se passe-t-il ? Que croient ces religieux ? Que font-ils concernant l’Eucharistie et ces mystères dont nous venons de nous occuper ?

L’œuvre de la transmission secrète de la personne de Jésus s’y poursuit toujours ; elle est toujours le centre de leur vie, leur préoccupation dominante.

Si nous voulons nous en assurer, il nous suffira de jeter un coup d’œil sur la littérature spéciale que ces Messieurs mettent au jour et dans laquelle ils brodent sur ce thème attachant des variations infinies.

L’espace dont je dispose ne me permet pas de donner ici au lecteur une longue série d’exemples de ces oeuvres spéciales ; mais il est aisé de se procurer ces livres et d’y retrouver, sous les fleurs d’une rhétorique conventionnelle, les faits précis qui sont exposés dans les pages précédentes. Parfois, le langage de l’écrivain tonsuré prend une netteté indiscutable et qui étonne. Ouvrons le Monde de l’Eucharistie, publié par M. l’abbé Bion, chez Victor Palmé, Paris, 1873. Cet ouvrage, parfaitement orthodoxe, a reçu l’approbation de l’ordinaire, conçue en termes flatteurs par M. Augustin, évêque de Nevers, et datée de Châtillon-en-Bazois, 10 octobre 1872. Voici ce que nous y lisons, p. 191 : C’est par la manducation du fruit de l’arbre de vie que le salut devait nous arriver… Il nous fallait le pain de vie, le vin qui fait germer les vierges.

Inutile de faire observer que l’on ne poussera pas, je pense, la croyance à la transsubstantiation assez loin pour tenter de faire germer une vierge au moyen de quelques fragments d’hostie ! C’est bien une autre substance, celle dont nous avons parlé plus haut, que M. l’abbé Bion vise dans ces mots.

D’autres ouvrages ne sont pas moins probants, telle, par exemple, l’Étude sur le cénobitisme pakhomien, écrite par l’abbé Ladeuze, actuellement recteur de l’université catholique de Louvain, en vue de réfuter les assertions récentes d’un savant égyptologue français, M. Amélineau, qui a mis au jour des manuscrits coptes désignant les mœurs des moines de la Thébaïde sous un aspect s’éloignant beaucoup de la notion que l’on s’en fait généralement en se fiant à leur réputation de sainteté.

Nous trouvons, à la fin de l’ouvrage de M. Ladeuze, une série de thèses en latin, ayant rapport aux mystères de la religion et où se trouve affirmé notamment (LIV) que la génération humaine est viciée par ce fait qu’elle dépouille coupablement la nature de la semence d’Adam.

Quant à la sincérité de l’auteur qui combat les conclusions de M. Amélineau, nous ne voulons pas la mettre en doute, surtout lorsqu’il dit (LXI) : Comme le mensonge qui se définit l’affirmation d’une chose jugée intérieurement fausse, est un mal intrinsèque et essentiel, il faut dire qu’il ne peut jamais être permis, si ce n’est pour éviter les plus grands maux temporels.

Nous savons maintenant quelle est la mentalité réelle de nos prêtres et nous devons comprendre qu’ils tirent de ces idées une grande force intellectuelle et une grande force morale : une force intellectuelle résultant de ce qu’ils connaissent une importante vérité historique qui a joué un rôle immense dans les événements du passé, qui représente encore une puissance énorme dans le monde présent ; et cette vérité qu’ils connaissent, ils savent que ceux qui la possèdent sont peu nombreux, que cette science est donc un privilège précieux qui leur donne une supériorité réelle, un ascendant considérable sur le reste des hommes.

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Ils en tirent aussi une force morale, avons-nous dit : elle résulte de cette pensée que, sans l’ombre d’un doute possible, existe entre chacun d’eux et le martyr du Calvaire un lien puissant – un lien direct – un lien intime – par la volonté même de celui qu’un si grand nombre d’hommes considèrent comme leur Sauveur.

Le lecteur trouvera aussi, dans les idées que nous venons d’exposer, l’explication de l’influence immense, invincible, du prêtre sur l’esprit de la grande généralité des femmes.

Le rationaliste qui essaie de détourner une femme catholique de la superstition où elle est enlisée se heurte à une indifférence polie mais qu’aucun argument ne peut atteindre ; c’est que la conscience de cette femme est entièrement subjuguée par les idées qui lui ont été développées par son confesseur ; elle est envahie tout entière par cet amour mystique auquel elle rapporte toutes ses pensées, toutes ses intentions, et qui fait tout le charme, la poésie, la grandeur de sa vie.

Il est bon de savoir ces choses, car il vaut mieux marcher dans le monde les yeux ouverts que couverts ; cependant les quelques pages que le lecteur vient de parcourir ne doivent être pour lui que le commencement d’études plus sérieuses et plus approfondies sur ce sujet, qui est peut-être le plus important de l’Histoire et de la Politique contemporaine. Il lui faudra d’abord arriver à une certitude personnelle sur ces notions et, sous ce rapport, notre expérience nous prouve qu’il suffit de toucher à ces problèmes pour voir les preuves surgir d’elles-mêmes. Chaque fois que nous en avons parlé, nous avons reçu de nouvelles confirmations de ceux auxquels nous nous adressions, et récemment encore, ayant exposé ces théories dans une assemblée assez nombreuse, nous fûmes rejoints après la séance par un de nos auditeurs qui vint nous dire : « Oui, tout ce que vous avez expliqué ce soir est parfaitement vrai ; je le sais de science certaine, ayant été élevé au village et ayant fait partie dans ma jeunesse d’une congrégation (De broeders zonder zonden), où tout cela se pratique couramment ».

Plus sur le sujet :

L’Eucharistie, chevalier Le Clément de Saint Marcq. 

Image par Robert Cheaib de Pixabay

Notes :

(1) Récemment à Quito (Équateur), une bande de cléricaux fanatiques s’est emparé de libres-penseurs, emprisonnés par le général Piaza. et leur a fait subir les Pires tortures, les mutilant et les brûlant vifs. Ils ont même arraché et coupé en morceaux le cœur de la plus Illustre de leurs victimes, Eloy Alfaro, et l’ont mangé en présence de ces prêtres qui applaudissaient à ce spectacle.

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