Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 14 mars 2019


L'Evangile de CagliostroL’Evangile de Cagliostro

Introduction

De même que surgissent parfois au ciel monotone, immuable en apparence, d’imprévus astres temporaires, ou de fugitives comètes dont, seuls, quelques savants attendaient le retour, de même, à certaines dates, passent dans l’humanité des êtres étranges qui forcent l’attention de toute une époque. Ce ne sont ni des héros, ni des conquérants, ni des fondateurs de races ou des révélateurs de mondes nouveaux ; ils apparaissent, brillent, disparaissent et le monde semble, après leur départ, ne pas avoir changé ; mais, pendant leur éclatante manifestation, tous les regards ont été invinciblement attachés sur eux. Les savants ont été troublés par leurs paroles ; les hommes d’action se sont étonnés de rencontrer ces individus qui les dominaient sans effort ; la foule des gens simples les a suivis, sentant rayonner en eux une intensité vitale, une bonté inconnue, une puissance cachée secourable à sa faiblesse et bienfaisante a ses douleurs. Ces apparitions ne sont pas l’apanage d’une race ou d’un siècle ; aussi haut qu’on remonte dans l’histoire, en Orient comme en Occident, à chaque tournant de la route, un de ces hommes se montre. Parler des plus anciens est difficile ; sur eux, comme sur les antiques météores, les documents nous manquent. Combien sont inconnus de nous, et pour ceux dont le nom nous est parvenu, comment retrouver leur vrai visage alors que les interprétations naïves de la légende, les interventions peu scrupuleuses des fondateurs de sectes ont revêtu ces premiers hommes d’un costume qui les travestit. Nous ne voyons plus Gautama que divinisé en ses statues de Buddha. Que fut Orphée ? Que furent Apollonius de Tyane et Merlin l’Enchanteur ?

L’histoire nous éclaire-t-elle mieux sur la physionomie de ces personnages singuliers dans les temps modernes ? Pas beaucoup plus ; ici d’autres obstacles se dressent ; la critique, sévère, plus apte à détruire qu’à consolider les réputations, jugeant d’après les conceptions du jour et d’après le chemin parcouru, a trop de peine à retourner en arrière dans le temps, pour voir les hommes à la lumière de leur siècle. Les grands chimistes du moyen âge sont, pour nos savants actuels, des écoliers rêveurs ; les grands philosophes du passé préparaient Descartes et Kant. Nous aimons à les regarder par ce bout de la lunette ; la comparaison nous grandit. Mais nous placer dans l’état d’ignorance de leur temps, songer à la supériorité d’énergie, d’intuition, de jugement qu’ils eurent sur leurs contemporains, ce serait leur donner une telle grandeur que notre propre taille, par rapport à notre siècle, nous semblerait d’autant diminuée. Ce point de vue ne plaît pas à beaucoup d’historiens. Un Paracelse a-t-il troublé l’Europe, réveillé les esprits endormis, la critique trouve en lui des erreurs scientifiques, des ridicules impardonnables, des faiblesses indignes d’un esprit fort en assez grand nombre pour que son image, réduite et déformée en une petite caricature, au profit des grands hommes modernes, ne puisse plus susciter d’admiration et de reconnaissance.

Si l’histoire profane nous trompe, si la légende religieuse nous égare au sujet de ces grands hommes, la tradition populaire nous conserve leur nom et le récit de leurs merveilles. Chaque nation se souvient des siens et de l’époque troublée où ils vécurent. Car c’est toujours dans une période critique qu’on entend parler d’eux. Ils arrivent à l’heure et dans le pays où une forme sociale, ayant atteint sa complète réalisation, tend déjà à s’altérer ; lorsque les efforts lents et continus de l’esprit humain, au lieu de converger, comme ils l’avaient fait jusque-là, vers la constitution et l’affermissement d’un organisme social, d’un dogme religieux, d’une synthèse scientifique, commencent à diverger et ébranlent l’édifice construit par les générations précédentes.

Les organisations religieuses, mystérieuses, et autoritaires dans leurs principes, ambitieuses et tout humaines dans leurs oeuvres vieillissent vite ; les jeunes dieux font seuls des miracles. Le progrès des sciences, dont elles ont toujours la faiblesse de se réclamer, ronge leurs soubassements ; la puissance religieuse tombe ; la foi en la science même faiblit devant les modifications continuelles des théories et l’apparition de faits nouveaux. En même temps qu’il abandonne les erreurs anciennes, l’homme envisage et attend la possession de connaissances illimitées, de forces insoupçonnées que les découvertes quotidiennes rendent sans cesse plus probables ; le bien-être matériel et la richesse deviennent en s’accroissant l’apanage d’un petit nombre, tandis que les besoins, les désirs et les souffrances grandissent aussi, mais pour la masse.

C’est que, comme tout corps vivant, une société porte dans sa division organique même le germe de sa destruction future ; dès que son complet développement est atteint, la spécialisation des fonctions s’accentue, l’opposition des intérêts augmente, la lutte de classes s’exacerbe ; une maladie mortelle mine l’organisme social. Les philosophes, les légistes, les hommes d’état sentent le danger et leur impuissance ; ils se laissent aller au scepticisme, à l’inaction. Ces heures où la religion d’un peuple est morte, où le doute philosophique a pénétré tous les esprits, où les hommes ne cherchent plus dans la vie que l’augmentation des jouissances immédiates et dans la science que le moyen d’y parvenir, où l’inégale répartition des joies et des douleurs s’est accentuée par le long exercice d’un ordre social toujours insuffisant, ces heures sont celles qui précèdent une révolution, et celles aussi qui voient s’élever un de ces êtres assez puissants pour émouvoir encore des âmes trop douloureuses ou blasées à l’excès.

C’est la loi générale, périodique, ce n’est pas le tableau d’une époque exceptionnelle que nous indiquons là. Demandez aux spécialistes qui ont vécu dans le passé la vie de telle race très ancienne, aux érudits qui, dans les temps modernes, ont étudié profondément l’évolution d’un peuple ou d’une dynastie, tous diront qu’ils ont constaté l’éclosion, le développement, les phases de cette même maladie dont meurent les organismes sociaux, qu’ils ont assisté à cette agonie d’un siècle et qu’au chevet du mourant ils ont vu passer en effet d’indécises, de singulières figures ; peut- être quelques-uns avoueront-ils même qu’ils en furent émus, s’ils ne sont pas trop historiens.

La fin du XVIIIè siècle était une époque de ce genre ; Cagliostro fut un de ces hommes. Au milieu de prêtres désabusés, de riches seigneurs ennuyés, de savants doutant de tout, de malheureux manquant de tout, il réveilla l’espoir et la vie par l’autorité de sa parole et la puissance de ses actes.

Ce qu’il fut est difficile à dire ; ce qu’il n’était pas est évident, et ses contemporains le savaient bien.

Un érudit original, scrutateur des mystères anciens, philosophe et moraliste comme Court de Gebelin, pouvait à côté du monument magistral de l’Encyclopédie, attirer des esprits curieux de savoir, grouper autour de lui des disciples désireux d’apprendre des vérités nouvelles. Une réputation comme la sienne, fondée sur une connaissance profonde du passé et sur une conception large des besoins de l’esprit humain devait s’étendre au loin et lui conquérir des adeptes, surtout avec l’aide de la maçonnerie dont il faisait partie et qui secondait ses efforts. Cagliostro au contraire n’écrivait pas et se déclarait fort ignorant des livres anciens ; il agissait plus qu’il n’enseignait ; il parlait à des hommes en particulier et non pas au monde savant en général ; ce n’était pas un chef d’école.

Était-ce un autre Mesmer, un empirique féru de magnétisme, professeur de hautes sciences ? Pas davantage. Mesmer avait beaucoup fait parler de lui, tant par ses cures extraordinaires que par le mystère dont il s’entourait ; vendant au poids de l’or ses baquets avec ses diplômes, tirant tout le bénéfice possible de ses leçons et de ses procédés [1] , ce n’était qu’un médecin plus habile que les autres, venu le premier sur un chemin nouveau. Si Cagliostro usa parfois de certains procédés voisins du magnétisme [2] , il le faisait comme il pratiquait la médecine classique, comme il travaillait dans son laboratoire ou s’intéressait à des entreprises industrielles. Aucune branche des sciences humaines ne le laissait indifférent, car il voyait en elle la part de vérité qu’elle exprimait, mais il n’en faisait pas de commerce et ne s’y attachait pas exclusivement. Dans chacune des villes qu’il habita, son activité s’employa de façon différente. Mesmer s’enrichit par son magnétisme ; Cagliostro donnait son temps, ses remèdes et son argent aux malades qui se présentaient et passait à d’autres travaux.

Voulait-on voir en lui un mystique guérisseur comme fut Madame de la Croix, l’amie de Claude St. Martin, personnalité attachante, d’une moralité et d’une abnégation indiscutables, d’une bienfaisance sans limites ? Là encore, la moindre attention montrait qu’on faisait fausse route. Madame de la Croix marchait les yeux bandés, ferme dans ses croyances étroites ; elle ne savait rien de ce qu’elle faisait ni de ce qui n’était pas son monde de visions ; elle s’attaquait à toute souffrance, physique ou morale, priait, persuadait, conjurait, exorcisait, criait, frappait jusqu’à ce que le diable – elle le voyait partout – fût enfin délogé. Elle partie, souvent le diable revenait. La vie ascétique de Madame de la Croix, ses interventions charitables relevaient d’une croyance peu éclairée ; la guerre qu’elle faisait aux démons par l’eau bénite et les reliques, était une mission reçue qu’elle exécutait ponctuellement sans la comprendre et qui l’inquiétait même parfois [3]. Cagliostro parlait avec autorité, sans violence ; il vivait comme tout le monde, sobrement mais sans privations ; il soignait les gens sans formules et sans exorcismes [4], simplement, selon leurs maladies et par toute espèce de méthodes. (On lui reprocha même de ne les guérir qu’avec des remèdes anodins, à la portée de tout médecin.) Il savait ce qu’il faisait ; il l’expliquait parfois. Sa théologie se bornait à des préceptes fort simples, intelligibles à tous [5] Enfin sa vie active, ses relations. ses voyages, ses autres études, ses oeuvres sociales occupaient une trop grande partie de son temps pour qu’on puisse limiter son rôle à celui de guérisseur.

S’il s’occupa d’alchimie en Pologne, s’il en fit le sujet de causeries avec des fervents de cette science, on ne pouvait cependant l’assimiler à un Duchanteau, à un Lascaris, dont le continuel souci fut de savoir si l’athanor était à trois étages et si le sang était la matière première à moins que ce ne fût l’urine. Cagliostro montrait bien des diamants grossis par l’art hermétique, il affirmait l’existence de la transmutation métallique, mais c’était pour lui J’expression d’une vérité encore ignorée des sciences naturelles [6]. Il ne parlait pas autrement de la direction des ballons, des régions inconnues de la terre ou de la vie secrète des végétaux. Et comme il vivait de ses ressources largement, ne demandant rien, donnant beaucoup, qu’on ne put déterminer ni l’origine de sa fortune ni le but personnel de son activité maçonnique, que les maçons eux- mêmes ne pouvant l’enrégimenter et l’employer préférèrent rompre avec lui, qu’il fut impossible de le compromettre ni dans une intrigue politique ni dans une escroquerie comme l’Affaire du Collier dont il sortit indemne, très honorablement, qu’il n’obtint ni biens, ni charges, ni dignités des grands admis auprès de lui, il était impossible de dire de lui qu’il était un agitateur politique comme le baron de Hund ou un intrigant ambitieux comme le cardinal Dubois, “en qui tous les vices combattaient à qui demeurerait le maître [7]”, et qui, de petit abbé, devint ministre, parce qu’on ne pouvait plus devenir roi.

Or, rien n’est plus irritant pour un esprit médiocre qu’un homme sur qui l’on ne peut coller d’étiquette, rien n est plus digne d’intérêt pour un esprit réfléchi. Étudier le mystérieux Comte de Cagliostro était donc un problème captivant pour un psychologue. Presque toujours Cagliostro n’eut autour de lui que des ennemis en grand nombre : médecins jaloux de ses succès, personnages officiels hostiles à toute originalité, ambitieux inquiets de sa renommée, fripons percés a jour par sa clairvoyance, polémistes payés à gages ; ou des amis, en très petit nombre, des disciples dévoués, souvent maladroits dans leur zèle excessif, plus propres à le desservir qu’à le faire estimer.

Lorsqu’il arriva en Italie en 1787 après son brillant acquittement, sa lutte avec Morande, sa Lettre au peuple français et son séjour à Bâle, où la Municipalité reconnaissante lui avait décerné le titre de citoyen de la ville, plus en vue que jamais, toujours aussi impénétrable, il rencontra enfin à Roveredo un observateur impartial. Critique désintéressé, ni disciple ni ennemi, ce prototype du « reporter » prit à coeur de contrôler jour par jour, de noter tout ce qu’il pourrait voir, entendre ou apprendre de Cagliostro pendant les quelques semaines qu’il passa dans cette ville. Les notes prises, il en fit un livre, et, comme il était de bon ton au XVIIIè siècle de mêler le sacré au profane et de badiner sur ce qui aurait pu devenir sérieux, il les publia en latin sous le titre : « Liber memorialis de Caleostro cum esset Roboreti » dans un style pastiché des Évangiles.

Le livre resta connu sous le nom d’Évangile de Cagliostro ; c’est le document le plus précieux que nous ayons sur sa personne, celui qui nous permet de revivre un peu dans son temps, auprès de lui, de nous représenter ce qu’il était, ce qu’il disait, ce que purent penser de lui ceux qui l’approchèrent. Ce n’est pas seulement à ce point de vue que le journal du passage à Rovoredo possède une valeur inestimable, c’est aussi parce que tous les exemplaires de cet ouvrage réunis aux papiers de Cagliostro ont été brûlés par le St. Office dans l’auto-da-fé qui suivit sa condamnation par le pape et qui fut exécuté a Rome le 4 mai 1791 sur la place de la Minerve.

Quelques volumes, déjà entre les mains de particuliers, échappèrent à la destruction ; ils ont depuis disparu, détruits ou perdus. On n’en trouve pas dans les bibliothèques publiques ; on n’en voit point passer dans les ventes de livres rares, et le titre de l’ouvrage avait été seulement transmis par des contemporains. Nous avons eu le bonheur d’en trouver un exemplaire en Italie. Ce document précieux, dont nous publions aujourd’hui une scrupuleuse traduction, nous a beaucoup aidé à reconstituer une vie de Cagliostro, à rétablir aussi exactement que possible le caractère, la nature et le rôle de ce merveilleux personnage, remettant enfin au point une légende, réhabilitant un être que la calomnie avait écrasé. Cette étude complète sur Cagliostro, dont le présent livre n’est qu’une sorte d’introduction, est prête et nous espérons la publier prochainement [8].

Tous ceux qui respectent la vérité, qui cherchent la voie, dont l’âme a soif de vie, y trouveront de quoi satisfaire leurs justes désirs. Dans les trésors de l’humanité, il y a des diamants que le feu des bûchers lui-même ne saurait altérer. Il y a des paroles qui ne passent pas.

Dr Marc Haven.

I. – La huitième année du règne de Joseph, empereur [9], Cagliostro vint à Rovoredo et y demeura. Et celui qui écrit cela, le voyant passer, le regarda par la fenêtre de son hôtel, et la femme de Cagliostro était avec lui ; il était sept heures du soir environ. Et les uns disaient que c’était un mage, les autres que c’était l’Antéchrist, et ils discutaient entre eux. Lui, se moquait d’eux disant : Qui je suis, je l’ignore, mais je sais ceci que je guéris les malades, que j’éclaire ceux qui doutent, que je donne de l’argent aux malheureux. On a écrit sur moi beaucoup de sottises et de mensonges, car personne ne sait la vérité. Mais il faut que je meure, et alors ce que j’ai fait sera connu par les notes que je laisserai [10].

Et quand la nuit fut venue, beaucoup de gens se réunissaient, et l’interrogeaient sur bien des choses. Et de même, le matin, il recevait des malades et leur donnait des consultations. Mais on avait très peur de lui. Pendant la nuit quelques personnes, d’esprit curieux, venaient à lui et il leur parlait ouvertement de ses actes. Baptiste frère de Nicolas, et Éloi, et d’autres. Et ils le menèrent chez eux, dans une hôtellerie qui avait des fenêtres grillées et il s’enfuit de là, s’écriant que c’était une Bastille, et il refusa d’y habiter. Il demeura donc dans l’hôtel.

II. – Et après quelques jours il chercha à acheter une maison pour y demeurer. Et il visita la maison de Festus, mais ils ne furent pas d’accord pour le prix. Il vint donc aux Echares et comme la maison lui plut, il retourna pour en parler à sa femme, et ils s’entendirent à ce sujet. Et ils étaient encore à l’hôtel. Dès le lever du jour, il était là recevant la foule, et soignant les malades. Et un homme très fortuné vint à lui, qui souffrait de lithiase rénale et, très âgé, avait des calculs. Il criait : Seigneur, si tu le peux, viens à mon aide. Et il lui dit : Tu es vieux, ta maladie est invétérée, et tu cherches un remède ? Cependant, reviens demain et je te préparerai un médicament. Et le médecin qui avait soigné ce malade, entendait tout cela, et réfléchissait attentivement en lui- même. Et quand ils furent sortis, il témoignait à tous que Cagliostro avait bien parlé et il lui rendait hommage d’après les principes de son art. Et le bruit se répandait dans le peuple que c’était un prophète, qu’il ne recevait d’argent de personne, ni de cadeaux en nature et qu’il ne faisait aucune différence entre le pauvre et le riche, ne faisant que conquérir les coeurs et se les attacher pour aider à son oeuvre de miséricorde. Et tous couraient à lui, emportant des ordonnances et de petites sommes pour acheter des médicaments. Mais il y en avait beaucoup qui hochaient la tête, et se refusaient à croire jusqu’à ce qu’ils aient vu des résultats.

Ill. – Mais peu après il arriva que celui qui souffrait de calculs, ayant pris son médicament, rendit une grande quantité d’urine presque purulente, et commença à aller mieux. Et les médecins étaient très étonnés qu’une pincée de poudre ait pu avoir tant d’action et ils fouillaient leurs livres pour chercher une explication. Cagliostro vint de nouveau chez Festus, et habita chez lui. Ensuite une femme des environs de Vérone qui avait un cancer du sein lui fut amenée tremblante et tout en larmes. Et, ayant convoqué les médecins, Cagliostro leur dit : Voyez, vous, et jugez. Eux, l’ayant examinée dirent à l’unanimité que, seule, une opération pouvait la sauver, et encore était-ce douteux. Cagliostro répondit : Moi, je n’enlève rien à personne et je ne suis pas venu mutiler les hommes avec l’acier. Et sur-le-champ il fit un emplâtre et il dit à la femme : Prends une serviette et te l’attache. Elle lui dit : Seigneur, je n’en ai pas. La femme de Cagliostro, s’étant absentée, revint et rapporta une serviette propre et neuve et la donna à la femme qui se pansa comme Cagliostro le lui avait dit. Et elle lui dit : Seigneur, combien de temps dois-je rester dans cette ville, pour que tu me guérisses et que je sois rendue à la santé ? Cagliostro lui répondit : Quelque temps. Or, la femme lui dit : Et comment le pourrai-je ? Il me faudrait entrer à l’hôpital et je n’ai ni or ni argent. Et Cagliostro se fâcha contre elle et lui dit : Va, mange et bois, je payerai ton hôtelier pour toi. Et la femme s’en alla joyeuse, et avec une hâte extrême. Or Cagliostro ayant fait venir l’hôtelier, traita avec lui sans discuter, pour qu’il l’hébergeât sans lui demander un sou. Et c’était un concert unanime de tous pour le louer et pour dire qu’un grand secours était venu du Ciel sur la terre. Et le lendemain les médecins vinrent voir la femme et la trouvant toute joyeuse logée à l’hôtel, ils furent stupéfaits.

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IV. – Et Cagliostro parlant au médecin qui avait soigné le malade aux calculs lui dit : Fais ce qui est nécessaire pour que ton malade te paye largement ce qu’il te doit, et moi je ferai de sorte que pendant dix ans encore la mort n’aura pas prise sur lui, et, moi, je triompherai de tout [11]. Mais je ne dis pas qu’il ira vingt ans encore. Et cette parole fut connue du malade, qui sachant qu’il avait encore dix ans à vivre au moins, en fut profondément réconforté. Et il y avait un haut fonctionnaire, attaché au service des finances, qui avait rencontré Cagliostro à l’étranger et que Cagliostro connaissait bien. Il le voyait tous les jours, travaillait avec lui, en était fier, et se réjouissait d’être dans son intimité. On le prenait à l’écart et on l’interrogeait en secret, lui disant : Tu peux nous dire la vérité, car tu es de ses intimes. Il leur dit : Interrogez, que voulez-vous savoir ? Et ils lui dirent : Dis-nous s’il est vrai que Cagliostro a soupé avec le Christ notre Seigneur aux noces de Cana, et s’il a bu l’eau changée en vin, comme beaucoup l’ont raconté ? Il leur répondit et leur dit : Non, mais il est né cependant avant les siècles ; cela est vrai, mais ne le dites à personne. Et on se moquait, de lui. Et il y avait une grande divergence d’opinions entre tous au sujet de sa religion : les uns disaient qu’il était mahométan et les autres qu’il était juif, Comme ils se disputaient à ce sujet, Cagliostro leur dit : Pourquoi balancez-vous et dites vous des erreurs ? Chacune de ces sectes laisse une trace indélébile, voulez-vous venir et vous rendre compte ? Et l’un après l’autre, les gens s’en allaient et ne savaient que répondre. Quelques-uns pensaient qu’il faisait revenir les morts et les faisait parler avec les vivants et manger avec eux. Il venait aussi des gens hostiles essayant de le faire parler et de le prendre en flagrant délit de mensonge et de le contredire. Mais ils admiraient la sagesse de ses paroles et s’en allaient en déclarant que cet homme ne pouvait être surpris.

V. – Et tandis que cela se passait, on reçut des lettres de Milan annonçant que Cagliostro était aussi dans cette ville. Et tout le peuple poussait les hauts cris et se demandait avec stupeur comment cela était possible. Et beaucoup disaient que l’un ou l’autre était un faux personnage, et quelques-uns les détestaient tous deux. Et personne ne pouvait comprendre jusqu’à ce que le mystère fut révélé. Or, celui qui était à Rovoredo continuait jour et nuit à soigner les malades, répondant à tous avec humanité et leur promettant la guérison de leurs maladies avant quinze jours. Et lorsque certains manifestaient quelques hésitations au sujet de ses remèdes, il leur répondait confidentiellement : je vous pardonne parce que vous ne me connaissez pas. Et il en était de même pour sa femme qui disait : Mon mari guérit tout, sauf les morts. Or, elle n’admettait dans sa chambre ni servante, ni femme de chambre, ni personne. Et elle se servait pour sa toilette d’une préparation dite des cinq gouttes. Cette préparation était très connue en Angleterre, car Cagliostro qui l’avait inventée avait, avec le prix de sa vente, doté les deux filles d’un officier. Et en en mélangeant cinq gouttes avec une eau de toilette très bonne, cela donnait au visage une blancheur de lait et un éclat de rubis. Et étant revenu chez Baptiste, frère de Nicolas, il discutait avec les médecins, leur disant : Toute maladie vient de l’une ou l’autre de ces deux causes : ou l’épaississement de la lymphe, ou la corruption des humeurs dans notre corps [12]. Et il ne reconnaissait pas d’autre principe aux maladies.

Et il disait aussi : Les ballons, ces globes volants [13] qu’un homme audacieux inventa, qui les dirigera où il voudra ? Sachez que les ballons ne pourront être dirigés, que si on leur enlève d’abord leur forme sphérique, et personne ne songe à cela. Or, il parlait italien et français, et aussi une langue entre les deux idiomes [14].

Et il y avait une grande puissance dans ses paroles. Et certaines femmes très attachées à lui et qui lui parlaient de leurs maladies, le suppliaient, le pressaient, de ne jamais s’en aller à l’étranger. Car personne ne savait combien de temps il devait rester avec nous. Or il y avait dans la ville une jeune fille lunatique qui hurlait, l’écume aux lèvres et les dents serrées, et se jetait sur ceux qui l’approchaient dans sa colère et dans sa fureur. On voulait l’amener à lui, mais on ne le pouvait. Donc lui-même vint la voir pour chasser l’esprit de sa maladie et jamais, jusque-là, il n’avait agi ainsi avec aucun autre malade. Et plusieurs parmi les plus hautes gens de la noblesse croyaient en lui et conservaient toutes ses paroles avec soin.

VI. — Et chaque jour une grande foule assiégeait la porte de Festus, cherchant à voir Cagliostro, et des villes, des châteaux, de toute la région, on lui amenait des malades en voiture, en chaises, en brancards, à tel point que la place était remplie et que la foule en se pressant s’écrasait devant la maison. Et Ernest, qui était doyen des médecins dans la ville, voyant le trouble et l’affolement de l’opinion publique, demanda aux magistrats de lui défendre de soigner désormais les malades, faisant valoir cet argument, que, d’après la loi, l’exercice de la médecine est interdit à tout homme qui n’a pas été examiné et diplômé par les autorités médicales que l’Empereur a établies, choisies pour cela, et que celui qui n’observe pas la loi, est l’adversaire de l’Empereur, et, par conséquent, coupable. Et les magistrats s’étant réunis, lui interdirent de s’occuper désormais de médecine, et le menacèrent. Mais, lui, leur résistant, protestait et disait : je n’ai jamais rien ordonné à aucun malade qu’en présence et avec l’approbation de son médecin. Et ceux a qui j’ai ordonné quelque chose, vous le savez, vont mieux. De plus, je n’ai jamais donné un médicament sans préciser à l’avance quelle serait son action. Et voici ; je n’ai jamais invité ni n’invite personne à venir me trouver ; mais quand il vient à moi spontanément des gens, pourquoi ne leur répondrais-je pas ? Et tous me sont aussi témoins que jusqu’à ce jour, je n’ai rien sollicité de personne, et rien accepté du plus petit jusqu’au plus grand, mais qu’au contraire je suis venu en aide aux pauvres, leur fournissant ce qui était utile au traitement de leurs maux. Et la voix du peuple s’élevait pour lui et grondait dans l’Assemblée. Les magistrats, entendant cela, estimèrent bon de lui faire grâce et le laissèrent soigner les malades. Mais lui, indigné, désirait échapper à leur pouvoir et résolut de se transporter au-delà de la rivière Athésis [15] dans le bourg de Lagarinum qu’on appelle la Ville [16]. Et là les autorités le reçurent avec joie et on voulait faire un festin de son honneur, mais il refusa. Et c’était la soirée du dimanche, environ vers trois heures. Et un certain Joseph, père de Joseph le prêtre, qui souffrait de violentes fièvres, cherchait à pénétrer auprès de lui : et un jeune homme obtint de Cagliostro, au nom de la femme d’un des consuls de la ville, qu’il lui permît de venir. Et le nom de ce jeune homme était Clément. Et Joseph fut reçu secrètement avec son plus jeune fils. VII. – Or, il y avait, assis dans la maison du Consul Gaspard, des gens de naissance noble et des femmes, et Cagliostro se tenait debout au milieu d’eux, et parlait, et il y avait une grande foule dans le vestibule. Ayant pris par le bras l’homme qui souffrait depuis longtemps déjà de fièvre et de vertige, et ayant emmené aussi son fils, il entra dans une petite chambre et, voyant que l’homme vacillait sur ses jambes, il le fit asseoir. Et dès qu’il eut reconnu sa maladie, il répondit aux interrogateurs : Ce sont les vers qui le font souffrir, et personne ne comprit encore. Mais ils s’étonnaient et se taisaient. Et se tournant vers joseph, il dit : Prends courage, je te guérirai en huit jours. Aie seulement confiance en Dieu et en moi, et fais ce que je t’ordonnerai. Et le malade avoua qu’il était chrétien et ne dissimula pas sa croyance. Et après cela, ayant renvoyé la foule, il traversa et revint dans la ville où il y avait un jeune homme, soldat de la garde, malade (il l’avait déjà visité et il allait mieux) et où était aussi la jeune fille aliénée, qui semblait peu à peu se calmer : il y avait là un grand nombre de gens qui rendaient témoignage en eux-mêmes au sujet de ses oeuvres de charité et qui le bénissaient.

VIII. – Et tous s’émerveillaient au sujet du jeune soldat, car bientôt il se leva, alors qu’il y avait déjà cinq mois qu’il était couché immobile et comme mort avec une enflure des cuisses et des douleurs articulaires. Et l’origine de sa maladie, c’était cette peste qui fut amenée de l’autre bout du monde par l’intempérance pour punir l’oeuvre de chair. Et Cagliostro voyant le nombre énorme de gens qui venaient chaque jour à lui atteints de cette mauvaise maladie, se troublait en lui-même et disait : C’est à peine si j’ai trouvé tant de malades de ce genre à Paris et à Constantinople. Malheur à vous, car votre luxure est descendue sur vous et sur vos enfants, et il citait ce proverbe que les petites villes sont plus perverties par les plaisirs du monde que les grandes et qu’elles en meurent.

Quant à lui, il prenait peu de nourriture, ne se couchait pas dans un lit, mais dormait sur un fauteuil, appuyé sur un oreiller. Et il arriva que comme on lui amenait des malades mêmes d’un hôpital, il ne voulut pas les recevoir, disant : je sais que, quelle que soit la prescription que je leur fasse, ils ne l’exécuteront pas et rejetteront mes paroles. Car ceux qui ont pouvoir sur eux ne les laissent pas libres.

Et mes ressources ne me permettent pas de faire face à tous les besoins et de les retirer de l’hôpital. C’est pourquoi, allez et répondez-leur qu’ils ont leurs médecins et leurs chirurgiens, qu’ils les consultent ! Et un des chirurgiens de la ville, très petit et très vif, l’assistait sans interruption et prenait en note les formules de ses purgatifs. Et il y avait aussi d’autres médecins avec lui qui écoutaient ses avis avec confiance. Quant a ceux qu’il savait ses ennemis, qui médisaient de lui dans les rues et excitaient le peuple, il ne les poursuivait pas de sa colère, car il disait : Personne ne peut faire le bien sans faire d’envieux. Partout où j’ai été parmi les nations, j’ai supporté beaucoup de la part des hommes et je n’ai voulu faire de mal à personne, mais au contraire aider tout le monde. C’est là en effet la charité qui assimile l’homme à Dieu, de rendre le bien pour le mal et d’arracher notre genre humain à ses misères. Et il racontait longuement qu’en Angleterre, en France, en Russie, il avait eu à souffrir pour faire du bien aux autres, et il leur pardonnait à tous. Et un matin de très bonne heure, la femme d’un capitaine de Milan, femme belle et de grande distinction qui avait une recommandation pour Baptiste, frère de Nicolas, vint pour voir Cagliostro, car elle avait entendu dire et avait lu de lui beaucoup de choses, a savoir qu’il guérissait toutes les maladies et qu’il n’y en avait pas de semblable à lui sur toute la terre. Baptiste la reçut donc et la conduisit à Cagliostro qui les accueillit avec amabilité et quand le temps fut venu de leur départ, Baptiste dit à Cagliostro : Si je t’ai quelquefois ennuyé, aujourd’hui, j’ai payé ma dette. Et Cagliostro le reconnut et les renvoya.

IX. – Quand le soir fut venu, on lui demanda s’il était vrai, comme le bruit en courait partout, qu’il possédait une potion par la vertu de laquelle il rendait la jeunesse aux hommes, et il répondit, niant le fait : Je vous assure qu’il n’y a rien de commun entre moi et les fables savantes de la fille du roi de Colchide. Mais il raconta comment chez une dame noble que la crainte de la vieillesse rendait dangereusement folle, il avait guéri par imagination cette maladie, en lui donnant une potion qui devait, lui annonçait-il, lui donner l’éternelle jeunesse. Et les autres femmes s’attristaient à ces paroles, sachant que le remède n’existait pas, et que leur espoir de voir réparés les outrages du temps était illusoire. Et les hommes les plaisantaient. Et Cagliostro dit : Mes serviteurs eux-mêmes trompent et se trompent sur moi ; méfiez-vous de leurs mensonges, car de tels hommes ne peuvent être retenus par aucun moyen dans la voie droite de la vérité. Et une femme appartenant à la noblesse de la ville, ayant caché son nom envoya un messager pour lui dire : Seigneur, une dame a quelque chose à vous dire : venez dans telle villa, elle y sera, vous y recevra avec honneur, et vous remettra douze pièces d’or en récompense. La colère saisit Cagliostro et il s’emporta disant : Elle ne me connaît donc pas, ni moi, ni mes paroles ; Elle ne verra pas ma face jusqu’à ce que le bandeau qui couvre ses yeux soit tombé.

Et on cherchait à l’observer, pour voir s’il allait à l’église le dimanche, s’ils communiaient, lui, sa femme et ses domestiques. Et personne ne le savait sûrement : les uns l’affirmant, les autres le niant. Et cependant lorsqu’il renvoyait la foule de ses malades après audience, il étendait le bras et faisait le signe de la croix. Et aussi lorsque le soldat qui avait été malade, couché, pendant cinq mois, était venu se jeter à ses genoux, guéri et reconnaissant, il lui avait dit : Pourquoi me remercier ? Va à l’église, quand le prêtre dit la messe, et confesse là que Dieu t’a guéri de ta maladie. Et à cause de cela on disait : Voyez, non seulement il est chrétien, mais il est même catholique. D’autres répondaient : Non, mais il veut que chacun témoigne de sa ferveur selon la tradition de la loi de ses pères, pour ne pas causer de scandale dans le peuple, et pour que les autorités ne sévissent pas contre lui. D’autres, compétents en médecine, niaient la guérison du soldat et dénigraient Cagliostro sur ses médicaments, dissuadaient les gens de les prendre, en donnant des raisons tirées des règles savantes de leur art. Or, lui conseillait à presque tous de boire une tisane, dont la formule se trouve dans Hippocrate, car il n’y a pas de boisson plus saine que cette tisane, disait-il. Ceux qui le blâmaient s’écriaient : mais la même tisane ne peut convenir à tous ! Et ils ajoutaient : Aucun de ceux qu’il a soi-disant guéris n’est devenu entièrement bien portant. Où sont ses promesses ? Il prétendait qu’en quelques jours il enlèverait toute maladie ? Joseph, père de joseph le prêtre, à qui il avait prédit que dans trois jours il expulserait des vers, n’en a pas expulsé, et jusqu’à présent n’est-il pas encore malade ? Et l’on ne répondait à ces objections qu’une seule chose, c’est que cet homme ne cessait de faire du bien aux pauvres. Et chaque jour, de toute l’Italie, venaient des gens en grand nombre, et des femmes de la haute noblesse, et du nord aussi beaucoup de voyageurs pour le voir et le consulter ; il en arrivait même des montagnes de l’Allemagne et des rivages de la Méditerranée, cherchant la consolation dans leur confiance.

X. – Or, un jour Cagliostro était assis avec Baptiste, frère de Nicolas et un autre, il parla et commença à raconter les embûches qu’on lui avait tendues à Londres, et comment un jour, défendant lui-même sa cause devant les juges et les princes du peuple contre un calomniateur, il s’écria à pleine voix : ” Aussi vrai que Dieu existe, que celui de nous deux qui fait un faux témoignage, meure sur le champ.” Et la main de Dieu s’abattit sur son accusateur et il tomba en arrière, mort. Baptiste s’étant retourné vers son ami, lui dit : Sortons, car cet homme nous reçoit aujourd’hui trop familièrement [17]. Et ils sortirent. Or ceux qui étaient dans la ville, voyant la foule qui venait des contrées les plus éloignées, étaient dans l’admiration. Et quelques-uns, pour cela même, venaient à lui, de peur que les étrangers ne leur reprochassent leur indifférence, disant : Comment, nous, nous venons de loin pour le voir, et vous, qui l’avez avec vous, vous ne vous en souciez pas, et vous [18] Cet homme se moque de nous ; il ne respecte pas notre bon sens ; il abuse de notre crédulité. rougissez de rendre hommage à la vertu ? D’autres, qui ne craignaient pas le jugement d’autrui, s’opposaient très fortement à cette opinion. Et ils disaient : Qui est cet homme ? D’où vient-il ? On l’ignore. Comment sa renommée s’est-elle répandue dans tout l’univers ? Est-ce que vraiment il donne des preuves en guérissant tous les malades comme il le promet ? Pas du tout. Alors quoi ? Il parcourt le monde, distribue de l’or, dit des choses profondes et obscures. Tout le monde peut ainsi paraître grand : qu’il guérisse publiquement quelqu’un délaissé par les médecins et nous croirons en lui. Et quelques-uns répondaient : Il est un fait sur, c est qu’il a un remède très efficace pour guérir les fièvres périodiques, et que beaucoup ici en ont été guéris. Et comme les autres mettaient en doute que la santé ainsi rétablie le soit définitivement et sûrement, de nouveau la discussion recommençait. Dès lors, Cagliostro ne guérit plus aucun habitant de la ville ou de la région de Roveredo, mais il guérissait seulement les étrangers, surtout ceux qui venaient de loin. Le bruit se répandait que le Préfet et les magistrats lui avaient interdit de nouveau d’exercer la médecine. Et lui en donnait une autre raison : il disait que cette cité était maudite parce que quelques uns des littérateurs du pays18 l’avaient calomnié sans raison. ” Voilà pourquoi je ne ferai plus agir mon pouvoir parmi vous, mais j’irai au loin rendre les parents à leurs enfants et arracher pour leurs parents les enfants aux griffes de la mort et aux cavernes des ténèbres. La gloire me revêtira du vêtement de sa splendeur, les mères me couronneront de roses, et les épouses oindront mes cheveux d’aromates, les vieillards me chanteront avec les jeunes gens des cantiques au son de la trompette et au tonnerre des tambours. Là, la haine ne distille pas son venin et l’incrédulité ne pousse pas ses racines. ” Ils pensaient donc que bientôt il partirait de chez eux, et beaucoup s’en réjouissaient trouvant qu’il troublait la cité, car il lisait sur les visages les secrets des vices de chacun. Car il était physiognomoniste et métoposcopiste. Et lorsque des malades revenaient sans changement le trouver, il disait : Que voulez-vous que je fasse pour vous ? le médicament qu’il vous faudrait est à l’autre bout du monde, puis-je partir sur l’aile des vents pour aller le chercher et vous le rapporter ? Et, fermant la porte, il se retirait de la foule et écrivait en Arabe, en Français, et se reposait.

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Gagliostro : Noble et Voyageur

XI. – Du reste le jour ne se passait pas sans qu’un nouveau flot de malades ne vint le trouver, arrivant de leurs villes pour se montrer à lui. Et ceux qui ne pouvaient pas venir envoyaient leurs médecins entendre les paroles de sa bouche. Et il vint aussi une jeune enfant, fille d’un certain Pompée qui avait été juge dans la Cité : elle tombait souvent, se frappait dans ses crises, et écumait : son nom était Élisabeth. Il lui ordonna de prendre de l’émétique et la renvoya. Il ordonna le même traitement à d’autres femmes nobles, hystériques, venues à lui d’Allemagne sur la recommandation de sa femme de chambre [19] qui était son amie. Car cette femme avait raconté à sa maîtresse les oeuvres de Cagliostro à Strasbourg ; comment son père à qui les médecins voulaient couper le bras pour gangrène, avait guéri subitement, et comment une femme en couches, à qui on se préparait à faire une opération césarienne, car elle était mourante, fut sauvée ainsi que son enfant en prenant des mains de Cagliostro quelques gouttes d’élixir. Pour cela et pour beaucoup d’autres actes méritoires les Strasbourgeois firent graver son portrait avec, au-dessous, quelques vers en langue française rendant témoignage à ses mérites [20]. Or, un jour où une princesse allemande vint le voir, extraordinairement belle et vertueuse, Cagliostro se levant, lui donna un exemplaire de son portrait qui avait été fait à Strasbourg disant : Voici, moi, je serai toujours et partout avec toi. Et il n’avait jamais agi ainsi avec personne. Ce jour-là, la foule murmurait donc et disait : On nous raconte de grandes choses faites au loin, et que nous n’avons pas vues de nos yeux, et où nous n’étions pas. Qu’il fasse donc ici quelque merveille ! Mais il ne le peut pas. Ils disaient cela sachant que Cagliostro avait donné à un certain médecin sourd qui l’avait consulté, une potion énergique, qu’il avait soufflé fortement dans ses oreilles, lui promettant que dans six jours ses oreilles s’ouvriraient et qu’il entendrait nettement un tel souffle. Et après tout cela, le médecin n’entendait encore rien, et il était encore nécessaire de lui parler par gestes. Quant au vieillard, souffrant des calculs, que ses amis engageaient à parcourir la ville à cheval et à se montrer en public pour rendre témoignage de sa guérison par Cagliostro, il leur répondait : Allez-vous en, vous vous moquez de moi, je suis en effet plus mal qu’auparavant et si je m’étais ainsi traité autrefois, je reposerais déjà auprès de mes pères depuis longtemps. D’autres parlaient de même et commençaient à mépriser ses avis. D’autres répandaient le bruit que les médecins et les pharmaciens, par jalousie, le trahissaient et falsifiaient ses ordonnances, ou le calomniaient afin qu’on ne puisse le connaître en vérité. Mais le nombre augmentait de ceux qui disaient : Les paroles de mensonge, ce sont celles dites pour trouver des excuses à ses bêtises. Et apprenez que cette femme, avec qui il est, n’est pas sa femme (elle était romaine et du nom de Séraphim21) c’est seulement une aide pour ses jongleries : elle ne va pas communier aux jours de fêtes pour rester à garder ses merveilleux bijoux à la maison, de peur des voleurs. Et lui non plus n’approche pas de la sainte table, car son âme ne peut trouver la paix à penser aux choses de Dieu, et il dit en avoir obtenu la dispense du prince des prêtres. Malheur à l’homme qui ne croit pas et place les oeuvres du siècle avant celles du ciel ! Aujourd’hui il a renvoyé son domestique, servant chez lui depuis quinze ans, bon et zélé, parce qu’il avait accepté de l’argent de ses visiteurs. Mais il n’a rien à craindre et quelque part ailleurs il va aller l’attendre, et là, il le reprendra. Toutes ces médisances se répétaient dans la foule et soulevaient des dissensions très grandes. Et Cagliostro, poussé par l’esprit de corps, vint un jour dîner chez un homme, considéré comme faisant partie de la franc-maçonnerie, et sa femme y était aussi. Et lui-même était un des chefs de cette Société, maître de cette secte dite des Illuminés,, et il avait quelques disciples qui voulaient être initiés et même suivre cette même route. Et entre autres, un seigneur du voisinage demandait son admission, et avait versé une somme de 3oo pièces d’or, et il était avec lui nuit et jour, et avec un autre frère, venu des bords de la mer, mais Cagliostro lui répondit : il faut que trois maîtres se trouvent réunis pour pouvoir faire la réception d’un néophyte dans cette secte. Ils écrivirent donc à un certain disciple qui habitait fort loin de cette ville, pour le prier de venir en hâte, et il partit aussitôt. Et les autres, pleins de zèle, veillaient et attendaient. Et de nombreuses pensées agitaient leurs coeurs, et ils étaient comme ceux des mystères que le thyrse avait frappés, ou qui faisaient résonner les cymbales sur le mont Dindyme [22].

Lorsqu’il fut arrivé, prenant avec eux un autre disciple, Cagliostro reçut le néophyte et l’ayant activement instruit des éléments de leur doctrine il le reçut aux Eleuthéries [23] et lui permit de siéger au milieu des frères et de connaître les secrets de leur communion des déserts de Scythie jusqu’au fleuve d’Éthiopie, et l’on dressa chez Cagliostro une grande table de festin, et on y prit place. Il y avait une immense quantité de lustres, et sa femme mangeait avec eux. Comme ils soupaient encore fort tard dans la nuit, cela surexcitait la curiosité des gens, et par les portes et les fenêtres on essayait de jeter un coup d’il et de pénétrer leurs mystères. Et les uns racontaient qu’ils avaient vu une chose, les autres une autre, du sang qu’ils buvaient, des torches en croix, des épées nues, et on affolait le peuple avec des fables [24]. Cagliostro passait pour affilié aux rites des Égyptiens et aux Thesmophories des mystères d’Eleusis. Et lorsqu’ils se levèrent de table, le Néophyte resta avec eux et l’autre initié qui était étranger retourna rapidement dans son pays. Mais le domestique qu’il avait renvoyé, qui logeait dans une étable, se dit : Que la paix de Dieu ne soit plus en moi jusqu’à ce que je fasse les mêmes merveilles que mon maître. Et il commença à vendre des cérats et des mixtures : mais il le faisait en secret par peur de son maître. Mais Cagliostro n’allait nulle part, s’occupant uniquement de Festus, qui était arrivé malade de Trente, et qu’il soignait.

XII. – Et un jour il demanda à quelqu’un s’il voulait lui aussi, être affilié à ceux qu’on appelle Illuminés. Et l’homme refusa disant qu’il aimait mieux rester dans ces demi ténèbres où l’on ne voit presque rien, que devenir complètement aveugle dans une telle lumière. Et il donnait d’autres raisons pleines du sel de la sagesse. Quelques-uns, entendant ces conversations, se disaient entre eux : Il appartient certainement à la confraternité des frères maçons (que l’on nomme francs-maçons) et peut-être est-il envoyé par eux pour guérir les malades qui sont dans le monde et ses largesses viennent de leurs coffres et de leur trésor, car on dit qu’ils ont pour premier précepte de faire du bien a tout le monde. Mais d’autres répondaient : S’il est vrai qu’une telle charité les anime, ce n’est pas lui qu’ils enverraient, mais un être qui ne leurrerait pas les hommes par une vaine confiance. Et de nouveau, on disait : Ce fin matois, il est vrai, fait quelques aumônes, et ne reçoit pas de paiement de la masse, mais c’est pour attendre de temps à autre un homme très riche, et gagner cent fois plus avec lui. Quand il arrive dans une ville, il y reste tant que l’opinion publique l’encense, et quand l’effet de ses médicaments à longue échéance ne se produit pas, révélant la vanité de ses promesses, il part, et passe ainsi de ville en ville, et sa supercherie n’a pas de terme. Son procédé, et le summum de son ambition, c’est qu’on le regarde comme l’instrument de la grande puissance qui vient d’en haut : et ainsi il parcourt les terres et les mers, et se pose en médecin universel. Mais, voyons, si réellement il enlevait tout mal, est-ce que les gouverneurs, les princes de la terre ne l’auraient pas forcé depuis longtemps à demeurer au milieu des ministres) dans leurs pénates ? Mais beaucoup, plus justes, résistaient à ces discours. Ils s’irritaient même contre celui qui prenait en note ses paroles, pensant qu’il écrivait pour se moquer de lui, mais celui qui écrivait, ne le méprisait nullement, mais racontait fidèlement ce qui se passait à Rovoredo, rendant témoignage par un simple récit. Et son récit fut fait selon l’habitude des Orientaux, comme on le voit dans les textes grecs que les Latins ont traduit mot à mot. Et il arriva, comme un prêtre venait vers Cagliostro, qu’il lui dit : J’ai telle et telle maladie : dis-moi ce qu’il faut faire pour aller mieux. Et il le lui dit ! Mais de nouveau le prêtre dit à Cagliostro : Donne-moi aussi des remèdes pour les maux à venir. Cagliostro répondit, et lui dit : Si j’étais allé te confesser les péchés que j’ai faits, tu me renverrais avec l’absolution, si alors je te demandais de m’absoudre aussi des péchés que je ferai, est-ce que tu m’absoudrais ? Il lui répondait : Non. Cagliostro lui dit : Et moi je ferai de même envers toi. Et voici qu’une dame noble, venue de Trente, et qui était sourde, le pria de lui rendre l’ouïe. Et son mari était avec elle et écoutait. Et Cagliostro dit à la femme : Observe le commandement que je vais t’imposer et je te guérirai : Ce commandement, le voici : Si tu vas mieux,publie dans les actes qui chaque semaine sont répandus chez vous dans le public [25] comment je t’ai guérie : si au contraire ton infirmité ne te quitte pas, fais de même connaître à tous les vivants par ces actes que je suis Agyrta [26]. Et Festus était assis et présent, et il goûtait avec un grand bonheur toutes les choses qui se passaient devant lui.

XIII. – Or il y avait un homme des plus haut placés, furieux contre Cagliostro, qui dans les rues et les places médisait de lui : et cet homme voulut faire parler le jeune homme qui écrivait ce livre et il lui dit : Que t’en sembles de Cagliostro ? Le jeune homme répondit : Ce n’est pas à moi de juger un homme sur qui chacun porte une appréciation différente, car il n’y a pas deux êtres qui pensent de même à son sujet. Il lui dit : Toi aussi, tu hésites ! Que tu es lourd d’esprit ! Des fous et des aveugles prétendent que cet homme fait du bien à son prochain : mais moi j’ai dit et je dis que cet homme fait du mal à tout être vivant, de sa naissance à sa mort. En effet, par ses discours, de toutes les régions qui sont sous la voûte du ciel, arrivent à grands frais et a grande peine des voyageurs, pour recouvrer la guérison de lui et, trompés, ils s’en retournent chez eux, deux fois plus mal qu’auparavant. Lui, mange, boit, et se moque d’eux dans son coeur et il lui suffit de se laisser encenser par les hommes. Quand il eut dit cela,, il souhaita le bonsoir au jeune homme et partit. Et le jeune homme vint dans un endroit où il y avait un pharmacien savant, instruit, et plein de justice, et il lui demanda ce qu’il disait de cet homme. Celui-là, sans colère et sans injures, raconta comment il avait sondé prudemment la science de Cagliostro dans sa partie, mais que lui, comme un poisson qui se serait échappé des mains du pêcheur, avait fui l’hameçon. Et il ajoutait : Si j’avais voulu gagner beaucoup d’argent en fabriquant les médicaments qu’il ordonnait, j’aurais pu le faire, mais je n’ai pas voulu et j’ai renvoyé ces malades par charité pour eux. J’ai pitié de ceux qui prônent Cagliostro comme un grand naturaliste et un grand chimiste. Et en effet, il y avait des gens qui réfutaient violemment les histoires racontées dans le vulgaire sur les mystères francs-maçonniques célébrés par lui avec ses disciples une nuit. Ils expliquaient que Cagliostro n’avait fait que révéler les arcanes des sciences physiques et chimiques et le peuple crut qu’il les avait initiés par de simples cérémonies autorisées. C’est un homme. de bien, instruit de toute la science des Orientaux et des Européens, et même, il déteste les charlatans. Et à ces mots, beaucoup souriaient et répétaient le vieux proverbe : – Le potier n’aime pas le potier “. Est-ce qu’au commencement il ne voulait pas parier une grosse somme, que, tel jour, les malades, les boiteux et les gens ayant des fractures, se lèveraient et marcheraient sans trace de leur affection ! Et quel charlatan fut jamais aussi impudent ? C’est vraiment le maître en l’art ! Et pendant qu’on parlait ainsi, lui était à la maison avec Baptiste, père de Nicolas, et Éloi, homme noble de Vicenze, et leur esprit se délectait aux enseignements de son génie. Et en effet, il parlait beaucoup et avec grandeur, rendant témoignage à lui-même, et un jour il commença à dire : Dans la ville de Pierre, dit le Grand [27], un des ministres de la reine des Russes avait un frère qui avait perdu la raison et se croyait plus grand que Dieu. Et personne ne pouvait résister à la violence de sa fureur, et il criait à haute voix, menaçant toute la terre et blasphémant le nom du Seigneur. On le gardait à vue. Et ce ministre me suppliait de le guérir. Quand j’entrai près de lui, il se mit aussitôt en fureur, et me regardant avec férocité, et se tordant les bras, car il était attaché avec des chaînes, il semblait vouloir se jeter sur moi. Et il hurlait : Qu’on précipite dans le plus profond abîme celui qui ose ainsi paraître en présence du grand Dieu, de celui qui domine tous les Dieux et les chasse loin de sa face. Mais moi, chassant toute émotion, je m’approchai avec confiance et je lui dis : Te tairas-tu, esprit menteur ? Est ce que tu ne me reconnais pas, moi qui suis Dieu par-dessus tous les Dieux, qui m’appelle Mars, et vois ce bras en qui est toute la force pour agir du sommet des cieux aux profondeurs de la terre ? je venais à toi pour te prendre en pitié et te faire du bien : et voilà comme tu me reçois, sans considérer que j’ai le pouvoir de réparer, mais aussi celui de réduire à néant. Et aussitôt je lui donnai un tel soufflet qu’il tomba par terre à la renverse. Lorsque ses gardiens l’eurent relevé et qu’il fut un peu adouci, j’ordonnai qu’on m’apportât un repas et je me mis à dîner, lui interdisant de manger avec moi. Et lorsque je vis qu’il s’était humilié, je lui dis : Ton salut est dans l’humilité, être dépourvu de toute force devant moi, approche-toi et mange. Et après qu’il eut un peu mangé, nous montâmes tous deux en voiture et nous allâmes hors de la ville sur le bord de la Néva, où les gardiens avaient préparé par mon ordre une barque et ils étaient assis sur la berge. Quand nous fûmes montés, on rama, et la barque commença a avancer. Alors, voulant le jeter dans le fleuve pour que la brusque terreur amenât sa guérison (il y avait des gens postés pour venir a son secours) je le saisis tout à coup, mais lui, m’entourant brusquement à son tour de ses bras, nous tombâmes tous deux dans l’eau, lui S’efforçant de m’entraîner au fond, et moi, placé au-dessus de lui, je l’écrasai de mon poids, et après une lutte qui ne fut pas courte, j’arrivai adroitement à me dégager et je sortis de l’eau en nageant ; lui, retiré par les gardiens, fut placé dans une chaise à porteurs. Et quand nous fûmes de retour et changés, il me dit : en vérité, j’ai reconnu que tu es Mars et qu’il n’y a pas de force égale à la tienne, et je te serai soumis en toutes choses. Je lui répondis et lui dis : Ni toi tu n’es un rival pour l’Éternel, ni moi je ne suis Mars, mais je suis un homme comme toi. Tu as le démon de l’orgueil, et cela te rend fou : moi, je suis venu t’arracher à cet esprit du mal, et si tu veux m’être soumis en toutes choses, tu agiras comme le commun des mortels. Et dès ce jour il commença a se laisser soigner, et ainsi revint à lui, celui dont la raison se perdait en idées délirantes.

XIV. – Un autre jour au même endroit, Cagliostro raconta ce qui suit ; il disait : Il y eut une fois un vieil évêque malade qui me fit appeler : lorsque j’eus appris de lui quelle était – sa souffrance, je lui dis : si vous ne pouvez cohabiter avec une vierge, vous êtes perdu, et si vous pouvez cohabiter avec elle, c’est elle qui prendra votre mal, et vous, vous serez guéri. Cela lui parut quelque chose de grave et d’immoral. Aussi il fit venir ses conseillers et ses avoués, et tint conseil avec eux pour savoir ce qu’il fallait faire. Eux, après une grande discussion, conclurent à l’unanimité qu’il fallait cohabiter, car, disaient-ils, si vous agissez ainsi, ce n’est pas par sensualité, mais par devoir de santé, et pour vous conserver a votre troupeau. Et il le fit et il guérit. La jeune fille fut malade, mais je l’ai guérie. Ceux qui entendaient cela se disaient en s’en allant : Pourquoi cet homme-là ne renonce-t-il pas à ses boîtes de poudre et ne vend-il pas ses boniments ? Qu’il monte sur des tréteaux et raconte aux badauds ses histoires sur la place : Ou, s’il veut en imposer aux hommes comme un Elymas ou un Mambrés [28], qu’il s’en tienne aux grandes villes où la vie voluptueuse de la plupart des gens les pousse aux ténèbres de la déraison. Le petit peuple, lui, travaille et n’est pas aveugle. Mais quelques-uns disaient que dans l’histoire de l’évêque il avait seulement raconté que l’évêque s’était refusé à suivre son conseil, disant : Les lois du seigneur sont plus précieuses que la vie. Et après cela, un édit fut publié au nom de l’Empereur, lui interdisant de guérir désormais, ni de recevoir pour consultation personne. Et toute la multitude applaudissait et disait : Vive le Roi, notre maître, qui nous a protégés dans sa bonté. Car, voyez, les malades que Cagliostro a vus, vont plus mal presque tous. Et lui, dans la crainte de la loi, obéissait et renvoyait les malades sans réponse. Et un homme fit une épigramme montrant que son nom, par permutation, révélait qu’il était un des faux christs s’efforçant en vain de se parer de la vraie gloire divine. Mais cela parut, même en parole, une méchanceté trop absurde aux gens plus raisonnables. Or, la femme de Cagliostro vint avec un chapelain dans une église, et s’étant agenouillée, elle assista à la messe avec dévotion. Et de plus, un autre prêtre, homme de bien, causait souvent avec elle du royaume de Dieu et de l’Église, hors de laquelle il n’y a pas de salut ; et il lui donna à lire les Actes des apôtres, et les oeuvres des prophètes. Et il se réjouissait de voir la foi et les bonnes paroles de cette femme. Car, dans la ferveur de son esprit, elle s’irritait contre le mal semé par la soidisant philosophie qui florissait en France, et elle rejetait les oeuvres scientifiques modernes méditant attentivement les écritures. Et de plus, elle disait [29] : Voici que nous avons accompli notre tâche ici en guérissant les malades, et mon àme brûle d’aller dans d’autres villes, pour ne pas laisser d’endroit où notre charité ne se manifeste aux fils d’Adam. Et elle disait encore beaucoup d’autres choses conformément aux projets de son mari. Et le domestique renvoyé, qui vendait des pommades, était regardé comme d’accord avec son maître pour cette comédie, et l’on disait qu’il lui remettait l’argent de la vente. Aussi quelques-uns de ceux qui avaient cru en lui frappaient du pied, s’indignaient qu’un fils de cocher les eût trompés et se fût joué de leur espérance. Car la rumeur publique disait que Cagliostro était fils d’un cocher ; d’autres le prétendaient d’un peintre ; d’autres, qu’il était de noble souche, royalement élevé en Arabie, mais qu’il fuyait les honneurs en se cachant. Et à ceux qui cependant faisaient valoir sa célébrité par delà les mers et les monts, on répondait : S’il n’y avait pas eu à Paris d’Affaire du Collier, nous ne le connaîtrions même pas de nom. Sa célébrité sort d’un horrible cachot, et sa grandeur vient des fers qu’il a traînés aux pieds.

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Rituel au Grade d’Apprenti selon le REAA

XV. – Et peu de temps avant qu’on lui eut interdit l’exercice de la médecine, il voulait vendre à un pharmacien son remède spécifique contre l’épilepsie, et avait convenu d’un prix très élevé ; car, disait-il, il avait besoin de se reposer des soucis et des souffrances et des persécutions qu’il avait endurés à Paris dans les fers. Mais quelques personnes empêchèrent cela, réfléchissant qu’il tendait ainsi son filet pour prendre de nombreuses victimes nouvelles. Et un bossu vint à lui, le suppliant : Seigneur, toi qui peux, dit-on, enlever tous les maux, enlève moi ce poids. Cagliostro, le regardant profondément, lui dit : Place sur ta bosse une lame de fer de quatre livres et chaque jour couche-toi dessus pendant six heures et le neuvième jour ne luira pas que ta bosse n’ait disparu. Il y avait là un médecin présent, et Cagliostro en disant cela, hochait la ’tête vers lui en souriant. Mais après l’interdiction de l’Empereur, il ne s’occupait plus de rien que de recevoir ses amis et de répandre en eux les richesses de son savoir. Il leur disait : Si quelqu’un a eu la syphilis et n’est pas bien guéri, je la ramène à l’état aigu sans la lui faire reprendre par un nouveau contact pour cela, et ensuite, rapidement, je le guéris radicalement [30].

Donc, allez, et amusez-vous, si ce n’est pas pour vos âmes que vous craignez, et si vous n’avez peur que pour vos corps. Et tandis que les autres médecins soignent la syphilis par le mercure, moi je ne veux pas traiter un poison par un autre poison, de peur qu’en chassant la première maladie le traitement n’en détermine avec le temps une autre plus grave que la première. Or, ceux qui avaient analysé et essayé ses onguents, affirment qu’il mentait et que dans tous, il entrait du mercure. Il se vantait aussi qu’il ne pouvait se faire dans la vessie de calcul si gros ou si dur qu’il ne puisse le faire dissoudre dans l’urine par ses remèdes. Et un de ceux qui écoutaient lui dit : Comment ce remède peut-il être assez actif pour dissoudre ainsi un énorme calcul, sans nuire aux organes par où il passe, et sans les dissoudre ? Cagliostro lui dit : Cela, c’est mon secret, et je le cache aux profanes [31]. Et de plus, il prônait les vertus d’un certain antidote de son invention disant : J’ai souvent pris du poison devant mes amis et mes intimes à des doses amenant la syncope et presque la mort, et déjà on me pleurait quand j’ai pris mon antidote et aussitôt j’ai été sur les pieds. Et il ajoutait : je vous raconterai ce qui est arrivé à St.Pétersbourg. Le médecin de l’Impératrice de Russie me détestait, parce que j’avais démontré son ignorance, et il vint chez moi en criant : Sortons et venez vous battre avec moi. je lui répondis : Si vous venez me provoquer en tant que Cagliostro, j’appelle mes serviteurs et ils vont vous jeter par la fenêtre, si vous me provoquez en tant que médecin, je vous donnerai satisfaction en médecin. Effrayé, il répondit : C’est le médecin que je provoque Et en effet j’avais à mes ordres une grande foule de serviteurs. [32] Alors je lui dis : Eh bien, ne nous battons pas à l’épée, prenons les armes des médecins. Vous allez avaler deux pilules d’arsenic que je vous donnerai, et moi, j’avalerai le poison que vous me donnerez, quel, qu’il soit. Celui d’entre nous deux qui mourra sera considéré par les hommes comme un porc. (C’était le terme dont Cagliostro se servait à l’égard de ceux qu’il méprisait.) On raconta cela à l’Impératrice qui me fit appeler. Et lorsque je comparus devant elle, je lui dis avec fermeté : Que Votre Majesté me permette de parler sincèrement : votre médecin) bien que vous l’ayez fait capitaine est un porc. Alors elle me conseilla de ne pas combattre un homme qui n’en valait pas la peine, et de ce jour elle l’éloigna de sa présence. De plus, il parlait abondamment des arcanes alchimiques, comment il pouvait transmuer les métaux, rendre l’or fluide comme du mercure, et de nouveau le consolider. Et parlant un jour devant Baptiste, frère de Nicolas, et devant quelques autres, il leur dit : Étant en Suisse à Berne, (les habitants lui avaient donné droit de cité, charmés par ses paroles), je me pris à dire aux gens du pays : Suisses, en considérant vos montagnes, toujours recouvertes d’une glace éternelle, j’ai réfléchi à la grande quantité d’or, d’argent et de cristal de roche qui était enfouie dans leurs entrailles. Si vous vouliez m’autoriser à employer dix années de revenus, je dissoudrais la glace et sortirais au jour ces richesses, a mes risques et périls. Ils répondirent à cela : Non, nous ne voulons pas que vous perdiez à cette entreprise du temps et de l’argent. Quelqu’un des assistants lui dit : Comment dissoudrez-vous la glace ? Cagliostro répondit : Avec du vinaigre [33]. Baptiste répondit à celui qui avait interrogé : Comme Annibal pour les Alpes lorsqu’il vint en Italie. Et, se tournant de nouveau vers Cagliostro, il lui dit : Seigneur, excusez-moi si j’émets un doute. Peut-être les Suisses ont-ils craint que par la fonte brusque des glaces, les eaux ne descendent, et dans leurs torrents n’inondent leurs cités. Après un moment de silence, Cagliostro répondit : Il y a beaucoup de lacs en Suisse, on aurait pu y diriger toute la masse des eaux. Pour amuser ceux qui l’écoutaient, il passait aussi à d’autres sujets de conversation, et disait : Un jour j’avais besoin d’une femme qui ne fut ni une courtisane ni une vierge, et qui ne fut pas mariée ; (car un médecin se trouve aux prises dans sa carrière avec les circonstances les plus variées.) Rencontrant une jeune et jolie femme, je lui dis : Ecoutez, je puis vous faire gagner beaucoup d’argent si vous êtes vierge. Elle me répondit : je le suis, en effet, Monsieur, que désirez-vous de moi ? Alors bonsoir, m’écriai-je, car je ne cherche pas une vierge, mais au contraire, une femme qui ait connu un homme. À ces mots, elle rougit, et dit : je vous ai menti, Seigneur, car en vérité, j’ai connu un jeune homme, procurez-moi, je vous en prie, cette place avantageuse dont vous me parliez. Et je le fis. Et toute l’assemblée riait de cette histoire. Comme il recevait beaucoup de lettres, souvent les lisant en silence, il s’écriait . Qu’apprends-je : le Seigneur frappe mes ennemis, et il soutient, il élève mes amis. Et il annonçait la chose au plus vite à sa femme, qui, les cheveux dénoués et flottants sur le cou, s’élançait dans la maison et la remplissait de sa voix joyeuse. Son coeur en effet était vif comme une flamme, les paroles jaillissaient à flots de sa bouche, et sa beauté dans sa jeunesse, effaçait celle de toutes les autres femmes.

Et voilà les choses qui tout d’abord nous ont paru dignes d’êtres rapportées sur Cagliostro. Celui qui les écrivit, n’a jamais parlé avec lui. Il a écrit ce qu’on lui a dit, sans haine, ni amour, ne retranchant rien, n’ajoutant rien, mais s’efforçant seulement de conserver à l’histoire tout ce qui se disait dans sa ville, sur cet homme célèbre, laissant aux autres le soin de juger. Quelqu’un a reproché au jeune auteur ceci : Ne profanez- vous pas l’Évangile en écrivant ainsi ? Mais le jeune homme répondit : Nullement, car je n’abuse pas de ce qu’on a dit de Dieu, de son Fils notre Seigneur, je ne cite pas des versets, des écritures, je ne défigure pas les textes de vérité du dogme, pour lesquels je suis prêt à me dévouer, mais je me sers du langage courant, et je reste moi-même.

Tout mode de discours où l’on se sert de mots usuels est général, qu’il s’agisse de choses profanes ou sacrées ; la différence gît dans le sujet. C’est ainsi qu’avec les mêmes pierres on peut construire une maison ou un temple, et du même or faire un gobelet et un calice. Est-ce que les évangélistes eux-mêmes n’écrivent pas de la même manière de Dieu, de Simon le Mage, et de Théodat. Que me reprochez-vous donc ? Son critique lui répondit : Mais pourquoi avez-vous choisi plutôt ce genre de narration ? Le jeune homme répondit : Parce qu’aucun genre n’est plus propre à exposer brièvement et expressément chaque fait et parce qu’il convenait à ce que l’on pensait du personnage : car beaucoup de gens disent : « ’ C’est l’âne revêtu de la peau du lion ». Mais pour que vous sachiez que ce genre de style n’est pas spécial aux évangiles, voyez la traduction d’Ésope en latin, et aussi ce que Planude le Byzantin a écrit sur Ésope, et Planude fut prêtre et de l’église des saints [34] Sur cela, l’autre se retira en disant Combien il est en effet difficile de juger selon la vérité.

XVI. – Or, Cagliostro traversa le Pô et vint voir les chefs de ces provinces, et lorsqu’il eut donné des consultations à beaucoup de gens sur leurs maux (on se réunissait là en effet pour ne pas violer l’interdiction de l’Empereur, il leur dit adieu, et revenant dans la ville, il réunit rapidement ses bagages et deux jours après partit pour Trente avec son épouse, le onze des calendes de Novembre selon le calendrier romain [35].

Quarante-sept jours après son arrivée : c’était un jeudi vers 9 heures. Et comme il montait en voiture, on vit accourir à lui un homme ; c’était ce domestique qu’il avait renvoyé. Il venait lui souhaiter bon voyage, mais Cagliostro étendit la main et le renvoya en disant : Retire-toi de ma présence, toi le plus mauvais des domestiques. Et se retournant vers ceux qui se trouvaient là par hasard, il leur parla ainsi de lui : Dites aux citoyens de Rovoredo, qu’ils pardonnent à leur serviteur, s’il n’a pas pu leur donner toute satisfaction. En vérité, tout son bon vouloir leur fut acquis, et son coeur a été sans astuce devant eux. Et il parlait encore lorsque la trompette sonna et les chevaux s’enlevèrent et la voiture disparut à leurs yeux. Cagliostro avait une physionomie très agréable, il était de taille moyenne, la tête forte et très gras. Et bien qu’il fut gros, il marchait avec agilité, voltigeant de-ci de-là dans une chambre sans vouloir demeurer en place. Son teint était frais, ses cheveux noirs, les yeux profonds et brillants de vie. Lorsqu’il parlait d’une voix sympathique, avec des gestes très expressifs, les yeux levés au ciel, il était semblable aux inspirés, ivres de l’esprit d’en haut. Ses vêtements étaient propres, sans luxe, et sa conversation de tout agrément. Et après qu’il fut parti, un poète publia sur lui une pièce en le décrivant initiant des francs-maçons à ses doctrines, selon l’opinion du peuple.

Le bruit se répandit qu’il était reçu avec les plus grands honneurs à Trente. Mais les gens sensés et les hommes loyaux qui étaient à Rovoredo, causant entre eux de ce qui s’était passé, et réfléchissant, arrivaient enfin à cette conclusion : Il y a grande matière à douter : tout cela est très contradictoire ; cet homme est une vraie énigme et l’on ne peut porter de jugement sur lui jusqu’à ce que la fin de sa vie ait révélé ce qu’il était.

L’Evangile de Cagliostro. Fin – 11 Novembre 1787

Notes :

1 René Hélot. Un contrat entre Mesmer et Rouelle. Rouen in 8°. 1904

2 Encore devons-nous faire toutes réserves à ce sujet, car le magnétisme de Mesmer, comme l’hypnotisme de nos jours, sont des termes vagues englobant une foule de faits disparates et n’ayant, à vrai dire, aucun sens précis

3 Vous qui m’avez connue si jalouse de ma réputation et de ma supériorité, qui savez que je me prive du moindre superflu pour le donner aux pauvres, qui voyez que le métier que je fais ne me rapporte que honte et mépris… ne comprenez-vous donc pas que la tâche que j’accomplis m’a été imposée par une puissance superieure ? « Dites-moi franchement si vous trouvez que mon esprit a faibli et que j’ai perdu la raison. » Souvenirs du Baron de Gleichen. 1vol, in-16. Paris, 1868, Page 175.

4 “Je n’ai jamais mêlé le diable dans mes travaux et je n’ai jamais usé de choses qui tiennent à la superstition”. Procès de J. Balsamo, P. 1791, in-8&degree;, pages 189 et 192.

5 “Aimez et adorez l’Éternel de tout votre coeur, chérissez et servez votre prochain en lui faisant tout le bien dont vous êtes capable, consultez votre conscience dans toutes vos actions.” Patente de la Sagesse Triomphante et Interrogatoire, in Vie de J-B. pages 173 et 209.

6 Les revues scientifiques de nos jours sont remplies de communications sur les transformations de l’uranium en radium, de l’émanation radiante en hélium et de l’hélium en plomb ; la transmutation est chose maintenant admise et prouvée, même pour d’autres séries que celle de l’uranium, Quel hommage aux vieux alchimistes !

7 C’est le jugement que porte sur lui St. Simon dans ses Mémoires.

8 « Le Maître inconnu Cagliostro » – Étude historique et critique sur la haute magie – Livre le plus important qui soit sur Cagliostro et, qui sera effectivement réédité plusieurs fois jusqu’à nos jours Chez Dervy Livres en 1995

9 Le 24. septembre 1787. joseph II devint souverain héréditaire d’Autriche en 1770 par la mort de sa mère.

10 Si Cagliostro a laissé des oeuvres écrites, elles sont dans les archives du Vatican, où elles ont été brûlées lors de l’autodafé qui fut fait de ces papiers. je crois qu’il faut comprendre ces mots ainsi : mes actes, les résultats de ma vie, feront comprendre qui j’étais.

11 « Et Ego vincam universum ; » le sens exact de la parole de Cagliostro traduite ainsi par l’auteur devait être : « Car moi j’ai l’univers sous mes ordres ; tout m’appartient ».

12 Comme la naissance et la mort sont les deux termes de la vie, la concentration et la diffusion sont les deux actions extrêmes de la force vitale ; c’est le Solve et Coagula des alchimistes.

13 Ce nom de globe volant était celui sous lequel on désignait alors les ballons et spécialement les montgolfières. Voyez les brochures de l’époque sur les expériences faites au Champ de mars le 27 août 1783 par Charles et Robert.

14 Provençal, piémontais, ou langue franque de l’orient

15 L’Adige, appelé maintenant le Pô.

16 Villafranca.

18 journalistes

19 Ancilla est écrit avec une majuscule dans le texte ; néanmoins nous ne considérons pas ce mot comme un nom propre, les fautes typographiques n’étant pas rares dans cet ouvrage

20 C’est le portrait gravé par Guérin en 1781 et que nous reproduisons en tête de ce volume.

21 Sic.

22 Les mystères de Cybèle se célébraient sur le mont Dindyme en Phrygie.

23 Fête de la liberté.

24 Une campagne active était menée contre les symboles maçonniques et contre Cagliostro en particulier en Italie elle s’est terminée à Rome par son arrestation.

25 Revue ou journal.

26 Agurtès (grec) charlatan, prêtre mendiant de Cybèle

27 St. Pétersbourg.

28 Elymas ou Bar Jesu, magicien juif, adversaire de St Paul à Paphos. (Acte des Apôtres, XIII. 8) Mambrés, (ou plus exactement Tambrés) nom cité par le paraphaste Ben Ouziel et aussi par Pline (Hist. naturelle T. XXX. ch.I) comme étant celui d’un des deux magiciens égyptiens qui lutta avec Aharone. (Exode, VII.12)

29 Le texte ici est amphibologique : on peut traduire aussi : Cagliostro disait… etc.

30 À cette époque, syphilis et blennorragie étaient confondues et l’on peut remarquer là qu’il y a une méthode connue du traitement de la blennorragie chronique

31 La question était absurde : la réponse de Cagliostro était bien adaptée à la question, selon la règle de Beaumarchais

32 Les serviteurs de Cagliostro n’étaient pas seulement dans sa maison, il en mit au-dehors

33 Acetum peut signifier tout acide, tout mordant, surtout dans la bouche d’un homme qui parlait souvent alchimie.

34 Planude, dit le grand Planude (XIVè siècle) moine grec vivant à Constantinople, a écrit en effet une Vie d’Ésope (Leipzig 1747 in-4°.) et des fables d’Ésope plusieurs fois rééditées depuis l’édition princeps de ses oeuvres (Florence 1494 in-4°).