Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 18 septembre 2019

L’Étoile Flamboyante ou La Société des Francs-Maçons Considérée sous tous ses aspects. 

Texte attribué au Baron de Tshoudy

Elyphas Levy en fait grand cas et dit : Le Catéchisme hermétique, contenu dans cet ouvrage et que nous indiquons aux sages cabalistes, contient tous les principes véritables du Grand Œuvre d’une manière si claire et si satisfaisante qu’il faut manquer absolument d’intelligence spéciale de l’occultisme pour ne pas arriver à la vérité en le lisant.

Contient entre autres, « les statuts de la société des Philosophes Inconnus » et la fameuse ode italienne, avec sa traduction française, intitulée : « Aux vrais Philosophes discours théorique sur la composition de la Pierre Philosophale par Fra. Marc-Antoine Crassellame, Chinois » que l’on retrouve dans le rarissime traité La Lumière sortant par soi-même des Ténèbres.

L’Étoile Flamboyante

Extrait du Catéchisme ou instruction pour le grade d’Adepte ou apprenti Philosophe sublime & inconnu.

D. Quelle est la première étude d’un Philosophe ?

R. C’est la recherche des opérations de la nature.

D. Quel est le terme de la nature ?

R. Dieu, comme il en est le principe.

D. D’où proviennent toutes les choses ?

R. De la seule & unique nature.

D. En combien de régions la nature est-elle divisée ?

R. En quatre principales.

D. Quelles sont-elles ?

R. Le sec, l’humide, le chaud, le froid, qui sont les quatre qualités élémentaires, d’où toutes choses dérivent.

D. En quoi se change la nature ?

R. En mâle & femelle.

D. À quoi est-elle comparée ?

R. Au mercure.

D. Quelle idée me donnerez vous de la nature ?

R. Elle n’est point visible, quoiqu’elle agisse visiblement, car ce n’est qu’un esprit volatil, qui fait son office dans les corps, & qui est animé par l’esprit universel, que nous connoissons en maçonnerie vulgaire, sous le respectable emblème de l’Étoile flamboyante.

D. Que représente-t-elle positivement ?

R. Le souffle divin, le feu central & universel, qui vivifie tout ce qui existe.

D. Quelles qualités doivent avoir les scrutateurs de la nature ?

R. Ils doivent être tels que la nature elle-même, c’est à dire, vrais, simples, patients & constants ; ce sont les caractères essentiels, qui distinguent les bons Maçons, & lorsque l’on inspire déjà ces sentiments aux candidats dans les premières initiations, on les prépare d’avance à l’acquit des qualités nécessaires pour la classe philosophique.

D. Quelle attention doivent-ils avoir ensuite ?

R. Les Philosophes doivent considérer exactement si ce qu’ils proposent est selon la nature, s’il est possible & faisable ; car s’ils veulent faire faire quelque chose comme la nature, ils doivent la suivre en tout point.

D. Quelle route faudroit il tenir pour opérer quelque chose de plus excellent que la nature ne l’a fait ?

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R. On doit regarder en quoi & par quoi elle s’améliore ; & on trouvera que c’est toujours avec son semblable : par exemple, si l’on veut étendre la vertu intrinsèque de quelque métal plus outre que la nature, il faut alors saisir la nature métallique elle-même, & savoir distinguer le mâle & la femelle en ladite nature.

D. Où contient-elle ses semences ?

R. Dans les quatre éléments.

D. Avec quoi le Philosophe peut-il produire quelque chose ?

R. Avec le germe de ladite chose, qui en est l’élixir, ou la quintessence beaucoup meilleure, & plus utile à l’artifice que la nature même ; ainsi d’abord que le Philosophe aura obtenu cette semence ou ce germe, la nature pour le seconder sera prête à faire son devoir .

D. Qu’est-ce que le germe ou la semence de chaque chose ?

R. C’est la plus accomplie & la plus parfaite décoction & digestion de la chose même, ou plutôt c’est le baume du soufre, qui est la même chose que l’humide radical dans les métaux.

D. Qui engendre cette semence ou ce germe ?

R. Les quatre éléments, par la volonté de l’Être suprême, & l’imagination de la nature.

D. Comment opèrent les quatre éléments ?

R. Par un mouvement infatigable, & continu , chacun d’eux selon sa qualité, jetant leur semence au centre de la Terre, ou elle est recuite & digérée, ensuite repoussée au dehors par les lois du mouvement .

D. Qu’entendent les Philosophes par le centre de la Terre ?

R. Un certain lieu vide qu’ils conçoivent, & où rien ne peut reposer .

D. Où les quatre éléments jettent-ils & reposent-ils donc leurs qualités ou semences ?

R. Dans l’ex-centre, ou la marge & circonférence du centre, qui ,après qu’il en a pris une due portion, rejette le surplus au dehors, d’où se forment les excréments, les scories, les feux & même les pierres de la nature, de cette pierre brute, emblème du premier état maçonnique.

D. Expliquez-moi cette doctrine par un exemple ?

R. Soit donnée une table bien unie, & sur icelle, en son milieu, dûment assis & posé un vase quelconque, rempli d’eau ; que dans son contour on place ensuite plusieurs choses de diverses couleurs, entr’autres qu’il y ait particulièrement du sel, en observant que chacune de ces choses soit bien divisée & mise séparément, puis après que l’on verse l’eau au milieu, on la verre couler de ça et de là : ce petit ruisseau venant à rencontrer la couleur rouge, prendra la teinte rouge ; l’autre passant par le sel, contractera de la salaison ; car il est certain que l’eau ne change point de lieux, mais la diversité des lieux change la nature de l’eau ; de même la semence jetée par les quatre éléments au centre de la Terre, contracte différentes modifications ; parce qu’elle passe par différents lieux, rameaux, canaux ,ou conduits ; en sorte que chaque chose naît selon la diversité des lieux & la semence de la chose parvenant à tel endroit, on rencontreroit la terre & l’eau pure, il en résultera une chose pure, ainsi du contraire.

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D. Comment & en quelle façon les éléments engendrent-ils cette semence ?

R. Pour bien comprendre cette doctrine, il faut noter que deux éléments sont graves et pesants, & les deux autres légers, deux secs & deux humides, toutefois l’un extrêmement sec l’autre extrêmement humide, & en outre sont masculin & féminin : or, chacun d’eux est très prompt à produire choses semblables à soi en sa sphère : ces quatre éléments ne reposent jamais, mais ils agissent continuellement l’un & l’autre, & chacun pousse de soi & par soi ce qu’il a de plus subtil ; ils ont leur rendez-vous général au centre, & dans ce centre même de l’Archée, ce serviteur de la nature, ou venant à y mêler leurs semences, ils les agitent & les jettent ensuite au-dehors. On pourra voir ce procédé de la nature, & le connoitre beaucoup plus distinctement dans les grades sublimes qui suivent celui-ci.

D. Quelle est la vraie & première matière des métaux ?

R. La première matière proprement dite est de double essence, ou double par elle-même ; néanmoins, l’une sans le concours de l’autre ne crée point un métal ; la première & la principale est une humidité de l’air, mêlée avec un air chaud, en forme d’une eau grasse, adhérente à chaque chose , pour pure ou impure qu’elle soit.

D. Comment les philosophes ont-ils nomme cette humidité ? R. Mercure.

D. Par qui est-il gouverné ?

R. Par les rayons du Soleil & de la Lune.

D. Quelle est la seconde matière ?

R. C’est la chaleur de la terre, c’est à dire, une chaleur sèche que les Philosophes appellent soufre.

D. Tout le corps de la matière se convertit-il en semence ?

R. Non, mais seulement la huit centième partie qui repose au centre du même corps, ainsi que l’on peut voir dans l’exemple d’un grain de froment.

D. De quoi sert le corps de la matière relativement à la semence ?

R. Pour la préserver de toute excessive chaleur, froideur, humidité et sécheresse, & généralement toute intempérie nuisible, contre lesquelles la matière lui sert d’enveloppe .

D. L’artiste qui pretendoit réduire tout corps de la matière en semence, en supposant qu’il put y réussir, y trouveroit il en effet quelqu’avantage ?

R. Aucun, au contraire son travail alors deviendroit absolument inutile, parce que l’on ne peut rien faire de bien, sitôt que l’on s’écarte du procédé de la nature.

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D. Que faut-il donc qu’il fasse ?

R. Il faut qu’il dégage la matière de toutes ses impuretés : car il n’y a point de métal, si pur qu’il soit, qu’il n’ait ses impuretés, l’un toutefois plus ou moins que l’autre.

D. Comment figurons-nous dans la maçonnerie la nécessité absolue & préparatoire de cette dépuration ou purification ?

R. Lors de la première initiation du candidat au grade d’apprenti, quand on le dépouille de tous métaux & minéraux, & que d’une façon décente on lui ote une partie de ses vêtements, ce qui est analogue aux superfluités, surfaces ou scories, dont il faut dépouiller la matière pour trouver la semence .

D. À quoi le Philosophe doit-il faire le plus d’attention ?

R. Au pont de nature, & ce point il ne doit pas le chercher dans les métaux vulgaires, parce qu’étant déjà sortis des mains de la formatrice, il n’est plus en eux .

D. Quelle en est la raison précise ?

R. C’est parce que les métaux du vulgaire, principalement l’or, sont absolument morts, au lieu que les nôtres au contraire sont absolument vifs, & ont esprit.

D. Quelle est la vie des métaux ? R. Elle n’est autre chose que le feu lorsqu’ils sont encore couchés dans leur mine.

D. Quelle est leur mort ? R. Leur mort & leur vie sont un même principe, puisqu’ils meurent également par le feu, mais un feu de fusion.

D. De quelle façon les métaux sont-ils engendrés dans les entrailles de la Terre ?

R. Après que les quatre éléments ont produit leur force ou leur vertu dans le centre de la Terre, & qu’ils y ont déposé leur semence ; l’archée de la nature, en les distillant, les sublime à la superficie par la chaleur & l’action d’un mouvement perpétuel.

D. Le vent, en se distillant par les pores de la terre, en quoi se résout-il ?

R. Il se résout en eau de laquelle naissent toutes choses, & ce n’est plus alors qu’une vapeur humide, de laquelle vapeur se forme ensuite le principe principié de chaque chose, & qui sert de première matière aux Philosophes.

D. Quel est donc ce principe principié servant de première matière aux enfants de la science dans l’oeuvre philosophique ?

R. Ce sera cette même matière, laquelle aussitôt qu’elle est conçue, ne peut absolument plus changer de forme.

L’Étoile Flamboyante in Catéchisme ou instruction pour le grade d’Adepte ou apprenti Philosophe sublime & inconnu, ouvrage attribué au Baron de Tshoudy, Conseiller au Parlement de Metz, A l’Orient chez le Silence (1770).

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