Ce dossier a pour but dâexplorer lâutilisation des carrĂ©s magiques dans la talismanie de CornĂ©lius Agrippa, ainsi que lâĂ©laboration des sceaux planĂ©taires et des signatures angĂ©liques qui en dĂ©coule.
Nous examinerons lâorigine de ces carrĂ©s, leur association avec les planĂštes dans le cadre de la magie naturelle et le rĂŽle inĂ©dit que leur fait jouer Agrippa, avec le succĂšs et la postĂ©ritĂ© que lâon sait.
Ce travail sera Ă©galement lâoccasion de corriger des erreurs sâĂ©tant glissĂ©es dans les traductions françaises et anglaises du De Occulta Philosophia, ainsi que certaines inexactitudes prĂ©sentes dans le manuscrit original.
Spartakus FreeMann, septembre 2009 e.v.
Extrait :
De Occulta Philosophia : une réforme de la magie à la Renaissance
Lâintention dâAgrippa en rĂ©digeant le De Occulta Philosophia Ă©tait de libĂ©rer la philosophie occulte de sa gangue idolĂątre, naĂŻve, superstitieuse et fantasque, afin de rendre, selon ses termes : « la perfection absolue Ă la plus noble des philosophies ». Son opinion Ă©tait que la magie avait sombrĂ© dans un chaos de sortilĂšges, de formules absconses incomprĂ©hensibles par ceux qui les utilisent, de cĂ©rĂ©monies loufoques et grandiloquentes. Il dĂ©cida donc de reconstruire lâĂ©difice en un ensemble cohĂ©rent de connaissances conçu comme une renaissance de la sagesse des anciens – sagesse aussi bien paĂŻenne que juive ou chrĂ©tienne.
La quĂȘte dâAgrippa va le mener sur les sentiers de la prisca theologia (lâancienne thĂ©ologie), des nĂ©oplatoniciens de la Renaissance oĂč il entrera en contact avec les Ă©crits attribuĂ©s Ă HermĂšs TrismĂ©giste, les textes de Zoroastre, les Oracles chaldaĂŻques des anciens Babyloniens, les Hymnes orphiques des pythagoriciensâŠ
Le De Occulta Philosophia suit la division tripartite de lâunivers, ainsi que le prĂ©cise Agrippa au dĂ©but de lâouvrage. On distingue ainsi trois parties : Ă©lĂ©mentaire (matĂ©rielle), cĂ©leste (astrologique et mathĂ©matique) et intellectuelle (les intelligences et les dĂ©mons). Les trois niveaux subcitĂ©s sont intimement liĂ©s les uns aux autres ; au travers de ces trois ordres, le CrĂ©ateur exerce son pouvoir et son influence qui va des puissances angĂ©liques spirituelles supĂ©rieures, Ă lâĂ©tage le plus proche de Dieu, vers les ĂȘtres animĂ©s et inanimĂ©s terrestres, au travers des corps cĂ©lestes. Ces trois niveaux ne reprĂ©sentent pas un simple ordonnancement, mais doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s un ensemble vivant, un grand ĂȘtre vivant dont chaque partie est dĂ©pendante des autres dans une influence rĂ©ciproque universelle.

Tout comme lâunivers, la magie sera rĂ©partie en trois classes : la magie naturelle qui dĂ©pend des forces Ă©lĂ©mentaires ou naturelles ; la magie cĂ©leste ou astrale qui repose sur lâinfluence des astres ; et la magie spirituelle, dĂ©monique ou cĂ©rĂ©monielle qui dĂ©pend de lâaide apportĂ©e par les ĂȘtres nommĂ©s anges, dĂ©mons ou intelligences.
Le Second Livre, dont nous allons traiter dans ce dossier, porte sur la magie mathĂ©matique ; il sâouvre par un argumentaire sur la nĂ©cessitĂ© des mathĂ©matiques (chapitre 1) et se poursuit par une discussion sur les nombres. Chaque nombre de un Ă douze reçoit une explication particuliĂšre accompagnĂ©e de schĂ©mas et de tables (chapitres 4 Ă 14). Un chapitre entier est ensuite dĂ©diĂ© aux nombres supĂ©rieurs Ă douze. Les chapitres 16 Ă 21 dĂ©crivent les diffĂ©rentes façons dâĂ©crire les nombres Ă partir des lettres de lâalphabet. Le chapitre 22 brosse un large tableau des sceaux planĂ©taires dont Agrippa dĂ©rive les signatures des ĂȘtres angĂ©liques et dĂ©moniaques. Agrippa livre pour chaque carrĂ© un caractĂšre planĂ©taire abstrait et deux ou trois signaculum (sceaux) relatifs Ă divers ĂȘtres spirituels attachĂ©s Ă cette planĂšte.
La magie dâAgrippa prĂ©suppose que la relation entre les symboles (les lettres, mots, nombres, etc.) et les objets du monde quâils reprĂ©sentent ne sâappuie pas sur une convention, mais existe de toute Ă©ternitĂ© dans lâordre de lâunivers. Le pouvoir magique des mots et des lettres est par ailleurs plus grand sâil est issu dâune langue ancienne comme lâhĂ©breu ou le grec, nous dit Agrippa.
Puisque dans de nombreuses langues, les lettres servent Ă©galement Ă dĂ©signer les nombres (comme en hĂ©breu), le mage peut dĂ©river des textes sacrĂ©s leur puissance magique endormie. Le Second Livre se voue presque entiĂšrement Ă expliquer les rouages dâune telle utilisation grĂące Ă des tables de nombres, des carrĂ©s magiques, etc. Par lâĂ©tude des nombres et des lettres, le mage apprendra Ă extraire et Ă utiliser le pouvoir magique des noms.
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Plus sur le sujet :
Les CarrĂ©s Magiques dans la Talismanie d’Agrippa. Spartakus FreeMann 2009.