Cantique des cantiques chapitre 1, versets 5 par Spartakus FreeMann.
[Je suis noire mais belleâŠ
Ś Ś©Ö°ŚŚŚÖčŚšÖžŚ ŚÖČŚ ÖŽŚ ŚÖ°Ś ÖžŚŚÖžŚ, ŚÖ°ÖŒŚ ŚÖčŚȘ ŚÖ°ŚšŚÖŒŚ©ÖžŚŚÖŽÖžŚ ; ŚÖ°ÖŒŚÖžŚÖłŚÖ”Ś Ś§Ö”ŚÖžŚš, ŚÖŽÖŒŚŚšÖŽŚŚąŚÖčŚȘ Ś©Ö°ŚŚÖčŚÖčŚ.
Je suis noire, mais je suis agréable, filles de Jérusalem ! comme les tentes de Kédar, comme les tentures de Salomon.]
Tout dâabord, tĂąchons de relire Ă partir de lâhĂ©breu afin de proposer notre propre traduction.
Ś©Ö°ŚŚŚÖčŚšÖžŚ : cheâhorah â noire, adjectif provenant de la racine Ś©ŚŚš, ĂȘtre noir. Mais la mĂȘme racine peut Ă©galement signifier « chercher ». La GuĂ©matria de Ś©ŚŚš est de 508, qui est la mĂȘme valeur que « âhekh », « attends » ou « âhakhe », « palais de la bouche ». Ne lisons pas cheâhorah mais lisons shaâh raveh : Ś©Ś, « pensĂ©e », ŚšŚŚ, « abreuvĂ©e ».
ŚÖČŚ ÖŽŚ : ani â je, moi⊠Mais Ani peut se lire « aĂŻn » ŚŚŚ, rien. Ani est 1.50.10 = 61.
ŚÖ°Ś ÖžŚŚÖžŚ : venawa, – et dĂ©sirable de la racine Ś ŚŚŚ, belle, dĂ©sirable, convenable. Nawa mot peut signifier Ă©galement « pĂąturage ». La GuĂ©matria de ce mot est 68 qui la numĂ©ration de « kawlawl », « profanĂ© »
ŚÖ°ÖŒŚ ŚÖčŚȘ : benot â filles, pluriel de ŚŚȘ. Câest encore lâĂ©tat construit de qal de ŚŚ Ś, construire, restaurer ou mĂ©taphoriquement construire une famille ou une maison, donc on pourrait traduire par « Fondation ». Ce mot a une valeur de 458 qui est identique Ă kawthan, ŚŚȘŚ, « belle-fille ».
ŚÖ°ŚšŚÖŒŚ©ÖžŚŚÖŽÖžŚ : JĂ©rusalem.
ŚÖ°ÖŒŚÖžŚÖłŚÖ”Ś : kĂ©âoholĂ© â comme les tentes. Ś, ki, comme, ŚŚŚŚ, pluriel construit de ŚŚŚ ŚŚŚŚŚ, tente ou le sanctuaire de Ălohim ! Et remarquons aussi dans le mot ŚŚŚŚŚ la prĂ©sence de ŚŚŚŚŚ Ălohim. Remarquons encore dans ŚŚŚŚ lâinterpĂ©nĂ©tration du Nom divin Yah – ŚŚ – et du Nom divin El – ŚŚ â Et nous traduirions alors « comme Dieu ». La GuĂ©matria de ce mot : 1+5+30+10=46, 10, 1, lâUnitĂ© de la DivinitĂ©. 46 est la numĂ©ration dâun nom de Dieu : ŚŚŚŚ. Une autre traduction peut ĂȘtre « brillance ».
ڧ֔ŚÖžŚš : QĂ©dar. Qui peut signifier aussi « assombrir » ou « sombre ».
ŚÖŽÖŒŚŚšÖŽŚŚąŚÖčŚȘ : ki, Ś, comme. ŚŚšŚŚąŚŚȘ â yryâoth, pluriel de tenture par extension, ce mot, yryâoth, peut signifier « surplis » ou « plis ».
Ś©Ö°ŚŚÖčŚÖčŚ : Salomon mais aussi salmah qui signifie « Manteau » ou « vĂȘtement ».
Je traduis donc personnellement ce verset par :
« Moi, noire et belle fondation de JĂ©rusalem, comme mon tabernacle dâĂlohim, sombre comme les replis du VĂȘtement ».
Ou bien encore par :
« Moi, noire et belle fondation de JĂ©rusalem, je suis, telle ma brillance sombre, pareille aux replis du VĂȘtement ».
Ces traductions hĂ©rĂ©tiques nâenlĂšvent en rien le respect avec lequel la lecture Ă©clatĂ©e du texte fut opĂ©rĂ©e. Il sâagit juste dâessayer de lire au-delĂ des mots et de trouver son propre chemin dans la forĂȘt de schĂšmes quâoffre lâalphabet hĂ©braĂŻque. Les objections et critiques sont toujours les bienvenues.
Le lecteur peut se rĂ©fĂ©rer aux commentaires zohariques pour ce qui tient du « noire et belle ». Le passage « fondation de JĂ©rusalem » est expliquĂ© par la qualitĂ© de la Shekhinah qui sâexprime : Dieu est avec le peuple dâIsraĂ«l et en JĂ©rusalem lorsque la Shekhinah est ici-bas et câest pourquoi elle dit, avec IsraĂ«l, de JĂ©rusalem quâelle est « comme mon tabernacle dâĂlohim». IsraĂ«l qui avait proclamĂ© durant la fuite dâĂgypte : « Il est mon Dieu et je lui prĂ©parerai une habitation » (Exode 15), la Shekhinah repose avec Dieu et sâunit Ă Lui au sein du Tabernacle.
Le Targum nous dit : « Et quand ils firent les rideaux pour le Tabernacle (et) la Shekhinah du Seigneur habita parmi eux », ce Ă quoi la Shekhinah rĂ©pond « sombre comme les replis du vĂȘtement », le vĂȘtement est le rideau du Tabernacle, car la Shekhinah est un voile entre Dieu et les hommes. Sa couleur est le noir, la couleur du secret et des choses cachĂ©es ici-basâŠ
Dans notre traduction personnelle, nous disions donc :
« Moi, noire et belle fondation de JĂ©rusalem, je suis, telle ma brillance sombre, pareille aux replis du VĂȘtement ».
Il est intĂ©ressant de regarder de plus prĂšs le lien entre le Feu et la TĂ©nĂšbreâŠ
TĂ©nĂšbre en hĂ©breu se dit choshekh, ŚŚ©Ś, qui est la racine de sheâorah, noire. La tradition nous dit que ce mot dĂ©signe le feu sacrĂ© qui nâest obscurci quâau temps de la crĂ©ation. La TĂ©nĂšbre dont il est question ici nâest donc pas celle du CĂŽtĂ© du Mal, mais la TĂ©nĂšbre issue de lâAĂŻn donc le Ani de ce verset nous fait le rappel. La Shekhinah est la noir tĂ©nĂšbre lumineuse car elle est le Tabernacle de Dieu enfermant ses MystĂšres. LâobscuritĂ© dont parle GenĂšse 1, 2 : « Et lâobscuritĂ© a la force de lâabĂźme (thĂ©houm) » qui est le lieu secret oĂč lâobscuritĂ© y est identique Ă AĂŻn Soph Aur. Le lieu est MaqĂŽm, ŚŚŚ§ŚŚ, dont la numĂ©ration est 186. Et nâest-il pas dit par la tradition « lâamour est cachĂ© dans lâabĂźme obscur dâen haut et Malkhut est la MĂšre obscure dâen bas », or, Malkhut nâest-elle pas la MĂšre obscure Aima, ŚŚŚ, qui est la rĂ©sidence de Dieu, la Shekhinah.
Le lien entre la Shekhinah et la PrĂ©sence de Dieu est encore rĂ©vĂ©lĂ© par le Cantique lorsque celui-ci la compare Ă lâaurore, schachar, Ś©ŚŚš.
Le mot hébreu pour Tabernacle est « Mishkan » qui a une valeur numérique de 410 tout comme le Nom central du Shema Israël.
Le Tabernacle est ainsi reliĂ© Ă la priĂšre qui permet de sâĂ©lever au sein des Palais (Hekhaloth) lors de la priĂšre Barechu du matin.
En outre, le mot pour « alvĂ©ole » – se rĂ©fĂ©rant aux alvĂ©oles du Tabernacle – est « aden » dont le pluriel est « adnei » qui sâĂ©crit exactement comme AdonaĂŻ, câest pourquoi le Ari nous dit : « Sache que les 100 alvĂ©oles du Tabernacle sont les manifestations de la Sephira Malkhut, qui est synonyme du Nom divin dâAdonaĂŻ ».
Le Nom AdonaĂŻ, ŚŚŚ Ś, a, en fait, une valeur de 65, mais en milloui de milloui, sa valeur est de 100. Le nombre dâencoches dans le Tabernacle.
Voilà qui peut donner un peu plus de lumiÚre au Tabernacle associé à la Shekhinah.
Plus sur le sujet :
Cantique des cantiques chapitre 1, versets 5, Spartakus FreeMann, Nadir de Libertalia, mars 2007 e.v.
Annexes
Le Targum du Cantique des Cantiques
I,5 Je suis noire mais je suis belle, filles de Jérusalem, comme les tentes de Kédar, comme les rideaux de Salomon.
Quand le peuple de la maison dâIsraĂ«l fit le veau dâor, leur visage sâobscurcit comme celui des fils de Kush qui habitent dans les tentes de KĂ©dar. (Et) Quand ils eurent fait pĂ©nitence et que leur pĂ©chĂ© fut pardonnĂ©, la splendeur de la gloire de leur visage augmenta au point de devenir comme celui des anges. Et quand ils firent les rideaux pour le Tabernacle (et) la Shekhinah du Seigneur habita parmi eux. Et MoĂŻse leur maĂźtre monta au firmament et mit la paix entre eux et leur roi.
Dans le Midrash du Cantique des Cantiques nous lisons : « Je suis noire mais belle. Ainsi sâexprime la maison dâIsraĂ«l : je suis, Ă ma connaissance, noire, cependant mon Dieu me considĂšre comme belle. Je suis vraiment noire par mes actes, mais je suis belle si les actes de mes Patriarches me sont comptĂ©s. Et en Ăgypte jâĂ©tais noire mais belle. La mĂȘme chose peut ĂȘtre dite concernant ma position Ă la Mer Rouge ; lĂ aussi jâĂ©tais Ă la fois noire et belle. Noire, comme le dit le Psalmiste : « Nos pĂšres ne comprenaient pas tes merveilles en Ăgypte, ils ne se souvenaient pas de la multitude de tes misĂ©ricordes, mĂȘme Ă la Mer Rouge » (Psaumes 106). Mais jâĂ©tais belle Ă la Mer Rouge lorsque jâai dit « Il est mon Dieu et je lui prĂ©parerai une habitation » (Exode 15). Les rois dâIsraĂ«l me rendirent noire, mais les rois de Juda me firent belle. Et bien que je sois un mĂ©lange de noirceur et de beautĂ© au travers des Ă©vĂ©nements ici narrĂ©s, je suis parfaitement belle pour mes prophĂštes ».
Zohar et divers
Et Elle sâĂ©crie « Je suis Noire » du cĂŽtĂ© du PrĂ©puce, « et belle » du cĂŽtĂ© de ce fil de grĂące cĂ©lestielle qui sâĂ©panche sur Moi. 1:5 Ezra de GĂ©rone : « Je suis noire ». Paroles de la PrĂ©sence qui est descendue en Ăgypte avec le patriarche Jacob (Gen. XLVI:4) : Câest moi qui descendrai avec toi en Ăgypte et qui a partagĂ© lâexil dâIsraĂ«l. Nos Sages lâenseignent (Megilla 29a) : « Lorsquâils sâexilĂšrent en Ăgypte la PrĂ©sence Ă©tait avec eux comme il est Ă©crit (I Sam II:27) : ne me suis-je point exilĂ© avec la famille de tes ancĂȘtres lorsquâils se trouvaient en Ăgypte ? »
Câest ainsi que « Je suis noire et belle » (Cant. 1 :5), « je suis noire » du cĂŽtĂ© de lâen bas, « et belle » je le suis du cĂŽtĂ© du concentrĂ© de lâen haut « Je suis noire » lorsque je vois tant de pĂ©cheurs qui irritent le Seigneur de toute chose et que je les nourris par le cĂŽtĂ© de ce concentrĂ© dâen bas qui est en moi, [mais je suis] « belle » du cĂŽtĂ© de lâen haut « Filles de JĂ©rusalem » : bien que JĂ©rusalem et le Temple soient un, le Temple est dotĂ© de plus de saintetĂ©s, de plus de noblesses. Le Temple est une chose et JĂ©rusalem est une chose, la maison du Saint des Saints se situe Ă lâIntĂ©rieur dâeux car elle est lâintimitĂ© dâeux tous. Ainsi, au moment oĂč la Reine [Malkhut] se pare de bijoux et veut sâapprocher de son Ăpoux [Tiphereth], et quâElle sâest ornĂ©e, Elle dit Ă ses foules : « Je suis noire » du cĂŽtĂ© dâen bas, « et belle » du cĂŽtĂ© du concentrĂ© dâen bas au nom de lâen haut, parce quâil est Ă©crit -. « Vous qui ĂȘtes attachĂ©s Ă YHVH votre Dieu » (Deut. 4:4), les IsraĂ©lites sont attachĂ©s Ă Elle par cette parure plus que quiconque.
« Je suis noire et belle » (Cant-1:5) – Ălie lui dit : Rabbi, toutes ces paroles Ă©taient inscrites dans les hauteurs en ton nom avant mĂȘme que tu ne viennes au monde. Ă prĂ©sent, toutes se trouvent renouvelĂ©es comme Ă lâorigine et elles sont toutes scellĂ©es par le sceau de cire du Roi« [Le Zohar du Cant. Des Cant., Ă©d. Verdier]. La PrĂ©sence se plaint donc, elle dĂ©plore dâĂȘtre en exil et de cheminer sombre, parmi les puissances angĂ©liques prĂ©posĂ©es aux nations. Elle sâĂ©crie : Je suis noire assombrie par lâexil et si je ne suis pas belle comme les tentures de Salomon – Ici encore câest le nom du Saint bĂ©ni soit-Ilâ câest-Ă -dire comme (Ex. XXIV:10) le ciel mĂȘme dans sa puretĂ©, et, dans le mĂȘme ordre dâidĂ©es (Ps. CIV:2) : il Ă©tend le ciel comme une tenture. » Et Elle dit : « Je suis noire et belle, filles de JĂ©rusalem » (Cant. 1 :5) Ă lâadresse des foules angĂ©liques qui ne faisaient pas partie de ses parures parmi les intimes.
Aux intimes qui lâont ornĂ©e Elle ne dit pas cela, mais quand Elle se rend au dehors Elle parle en ces termes au reste des foules. Aux intimes qui connaissent ses parures et qui lâont ornĂ©e de multiples embellissements sublimes, Elle leur dit : « Quâil me baise » (Cant. 1:1), comme je me suis convenablement arrangĂ©e pour recevoir des baisers du Roi ! Ă ceux du dehors qui ignorent ses parures Elle dit quâElle est noire du cĂŽtĂ© des ĂȘtres dâen bas, du cĂŽtĂ© du concentrĂ© de lâen bas, pour quâils ne la regardent pas dâun mauvais oeil en portant accusation sur ces ĂȘtres infĂ©rieurs. Ces anges nâĂ©prouvent en effet de jalousie quâĂ lâĂ©gard des ĂȘtres dâen bas ; lorsque les ĂȘtres dâen bas occupent une haute position, ils les jalousent plus que tout, et si tu dis quâil nây a pas de jalousie parmi eux, entre eux effectivement il nâest pas de jalousie, mais envers les autres il y en a ! Et parce quâElle est comme une mĂšre sur ses fils Ă lâĂ©gard dâIsraĂ«l, le parement le plus beau et le plus ravissant de tous, qui relĂšve du cĂŽtĂ© du concentrĂ© de lâen bas et grĂące auquel Elle monte dans lâen haut, Elle le retire face Ă ses foules du dehors pour quâelles ne jalousent ni nâ accusent IsraĂ«l. Câest pourquoi « Ne me regardez pas car je suis noirĂątre » (Cant 1:6), ne regardez pas ce parement parce que « je suis noirĂątre ». Mais parmi tous ses parements, il nâen est point de plus beau ni de plus ravissant en Ă©minence, qui la fasse monter auprĂšs du Saint, que ce parement issu du cĂŽtĂ© du concentrĂ© de lâen bas. Tout cela Elle le dit Ă ses foules et non Ă son Bien-aimĂ©, câest ainsi quâElle leur dit : « Je suis noire et belle » (Cant. 1:5).
Encore une explication : « Je suis noire » du cĂŽtĂ© de lâen bas, et « belle » de votre cĂŽtĂ©, vous « filles de JĂ©rusalem », car mon embellissement dĂ©pend de vous, vous qui ĂȘtes les saintes foules angĂ©liques. Pour cette raison ne regardez pas cet embellissement venant du cĂŽtĂ© des ĂȘtres dâen bas. Il en va en tout point comme dâune mĂšre auprĂšs de ses fils, car nombreux sont les accusateurs qui se dressent lĂ , et sâils venaient Ă regarder cet embellissement issu du concentrĂ© de lâen bas et voyaient combien il est ravissant et combien il convient pour sâĂ©lever grĂące Ă lui vers lâen haut, ces foules angĂ©liques en arriveraient Ă accuser et Ă rappeler les pĂ©chĂ©s dâIsraĂ«l ; elles les accuseraient et empĂȘcheraient de monter dans lâen haut sâunir Ă son Ăpoux. Câest pourquoi [Je suis] « comme les tentes de QĂ©dar » (Cant. 1:5), du cĂŽtĂ© des ĂȘtres dâen bas, « comme les toiles de Salma » de votre cĂŽtĂ©. Aussi, « ne me regardez pas car je suis noirĂątre, ne me regardez pas du tout Ă cause de mes parures qui proviennent des ĂȘtres dâen bas. En effet, [69d] Ă cause dâeux le Soleil [Tiphereth ou Yessod] sâest irritĂ© contre Moi, et pas seulement lui mais aussi »les fils de ma mĂšre se sont irritĂ©s contre moi« , les pĂšres du monde [Hessed, Gebourah et Tiphereth], quand ils virent ma noirceur du cĂŽtĂ© des ĂȘtres dâen bas. Si tu demandes : est-il convenable de sâexprimer ainsi Eh bien oui, câest convenable pour deux raisons : la premiĂšre Ă cause du chemin de paix, afin quâelles nâaccusent pas IsraĂ«l ses fils ; la seconde pour quâelles ne lâempĂȘchent pas de monter, de sâunir Ă son Ăpoux et dâen retirer du contentement. En effet, tout cela concerne la Lune, car Ă lâĂ©poque oĂč 1âAutre cĂŽtĂ© couvre la lumiĂšre de la Lune, le Soleil ne sâapproche plus dâElle, Ă lâexception dâun unique fil de grĂące cĂ©lestielle qui sâĂ©panche sur Elle, perçant cette coquille et brisant sa puissance et lui donnant beautĂ© et magnificence. Et Elle dit : « Je suis noire » (Cant. 1 :5) du cĂŽtĂ© du PrĂ©puce, « et belle du cĂŽtĂ© de ce fil qui sâĂ©panche sur Moi » [Zohar du Cant. des Cant.].
La symbolique du noir
La mauvaise rĂ©putation de la Lune noire vient-elle de ce sombre qualificatif ? Câest vrai, le noir fait peur. Mircea Eliade nous dit du temps quâil est « noire, parce quâirrationnel et sans pitiĂ© ». Selon Peter Mohr « la valorisation du noir signifierait : pĂ©chĂ©, angoisse, rĂ©volte et jugement ». Selon Bachelard « une seule tache noire, intimement complexe, dĂšs quâelle est rĂȘvĂ©e dans ses profondeurs, suffit Ă nous mettre en situation de tĂ©nĂšbres ».
Les tĂ©nĂšbres câest aussi la nuit : LeĂŻla ou Lavlah. Le nom mĂȘme de Lilith viendrait dâelle. Et la nuit, câest lâobscuritĂ©, le noir. Mais le noir nâest il pas la couleur la plus foncĂ©e due Ă lâabsence de rayons lumineux ou, tout au contraire, Ă leur absorption totale ?
Symboliquement, cette double hypothĂšse influencera notre recherche. Nous faisons du noir la couleur du deuil (alors que ce sera le blanc en Orient ; et lĂ encore on verra Ă quel point sâimpose cette dialectique du noir et du blanc, du jour et de lâombre, Ă propos de toute Ă©tude sur la Lune Noire). Nous sommes dans le monde du mal. Le noir, câest ce qui reflĂšte lâerreur et le nĂ©ant. Mais, Ă©crit Jean-Pierre Bayard, « une couleur ne peut valoir par elle -mĂȘme ; elle ne vit quâau contact dâune autre lumiĂšre. Et la reprĂ©sentation dâOsiris, dieu suprĂȘme Ă©gyptien, nâĂ©tait rĂ©vĂ©lĂ©e quâau stade de la plus haute initiation, sans doute comme le symbole hermĂ©tique de la pierre primitive. Comment comprendre autrement ce culte de la pierre noire de la Mecque adorĂ©e dans la Kaabah ?, ailleurs associĂ©e Ă CybĂšle. Tout nous autorise Ă affirmer que le noir est certainement lâemblĂšme dâune science secrĂšte et la couleur du grand oeuvre alchimique ».
Le nom mĂȘme de lâĂgypte, dâailleurs, nâest autre quâEl Kemit, la Noire mais aussi lâAlchimie. Osiris est noir lorsquâil juge les Ăąmes et devient Ăpoux de la vie universelle. Le noir serait en quelque sorte le degrĂ© qui prĂ©cĂšde la rĂ©gĂ©nĂ©ration.
J. Portal pense que le noir est consacrĂ© aux dieux parce que « ces divinitĂ©s bienfaisantes descendent dans le royaume des tĂ©nĂšbres pour ramener Ă elles les hommes qu se rĂ©gĂ©nĂšrent ». En Chine, le noir est emblĂšme de souverainetĂ©, couleur de dĂ©livrance, terminaison dâun cycle.
Et les nombreuses Vierges Noires, toujours situĂ©es sur lâemplacement dâanciens sites initiatiques, nous disent aussi le rĂŽle du noir, symbole de vie, lien avec les anciennes dĂ©esses de vie et de mort, de fĂ©conditĂ© et de forces telluriques, bien antĂ©rieures au christianisme et mĂȘme au patriarcat triomphant.
Ce noir, on le retrouve encore dans le culte chtonien du « feu pĂ©trifiĂ© dans la roche », dans les rites Ă©leusiens ou il fallait descendre dans la crypte souterraine pour y renaĂźtre, aprĂšs ĂȘtre passĂ© par une mort symbolique.
Ce noir invisible est pour nous Ă©vocateur des trous noirs chers aux astrophysiciens modernes. Il sâagirait dâastres dont les champs gravitationnels est tel quâaucun rayonnement ne peut en sortir et qui se manifeste Ă lâobservation par son seul champ gravitationnel ou par des rayonnements de matiĂšre quâil capture. Ils reprĂ©senteraient lâultime stade dâĂ©volution des Ă©toiles massives.
Le noir, couleur maléfique ?
« Ce noir, materia prima, couleur de la potentialitĂ© mais aussi de la puissance, contient tout, il est porteur du principe fĂ©condant et fĂ©minin, donc morte, qui veut que la nuit – inquiĂšte – car elle amplifie tout, les bruits, les sensations, les angoisses, -les tĂ©nĂšbres soient associĂ©s au culte du diable…Dans le piĂšge tendu par Lilith, puissance de lâombre, plus dâun est tombĂ©, qui en fait « la mĂšre obscure », « la part malĂ©fique », « la femme phallique » ou cette « sorciĂšre au vagin dentĂ© » qui hante lâinconscient masculin depuis le commencement des temps.
Pour peu quâĂ propos de la Lune Noire on Ă©voque le complexe du glaive, les jeux de couteaux et de poignards, la coupure ou la castration, on Ă©veille aussitĂŽt lâangoisse.
Pourtant, nul ne peut se passer dâelle qui dĂ©sire abandonner en route ses oripeaux inutiles, accĂ©der au coeur de lâessentiel, passer de lâautre cĂŽtĂ©, sur le versant de la plus intense lumiĂšre, se dĂ©passer lui-mĂȘme, accĂ©der Ă la conscience pure.
Comment cela se ferait-il sans souffrance, sans sacrifice, sans douleur ?
Comment ferions-nous lâĂ©conomie de cette dĂ©chirure qui nous fait passer de lâexistentiel Ă lâessentiel ?
Et, prĂ©cisĂ©ment, câest la Lune Noire et au Soleil Noire, luminaires mĂ©taphysiques selon Jean Carteret, que nous devons comprendre la diffĂ©rence entre lâExistence et lâEssence, entre lâInconscience et lâHyperconscience » (extrait de Le retour de Lilith de JoĂ«lle de Gravelaine).
Illustration : Gustave Moreau [Public domain], via Wikimedia Commons
