Kabbale et Hermétisme

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Kabbale et HermĂ©tisme par Spartakus FreeMann. Tout d’abord, il nous faut tenter de dĂ©finir ce que l’on entend par HermĂ©tisme. TĂąche qui n’est pas facile, tout comme il n’est pas facile de dĂ©finir la religion ou l’art. On peut, toutefois, apprĂ©hender l’HermĂ©tisme comme la Tradition sapientiale de l’Occident, une tradition Ă©sotĂ©rique qui ne se limite par aucune religion ou voie spirituelle et qui tente d’embrasser Ă  la fois la thĂ©orie et la pratique des sciences naturelles. On inclut dans l’HermĂ©tisme divers courants telle l’astrologie, l’alchimie, la Kabbale, la magie, mais on ne peut rĂ©duire le terme d’HermĂ©tisme Ă  une seule de ces composantes.

Kabbale et Hermétisme

L’ésotĂ©risme occidental doit se comprendre dans le sens acadĂ©mique et technique du terme, non dans un sens populaire ou gĂ©ographique. En tant que tel, il embrasse divers courants et traditions qui ont existĂ© en Occident, mais qui ne sont pas tous occidentaux dans leur origine. Ainsi, l’ésotĂ©risme occidental recouvre des mouvements comme la Kabbale.

Ensuite, dĂ©finissons briĂšvement la Kabbale comme la « tradition Â» mystique et magique du JudaĂŻsme possĂ©dant ses propres rĂšgles, textes et rituels basĂ©s sur les enseignements exotĂ©riques de la Torah et du Talmud. Le terme de « Kabbale Â» dĂ©signant ce mouvement spirituel est apparu vers le 12e et le 13e siĂšcle.

Depuis toujours, les cultes Ă  mystĂšres ont fascinĂ©. Si, au dĂ©part, un certain type d’ésotĂ©risme n’a appartenu qu’à la religion qui se chargeait de le conserver et de le transmettre au sein des cercles initiĂ©s des prĂȘtres, il fut ensuite repris par des laĂŻcs qui le prĂ©servĂšrent Ă  leur tour au sein de groupes agissant en dehors de l’église. Selon RenĂ© GuĂ©non dans son Roi du Monde, il y a une opposition fondamentale entre la royautĂ© et le sacerdoce, toutes les anciennes civilisations possĂšdent l’idĂ©e de Roi du Monde reprĂ©sentant le lĂ©gislateur primordial du monde et caractĂ©risĂ© par la justice et la paix (qui sont deux notions de la Kabbale). Que ce Roi du Monde soit appelĂ© Manou par les les hindous, Mina ou MĂ©nĂšs par les Égyptiens, Mewn par les Celtes ou Minos par les Grecs, ce terme ne fait pas rĂ©fĂ©rence Ă  une personne, mais Ă  un principe Ă  « l’intelligence cosmique qui reflĂšte la pure lumiĂšre spirituelle et qui formule la loi ajustĂ©e aux conditions du monde ou du cycle d’existence actuel ».

Avec la volontĂ© de prĂ©server la tradition sacrĂ©e, les chefs de la hiĂ©rarchie initiatiques ont, par dĂ©finition, un caractĂšre sacerdotal ou pontifical, dans le sens de constructeur de pont entre les mondes, de mĂ©diateur de la communication entre le monde d’en haut et le monde d’en bas. Selon la vision de GuĂ©non, l’équilibre doit s’obtenir en unissant les deux aspects complĂ©mentaires de l’autoritĂ© : la royautĂ© et le sacerdoce. L’ésotĂ©risme fut rejetĂ© par l’Église et devint alors la « tradition royale Â» par opposition Ă  la volontĂ© sacerdotale de monopoliser la tradition.

Les Ă©tudiants de la science hermĂ©tique dans l’Occident du Moyen-Âge trouvĂšrent dans la tradition Ă©gyptienne, romaine et grecque la base de leurs Ă©tudes et l’écrin de la tradition occulte. Cette tradition avait Ă©galement transitĂ© par les juifs au travers du courant de la Kabbale, mais aussi au travers de l’Islam.

Le terme d’hermĂ©tisme dĂ©rive de HermĂšs TrismĂ©giste, le Trois fois Grand, dont les Quinze TraitĂ©s du Corpus Hermeticum furent la pierre de fondation. Ces traitĂ©s couvraient les domaines de l’astrologie, de l’alchimie, de la thĂ©osophie et de la thĂ©urgie.

Tout comme le Sepher ha-Zohar, attribuĂ© Ă  SimĂ©on bar YochaĂŻ qui vĂ©cut au 2e siĂšcle apr. J.-C. et « redĂ©couvert » par MoĂŻse de LĂ©on au 13e siĂšcle, le Corpus Hermeticum fut redĂ©couvert par l’AcadĂ©mie platonicienne de Florence au 15e siĂšcle. Il fut traduit en latin et publiĂ© en 1463 sous la signature de Marcile Ficin.

Par l’utilisation de concepts bibliques, l’HermĂ©tisme reconnaĂźt ses sources juives. Il n’y a aucun doute qu’entre les BneĂŻ Elohim (les Fils de Dieu) qui descendirent du Mont Hermon dans le Livre d’Enoch, ceux qui vinrent afin d’éduquer l’humanitĂ© dans le Livre des JubilĂ©es, et PromĂ©thĂ©e il y a un parallĂ©lisme Ă©vident. L’hermĂ©tisme pourrait donc prĂ©tendre Ă  une origine grecque, mais, nĂ©anmoins, HermĂšs TrismĂ©giste, dans son Corpus, nous dit : « les antiques et divins livres nous enseignent que certains anges ressentirent une attirance soudaine pour les femmes. Ils descendirent sur terre et enseignĂšrent aux hommes toutes les opĂ©rations de la nature. Ils opĂ©rĂšrent les premiĂšres oeuvres hermĂ©tiques et de celles-ci dĂ©rive cet Art ». Les fragments bibliques dont cette idĂ©e dĂ©rive se trouvent dans GenĂšse VI, 1-4 qui relate la descente de certains anges et qui reprĂ©sente une forme de seconde chute de l’homme.

Un fait encore plus intrigant est que les derniers reprĂ©sentants de cette race semi-humaine ne seront dĂ©faits par les juifs que lors de la conquĂȘte de Canaan. Ce qui perd les Fils de Dieu est leur concupiscence pour les femmes, mais dans la symbolique Ă©sotĂ©rique, la « femme Â» est reliĂ©e Ă  l’aspect fĂ©minin de la divinitĂ©, Ă  la prĂ©sence de Dieu sur Terre, Ă  la Shekhinah. Dans cette perspective, on peut dire que les Fils de Dieu cherchĂšrent Ă  s’emparer de la puissance divine. Si, dans le Livre HĂ©breu d’Enoch, les anges Uzza, Azza et Azziel transmettent Ă  l’humanitĂ© l’Art magique afin que le peuple puisse attirer Ă  lui les forces cĂ©lestes et les utiliser, dans 1 Enoch (livre Ă©thiopien d’Enoch), les Anges dĂ©chus sont des ĂȘtres dĂ©moniaques et dans 2 Enoch (livre Slave d’Enoch), l’organisation hiĂ©rarchique des dĂ©mons est dĂ©jĂ  prĂ©sente, sous la direction de SatanaĂ«l, qui fut chassĂ© par Dieu des Cieux pour avoir voulu placer son trĂŽne plus haut que les nuages afin d’obtenir un pouvoir Ă©gal Ă  celui de Dieu.

Ainsi, les NĂ©philim possĂ©daient et transmirent Ă  l’humanitĂ© les secrets cĂ©lestes. VoilĂ  pourquoi dans 1 Enoch nous lisons que, bien qu’ils vĂ©curent dans les cieux, les Gardiens eurent accĂšs aux mystĂšres divins, et le secret qu’ils rĂ©vĂ©lĂšrent aux femmes auraient ainsi perverti ces secrets, causant de nombreux malheurs sur la terre. L’idĂ©e d’un accĂšs possible aux mystĂšres divins continue ainsi Ă  faire rĂȘver et Ă  fasciner l’humanitĂ© et elle a offert la base Ă  la tradition hermĂ©tique que l’HermĂ©tisme a essayĂ© de prĂ©server.

Bien sĂ»r, entre le moment oĂč le Corpus Hermeticum fut Ă©crit et le moment oĂč il fut redĂ©couvert, de nouveaux Ă©lĂ©ments de l’ésotĂ©risme hĂ©breu, nĂ©oplatonicien, gnostique et chrĂ©tien Ă©mergĂšrent en Europe, Ă  la fois localement et importĂ© du Moyen-Orient. Aux 8e et 9e siĂšcles, alors que Bagdad Ă©tait un centre intellectuel d’importance, de nombreuses oeuvres gnostiques et nĂ©oplatoniciennes atteignirent l’Espagne au travers de l’Émirat de Cordoue, traduites de l’arabe en latin dans les universitĂ©s de Saragosse et de Grenade. Par une ironie du sort, certains aspects de cet Ă©sotĂ©risme, ayant Ă©tĂ© bannis d’Europe en tant qu’hĂ©rĂ©sies, conservĂ©es par divers groupes, refirent leur apparition avec une force accrue. Il y a, par exemple, des indices qui prouvent que l’ésotĂ©risme gnostique, banni d’Europe, fut adoptĂ© par les bogomiles, les arianistes et les Ă©rudits arabes qui le rĂ©introduisent en Europe au travers des cathares et des des Maures d’Espagne. « Ce n’est qu’à la fin du XIVe siĂšcle que la kabbale point Ă  l’horizon et que le ciel des kabbalistes attire la curiositĂ© de certains savants mĂ©diĂ©vaux parmi les plus visionnaires. C’est GĂ©miste PlĂ©thon, philosophe byzantin nĂ©o-paĂŻen et commentateur des oracles chaldaĂŻques (19), qui aurait Ă©tĂ© le premier savant grec initiĂ© Ă  la kabbale Ă  Constantinople, vers 1380. Mais parmi tous ces intellectuels qui se feront initier Ă  la mystique juive et Ă  ses dĂ©mons, c’est Pic de la Mirandole, initiĂ© dans les annĂ©es 1480, qui illustre le mieux par son Ɠuvre l’enthousiasme premier ressenti par les humanistes devant la juxtaposition des bibliothĂšques chaldaĂŻque, mĂ©dico-alchimique et rabbinique. Mais pour comprendre l’Ɠuvre de Pico, il faut prĂ©alablement relier celle-ci Ă  celle de Marsile Ficin sur l’alchimie » (Claude Gagnon, Alchimie, magie et kabbale au 16e siĂšcle).

Notons, avec Mark Stavish, que cette pĂ©riode sombre de l’humanitĂ© correspond Ă  une pĂ©riode oĂč la conscience humaine prit place en Europe oĂč malgrĂ© l’ignorance et l’intolĂ©rance du nord, l’Espagne connaissait une renaissance spirituelle au sein grĂące Ă  ouverture d’esprit et Ă  la tolĂ©rance des Arabes. Tandis que les chrĂ©tiens et les musulmans se battaient pour le contrĂŽle spirituel et politique de la rĂ©gion, les intellectuels juifs s’élevĂšrent jusqu’à une position de pouvoir et d’influence au sein de l’empire arabe. Ainsi, l’ñge d’or du judaĂŻsme mĂ©diĂ©val prit place dans l’Espagne occupĂ©e par les Arabes. C’est Ă  cette pĂ©riode qu’apparaissent le Zohar et le Sefer Yetsirah qui formeront la base de toutes les spĂ©culations kabbalistiques. C’est Ă  partir de l’Espagne que les connaissances de l’Alchimie, de la Magie Rituelle et de la Kabbale se rĂ©pandront en Europe. Ces trois Ă©coles constitueront alors la base de la Philosophie HermĂ©tique et de ses pratiques. Cette influence se rĂ©percutera d’ailleurs jusque dans les Manifestes Rose-Croix du 17e siĂšcle. Raymond Lulle, Arnaud de Villeneuve et Nicolas Flamel reçurent leurs initiations dans les Sciences hermĂ©tiques, dont la Kabbale fait partie, en Espagne et ils les rĂ©pandirent ensuite dans le reste de l’Europe.

La Kabbale se christianisera par la suite au contact de mystiques qui cherchaient Ă  prĂ©server les Ă©crits juifs mis en danger par l’Inquisition. Pour cette raison, la Cabale chrĂ©tienne se dĂ©veloppera tout au long du 15e siĂšcle avec pour but d’harmoniser la Kabbale avec les doctrines chrĂ©tiennes. Les Ă©crits des juifs convertis d’Espagne participĂšrent Ă©galement au dĂ©veloppement futur de l’hermĂ©tisme par leur influence sur les Ă©coles florentines. Cette Ă©cole dĂ©veloppait la croyance en l’existence indiscutable d’une source antique du christianisme, validĂ© par le nĂ©o-platonisme, le pythagorisme, la pensĂ©e orphique et la Kabbale. Le principal fondateur de la Cabale chrĂ©tienne est Pic de la Mirandole (1463-1494) qui commença ses Ă©tudes kabbalistiques vers 1486 Ă  l’ñge de 23 ans grĂące aux traductions et aux enseignements de Raymond Moncada, aussi connu sous le nom de Flavius Mithridates.

Les platoniciens chrĂ©tiens d’Allemagne, d’Italie et de France s’attachĂšrent rapidement Ă  l’école de pensĂ©e de Pic.

Pour revenir Ă  l’HermĂ©tisme, il est bon de mentionner que les PĂšres de l’Église, qui n’hĂ©sitĂšrent jamais Ă  utiliser les sources paĂŻennes afin de prouver les dogmes chrĂ©tiens, firent une utilisation intensive de cette littĂ©rature dans leurs Ă©crits, acceptant ainsi la chronologie qui donnait HermĂšs TrismĂ©giste comme contemporain de MoĂŻse ! Comme rĂ©sultat, les Ă©lĂ©ments empruntĂ©s au Corpus Hermeticum Ă  partir des Ă©crits juifs, et de la philosophie platonicienne, furent considĂ©rĂ©s, durant la Renaissance, comme une preuve qu’elle les avait anticipĂ©s et prĂ©cĂ©dĂ©s. La philosophie hermĂ©tique devint alors la principale tradition de la sagesse, identifiĂ©e avec la « sagesse des Ă©gyptiens Â» mentionnĂ©e dans l’Exode, mais aussi dans le TimĂ©e de Platon. Avec d’autres textes portant sur l’astrologie, l’alchimie et la magie attribuĂ©s Ă  HermĂšs, le Corpus Hermeticum et le Sermon Parfait furent utilisĂ©s comme arme dans un essai de rĂ©habiliter la magie comme voie spirituelle socialement acceptable au sein de l’occident chrĂ©tien. Si HermĂšs TrismĂ©giste fut une figure historique approuvĂ©e par les PĂšres de l’Église et que ses Ă©crits pouvaient ĂȘtre citĂ©s comme preuves des dogmes chrĂ©tiens, alors l’ensemble de la structure de l’hermĂ©tisme magique Ă©tait lĂ©gitimĂ©e. En fait, n’oublions pas que dans Matthieu 13:10-11, lorsque les disciples demandĂšrent Ă  JĂ©sus « pourquoi il parlait en paraboles », il leur rĂ©pondit « car il vous est donnĂ© de savoir les mystĂšres du royaume des cieux, mais Ă  eux il n’est pas accordĂ© ». Le Christ semble pratiquer ici un Ă©sotĂ©risme sĂ©lectif – qui est naturel par la dĂ©finition mĂȘme de l’ésotĂ©risme qui s’adresse Ă  une Ă©lite d’initiĂ©s. Cependant, comme nous le savons, l’Église n’a jamais adoptĂ© les vues de JĂ©sus, prĂ©fĂ©rant une Église pour tous. Sa rĂ©action nĂ©gative fut en proportion directe avec le mouvement pris par la tradition hermĂ©tique durant la Renaissance.

Lire la suite : La Magie érotique.

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Kabbale et HermĂ©tisme par Spartakus FreeMann. 

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