L’Ordre du Temple : Braveheart ? Par Spartakus FreeMann. Je reprends ici une hypothĂšse dĂ©veloppĂ©e par deux Ă©crivains anglais. Elle vaut ce quâelle vaut, mais elle a le mĂ©rite dâavoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e dâune maniĂšre quasi scientifique et historique. Les auteurs tentent de relier les Templiers aux Maçons via la lutte de Robert le Bruce pour libĂ©rer lâĂcosse du joug anglais. Ainsi, les auteurs nous emmĂšnent dans un voyage qui se termine en AmĂ©rique.
L’Ordre du Temple : Braveheart ?
Robert le Bruce
Au Ve siĂšcle, des colons celtes sâĂ©tablissent en Ăcosse et fondent le royaume de Darialda. La lutte entre celui-ci et les Pictes dure jusquâen 843. Le roi Kenneth Macalpin fut sacrĂ© en 850 Ă Scone comme monarque de toute lâĂcosse. Durant le rĂšgne de Macaplin, lâĂcosse reste une terre profondĂ©ment celtique oĂč lâinfluence du christianisme sera moins forte quâailleurs. La culture celtique y perdure jusquâau XIIIe siĂšcle, ainsi, lors du couronnement dâAlexandre III en 1249, des rites celtiques furent cĂ©lĂ©brĂ©s : un barde chante la gĂ©nĂ©alogie du roi jusquâau royaume de Darialda et aux premiers Ăcossais. LâĂ©glise nâexerçait quâune influence limitĂ©e en Ăcosse qui accueille dâailleurs les survivants de lâĂ©glise celtique dâIrlande et plus particuliĂšrement les Culdee.
En 1286, Alexandre III meurt sans descendance et Ă partir de cette date, plusieurs prĂ©tendants se disputent le trĂŽne. Ădouard Ier, roi dâAngleterre, profita de lâoccasion pour sâemparer de lâĂcosse en jouant sur les rivalitĂ©s des Ăcossais. Câest Ă cette Ă©poque que Robert Bruce Ă©merge comme lâun des leaders de la rĂ©bellion contre les Anglais. En 1306, Robert est sacrĂ© roi dâĂcosse. Les Ăcossais subissent plusieurs dĂ©faites, mais commencent Ă se ressaisir vers les annĂ©es 1310 grĂące Ă lâapplication de tactiques de guĂ©rillas et Ă la rĂ©ception dâimportantes quantitĂ©s dâarmes. Les techniques appliquĂ©es ainsi que lâapport soudain des armes proviendrait des chevaliers du Temple rĂ©fugiĂ©s en Ăcosse aprĂšs leur arrestation en France et dans dâautres pays europĂ©ens.
Le 24 juin 1314 (date de la Saint-Jean), se dĂ©roule la bataille de Bannockburn dans laquelle les Ăcossais, bien quâinfĂ©rieurs en nombre, remportent la victoire sur les Anglais. Cette victoire serait due, selon les chroniqueurs, Ă lâarrivĂ©e de troupes fraĂźches Ă cheval sur le champ de bataille. DâoĂč provenaient ces troupes ? Selon certains historiens, ce seraient des chevaliers du Temple. Une preuve pourrait ĂȘtre lâĂ©lĂ©vation dâun des vassaux de Bruce, Angus Mac Donald, seigneur de Kilmartin oĂč se trouvaient encore des Templiers selon les deux auteurs du livre. Ă lâissue de cette bataille, lâindĂ©pendance de lâĂcosse est vite acquise.
Les Templiers en Angleterre et en Ăcosse
En Angleterre, les relations entre le Temple et la royautĂ© Ă©taient plus cordiales, Henri Ier accueillit les Templiers qui reçurent plusieurs donations dans toute lâAngleterre. Le roi Richard CĆur de Lion fut mĂȘme considĂ©rĂ© comme Templiers dâhonneur. Câest dâailleurs lui qui leur vend lâĂźle de Chypre. Le maĂźtre de lâordre en Angleterre cosigna la « Magna Charta » de Jean Sans Terre et les maĂźtres dâAngleterre siĂ©geaient au Parlement.
Les proscrits se sont transformĂ©s, au Portugal et en Ecosse, en soldats au service des princes. Ils sont devenus des Chevaliers du Christ, ou de Saint-AndrĂ© d’Ecosse sous Robert Bruce, qu’ils avaient aidĂ© contre ses ennemis. Mais les serviteurs et les protĂ©gĂ©s des commanderies n’ont jamais Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ©s. Il est donc vraisemblable qu’ils ont continuĂ© Ă habiter les mĂȘmes lieux dont ils Ă©taient dĂ©jĂ les exploitants Ă titre de locataires. On sait que des villages Ă©taient sous la protection des moines militaires et participaient Ă la vie Ă©conomique des commanderies.
Templiers et pré-Compagnonnages, Dr H.-J. Probst-Biraben.
En Ăcosse, lâOrdre possĂ©dait deux grandes commanderies : Maryculter prĂšs dâAberdeen et Balantrodoch prĂšs dâĂdimbourg.
Les Templiers seront arrĂȘtĂ©s sur lâordre dâĂdouard (poussĂ© par le Pape ClĂ©ment V). Les chevaliers seront dĂ©tenus dans la Tour de Londres. Ădouard sera peu pressĂ© de faire arrĂȘter les Templiers, ainsi, plusieurs rĂ©ussirent Ă sâenfuir. En Irlande, les Templiers ne subirent pratiquement pas de maltraitance, mais, lorsque leurs biens furent confisquĂ©s, on ne trouva quâune trĂšs petite quantitĂ© dâarmes. Or, câest Ă cette Ă©poque que le roi Ădouard se plaignait de livraisons dâarmes aux insurgĂ©s Ă©cossais. En Ăcosse, ce nâest quâen 1309 que lâordre dâarrĂȘt des Templiers arriva et seuls deux membres furent arrĂȘtĂ©s. En fait, lâordre nâĂ©tait pas exĂ©cutable puisquâĂ cette Ă©poque, la majeure partie de lâĂcosse Ă©tait aux mains de Bruce. Celui-ci Ă©tant dĂ©jĂ excommuniĂ© et en mauvaise relation avec le Pape ne mit pas en application lâordre dâarrestation.
Il est pensable que certains Templiers cherchĂšrent refuge en Ăcosse Ă©tant donnĂ© que le continent Ă©tait devenu trop peu sĂ»r pour eux. Le seul monarque dâEurope Ă ne pas appliquer lâordre du Pape Ă©tait Bruce. Ainsi, il nâest pas interdit de penser que lâĂcosse soit un asile aprĂšs pour les Templiers aprĂšs 1307.
Ouvrons ici une parenthĂšse concernant la flotte du Temple. En effet, de lâimportante flotte de lâOrdre en Europe, qui croisait dans les eaux de la MĂ©diterranĂ©e, de la Baltique, de la Manche et de lâAtlantique, on ne trouve nulle trace aprĂšs lâarrestation des Templiers. Les documents dressant lâinventaire des biens saisis ne font pas Ă©tat de celle-ci. Le principal port de lâOrdre sur lâAtlantique Ă©tait La Rochelle, port charniĂšre entre les Ăźles Britanniques, la MĂ©diterranĂ©e et la Baltique.
Si des Templiers ont rĂ©ussi Ă sâenfuir par voie de mer, on ne trouve aucune trace dâune flotte arrivĂ©e en Angleterre, dans les pays bordant la Baltique ou en Espagne et au Portugal. Il reste deux destinations possibles : lâAfrique ou le Proche-Orient et lâĂcosse. Selon les auteurs du livre, la seule destination qui soit plausible reste lâĂcosse. Ils en montrent comme preuve lâaide apportĂ©e par une troupe de chevaliers durant la bataille de Bannockburn.
La mĂ©moire de la survivance de l’Ordre du Temple en Ăcosse se retrouvera dans le discours de rĂ©ception des Chevaliers Bienfaisants de la CitĂ© Sainte et du Saint SĂ©pulcre :
Trois de nos ancĂȘtres, possĂ©dant le grand secret, trouvĂšrent le moyen dâĂ©chapper aux recherches gĂ©nĂ©rales et particuliĂšres que lâon fit contre eux. Ils errĂšrent longtemps dans les bois et les montagnes, de royaume en royaume ; enfin ils se retirĂšrent dans des cavernes situĂ©es proche dâHeredown en Ăcosse oĂč ils vĂ©curent, servis et secourus par les chev⎠de Saint-AndrĂ© du Chardon, les anciens amis et alliĂ©s des Templiers. Ces trois Templiers firent une nouvelle alliance avec les chev⎠de Saint-AndrĂ©… Ils sont connus parmi nous, sous le titre de Grands R. + ou membres du Gd⎠Chapitre, les chev⎠de Saint-AndrĂ© et les FF⎠de ce dernier grade sont les seuls qui puissent espĂ©rer parvenir Ă cet Ă©minent degrĂ©…
Cette légende permettra de relier les Templiers à certains ordres maçonniques :
Un grand nombre de chevaliers s’Ă©taient enfuis vers le Nord, en SuĂšde, en NorvĂšge, en Irlande et en Ăcosse. Pierre d’Aumont, banneret d’Auvergne, avait fait une belle dĂ©fense dans plusieurs places fortes de l’Ordre, mais il avait Ă©tĂ© enfin obligĂ© de fuir avec deux commandeurs et cinq chevaliers. Les fugitifs avaient changĂ© de nom et s’Ă©taient dĂ©guisĂ©s en maçons. Dans l’Ăźle de Mull ils avaient retrouvĂ© Georges Harris, Grand Commandeur de Hamproncourt, qui s’y Ă©tait rĂ©fugiĂ© avec quelques frĂšres. Les Templiers y avaient tenu chapitre Ă la Saint-Jean 1312 et avaient dĂ©cidĂ© de ne jamais renoncer aux droits de l’Ordre, jusqu’au moment oĂč ils pourraient les faire valoir. Aumont avait Ă©tĂ© Ă©lu Grand MaĂźtre ; les Templiers avaient adoptĂ© le costume et les usages des maçons pour rappeler qu’Aumont et ses compagnons avaient dĂ» porter ce dĂ©guisement pendant deux ans et quelquefois exercer ce mĂ©tier pour gagner leur vie. Les Templiers eurent l’autorisation de se marier pour perpĂ©tuer l’Ordre, car on n’osait faire de recrues. Pendant plus de 250 ans, seuls les fils des Templiers avaient Ă©tĂ© admis au grade de MaĂźtre Ăcossais et il y avait seulement 150 ans qu’on avait commencĂ© Ă rĂ©vĂ©ler les secrets de l’Ordre Ă des MaĂźtres Ăcossais nĂ©s de parents libres. Le cachet de l’Ordre, reprĂ©sentant un PhĂ©nix avec la devise Perit ut vivat, et les autres symboles, dits maçonniques, avaient pour auteur le Grand Maitre Harris, successeur d’Aumont.
Les Illuminés de BaviÚre et la Franc-Maçonnerie allemande, René Le Forestier, pages 161-162
Le baron von Hund, fondateur de la Stricte Observance TempliĂšre, va reprendre en partie cette lĂ©gende, mais en lui donnant pour origine le MaĂźtre provincial dâAuvergne, Pierre dâAumont, qui se serait enfui en Ăcosse avec deux autres commandeurs et cinq chevaliers. Notons cependant que le dernier commandeur dâAuvergne fut Humbert Blanc emprisonnĂ© en 1311 en Angleterre. Un autre lĂ©gende voudrait que le premier grand-maĂźtre de cette survivance fut Beaujeu, neveu de Jacques de Molay, auquel Aumont succĂ©dera ensuite.
Pour en revenir Ă la destinĂ©e du Temple en Ăcosse, alors que partout en Europe les biens du Temple seront donnĂ©s aux Hospitaliers, on ne trouve aucune trace juridique ou scripturaire dâune prise de possession des biens du Temple par lâOrdre des Hospitaliers. Ce ne sera quâen 1338 que les Hospitaliers rĂ©clameront les possessions du Temple en Ăcosse. Les auteurs du livre apportent certaines preuves selon lesquelles il semble que les Templiers resteront malgrĂ© tout propriĂ©taire de leurs biens.
Au dĂ©but du XIXe siĂšcle, un antiquaire nommĂ© James Maidment dĂ©couvre un cartulaire des terres templiĂšres au sein de lâOrdre de Saint-Jean qui donne la liste de 579 biens. Certaines propriĂ©tĂ©s du Temple nây apparaissent pas.
Plus sur le sujet :
- Histoire de l’Ordre du Temple ;
- Les dĂ©rives des rĂ©surgences de l’Ordre du Temple ;
- La Charte Larmenius ;
- L’Ordre du Temple et les deux pontificats.
L’Ordre du Temple : Braveheart ? Spartakus FreeMann, 2008, mise Ă jour et ajouts juillet 2020.
Image d’illustration par Yuri_B from Pixabay
