Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 15 janvier 2016

Jacques de Molay - L'Ordre du Temple : légendes sur la survivance du temple
L’Ordre du Temple : légendes sur la survivance du temple par Spartakus FreeMann

Nous reprenons ici quatre des principales légendes qui entourent la survivance de l’Ordre du Temple après sa dissolution en 1312. En fait, il semble que les histoires sur la survivance de l’Ordre n’ont commencé à circuler que tardivement après sa dissolution par la papauté. Il faudra attendre la fin de la Renaissance et la naissance des mouvements hermétistes et rosicruciens pour voir apparaître les premières prétentions à la filiation templière :

« Après la première moitié du XIVe siècle, c’est à dire peu après la dramatique dissolution de l’Ordre, nous n’avons plus aucune trace d’une éventuelle survivance clandestine de l’Ordre, jusqu’au moment de la naissance du « mythe templier » entre le XVIIe et XVIIIe siècle, lorsque plusieurs sociétés secrètes (et parmi elles la Maçonnerie) se déclarèrent les descendants des anciens et infortunés chevaliers du Moyen Âge. Cependant, il est difficile d’imaginer que l’activité de l’Ordre ait été totalement interrompue par la condamnation du roi Philippe le Bel et de pape Clément V. Par exemple, au Portugal l’Ordre des Templiers survécut en tant qu’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ (qui était la première véritable dénomination des Chevaliers du Temple) : et donc l’Ordre du Christ susdit et les Templiers ne sont qu’une seule et même chose ! L’Ordre préserva ainsi dans ce pays toutes ses propriétés et ses richesses, en continuant à occuper un rôle très important dans la politique portugaise. On pourrait en dire beaucoup sur l’histoire des Templiers au Portugal, et souligner que dans ce pays ils n’étaient pas des chevaliers quelconques : le royaume portugais avait été justement fondé par des chevaliers templiers au temps des guerres contre les Arabes, et il avait toujours été gouverné en stricte connexion avec l’Ordre. Et c’est chez les Templiers portugais qu’il se produit, un siècle après la dissolution officielle de l’Ordre, l’organisation du grand projet d’exploration du monde – on pourrait se demander alors si une telle entreprise n’avait pas, parmi les conséquences préméditées, le but d’accomplir une sorte de « vengeance » contre l’Église Romaine, contre la conception sacrée du monde sur laquelle l’Église fondait son autorité et sa doctrine. En effet, même si aujourd’hui la plupart des chercheurs attribue au roi Philippe le Bel et à son avidité la destruction des Templiers, et croit que Clément V ait été sous l’emprise du Roi, on peut penser qu’en vérité l’Église ait été impliquée en première personne dans cette action. D’ailleurs, comme dans le cas des persécutions contre les humanistes du XVe siècle que nous avons auparavant décrites, dans le cas des Templiers les accusations d’« hérésie » et de « collusion avec l’ennemi » ne semblent pas sans fondement, et habituellement on oublie que les mêmes accusations avaient été formulées contre l’Ordre par l’empereur Frédéric II » (article publié dans Politica Hermetica – Les contrées secrètes, N. 12, 1998, L’Âge d’Homme, Paris).

Quant à la survivance supposée du Temple, laissons la parole à René Guénon qui écrit dans Aperçus sur l’initiation : « Après la destruction de l’Ordre du Temple, les initiés à l’ésotérisme chrétien se réorganisèrent, en accord avec les initiés à l’ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction ; mais cette réorganisation dut se faire d’une façon plus cachée, invisible en quelque sorte, et sans prendre son appui dans une institution connue extérieurement et qui, comme telle, aurait pu être détruite une fois encore. Les vrais Rose-Croix furent probablement les inspirateurs de cette réorganisation… ».

Pour rappel, en 1972, Laurent Dailliez dénombrait dans le monde quarante-sept groupements néo-templiers. On ne peut douter que, l’inflation spirituelle aidant, ce nombre soit, aujourd’hui, plus important.

4.1. La filiation de Beaujeu

Selon un certain document, Jacques de Molay quelques jours avant sa mort, confia la tâche à François de Beaujeu, qui n’était un membre de l’Ordre, de récupérer un écrin de cristal.

De Molay aurait initié Beaujeu et lui aurait confié la mission d’assurer la survie du Temple.

Quand Jacques de Molay mourut, Beaujeu réunit neuf chevaliers de l’Ordre rescapé de la rafle et ils auraient juré de maintenir l’Ordre en vie.

« Lorsque le Gr. Maître Molay s’aperçut par la tournure, que l’iniquité donna au procès institué contre lui, qu’il n’y avait plus d’espoir, ni pour lui ni pour l’ordre, il prit son parti et ne songea plus qu’aux moyens de conserver, de propager et de perpétuer les sublimes connaissances et les principes fondamentaux de l’Ordre.

Il jeta à cet effet les yeux sur son neveu le comte de Beaujeu qui depuis longtemps avait témoigné une vocation décidé pour entrer dans l’Ordre et l’ayant fait appeler quelques jours avant son supplice il déposa dans son sein les malheurs inévitables qui menaçaient l’ordre, et le projet qu’il avait formé sur lui…

… Dès que Molay eut expiré, Beaujeu se mit en devoir de s’acquitter de ses engagements. Il s’assura 9 chevaliers, restes infortunés échappés aux fureurs de la persécution et aux terreurs des supplices ; il mêla son sang avec celui de ces frères et fit vœux de propager l’ordre sur le globe tant qu’il se trouveraient neuf architectes parfaits…

Après la mort de Beaujeu le siège magistral chut à Aumont, un des Templiers dispersés qui s’étaient refugiés en Ecosse…

… Cependant depuis Beaujeu l’ordre n’a jamais cessé un instant de subsister. » (Manuscrit original, environ 1760, Strasbourg ; Transcription par G.A. Schiffmann, 1882)

4.2. La filiation d’Aumont

Au soir du 18 mars 1314, Aumont et 7 autres chevaliers auraient récupéré les cendres de Jacques de Molay et crié les mots « Mac Benach » (la chair se détache) en jurant de venger l’Ordre. Aumont se serait alors rendu en Écosse et, sur l’île de Mull, il aurait été désigné comme nouveau grand Maître de l’Ordre le 24 juin 1315.

Ce noyau de Templiers serait à l’origine de la constitution de la loge maçonnique Heredom ou « Sainte Maison ».

4.3. La filiation Larmenius

Cette légende fut propagée par l’abbé Grégoire, par Sédir et Guyot.

Larmenius, commandeur de Jérusalem, aurait été désigné par Molay comme futur Grand-Maître. L’Ordre serait alors resté dans l’ombre jusqu’en 1808 avec la résurgence officielle orchestrée par Fabré-Pallaprat.

Le grand maître de l’Ordre du Temple, Jacques de Molay, prévoyant la chute, avait investi de ses pouvoirs Jean-Marc Larmenius, qui fut reconnu comme grand-maître immédiatement après la mort de Molay. En 1324, Larmenius fixa la charte de transmission (« Carta Transmissionis »). Ceci permet aux sectateurs de la survie de l’Ordre de dire qu’il n’a donc jamais été interrompu, et que l’Ordre actuel se rattache à son fondateur Hugues de Payens.

La hiérarchie comprenait huit grands précepteurs, des prieurs, un sénéchal, un amiral, un hospitalier, un chancelier, un trésorier, etc. Les titres du grand-maître sont ceux-ci : « son altesse éminentissime le très-grand, très-puissant et excellentissime prince, seigneur sérénissime, très-sacré père, souverain pontife et patriarche, monseigneur (le nom du grand-maître), élu le ».

Les règles de l’Ordre étaient contenues dans les statuts rédigés en 1706, sous la direction du duc d’Orléans.

Les grands maîtres qui, selon la charte Larmenius, ont continué la succession officielle du Temple, sont au nombre de vingt-cinq :

23. Marc Larmenius 1307

24. F. Thibaut d’Alexandrie 1324

25. Arnolphe de Brayne 1340

26. Jean de Clermont 1349

27. Bertrand du Guesclin 1357

28. Jean d’Armagnac 1381

29. Bernard d’Armagnac 1392

30. Jean d’Armagnac 1419

31. Jean de Croï 1451

32. Robert de Lenoncourt 1478

33. Galeas de Salazar 1 497

34. Philippe de Chabot 1516

35. Gerard de Salciac 1544

36. Henry de Montmorency 1574

37. Charles de Valois 1615

38. J.-H.deDurfort, duc de Duras. 1681

39. Ph., duc d’Orléans 1705

40. L.-A. de Bourbon, duc du Maine 1724

41. L.-H. de Bourbon, prince de Condé 1737

42. L.-F. de Bourbon, prince de Conti 1741

43. L.-H.-Timol de Cossé-Brissac. 1776

44. C.-Math. Radix de Chevillon, régent. 1792

45. Bern.- Raymond Fabré-Palaprat. 4 nov. 1804

46. Sir Guillaume Sidney-Smith 2. 1838

S’il faut en croire Grégoire et quelques Templiers, leur Ordre a continué, en outre de la hiérarchie civile et militaire, une hiérarchie ecclésiastique, dont le chef porte le nom de primat.

C’est le primat qui, au jour anniversaire de la mort de Molay, célèbre la partie religieuse de la cérémonie par laquelle les Templiers solennisent cette fête funèbre.

En 1804, Bernard Raymond Fabré-Palaprat (1775-1838), un ancien séminariste devenu médecin, est élu grand maître et propage un nouvel Ordre du Temple, avec le soutien de l’empereur Napoléon 1er. Le Temple ainsi reconstitué repose sur la charte de transmission de Larmenius (15 février 1324). Par ce moyen, Fabré-Palaprat revendique la succession directe de Jacques de Molay. Ce document est, bien entendu, un faux, qui sera vite reconnu et dénoncé comme tel. Albert Lantoine a montré que la charte dite de « Larmenius » était une fabrication de circonstance et prolongeait le mythe chevaleresque mêlant rêves et réalité (Albert Lantoine, La Franc-Maçonnerie dans l’Etat, réédition Slatkine 1982 p. 403-408). Daniel Ligou, dans son Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie :

« En effet, le document Larmenius, au-delà d’un simple faux, doit être perçu comme une réelle tentative de réalisation constructive pour atteindre un objectif spirituel.

N’oublions pas que de nombreux courants maçonniques revendiquent, même symboliquement, une origine templière.

De nombreux « hauts » grades maçonniques font d’ailleurs explicitement référence à l’Ordre du Temple, notamment dans le Rite Écossais Ancien & Accepté et dans le Rite Écossais Rectifié ».

Fabré-Palaprat, consacré grand maître par l’évêque constitutionnel Guillaume Mauviel, en 1812, a également associé son Ordre du Temple à une Église johannite des chrétiens primitifs, dont il s’est déclaré le 115e souverain pontife. Il fit même consacrer l’abbé François-Ferdinand Chatel comme primat coadjuteur des Gaules, avant que celui-ci ne se sépare de l’Ordre pour se consacrer à l’Église catholique française, qu’il a fondée en 1831. L’Église johannite a publié cette année-là le Levitikon, une version tronquée de l’Évangile de Jean, présentée comme le « statut fondamental de la Sainte Eglise du Christ » et l’exposé des « principes fondamentaux de la doctrine des chrétiens-catholiques primitifs ».

Fabré-Palaprat a trouvé sur le quai de Gèvres un vieux livre écrit en lettres d’or et dont les initiales, en encre rouge, étaient ornées des figures les plus hétéroclites. Il achète ce manuscrit 25 fr., il le fait voir à M. Dacier, qui lui répond que c’est une dissertation gnostique ou manichéenne, qui doit avoir été copiée par un Grec du Bas-Empire, à peu près au temps de Constantin Copronyme. Fabré-Palaprat a fini par trouver un traducteur, consciencieux apparemment, car il n’a voulu remplir aucune lacune et il a laissé en blanc tout ce qui n’était plus lisible ou ce qu’il ne pouvait déchiffrer dans l’original. Le grand maître a eu soin d’y suppléer dans la copie par les additions les plus favorables à son nouveau système. Il n’empêche que l’Ordre eut en France sa période faste, ses notables, son clergé.

Avant même la mort de Fabré-Palaprat, en 1838, l’Ordre s’est scindé en plusieurs branches, dont une qui se maintint sous la direction du duc de Choiseul. Il s’éteindra peu à peu, au point de disparaître presque complètement, avant de connaître un véritable réveil dans la seconde moitié du XXe siècle.

4.4. La filiation de Goeffroy de Gonneville

Désigné par Molay comme successeur, il aurait réuni un chapitre en Dalmatie puis serait parti en Asie Centrale où l’on perd sa trace.

4.5. La Stricte Observance Templière

La Stricte Observance Templière est une obédience maçonnique allemande constituée vers 1751 par le baron Karl von Hund (1722-1776) ; cette Maçonnerie rectifiée proviendrait directement de l’Ordre du Temple, mais également de la Maçonnerie Écossaise, œuvre des Stuarts détrônés (branche Jacobite).

La S.O.T. veut restaurer l’Ordre du Temple, retrouver ses trésors en obéissant à ses chefs, les Supérieurs Inconnus. Elle conférait sept grades (apprenti, compagnon, maître, maître écossais, Novice, Templier, Chevalier Profès qui comprenait lui-même plusieurs classes).

Ferdinand de Brunswick-Lunebourg-Wolfenbüttel (1721-1792) (Eques a Victoria) en devient le Grand Maître en 1777. À la mort de Hund en 1776, Charles de Sudermanie (futur Charles XIII de Suède) établit des rapprochements avec la maçonnerie suédoise de Zinnendorf, appelée « École du Nord », influencée par l’hermétisme et le rosicrucianisme. La filiation templière et le mythe des Supérieurs Inconnus ne sont pas reconnus au Convent de Wilhelmsbad (16 juillet – 29 août 1782) qui forme à sa place le Régime Écossais Rectifié dont les prieurés sont calqués sur l’organisation médiévale, et son degré terminal Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (CBCS) est un grade plus chevaleresque que maçonnique. Le « Discours inaugural » des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte commence ainsi : « Trois de nos ancêtres, possédant le grand secret, trouvèrent le moyen d’échapper aux recherches générales et particulières que l’on fit contre eux. Ils errèrent dans les bois et les montagnes, de royaume en royaume ; enfin ils se retirèrent dans des cavernes proches de Herdown en Écosse où ils vécurent, servis et secourus par les chev.•. de Saint-André du Chardon, les anciens amis et alliés des Templiers. Ces trois Templiers firent une nouvelle alliance avec les chev.•. de Saint-André… ».

L’ordre Templier a ainsi laissé des traces dans les Hauts Grades de la Maçonnerie, principalement dans le Rite Écossais Rectifié, dans le Rite d’York, dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (chevalier Kadosch 30ème mais aussi 32e et surtout 33e). Le rituel du 30ème degré déclare « Notre grade commémore l’Ordre Templier et s’en inspire sans pour autant prétendre en être le continuateur et l’héritier ».

L’Ordre du Temple : légendes sur la survivance du temple, Spartakus FreeMann, août 2008 e.v.

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