Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 12 janvier 2016

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L’Ordre du Temple : histoire par Spartakus FreeMann

L’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon

En 1097, la première croisade menée par Godefroi de Bouillon, Robert de Flandre et Bohémon de Tarente est lancée par le Pape Urbain II.

En 1099, prise de Jérusalem. Godefroi, ne se sentant pas digne de porter une couronne dans la ville où le Christ fut crucifié, prend le titre d’« Avoué du Saint-Sépulcre ».

En 1100, mort de Godefroi de Bouillon, Baudoin de Boulogne, son frère, est sacré Roi de Jérusalem.

En 1118, Baudoin II est sacré Roi de Jérusalem. La même année, neuf chevaliers français, avec à leur tête Hugues de Payens, arrivent à Jérusalem où ils se présentent à Baudouin II. Ils furent reçus dans l’enceinte du Temple du Roi Salomon. On déplaça d’ailleurs les chanoines du Saint-Sépulcre pour l’occasion. Devant le Patriarche de Jérusalem (Garimond) ils prêtent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. L’origine d’Hugues de Payens a soulevé bien des controverses parmi les historiens. On n’en connaît rien si ce n’est qu’il est vraisemblablement originaire de la Champagne. Le personnage doit être d’une certaine importance puisque son nom apparaît dans deux Chartes d’Hugues de Troyes. Le village dont il porte le nom se situe d’ailleurs à une dizaine de kilomètres de Troyes.

Jacques de Vitry :

« … Le roi, les chevaliers et le seigneur patriarche, remplis de compassion pour ces nobles hommes qui avaient tout abandonné pour le Christ, les soutinrent de leurs propres ressources et leur conférèrent dans la suite…quelques bénéfices et quelques propriétés. Comme ils n’avaient pas encore d’église qui leur appartint, ni de résidence fixe, le seigneur roi leur accorda pour un temps une petite habitation dans une partie de son palais, auprès du temple du Seigneur…ils furent appelés dans la suite les Frères Chevaliers du Temple. »

Le 27 décembre 1118, le jour de la Saint-Jean l’Évangéliste, ces neuf chevaliers (Hugues de Payns, Geoffroy de Saint-Omer, André de Monbard, Payen de Montdidier, Archambaud de Saint Aignan, Geoffroy Brisol, Hugues Rigaud, Rossal et Gondemare) se réunirent à l’emplacement du Temple de Salomon où ils révélèrent la fondation de l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. « Il y a à Jérusalem un temple où ils habitent en commun ; s’il est bien loin d’égaler par son architecture l’ancien et fameux temple de Salomon, du moins il ne lui est pas inférieur en gloire. En effet toute la magnificence du premier consistait dans la richesse des matériaux corruptibles d’or et d’argent et dans l’assemblage des pierres et des bois de toutes sortes qui entrèrent dans sa construction ; le second, au contraire, doit toute sa beauté, ses ornements les plus riches et les plus agréables, à la piété, à la religion de ses habitants et à leur vie parfaitement réglée ; l’un charmait les regards par ses peintures ; mais l’autre commande le respect par le spectacle varié des vertus qui s’y pratiquent et des actes de sainteté qui s’y accomplissent » (Saint Bernard de Clairvaux, « Aux Chevaliers du Temple »). L’Ordre des Templiers venait de naître. Leur mission est de protéger les routes pour les pèlerins en Terre Sainte.

De 1118 à 1127, pendant 9 ans, les Templiers s’organisent, mais bizarrement eux qui se voulaient protecteurs des pèlerins, ne participent à aucune bataille. Leur seule occupation fut de rénover les écuries souterraines du Temple. En 1220, Baudoin II donne l’ensemble du palais du Temple aux Templiers. Pendant la même période, l’Ordre recrute des écuyers et des sergents d’armes.

En 1126, le comte Hugues de Champagne entre dans l’Ordre, apport d’importance puisqu’il est un grand ami de Bernard de Clairvaux, dont l’autorité est immense dans les milieux ecclésiastiques.

En 1227, Baudoin II envoie Hugues de Payens et certains de ses compagnons en Europe. Le pape Honorius II les reçoit. Des contacts sont pris avec Bernard de Clairvaux qui va organiser le Concile qui doit donner une existence légale à l’Ordre.

Le 14 janvier 1128, le Concile de Troyes, réuni dans la cathédrale de Troyes, sous l’impulsion de Bernard de Clairvaux, dote officiellement la nouvelle congrégation des « Règles de l’Ordre ». En fait, celle-ci ne fait qu’approuver une règle qui préexistait. Cette règle, rédigée en latin, comporte 72 articles et subordonne le Temple à l’autorité du Patriarche de Jérusalem.

Vers 1130, le « De Laude Novae Militiae » de Bernard de Clairvaux, ouvrage dans lequel il oppose la chevalerie séculière et la chevalerie céleste des Templiers.

« Un nouveau genre de milice est né, dit-on, sur la terre, dans le pays même que le Soleil levant est venu visiter du haut des cieux, en sorte que là même où il a dispersé, de son bras puissant, les princes des ténèbres, l’épée de cette brave milice en exterminera bientôt les satellites, je veux dire les enfants de l’infidélité. Elle rachètera de nouveau le peuple de Dieu et fera repousser à nos yeux la corne du salut, dans la maison de David son fils (Luc I, passim). Oui, c’est une milice d’un nouveau genre, inconnue aux siècles passés, destinée à combattre sans relâche un double combat contre la chair et le sang, et contre les esprits de malice répandus dans les airs. Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies, un même homme pendre avec courage sa double épée à son côté et ceindre noblement ses flancs de son double baudrier à la fois. Le soldat qui revêt en même temps son âme de la cuirasse de la foi et son corps d’une cuirasse de fer ne peut point ne pas être intrépide et en sécurité parfaite ; car, sous sa double armure, il ne craint ni homme ni diable. Loin de redouter la mort, il la désire. Que peut-il craindre, en effet, soit qu’il vive, soit qu’il meure, puisque Jésus-Christ seul est sa vie et que, pour lui, la mort est un gain ? Sa vie, il la vit avec confiance et de bon cœur pour le Christ, mais ce qu’il préférerait, c’est d’être dégagé des liens du corps et d’être avec le Christ ; voilà ce qui lui semble meilleur. Marchez donc au combat, en pleine sécurité, et chargez les ennemis de la croix de Jésus-Christ avec courage et intrépidité, puisque vous savez bien que ni la mort, ni la vie ne pourront vous séparer de l’amour de Dieu qui est fondé sur les complaisances qu’il prend en Jésus-Christ, et rappelez-vous ces paroles de l’Apôtre, au milieu des périls : « Soit que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rm XIV, 8). Quelle gloire pour ceux qui reviennent victorieux du combat, mais quel bonheur pour ceux qui y trouvent le martyre ! Réjouissez-vous, généreux athlètes, si vous survivez à votre victoire dans le Seigneur, mais que votre joie et votre allégresse soient doubles si la mort vous unit à lui : sans doute votre vie est utile et votre victoire glorieuse ; mais c’est avec raison qu’on leur préfère une sainte mort ; car s’il est vrai que ceux qui meurent dans le Seigneur sont bienheureux, combien plus heureux encore sont ceux qui meurent pour le Seigneur ? » (Saint Bernard de Clairvaux, « Aux Chevaliers du Temple Louange de leur Nouvelle Milice »)

Le 29 mars 1139, Innocent II émet la bulle pontificale « Omne Datum Optimum », source de tous les privilèges de l’Ordre. Le but de celle-ci est de doter le Temple de chapelains pour le service religieux et par là, de l’affranchir des juridictions épiscopales. L’Ordre est soumis directement à l’autorité du pape, laissant ainsi au Maître et à son chapitre une liberté presque totale. En outre, les Templiers se virent donner le privilège de percevoir les dîmes.

« Nous vous exhortons à combattre avec ardeur les ennemis de la croix, et en signe de récompense, Nous vous permettons de garder pour vous tout le butin que vous aurez pris aux Sarrasins sans que personne ait le droit de vous en réclamer une part. Et nous déclarons que votre maison, avec toutes ses possessions acquises par la libéralité des princes, demeure sous la protection et la tutelle du Saint Siège. »

En 1146, le Pape Eugène III leur donne la tunique blanche ornée à l’épaule de la croix pattée rouge comportant quatre branches égales.

À partir de ce moment, l’Ordre ne cessera de grandir et bientôt, il possède des commanderies dans toute l’Europe aussi bien qu’en Palestine. L’Ordre affrète sa propre flotte basée à La Rochelle. De là, partaient les navires à destination du Levant et c’est dans ce port qu’arrivaient les navires en provenance d’Angleterre et de Bretagne.

Pendant le XIIe et le XIIIe siècle, l’histoire du Temple se confond avec l’histoire des Croisades.

Esquieu de Floyrian, sur les pressions de Guillaume de Nogaret, avoua en 1305 au roi de France les pratiques obscènes des rites d’entrée dans l’ordre et Philippe le Bel profite alors de ces informations pour ordonner une enquête et ainsi, le 13 octobre 1307, les sergents de Philippe le Bel s’emparent de la quasi-totalité des Templiers en France. Presque tous les autres États européens suivent le mouvement. D’après les documents de l’enquête pontificale, qui contiennent jusqu’à cent vingt-sept rubriques, les Templiers étaient accusés principalement de simonie (Trafic criminel des choses saintes), d’hérésie, d’idolâtrie, de magie et de sodomie. Accessoirement, ils furent accusés d’imposer à leurs néophytes le reniement du Christ, le crachat sur le crucifix et le don de baisers obscènes. Les prêtres, en célébrant la messe, auraient omis volontairement de consacrer les hosties ; ils n’auraient pas cru à l’efficacité des sacrements.

Enfin, les Templiers se seraient adonnés à l’adoration d’une idole dite « Baphomet » (tête humaine dont nous parlerons plus loin) ou d’un chat ; ils auraient porté nuit et jour, sur leurs chemises, des cordelettes enchantées. Le réquisitoire représentait tous ces crimes comme commandés par une Règle secrète.

Le Concile de Vienne de 1311-1312 examine l’affaire des Templiers, mais la majorité des cardinaux conclut que rien ne démontre la culpabilité de l’Ordre et qu’il faut à nouveau entendre ses représentants. Sous la pression de Philippe le Bel, le Pape officialisera la suppression de l’Ordre le 22 mars 1312 par la bulle pontificale « Vox in excelso ».

« Considérant donc l’infamie, les soupçons et les insinuations bruyantes et autres choses précitées qui se sont élevées contre l’ordre, et aussi la réception secrète et clandestine des frères de cet ordre ; que nombre de ces frères se sont éloignés des coutumes générales, de la vie et des habitudes des autres fidèles du Christ, et ceci surtout quand ils recevaient d’autres [hommes] parmi les frères de leur ordre ; [que] pendant cette réception, ils faisaient faire profession et jurer à ceux qu’ils recevaient de ne révéler à personne le mode de leur réception et de ne pas quitter cet ordre, en raison de quoi des présomptions se sont fait jour contre eux ;

Considérant en outre le grave scandale que ces choses ont fait naître contre l’ordre, qui ne semblait pas pouvoir s’apaiser tant que cet ordre subsistait, et également le danger pour la foi et les âmes ; que tant de choses horribles ont été commises par de très nombreux frères de cet ordre […] qui sont tombés dans le péché d’une atroce apostasie contre le seigneur Jésus-Christ lui-même, dans le crime d’une détestable idolâtrie, dans l’exécrable outrage des Sodomites […] ;

Considérant également que l’Église Romaine a parfois supprimé d’autres ordres illustres pour des faits bien moindres que ceux ci-dessus mentionnés, sans même qu’un blâme soit attaché aux frères : non sans amertume et tristesse de cœur, non pas en vertu d’une sentence judiciaire, mais par manière de provision ou d’ordonnance apostolique, le susdit ordre du Temple et sa constitution, son habit et son nom par décret irrévocable et valable à perpétuité, et nous le soumettons à une interdiction perpétuelle avec l’approbation du saint concile, interdisant formellement à quiconque de se permettre à l’avenir d’entrer dans ledit ordre, de recevoir ou de porter son habit, ou d’agir en tant que Templier. Quiconque transgressera ceci encourra la sentence d’excommunication ipso facto.

En outre, nous réservons les personnes et les biens de cet ordre à l’ordonnance et disposition de notre siège apostolique, dont, par la grâce de la faveur divine, nous entendons disposer pour l’honneur de Dieu, l’exaltation de la foi chrétienne et la prospérité de la Terre Sainte avant la fin du présent concile ».

La bulle « Ad providam » du 2 mai décrète que les biens du Temple passeront aux mains des Hospitaliers.

Le Pape Clément V soutient le roi de France et ainsi, en 1314, Jacques de Molay (22e Grand Maître), Geoffroy de Charnay (Percepteur de Normandie) et 37 chevaliers de l’Ordre furent brûlés vifs à Paris sur l’île aux juifs. Godefroi de Paris fut un témoin oculaire de cette exécution. Il écrivit dans sa Chronique métrique (1312-1316), les paroles du maître de l’ordre : « Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement ; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamnés à tort : Dieu vengera notre mort ». Nous sommes loin de la diatribes de Molay version Rois Maudits de Druon.

En Allemagne, les Templiers furent acquittés et intégrèrent d’autres ordres. En Espagne, les Templiers se réfugièrent dans l’Ordre de Calatrava et un nouvel ordre fut créé, celui de Montesa. Au Portugal, les Templiers furent acquittés et fondèrent l’Ordre du Christ (Vasco de Gama et Henri le Navigateur en furent membres). Il est à noter que les navires de Christophe Colomb portaient la Croix pattée templière et que lui-même était marié à la fille d’un ancien Grand-Maître de cet ordre.

L’Ordre du Temple : histoire, Spartakus FreeMann, 2008

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