Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 27 octobre 2019

Analyse d’expériences initiatiques selon l’Alchimie par Victor Brayable.

Le verbe en l’homme, méthode d’analyse initiatique, l’Oeuvre au blanc :

Ce n’est pas une certitude que nous proclamons, ni un dogme que nous établissons (alors qu’il devrait être établit ontologiquement), lorsque nous nous attachons à construire une pensée sur l’Etre qui s’émane de nous. Il semble que le voyage de l’âme dans les différents plan de l’existence constitue une expérience bien probante quant à l’analyse des répercutions verticales de haut en bas, de l’énergie divine.

La métaphysique ne peut être résolue par l’acte même de penser en soi mais par la contemplation du penser « de soi ». La philosophie atteindra donc le mûr de l’entendement plein plus vite que la poésie en tant que transmission de l’absolu de l’intérieur, l’extérieur en l’autre. Le problème de la cosmogonie porte depuis les inquisitions scolastiques un poids d’une lourdeur incommensurablement inaccessible à l’homme dans son état individuel, pour ne pas dire actuel. L’analyse gnostique de la place des hypostases entre elles n’est pas fausse mais incomplète par définition. En effet, l’homme n’a pas le pouvoir de vision à l’infini et ne peut que s’efforcer à incorporer en projetant par l’esprit des éléments à proximité de l’objet étudié sensé être universalisé. La systématisation étant de ce fait inutile voir fausse.

C’est la raison pour laquelle notamment, ce type de raisonnement propre à la réflexion corrélative a engendré le concept de dualité dont sa prépondérance a provoqué la mort de la philosophie en tant que telle. Nous soulignons donc qu’il est nécessaire d’être « empiriste attentif » plutôt que « théoricien passif » lorsque nous nous laissons guider par la quête de l’être en tant qu’être.

expériences initiatiques selon l'Alchimie

La démarche nous mène sur un centre de réflexion concernant la volonté des premières communautés chrétiennes gnostiques d’avoir défendu le principe d’un Dieu double, ayant portée cette idée à travers les âges en commençant par l’avoir spoliée aux initiés grecs tout en l’ayant mal interprétée et ainsi mal fait fusionner avec l’essence de la constitution de l’Eglise de Rome (comme le démontre le concile de Nicée). Cependant, l’idée d’une double manifestation de Dieu, une dans la transcendance (YHVH) et l’autre dans l’immanence (Eloïm, le démiurge), possède l’intelligence propre à la conclusion d’une observation quotidienne concernant l’initiation.

En effet, lorsque le prétendant à l’Adeptat entame un régime d’albification, la possibilité qui s’offre à lui (l’exploration de contrées astrales sous plusieurs plans) est d’autant plus nécessaire qu’elle l’aide à acquérir des essences idéales, et ainsi des confirmations, propre aux sphères supérieures quant à son questionnement humain sur la place de Dieu dans la création. Il remarque, lorsque son état de centre provisoire lui permet, que La beauté cachée par le voile d’Isis, le mercure obscurcit par l’ombre de l’Athanor, est en fait cette énergie vitale, attisée par le feu secret, conséquence du rejet de l’Etat absolu de chaos primordiale, de l’œuf opaque au néant, d’une part de lui-même que l’on nomme verbe.

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Ce souffle, remontée par notre respiration, sort et rentre par les chemins des lettres hébraïques, marquant ainsi son empreinte divine dans les entrailles de l’âme du philosophe, permet au clairvoyant d’avoir la vision d’un être « qui s’enfuit », pourchassé à la fois par les flammes de l’enfer de l’illusion, du faux-semblant, mais aussi par son maître en quête d’Unité, à savoir l’homme microcosmique et l’Univers macrocosmique. La force attractive du bas manifesté intérieurement dans cette parole est de type luciférienne dans sa correspondance symbolique. Celle qui l’attise vers le haut tout en s’incarnant en elle, est de type angélique ou « daemonique » ; en l’homme, elle peut s’exprimer par la manifestation équivalente et synchronisé de la double nature de l’une de ses natures doubles (par exemple, la sorcière de son anima, et le tyran de son animus pour reprendre les images de Jung).

L’action de ses deux forces opposée sur le verbe, c’est ce que nous appelons « l’étirement de l’être », l’amour exprimé dans l’émotion mystique étant ici, le réceptacle complet de cette opération, l’œil de Horus qui observe sans agir, dans la crainte de la colère de l’être blâmant le voyeurisme astral. Cette essence à la fois substance, verbe qui voyage à une vitesse époustouflante, peut donc être considéré comme le démiurge fuyant l’absolu pour tisser la trame du monde et enfin pour intervenir dans le Christ, hypostase stellaire de l’amour en tant que sphère créatrice, Tiphereth en tant que croisement de l’univers. L’expérience initiatique, notre verbe agissant en nous comme il agit à plus grande échelle dans l’univers, prouve que l’intuition d’un concept fondamental pour une doctrine n’est ni l’opposé d’une réflexion dialectique impassible, ni la simple observation menant à la création mégalomane de lois physiques, mais bien la découverte, l’étude, et la retranscription (malheureusement incomplète) d’un principe agissant, une part de vie naviguant sur tous les affluents du fleuve de l’étant.

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D’après nos analyses, il est par conséquent faux, d’affirmer que les capacités d’analyse psychique acquises lors de la petite médecine doivent être consciemment mises de côtés, en effet, c’est bien grâce à elle qu’il nous a été permis de résoudre un problème fondamental. Nous avons pu « connaître ce qu’il se passe » faute de pouvoir à ce degré, le savoir.

Attachons nous pour mieux guider l’initié qui nous lit, de faire savoir le mécanisme qui permet un tel comportement d’étude. Il sera décrit initiatiquement comme un processus alchimique : l’Oeuvre au blanc. La putréfaction permettant l’avènement individuel de l’état primordial chaotique au sein de l’Etre du philosophe du feu encore néophyte devant le temple, est permise par l’action du feu secret apparenté à l’instinct naturel, au dévoilement de la nudité psychique (les métaux impurs sont éjectés de la prima materia pour former la véritable materia prima). Ces flammes de la passion, le mouvement archétypique masculin féminisé (le jaillissement de la mer divine intervenant grâce à la séparation élémentale, la rupture par le glaive de St Michel du rocher de l’étant), sont caractérisées aussi par le lion rouge, fougueux, parcourant les marécages de l’inconscient, qui s’emballe dans sa course frénétique vers l’autre polarité du sujet.

Il est nécessaire pour atteindre la blancheur psychique (la sublimation du vice, l’émanation de la quintessence, la remontée contradictoire du verbe) de freiner cet animal terrible, de prendre le taureau par les cornes selon l’image le mythe de Mithra. Ainsi, la mer flasque se congèle par le froid provoqué par l’enlèvement du feu des philosophes , phénomène d’autant plus accentué à cause du regard inquisiteur du spiritus mundi opérant une coagulation sévère en jouant du soufre. Le scel philosophal naît ainsi de la réconciliation de deux principes, de la suppression de la contradiction psychique (et non spirituelle : cela est propre à l’œuvre au rouge). Le sujet alors imprégné de son anima, cherche son animus en calmant ses pulsions. L’anima mundi (Binah) devient dès lors le contenant pouvant être fécondé par la sagesse masculine, les rayons lumineux du Soleil cosmogonique (Hokmah).

Il est intéressant de remarquer par analogie, les différents symboles parcourant les civilisations, désignant cette œuvre fondamentale pour l’Univers. Pour l’Hermétisme grec, l’enfant philosophal naît de l’union de la syzygie primordiale incarnée à un taux vibratoire de type astral dans l’inconscient. La renaissance acquise par la petite médecine, achèvement de l’initiation royale, étape de l’initiation sacerdotale, porte une toute autre cause d’après le système Judéo Chrétien ésotérique : c’est l’union de 5 hypostases séphirothiques (Kether, Hokmah, Binah, Guedulah, Hesed) via la transparence de Daath, qui produisent le Christ en tant que Dieu (d’après la Kabbale Chrétienne). Il est d’autant plus intéressant de remarquer que le 5 représente la perfection incarnée en l’homme (le symbole du pentagramme) et que le 6 marque la triade divine en son reflet (L’hexagramme, le talisman de Salomon)… Il semble nécessaire de distinguer deux passages dans la vie du Christ (en prenant pour référentiel ontologique, l’état d’homme du Christ, et non son essence divine) : avant sa crucifixion et après. Avant le supplice de la croix, nous assimilons le Christ comme enfant philosophal, lors de sa crucifixion et de sa résurrection, le Christ rejoint le principe solaire par une voie verbale directe (incompréhensible pour l’esprit humain), il est alors phoenix naissant des cendres, symbole de l’œuvre rouge propre à l’initiation sacerdotale.

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Dans De turba philosophorum, nous pouvons lire : « les corps qui étaient morts se relèveront des tombeaux, et seront glorifiés » dans une relecture des Evangiles… C’est bien dans ce corps d’enfant, conséquence de la première mort initiatique, que le verbe agit, monte et descend pour organiser les diverses vibrations de l’être. De ce fait, il n’est pas rare d’observer des comportements étranges de type mystique chez l’initié : crise d’illumination, sensibilité accrue, détection de formes supérieures, condensation de superposition de ces formes. Il est ainsi livré à lui-même, et ce corps subtil s’élevant de l’athanor ne possède pas encore les qualités requises au contrôle de sa puissance.

C’est la raison pour laquelle il est conseillé de fermer les cloisons du contenant pour éviter l’échappée mystique de l’âme du sujet (l’athanor doit être hermétique dans l’œuvre alchimique, si vous me permettez le jeu de mot…). Néanmoins, le lâcher prise nécessaire à l’exploration de la vérité nécessite une telle décision. Le néophyte doit se laisser aspiré par la lumière qui éclaire sa vie (lux naturae). »

Analyse d’expériences initiatiques selon l’Alchimie, extrait de « La mystique du grand oeuvre » de Victor Brayable (1983).

Illustration : Frère Bacon, alchimiste anglais, équilibrant les éléments – Michael Maier, 1617. ©TopFoto / Roger-Viollet. Extrait du site du Musée Historique de l’Environnement Urbain.