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Le Troisième Terme de la Trinité et la Messe d’Or par Pierre Geyraud.

— J’ai lu, madame, et avec, beaucoup d’attention, je vous assure, les deux gros livres : La Lumière du sexe et le Mystère de la pendaison, où vous exposez votre religion nouvelle. Eh bien, malgré les croquis nombreux qui accompagnent leur texte, je n’oserais pas dire que je les ai compris.

Mon interlocutrice est une femme d’une cinquantaine d’années peut-être, au front intelligent sous des cheveux blonds, aux yeux d’un étrange bleu vert singulièrement profonds et vifs. C’est Mme Maria de Naglowska (il ne s’agit pas là d’un pseudonyme). Elle est assise sans façon sur son lit, dans sa modeste chambre de l’Hôtel de la Paix, 225, boulevard Raspail. Elle en est à sa quatrième cigarette depuis le début de notre entretien.

— Pourtant, me dit-elle, mes conférences du Studio Raspail ont dû vous fournir des éclaircissements. Et aussi notre conversation de l’autre jour, à la Rotonde. Mais je suis contente d’avoir un entretien complémentaire avec vous, ici-même. Nous y sommes plus tranquilles qu’à l’American Hôtel, 15, rue Bréa, où je reçois tous les soirs de 5 à 7.

— Les grandes lignes de votre système ne m’échappent pas. En somme, votre religion est la religion du Troisième Terme de la Trinité. Le premier terme est Dieu le Père, que nous a révélé la religion judaïque. Le deuxième terme, c’est Dieu le Fils, incarné en Jésus, que nous a révélé le Christianisme. Le troisième, c’est, non pas le Saint-Esprit, comme on pourrait s’y attendre, mais le sexe.

— C’est bien cela.

— Aussi n’ai-je, pas compris pourquoi vous appelez vos mystères l’initiation satanique. Que vient faire Satan dans cette galère du sexe?

— Nul ne peut comprendre d’emblée pourquoi le sexe confère la connaissance, c’est-à-dire Satan régénéré, que nous appelons Lucifer. Mais je vous conseille, pour vous mettre en état de réceptivité, de faire de fréquentes méditations matinales en l’église Notre-Dame-des-Champs.

— Pardon ?

— Oui, car, depuis 1929, un centre occulte et bénéfique s’est formé au-dessus du clocher de cette église. Elle est en effet située, comme notre Temple du Troisième Terme, au cœur de Montparnasse. Or, c’est en Montparnasse que doit s’effectuer le passage du Deuxième au Troisième Terme.

Du Christianisme à la religion du Sexe, n’est-ce pas ?

— Oui.

Je regarde cette femme assise sur son lit. Une étonnante chasteté s’irradie de sa personne. On la sent au-dessus des sens, au-dessus des étranges rites charnels qu’elle préconise en public, au-dessus du langage, précis et cru comme un langage de Père de l’Eglise, qu’elle tient tranquillement dans ses conférences. Et elle est également au-dessus de l’esprit de lucre.

Avec bien des réticences, elle me raconte sa vie. Elle appartenait à une famille riche et noble des Karpathes. Elle vivait dans un beau château, que la guerre a détruit. Elle a connu Raspoutine, dont les yeux étaient verts, comme les siens.

— Ah ? Raspoutine, sauf erreur, initiait son entourage féminin à la chasteté par des rites, comment dirai-je ?

— Oh, monsieur ! aucun rapport ! Mon initiation, moi, je la dois à une haute inspirée.

Mais elle se dérobe à toute précision.

Passons ! Elle a épousé, après son initiation, M. Naglowski, riche Polonais, avec qui elle a vécu dans le Caucase, et qui lui a donné un fils : un jeune homme qui ne paraît pas comprendre grand’chose à l’enseignement de sa mère, quoiqu’il en soit un auditeur assidu.

— Vous devriez, vous aussi, recevoir l’initiation, monsieur ! Ah ! naturellement, il faut un long effort, beaucoup d’énergie, beaucoup de patience. Mais elle vous donnerait une puissance inconnue.

— Quelle puissance ?

— Quelle puissance ? Pouvez-vous me le demander ? Tenez, il faut que vous assistiez à certaines choses, pour être convaincu. Je vous écrirai dès que ce sera possible.

— Qu’est-ce que je verrai ?

— Quand vous aurez vu la boule de feu, la tête de feu, rouler dans mes mains, quand vous aurez vu la Colonne lumineuse, serez-vous enfin convaincu ? Ah ! il faut que vous voyiez cela ! Il faut que vous voyiez ce qu’on peut faire avec les forces que l’on déclenche quand on se tient par la main pour faire la chaîne magique ! et aussi ce que je réussis, par l’équerre magique!

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— L’équerre magique ? Du diable (régénéré ou pas) si je sais ce que ça veut dire !

— Oui, l’équerre magique ! Je la réaliserai avec vous, quand vous serez initié ! Je me coucherai nue à vos pieds tandis que vous resterez debout. Enfin, vous verrez ça ! Je vous écrirai ! Et vous pratiquerez un jour avec moi le rite magique de la pendaison dont vous avez lu l’exposé dans mon livre, et qui vous révélera Lucifer !

— Très peu pour moi ! Mais comment osez-vous pratiquer en public ce rite étrange, dont j’ai lu la liturgie dans votre livre ? Comment osez-vous vous présenter en prophète du sexe, même devant votre fils qui assiste à vos leçons, et avec qui j’ai bavardé la dernière fois ?

— Mais, monsieur ! qu’y a-t-il là de répréhensible ? Il faut que la prêtresse d’amour ait la vocation, c’est-à-dire qu’elle puisse se donner avec la même ardeur physique à tous les mâles qu’elle allume. Mais il ne doit pas être nécessaire qu’elle les aime, les estime ou les admire individuellement, car, en chaque homme, elle doit savoir aimer, vénérer et même adorer le Parfait de l’avenir. Elle donne son corps en sacrifice. Elle doit mettre dans cette création le même dévouement que celui d’une religieuse.

— Quel programme !

— Ce n’est donc pas l’affinité physique réciproque entre deux corps qui contribuera nécessairement à la qualité magique de l’union, mais la sincérité du sentiment religieux, qui animera la prêtresse. Elle ne doit pas donner son corps pour son plaisir égoïste, ni pour assouvir en elle une passion banale, ni en vue d’une sensation passagère, mais comme une prière, une offrande pour la réalisation de l’idéal, sa seule passion, bien plus puissante, bien plus éternellement ardente et élevée comparée aux passions qu’elle n’aura plus pour un seul homme, si séduisant soit-il.

— Vous avez donné, dans vos écrits et dans vos cours, le. comment dirai-je ? la technique de cet art religieux.

— La prêtresse idéale doit savoir vibrer en résonance avec toutes les vibrations mâles qu’elle suscite, si diverses soient-elles.

— Etrange.

— Etrange peut-être, mais combien efficace ! Car j’assume en moi, pour des fins supérieures, les effluves magnétiques déchargés par le rite. Vous verrez cela, quand, avec des initiés spécialement préparés à ce sacrifice — vous serez quelque jour du nombre, j’espère — je célébrerai enfin la Messe d’Or ! La Messe d’Or, où sept hommes accomplissent le rite successivement avec trois femmes, pendant que les assistants chantent des cantiques.

— Oh !

— En attendant, venez donc, mardi prochain, à la Messe d’Or préliminaire : j’y conférerai le grade du premier degré à deux adhérents.

Le Troisième Terme de la Trinité
Maria de Naglowska – Le Troisième Terme de la Trinité – Photo publiée dans l’article de Geyraud.

***

Le « Studio Raspail », 46, rue Vavin.

Au rez-de-chaussée, au bout d’un couloir, une petite salle de conférences, à peine éclairée, pleine de fidèles et de curieux. Un tableau mural représente l’évolution ternaire de l’humanité ; un autre schématise l’union des sexes et les influx nerveux et magiques qu’elle détermine.

Un autel a été dressé sur deux gradins : c’est une petite table recouverte d’une nappe. Tout près, Maria de Naglowska est assise dans un fauteuil, vêtue d’une robe d’or et couronnée d’un diadème. Devant elle, tournant le dos au public, les deux ordinands sont debout dans la pénombre.

L’un d’eux, un jeune homme au teint brun, aux cheveux noirs, s’avance près de la table, tourne vers les spectateurs sa face énergique et fait signe qu’il va parler.

— C’est Frater Lug, murmure-t-on.

Frater Lug ? Mais non ! C’est Claude d’Ygé. Un jeune érudit, qui vient d’être libéré du service militaire. Un prêtre gnostique. Un conférencier disert. Lui, ici ? Et pourquoi a-t-il pris ce nouveau pseudonyme ?

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Sa voix forte scande ce poème qu’il a composé pour la circonstance :

Oh ! ce monde de fièvre et d’inlassable effort!

Rué à poumons lourds vers je ne sais quels buts inquiétants !

Monde promis pourtant aux Messes d’Or

A des lois claires, à des lois simples,

Mais qu’il ignore encore,

Et qu’il faut pourtant qu’il exhume

Une à une du fond des brumes.

On applaudit. La Grande Prêtresse se lève et remet dans la main gauche de chacun des deux postulants, maintenant debout au milieu de la salle et face aux ouailles, une timbale d’argent, contenant un peu de vin.

— C’est le symbole de votre sang fécondateur, explique-t-elle avec solennité.

Un cantique s’élève, formé des voix un peu hésitantes de jeunes femmes et de jeunes hommes :

Une nacelle en silence

Vogue vers le lac d’azur

Tout doucement elle avance

En berçant des rêves purs…

Quelques personnes, parmi les spectateurs, s’associent au chant du chœur :

Avancez, la marche sûre,

Vers l’éclat de cet autel…

Plus de signes ni de symboles

La clarté des choses vraies !…

Naglowska s’avancé vers les deux jeunes hommes, qui élèvent vers elle leur timbale. Elle bénit le vin symbolique.

— Par ce geste, dit-elle, la force transformatrice de la femme, qui est en moi, se mêle très réellement, en ce moment même, au principe primordial viril qui est en chacun de vous deux Hommes.

Lentement, avec des gestes et des pas d’une liturgie étrange, elle recule vers l’autel et prononce ces mots :

— Vous tous, qui assistez à cette Messe d’Or préliminaire, écoutez-moi !

Les deux éléments, masculin et féminin, combinés maintenant en moi, je les projette sur vous tous, par une émanation magique.

La houle mystérieuse de l’Esprit passe sur l’auditoire silencieux et saisi d’émotion. Une jeune femme, le visage crispé, a tout l’air d’épier au fond de son âme les effets de cette fécondation occultiste.

La prêtresse, toujours à reculons, gravit majestueusement les deux gradins de l’autel; et elle s’étend sur la Table Sacrificatoire, la tête à l’Ouest, les pieds à l’Orient. Un silence. Elle demeure inerte et ne tarde pas à se figer dans un assoupissement magique.

Alors, Claude d’Ygé s’approche d’elle et de sa voix ferme et convaincue, il prononce sa profession de foi :

DECLARATION DE L’ADMIS AU BAPTEME T.T.T.

J’adhère — parce que telle est ma volonté d’homme conscient et libre — à la doctrine du Troisième Terme de la Trinité, annoncée par Maria de Naglowska, grande prêtresse du Temple du Troisième Terme.

Je reconnais avoir accompli, à travers les siècles et les générations, les deux Termes précédents : le Judaïsme et le Christianisme, dont je retiens les deux flambeaux allumés : le flambeau de la Raison et le flambeau du Cœur. Je jure de m’efforcer par tous les moyens à

allumer en moi, avec l’aide de la femme qui saura m’aimer d’amour vierge, le Troisième Flambeau, celui du Sexe, conférant la lumineuse connaissance de Lucifer, ou Satan régénéré.

Je me défendrai de me perdre dans la femme impure. J’accomplirai le rite de la Nature selon les enseignements du Troisième Terme de la Trinité, qui ne tolère pas les malsaines vibrations perverses, mais conseille très sagement à l’homme qui se respecte d’être le Seigneur éclairé et non l’esclave de la femme.

Je rechercherai avec mes compagnes l’acte érotique initiatique, lequel, en transformant la chaleur en lumière, réveille Lucifer dans les ténèbres sataniques du mâle.

J’ai lu et j’ai compris les deux volumes initiatiques qui contiennent la Doctrine du Troisième Terme de la Trinité : La lumière du Sexe et Le Mystère de la Pendaison. M’appliquant moi-même à l’art d’écrire: je me propose de contribuer par mes travaux futurs à la gloire du Troisième Terme et à la magnificence de notre Humanité.

J’accepte le baptême qui m’est donné en cet instant, avec respect, joie et reconnaissance.

Devise : « Vers la Connaissance, à travers l’Amour. »

Signé : Frater LUG.

Alors, tandis que le chœur chante un autre cantique :

En cette tombe vivante,

J’ai déposé mon sang.

Je suis rebelle à son ombre

Je veux, je veux la Lumière,

Les deux baptisés boivent lentement le vin magnétisé. Et ils jettent dans la salle la coupe vide : « car elle est le symbole, explique Frater Lug, de l’enveloppe dont nous sommes sortis, et dont nous n’avons pas besoin puisque notre nouvelle naissance est’ accomplie par la vertu de la liqueur absorbée ».

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Et les deux baptisés se placent à la droite de l’autel.

Brusquement, le fils de Mme de Naglowska tourne les commutateurs : la salle s’illumine.

Avec une lenteur hiératique, la Grande Prêtresse sort de son assoupissement et se dresse devant l’assistance. Sa robe d’or et son diadème étincellent sous les ampoules électriques. Ses yeux prennent une fixité prophétique.

Aux chants harmonieux du chœur, elle descend lentement de l’autel :

— Et maintenant, je vais procéder au lavage des pieds des Nouveau-Nés.

Déjà ceux-ci se sont déchaussés. On apporta une aiguière et une cuvette.

Maria de Naglowska se penche. On entend des clapotis, puis la voix de la Prêtresse

— Celui qui a reçu le baptême de la Troisième Ere est appelé, plus que tout autre, à descendre dans le marais où grouillent les horreurs de toutes sortes : il faut donc fortifier la plante de vos pieds par une magnétisation spéciale, afin que la marche dans la boue ne vous soit pas néfaste.

Et, d’un linge de soie blanche, Naglowska sèche les pieds de ses deux fils spirituels.

Ensuite, elle prend place dans son fauteuil, et, d’une voix claire et forte, elle donne lecture de cette déclaration :

Ce mardi, 5 février 1935,

Nous,

Maria de Naglowska, Grande Prêtresse du Temple de la Troisième Ere,

Affirmons que :  M. Claude Ygé, ayant prouvé son ardeur sincère pour la construction du

Temple de la Troisième Ere de notre Triangle Historique, est admis aujourd’hui, en vertu de baptême rituélique de notre Religion du Troisième Terme de la Trinité, au grade de « Balayeur de la cour ».

Que le courage soit en lui !

Signé : Maria de Naglowska. Paris, 46, rue Vavin.

Elle baise au front Claude d’Ygé et lui remet un diplôme de Balayeur de la Cour N° 1 : outre le certificat d’admission au baptême, il y est mentionné la déclaration qu’il a lui-même prononcée.

La cérémonie se renouvelle avec le Balayeur de la Cour N° 2.

La consécration est faite. Maria de Naglowska, déclare :

— Nous pouvons dire maintenant que la Religion, du Troisième Terme de la Trinité est effectivement constituée. Car une religion existe lorsque celui ou celle qui l’apporte a le bonheur de donner publiquement le baptême au moins à deux candidats.

« Avant ce premier événement, la Doctrine est sans vie réelle.

« Nous voulons espérer que d’autres candidats se présenteront maintenant pour être consacrés.

« En attendant, la Messe d’Or préliminaire sera célébrée maintenant tous les premiers et troisièmes mardis de chaque mois, ici-même, au Studio Raspail.

Une action de grâce finale, et les amis et adeptes suivent Maria de Naglowska à la Coupole (car la Rotonde, où elle fréquentait, ne veut plus la recevoir, je ne sais pourquoi); et la réunion enthousiaste s’y prolonge jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Le Troisième Terme de la Trinité, Pierre Geyraud.

Marianne, 6 janvier 1937.

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