Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 19 février 2017

La Clé de la Magie Noire : L’Équilibre et son Agent par Stanislas de Guaita

Chapitre I de La Clé de la Magie Noire

Ouvrez le Livre de Thoth au huitième feuillet [1]. Thémis qui, trônant entre deux colonnes, tient ferme en sa droite le glaive et les balances dans sa main gauche, vous révélera l’arcane de l’universel équilibre.

Les deux plateaux qui se font contrepoids symboliseront pour vous :

1 — Dans le monde divin, les nuptiales harmonies de la Sagesse et de l’Intelligence [2] ;

2 — Dans le monde psychique, l’union salutaire et féconde de la Miséricorde et de la Justice ;

3 — Enfin, dans le monde hylique [3] ou astral (substratum du monde matériel), ces deux plateaux seront pour vous l’emblème des deux Puissances mâle et femelle génératrices du Cosmos, lui-même androgyne ; c’est à savoir d’Hereb et d’IônahPour rester fidèle à la terminologie des Kabbalistes zoharites (en suspendant la balance séphirothique dans le troisième monde au clou de Yésod, יסוד,comme nous l’avons fait dans les deux premiers aux clous de Kether et de Thiphereth), il nous faudrait écrire Hod, הוד, et Netzach, נצח, au lieu d’Hereb, ערב, et d’Iônah, יונה. Mais aux mots sacrés de la Kabbale, nous préférerons toujours, quand l’occasion se présentera d’en faire usage, les hiérogrammes originaux de Moïse, d’une précision ésotérique bien supérieure. Ne mettons jamais en oubli ce fait, que le Zohar, livre fondamental et sacré de la Kabbalah, n’est (si sublime soit-il et révélateur) qu’un humble commentaire du Pentateuque mosaïque, et principalement de la Genèse. Il est écrit d’ailleurs en dialecte de Jérusalem, c’est-à-dire en hébreu dégénéré, principes des deux forces centripète et centrifuge, qui se manifestent : la première par le Temps, créateur et dévorateur des formes transitoires ; l’autre, par l’Étendue éthérée. L’Étendue est Rhéa, (épouse de cet implacable Kronos, dont le rôle est d’évertuer sans trêve la substance plastique qui est en elle, de l’élaborer et de la condenser en d’éphémères modes de matière diversement spécifiée, vivante et protéenne à l’infini).

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La Clé de la Magie Noire : L’Équilibre et son Agent

Ce que de pareilles notions peuvent offrir d’étrange et d’énigmatique à l’esprit, sera tiré au clair par la suite.

Quant au glaive qui charge la main droite de Thémis, il symbolise la Puissance et ses moyens d’action, à tous les degrés et dans tous les Mondes. — Pour nous en tenir au plan astral, qui nous occupe ici, ce glaive est celui du collectif Kéroubîm, image de l’Éther instrumental et potentiel, qui détermine et maintient l’équilibre cosmique.

Ce mystérieux agent compte ses noms par centaines. — C’est, au dire des Kabbalistes, le serpent fluidique d’Asiah. — Les vieux platoniciens y voyaient l’âme physique du monde, qui tient enclose la semence de tous les êtres, et les Gnostiques Valentiniens le personnifiaient en Démiurge, « l’ouvrier inconscient des mondes d’en bas ». — Au gré des hermétiques, c’est, suivant le point de vue, la Quintessence des éléments, l’Azoth des Sages (ou ☿ fécondé par ▵), ou encore le Feu Secret, vivant et philosophal. — C’est, pour les magiciens, l’Intermédiaire des deux natures ; c’est le Médiateur convertible, indifférent au Bien comme au Mal, et qu’une volonté ferme peut plier à l’un comme à l’autre. — C’est le diable enfin, si l’on veut ; c’est-à-dire la Force substantielle que les sorciers mettent en œuvre pour leurs maléfices.

Puissance inconsciente par elle-même, mais propre à réfléchir toutes les pensées ; Puissance impersonnelle, mais susceptible de revêtir toutes les personnalités ; Puissance envahissante et dominatrice, que l’adepte peut néanmoins pénétrer, contraindre et subjuguer, — et ce, dans une mesure plus stupéfiante encore que ne l’imaginait le populaire superstitieux au beau temps des Lancre et des Michaelis : c’est, en un mot, la lumière astrale, ou Médiateur plastique universel.

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Ce chapitre fera connaître au Lecteur averti la nature déconcertante et les modes d’activité de cet agent effectif de l’équilibre de ce mysticum robur que les scélérats de la Goëtie ont personnifié monstrueux à leur propre image, avec les stigmates distinctifs de l’animalité, vers laquelle eux-mêmes régressent. Si bien que le poète Piron a pu, pour leur plus grande joie, crayonner, en huit vers drolatiques, le portrait du Diable d’enfer — sans le flatter, il est vrai ; mais sans qu’il ait droit aussi de récuser la ressemblance :

Il a la peau d’un rôt qui brûle,

Le front cornu,

Le nez fait comme une virgule,

Le pied crochu,

Le fuseau dont filoit Hercule

Noir et tordu,

Et, pour comble de ridicule,

La queue au cu.

La Clé de la Magie Noire : L’Équilibre et son Agent, par Stanislas de Guaita

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Notes

[1] Huitième clef du Tarot : la Justice.

[2] Le français n’étant pas une langue sacrée, la plupart des mots de cet idiome sont arbitrairement dévolus aux genres masculin ou féminin ; or le hasard et l’intuition vague ne peuvent toujours tomber juste. Il ne faut donc pas trop s’étonner qu’il soit question des noces de la Sagesse et de l’Intelligence, et plus bas, de l’union féconde de la Miséricorde et de la Justice. Ce sont là termes kabbalistiques. Or, dans la classification des ternaires séphirothiques polarisés, que nous visons en ce passage, Hochmah, חכמה, (la Sagesse) est marquée du signe mâle et positif, comme aussi Hesed חסד (la Miséricorde) ; — et ce, par opposition à Binah, בינה (l’Intelligence) et à Geburah גבורמ (la Rigueur, la Justice), qui sont marquées du signe féminin et négatif. (Voir n’importe quel traité de Kabbale).

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[3] Ésotériquement, Hylé, Υλη,veut pas dire matière brute, sens très restreint qui lui est vulgairement dévolu. — Hylé des philosophes grecs, et des rabbins initiés, signifie : substance en fermentation, matière subtile en travail. (Consulter Fabre d’Olivet, La Lang. hébr. rest., II, 77 ; — Drach : l’Harmonie entre lÉglise et la Synagogue, I. 56 — et l’Hist. du Manichéisme de Beausobre, II, 268).