Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 16 août 2019

MANUSCRIT DU DOCTEUR BOUGE DONNANT LE DÉTAIL DES OPÉRATIONS HERMÉTIQUES DE LA SOCIÉTÉ D’AVIGNON POUR LA FABRICATION DE L’OR PHILOSOPHIQUE.

Il existe à la bibliothèque Calvet d’Avignon un document autographe du doc­teur Bouge, frère illuminé, formant un manuscrit in-octavo de douze pages, donnant les procédés employés par les illuminés d’Avignon pour la réalisation du grand œuvre. Ce manuscrit est dans un dossier de documents divers, inscrit sous le n° 3080. Il contient les procédés pour la fabrication de l’or potable. Mais il y a, dit le docteur Bouge, deux sortes d’or potable : le vulgaire et le philoso­phique. Il donne d’abord le procédé du vulgaire, « duquel trois gouttes prises dans du vin ou du bouillon ravigotent la nature défaillante et servent de remède universel contre les plus grandes maladies qui peuvent attaquer le corps humain c’est le baume de santé et le bouclier de la vieillesse ». Néanmoins, ajoute-t-il, « tout cela n’est rien au respect de l’élixir des philosophes qui est leur pierre phi­losophale et leur médecine universelle», et il décrit le moyen de faire cet élixir des philosophes :

« Prenés dix parties du mercure des philosophes, mettés le dans un matras ou œuf philosophique, avec une partie d’or fin battu en feuilles ; l’or s’y dissoudra sur le champ. Scellés hermétiquement le vaisseau et mettés le au feu de lampe du premier degré, et dans quarante jours, c’est le noir plus noir que le noir du bienheureux Raymond Lulle et cette tête de corbeau dont parlent les philosophes. Mais après que cette noirceur a duré une quarantaine de jours, le matras com­mence à prendre peu à peu la couleur des cendres que les sages nous disent qu’il ne faut point mépriser, parce qu’elles sont le commencement de notre richesse, et ainsi, de jour en jour, la matière commence à devenir parfaitement blanche, et c’est pour cela qu’on nous dit: blanchissés le mauve, mais il faut pour cela augmenter le feu d’un degré. Après que la noirceur a duré quarante jours, le second degré de feu sera continué environ trois mois, comme l’a été le premier, ce qui fait en tout six mois entre le premier et le second degré. La matière ne de­vient pas seulement blanche, mais elle reçoit encore toutes sortes de couleurs, et c’est pour cela que les philosophes disent que l’on voit passer la queue du paon, après quoi on commence à donner le troisième degré de feu, que l’on continue environ un mois et demi, et la matière atteint la couleur citrine, d’où vient que nos maîtres disent qu’il nous faut jaunir au paon par le troisième degré de feu et finalement, il faut donner le quatrième et dernier degré de feu et le continuer aussi quarante jours, pour faire rougir la matière, ce qui fait en tout neuf mois de terre pour la perfection de ce magistère; à savoir: trois mois du premier degré de feu pour faire la dissolution, la corruption et la régénération de l’or jusqu’à la fin de la noirceur et au principe de la blancheur et, trois autres mois du second degré de feu depuis la fin de la noirceur jusqu’à la blancheur parfaite ; un mois et demi du troisième degré de feu pour passer de la blancheur au citrin, et fina­lement, encore un mois et demi du quatrième degré de feu pour passer du citrin au rouge, qui font en tout les neuf mois par quatre degrés de feu, comparés aux quatre âges de l’homme et aux quatre saisons de l’année par les philosophes.

Manuscrit du docteur Douce

La pierre au rouge – planche 22, Splendor Solis, XVIe siècle.

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« La matière étant donc parvenue au rouge, il n’est plus question que de faire des imbibitions avec votre lait virginal ou dissolvant, lier ou délier, dissoudre, congeler et nourrir l’enfant né du lait de sa mère et, par ainsy, vous ferés la multiplication en qualité, et par là elle devient pénétrante et fondante comme de la cire.

« Cela fait, vous fermenterés votre poudre en cette manière et la multiplirés en quantité : luttés très bien un matras dans lequel vous mettrés une once de votre ditte poudre fondante et trois ou quatre onces d’or fin en limaille; et après votre matras dans du sable sans le boucher, car alors la matière est très fixe et insépa­rable. Étant là, donnés lui le feu du quatrième degré durant vingt-quatre heures, en sorte que la matière demeure toujours fondue comme de la cire au fond du matras, après quoy vous oterés la matière du feu, étant toujours dans son vase; elle se coagulera et durcira au fond comme une pierre rouge ou comme un rubis et sera cassante comme un verre ou sel ; aussi est-elle le sel des philosophes. En cela vous aurés multiplié votre pierre en quantité, parce que l’or que vous avés ajouté à cette fermentation, et par ainsy avec une once de votre poudre rouge et quatre onces d’or, vous aurés quatre onces de poudre dont un poids va sur mille de mercure commun ou tel autre métal imparfait qu’il vous plaira, lequel il convertira en or parfait, meilleur que celui qui vient de la mine et, la seule pou­dre, prise au poids d’un seul grain, est ce grand remède qui guérit radicalement toutes les maladies et prolonge la vie de l’homme jusqu’au terme naturel que Dieu luy a prescrit. »

Manuscrit du docteur Bouge.

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