Dialogue entre la Nature et le Fils de la Philosophie EzoOccult

Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 19 février 2017

Dialogue entre la Nature et le Fils de la Philosophie par Egidius De Vadis

Préface par Bernard-Gabriel Pénot du Port

Qui recommande au Lecteur bienveillant un esprit de sincérité, avec de l’intelligence et de l’industrie dans le travail, ainsi qu’une bonne santé.

Je sais très bien que plusieurs personnes condamneront dans cette nouvelle édition la publication des trésors et des mystères de la Nature, en répétant cette maxime de l’Évangile : « Ne jetez pas de perles aux pourceaux… » et encore celle-ci : « Nous n’écrivons pas cela pour tout le monde, mais pour nous et les nôtres seulement… » et : « Nous le séparons du vulgaire par un mur épais et une forte serrure… ».

D’autres ne raisonnent pas ainsi, mais ils assurent que le temps n’est pas encore venu de publier ces choses. Il s’en trouve quelques-uns, car aujourd’hui l’envie de médire est infinie, qui ont à m’objecter de quel droit je découvre ces mystères, n’en étant pas l’auteur. D’autres enfin demandent que je prouve à quels signes on peut connaître la vérité de l’Art pour qu’on puisse avoir quelque confiance en ce que je dis.

Je savais et j’étais convaincu d’avance que, lorsque je publierais ces pages, il y aurait des gens sans humanité qui emploieraient la ruse, le ridicule ou tout autre moyen pour en empêcher l’impression. Plusieurs même les dénigrent déjà en aboyant contre elles, mais, quoique leurs cris aillent jusqu’à la folie, je ne pense pas qu’il y ait rien à faire à leur égard.

Dialogue entre la Nature et le Fils de la Philosophie

Integrae Naturae, Robert Fludd. Alchimie.

C’est une action très louable, tant envers Dieu qu’envers le prochain qu’on incite à la piété, que rien ne soit ôté, en les publiant, ni à la grandeur de la majesté de Dieu, ni aux bonnes œuvres du prochain qui pourraient être détournées si ces pages étaient cachées, ou empêchées si elles étaient interprétées de travers ou troublées si elles étaient éditées avec peu de soin.

Mais, pour ne pas devenir prolixe, je réponds d’abord aux objections.

Ces hommes rapportent et interprètent les passages de l’Évangile comme s’ils étaient les seuls dignes de ces dons de Dieu de posséder ces perles, et que les autres fussent des porcs indignes de ces biens. Aussi, nous qui les publions, nous sommes des voleurs et des dissipateurs de biens. Mais écoutez, je vous prie :

Nous, qui sommes véritablement les fidèles dispensateurs des mystères de Dieu, nous communiquons ces choses à ceux qui sont animés de l’amour de Dieu et de la charité envers le prochain et qui ambitionnent avec joie la connaissance des secrets mystères.

Et ceux au contraire qui les envient sont de véritables pourceaux ; parce qu’à la manière de ces animaux, ils mêlent aux excréments les meilleurs fruits, dont ils sont très avides, et ils sont très envieux à l’égard de ceux qu’ils citent en ne voulant pas les voir publiés, car, selon eux, les auteurs de ces traités n’ont pas écrit pour le public, mais pour eux seulement.

ARISTOTE, dont la physique avait ainsi été publiée, ne répondit-il pas à ALEXANDRE, roi des Macédoniens, comme si elle ne l’avait pas été ? Et les livres d’ARISTOTE n’en ont pas moins été imprimés.

Que dirons-nous du prophète arabe, le roi très expérimenté GEBER : n’a-t-il pas laissé un écrit de cette manière:

Nous publions à nous seuls l’Art recherché par nous seuls, et non pas ce qui provient des autres.

Les écrits de GEBER ne furent-ils pas mis par la suite sous presse ? Et même, c’est ceux-ci, et d’autres semblables, qui sont livrés au public afin qu’étant écrits ils soient utiles à tout le monde, et plus encore à ceux qui, doués, en retirent une plus grande lumière à mesure qu’ils y mettent plus d’application: les paroles pouvant être imprimées et publiées, mais l’Art de l’opération manuelle consistant uniquement dans l’expérience et les épreuves.

On ne saurait en décrire la méthode, et même à peine peut-on l’enseigner de vive voix, à moins qu’on ne conduise par la main; car il faut préparer l’or pour qu’il ne soit pas rebelle à la solution, et cela n’est pas facile.

On ne doit pas penser non plus que l’argent vif vulgaire qu’on vend publiquement soit celui qui obtient la faculté de dissoudre l’or; car, comme on ne peut nier qu’il faut mettre en action la solution du corps qui par ressemblance se rapporte à toute la substance de l’or, dont la nature est chaude et humide, on ne peut nier non plus qu’il faille obtenir par ressemblance l’argent vif, dont la nature est certainement très Froide, et surtout indéterminée. Mais il faut tirer et attirer, d’ailleurs par un Art industrieux, l’argent vif d’un corps connu de peu de personnes et que la Nature a cuit et digéré. De même aussi l’or se rapporte par ressemblance à toute la substance de l’argent vif vulgaire, et cette substance ne se mêle pas moins volontiers au premier contact avec l’or que l’eau avec l’eau. On a déjà vu plus haut quel est ce corps.

Quant au fourneau qui peut procurer une chaleur continuelle et égale, peu l’ont connu. Mais que ceux qui désirent en avoir connaissance lisent la pratique de l’Œuvre du grand Philosophe piémontais de Rovilasco, qu’il a publiée en 1582, œuvre qui est proprement dite athanor, c’est-à-dire digestion, mais non pas telle que s’imaginent les ignorants. Un plus petit nombre encore ont connu le trépied des secrets, et moins encore l’entretien de la chaleur qui établit l’égalité. Presque tout le secret consiste dans le degré de chaleur : car, de même qu’il ne faut pas que la force motrice et naturelle du poulet et de l’œuf soit excédée par la chaleur extérieure, sans quoi l’œuf s’endurerait et le poulet ne serait pas produit, de même la force de la semence à venir de l’or uni à son argent vif ne doit pas être affaiblie, sans quoi l’or ne serait pas dissous ; il ne germerait pas, et il n’en résulterait pas la matière première de l’or, mais il se coagulerait par une chaleur trop excessive, et si au contraire la chaleur manquait, l’Artiste serait frustré de son travail.

Enfin, cette poudre gît dans la puissance de Dieu, qui favorise qui il veut et la communique à ceux qu’il veut, et ceux à qui elle est refusée la recherchent en vain. C’est ce qui fait dire à PALINGENIUS, dans son Zodiaque : « Alors les hommes, à l’esprit divin, méditant des oracles obscurs, et après beaucoup d’expériences faites pendant un temps long et de grandes dépenses, inventèrent cet Art à qui nul ne le cède et trouvèrent la pierre éthérée, que ne saurait connaître le profane et que le vulgaire pervers cherche vainement. Celui qui la possède peut habiter décemment où il veut, sans craindre la colère de la fortune, ni les atteintes des voleurs. Mais il s’en trouve si peu dignes de ce don divin, etc. ».

Quant à la preuve de la question si l’Art existe réellement, le raisonnement et l’expérience contribuent beaucoup à la résoudre. Je pourrais d’abord citer les témoignages de nombreux personnages et d’autorités qui confirment que l’Art est véritable. Ils ont publié plusieurs livres, parmi lesquels celui de La vérité de l’antiquité de l’Art chimique et de la poudre, que l’auteur, Robert VALENS, a publié à Paris chez Morel Frédéric en l’an 1561, un autre intitulé Chrysippi Phaniani de Jure Alchemide, et, dernièrement, celui qui a pour titre Apologia Chrysopœide et Argyropœiae, dans lequel on examine et enseigne comment est la chrysopée, ou l’Art de transmuer et de perfectionner les métaux, et qui, par des raisons solides, des démonstrations et certaines expériences, convainc. Il prouve la vérité, la certitude et la facilité de l’Art, et les arguments contre cet Art et cette Science y sont solidement réfutés. Parmi trois cents manuscrits sur cet Art qui me sont passés devant les yeux, je ne me rappelle pas en avoir vu de plus savant, de plus parfait que celui-là. Aussi, nous renvoyons ceux qui veulent se convaincre de la vérité de cet Art à la lecture de cet ouvrage.

À l’égard de ceux qui font des objections concernant le moment opportun à la publication, ils ignorent que, si le temps n’est pas venu pour eux, il est venu pour nous. Choses qui ne peuvent être ni changées, ni désapprouvées en les publiant. Parce qu’elle est une seule chose et que sa fin est celle pour laquelle nous avons été créés de Dieu, c’est-à-dire pour nous faire connaître les œuvres du Christ par la théologie et celles de la Nature par la philosophie.

Je ne veux pas cacher au lecteur bienveillant un point important: tous les livres philosophiques qui parlent de cette médecine hermétique cachée ne sont que des labyrinthes spagyriques dans lesquels la plupart des disciples tombent par diverses obscurités et tromperies sur la vraie route. En sorte que point ou très peu jusqu’à ce jour ont pu trouver la véritable issue. Et si, dans ce labyrinthe, il s’ouvre à ceux qui errent une route qui leur paraît facilement conduire aux portes extrêmes, bientôt ils s’égarent dans des lieux cachés, qui les enferment dans des prisons éternelles. De même, il se présente quelquefois dans les écrits des Philosophes des moyens qui, d’après la lettre, paraissent d’abord faciles et évidents, mais bientôt les impudents, trompés par les propres paroles des Philosophes, demeurent embrouillés dans d’inextricables erreurs. Ajoutez à cela que plusieurs faux chimistes en trompent beaucoup par leurs sophismes et leur fourberie, vendant et répandant de fausses opérations chimiques et des ouvrages manuscrits qui promettent aux trop crédules des montagnes d’or, et qui, semant l’ivraie, font croire que l’on recueillera le froment.

Touché de commisération, j’offre ici au lecteur un traité plein de vérité et de raisons physiques, dans lequel il trouvera l’Art entièrement et clairement dépeint comme sur un tableau.

Qu’il l’examine, qu’il le médite, et qu’il se prémunisse contre les préventions de l’esprit par des raisonnements solides, et il ne pourra pas s’égarer. Celui qui ajoute foi sans réflexion à tous les sophismes sera inévitablement déçu.

Le véritable Art est caché sous nombre d’enveloppes qui embarrassent les irréfléchis. Ainsi, avant de commencer à opérer, il faut considérer les causes des choses naturelles avec une prudente sagacité. Avant cela, il ne faut rien entreprendre. Il vaut mieux donner son temps à de judicieuses réflexions qu’être victime des peines de sa témérité ou de folie inconsidérée.

Et vous, lecteur ami, lisez, relisez, priez et travaillez. Opérez, recommencez avec un grand jugement et un esprit de bienveillance cet ouvrage, entrepris avec le plus de bienveillance encore. Et vous parviendrez sans aucun doute à la connaissance des grands secrets par l’expérience et les considérations de la Nature, le tout pour l’utilité du prochain et à la gloire du Divin, auteur de tous les mystères. 

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