L’alphabet de Rav Hamenouna

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L’alphabet de Rav Hamenouna – Zohar I 2b.

Il est Ă©crit : « Au commencement ». Rab Hammenouna, le Vieillard, dit : Nous trouvons au commencement de la GenĂšse un renversement d’ordre des lettres initiales.

Ainsi les deux premiers mots de la GenĂšse ont pour initiales la lettre Beth (Ś‘) : Bereschith (= au commencement), Bara (= crĂ©a), et les deux mots suivants ont pour initiales la lettre Aleph (ڐ) : Élohim (= Dieu), Eth (= Le). Voici la raison de cette interversion : DĂ©jĂ , deux mille ans avant la crĂ©ation du monde, les lettres Ă©taient cachĂ©es, et le Saint, bĂ©ni soit-il, les contemplait et en faisait ses dĂ©lices. Lorsqu’il voulut crĂ©er le monde, toutes les lettres, mais dans l’ordre renversĂ©, vinrent se prĂ©senter devant lui.

alphabet de Rav Hamenouna - Zohar I 2b EzoOccult
Vague par Frank Lalou

Ce fut la lettre Thav (ŚȘ) qui se prĂ©senta la premiĂšre. MaĂźtre des mondes, dit-elle, qu’il te plaise de te servir de moi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde. attendu que je forme la lettre finale du mot Émeth (= VĂ©ritĂ©) gravĂ© sur ton sceau; et, comme toi-mĂȘme tu es appelĂ© Émeth, il convient au Roi de commencer par la lettre finale du mot Émeth et de s’en servir pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde. Le Saint, bĂ©ni soit-il, lui rĂ©pondit : Tu es, en effet, digne; mais il ne convient pas que je me serve de toi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, parce que tu es destinĂ©e Ă  ĂȘtre marquĂ©e sur le front des hommes fidĂšlesi qui ont observĂ© la loi depuis l’Aleph jusqu’au Thav, et Ă  ĂȘtre ainsi mĂȘlĂ©e Ă  la mort, et aussi parce que tu formes la lettre finale du mot Maveth (= Mort). Pour ces raisons, il ne me convient pas de me servir de toi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde. La lettre Thav sortit immĂ©diatement.

La lettre Schin (Ś©) entra alors, et, aprĂšs avoir formulĂ© la mĂȘme demande, elle fit valoir l’initiale du nom divin SchadaĂŻ, qui est un Schin; il convient, dit-elle, que l’on se serve de l’initiale du nom sacrĂ© SchadaĂŻ, pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde. Dieu lui rĂ©pondit : En effet, tu es digne, tu es bonne et tu es vraie. Mais des faussaires se serviront de toi pour affirmer leurs mensonges, en t’associant les deux lettres Qoph () et Resch (Śš) pour former ainsi le mot SchĂ©qer (= Mensonge). De ces paroles, il rĂ©sulte que pour faire accepter leurs mensonges, les menteurs sont obligĂ©s d’y mĂȘler aussi un principe de vrai. C’est pourquoi le mot SchĂ©qer (= Mensonge) est l’anagramme du mot QĂ©scher (= Noeud, Faisceau), parce que, pour faire accepter les mensonges, le menteur est obligĂ© de commencer par dire une vĂ©ritĂ© (Sch), Ă  laquelle il ajoute ensuite le mensonge (Q et R) de façon Ă  lier ces deux ensemble. Aussi, bien que tu sois vraie, ĂŽ lettre Schin, puisque les trois patriarches seront rĂ©unis en toi, il ne convient pas de me servir de toi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, parce que tu seras souvent associĂ©e aux deux lettres Q et R qui sont du mauvais cĂŽtĂ©, du cĂŽtĂ© du dĂ©mon. Quand la lettre Schin eut entendu ces paroles, elle sortit. Ce que voyant, les lettres Q et R ( Śš et ڧ) n’osĂšrent pas se prĂ©senter.

La lettre Çaddi (ŚŠ) entra ensuite et formula la mĂȘme demande, en se rĂ©clamant du fait que le mot juste (Çaddiqim) appliquĂ© aux hommes et Ă  Dieu commence par la lettre Çaddi, ainsi qu’il est Ă©crit : « Car le Seigneur est juste (Çaddiq) et il aime la justice (Çedaqoth). » Dieu lui rĂ©pondit : En effet, tu es juste, ĂŽ lettre Çaddi ; mais il ne me convient pas de me servir de toi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, attendu que tu dois ĂȘtre cachĂ©e pour ne pas donner prise Ă  l’erreur. Car ta forme primitive est un Noun (Ś ) oblique, principe femelle, sur lequel vient s’ajouter un Yod (Ś™), principe mĂąle. Et tel est le mystĂšre de la crĂ©ation du premier homme, qui fut créé Ă  double face, deux figures tournĂ©es en sens inverse, dos contre dos [1] ; et c’est pourquoi le Yod est prĂ©sentĂ© de dos, non de face, soit qu’il regarde en haut, soit qu’il regarde en bas. Toi aussi, dit Dieu Ă  Çaddi, tu seras un jour divisĂ©e en deux, mais tu iras autre part. La lettre Çaddi sortit et s’en alla.

La lettre PĂ© (Ś€) entra ensuite et formula la mĂȘme demande, en faisant valoir ce fait que le mot « Pedouth » (= DĂ©livrance, que Dieu doit accomplir un jour dans le monde) commence par un P. Dieu lui rĂ©pondit : Tu es digne, en effet ; mais le mot « PĂ©scha » (= PĂ©chĂ©) commence Ă©galement par un P. Tu as, en outre, la tĂȘte baissĂ©e (Ś€), symbole du pĂ©cheur qui. honteux, baisse la tĂȘte et Ă©tend les bras. A la lettre Ayin (Śą), Dieu rĂ©pondit qu’elle commence le mot « Avon » (= Crime) ; bien qu’elle fit valoir le fait qu’elle commence Ă©galement le mot « hava » ( Modestie), le Saint, bĂ©ni soit-il, lui dit : Je ne me servirai pas de toi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde.

Quand elle sortit, la lettre Samekh (ŚĄ) entra [3a] et formula la mĂȘme demande que les lettres prĂ©cĂ©dentes en se rĂ©clamant de ce fait que le verset oĂč il est dit : « Le Seigneur soutient tous ceux qui chancellent », commence par un mot dont l’initiale est un Samekh (Samekh = Soutien). Dieu lui rĂ©pondit : C’est prĂ©cisĂ©ment Ă  cause de ta destination que tu dois rester Ă  ta place; car, si je t’enlevais de ta place pour me servir de toi pour opĂ©rer la crĂ©ation du inonde, qu’adviendrait-il de ceux qui sont prĂšs de tomber, puisqu’ils s’appuient sur toi ? La lettre sortit immĂ©diatement.

À la lettre Noun (Ś ), qui fit valoir le fait que les mots « Nora » (= craint) et « Nava » (= Beau) commencent par cette lettre, Dieu rĂ©pondit : Retourne Ă  ta place, car c’est Ă  cause de toi que le Samekh est retournĂ© Ă  la sienne et appuie-toi sur lui, (le Noun Ă©tant l’initiale de Nophelim « ceux qui chancellent » du verset prĂ©citĂ©). Incontinent, retournant Ă  sa place, elle sortit. La lettre MĂȘme (Śž) fit valoir le fait qu’elle est l’initiale du mot MĂ©lekh » (Roi). C’est vrai, lui rĂ©pondit Dieu; mais je ne me servirai pas de toi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, attendu que le monde a besoin d’un Roi; reste donc Ă  ta place avec les autres lettres formant le mot « MĂ©lekh », c’est-Ă -dire avec la lettre Lamed (ڜ) et avec la lettre Caph (Ś›), car il ne sied pas au monde de rester sans Roi.

À ce moment, la lettre Caph, vivement impressionnĂ©e, descendit du trĂŽne glorieux et s’Ă©cria : « MaĂźtre de l’Univers, qu’il te plaise de te servir de moi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, attendu que je suis l’initiale du mot qui exprime ta gloire » (Cabod = Gloire). Lorsque la lettre Caph quitta le trĂŽne, deux cent mille mondes, ainsi que le trĂŽne lui-mĂȘme, furent Ă©branlĂ©s; la secousse Ă©tait si violente qu’elle menaçait tous les mondes d’Ă©croulement. Le Saint, bĂ©ni soit-il, dit alors Ă  cette lettre : « O Caph, Caph, pourquoi persistes-tu Ă  rester ici ? Retourne Ă  ta place, car je ne me servirai pas de toi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, parce que tu es l’initiale du mot exprimant l’extermination » (Cala = exterminer). Retourne donc Ă  ton trĂŽne et reste-lĂ . AussitĂŽt la lettre sortit et retourna Ă  sa place.

La lettre Yod (Ś™) entra ensuite et formula la mĂȘme demande en faisant valoir ce fait qu’elle forme l’initiale du nom sacrĂ© (ڙڔڕڔ). Dieu lui rĂ©pondit : C’est assez pour toi d’ĂȘtre gravĂ©e et marquĂ©e en moi-mĂȘme et d’ĂȘtre le point de dĂ©part de toute ma volontĂ©; il ne convient pas de te retrancher de mon nom.

La lettre TĂšth (ژ) entra Ă  son tour et formula la demande des lettres prĂ©cĂ©dentes, en faisant valoir ce fait qu’elle est l’initiale du mot Tob (= Bon), qui est un des attributs de Dieu, appelĂ© : le Bon et le Juste. Dieu lui rĂ©pondit : Tu ne serviras pas Ă  la crĂ©ation du monde; d’abord parce que le bien que tu reprĂ©sentes est enfermĂ© et cachĂ© en toi, ainsi qu’il est Ă©crit : « O combien est grande l’abondance de votre bontĂ©, que vous avez cachĂ©e pour ceux qui vous craignent »; donc le bien est rĂ©servĂ© pour le monde futur; tu n’as, par consĂ©quent, rien de commun avec le monde que je veux crĂ©er maintenant. Ensuite, parce que c’est prĂ©cisĂ©ment Ă  cause du bien que tu caches en toi que les portes du temple seront enfoncĂ©es dans la terre, ainsi qu’il est Ă©crit : « Ses portes sont enfoncĂ©es dans la terre. » Et enfin parce que tu as pour voisine la lettre Heth (Ś—), avec laquelle tu constitues le mot qui dĂ©signe le pĂ©chĂ© : Heth. C’est aussi pour cette raison que tes deux lettres (Ś— et ژ) ne figureront dans aucun des noms des noms des douze saintes tribus. La lettre Heth sortit alors immĂ©diatement.

Ensuite entra la lettre Zayin (Ś–) qui formula la mĂȘme demande que les lettres prĂ©cĂ©dentes, en faisant valoir qu’elle est l’initiale du mot qui commence le verset concernant l’ordonnance du repos sabbatique, ainsi qu’il est Ă©crit : « Souviens-toi de sanctifier le jour du Sabbat. » Dieu lui rĂ©pondit : Je ne me servirai pas de toi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, parce que tu es l’image de la guerre, puisque tu as la forme d’un sabre affilĂ© et d’un poignard de guerre, semblable Ăą celle de la lettre finale Noun (ڟ). La lettre (Ś–) sortit alors immĂ©diatement.

La lettre Vav (Ś•) entra et formula la mĂȘme demande que les lettres prĂ©cĂ©dentes, en faisant valoir le fait de faire partie du nom sacrĂ© (ڙڔڕڔ). Dieu lui rĂ©pondit : C’est assez pour toi et pour ta voisine la lettre HĂ© (Ś”) de figurer dans mon nom, de constituer le mystĂšre renfermĂ© dans mon nom et d’ĂȘtre gravĂ©es et marquĂ©es dans mon nom. Aussi ne me servirai-je pas de vous pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde.

Les lettres Daleth (Ś“) et Ghimmel (Ś’) entrĂšrent ensuite et formulĂšrent Ă  leur tour la demande des lettres prĂ©cĂ©dentes. Dieu leur rĂ©pondit : C’est assez pour vous Ă©galement de rester ensemble l’une Ă  cĂŽtĂ© de l’autre ; car il y aura toujours des pauvres dans le monde auxquels on doit du secours; or Daleth (= PauvretĂ©) dĂ©signe le pauvre, et Ghimmel (= secourir) dĂ©signe le bienfaiteur qui assiste le premier. Donc restez l’une Ă  cĂŽtĂ© de l’autre pour que l’une nourrisse l’autre.

La lettre Beth (Ś‘) entra ensuite en disant : MaĂźtre de l’Univers, qu’il te plaise de te servir de moi pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, attendu que je suis l’initiale du mot dont on se sert pour te bĂ©nir (Baroukh = bĂ©ni soit) en haut et en bas. Le Saint, bĂ©ni soit-il, lui rĂ©pondit : C’est effectivement de toi que je me servirai pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, et tu seras ainsi la base de l’Ɠuvre de la crĂ©ation.

La lettre Aleph (ڐ) resta Ă  sa place, sans se prĂ©senter. Le Saint, bĂ©ni soit-il, lui dit : Aleph, Aleph, pourquoi ne t’es-tu pas prĂ©sentĂ©e devant moi, Ă  l’instar de toutes les autres lettres ? Elle rĂ©pondit : MaĂźtre de l’Univers, voyant toutes les lettres se prĂ©senter devant toi inutilement, pourquoi me serais-je prĂ©sentĂ©e aussi ? Ensuite [3b] comme j’ai vu que tu as dĂ©jĂ  accordĂ© Ă  la lettre Beth ce don prĂ©cieux, j’ai compris qu’il ne sied pas au Roi cĂ©leste de reprendre le don qu’il a fait Ă  un de ses serviteurs, pour le donner Ă  un autre. Le Saint, bĂ©ni soit-il, lui rĂ©pondit : « O Aleph, Aleph, bien que ce soit la lettre Beth dont je me servirai pour opĂ©rer la crĂ©ation du monde, tu auras des compensations, car tu seras la premiĂšre de toutes les lettres, et je n’aurai d’unitĂ© qu’en toi ; tu seras la base de tous les calculs et de tous les actes faits dans le monde, et on ne saurait trouver d’unitĂ© nulle part, si ce n’est dans la lettre Aleph. »

De ce qui prĂ©cĂšde il rĂ©sulte que le Saint, bĂ©ni soit-il, a créé les formes des grandes lettres cĂ©lestes auxquelles correspondent les petites lettres d’ici-bas. C’est pourquoi les premiers deux mots de l’Ă©criture ont pour initiales deux Beth (Bereschith Bara) et les deux mots suivants deux Aleph (Élohim Eth), afin d’indiquer les lettres cĂ©lestes et celles de ce bas monde, lesquelles ne sont en rĂ©alitĂ© que les seules et mĂȘmes lettres, Ă  l’aide desquelles s’opĂšre tout dans le monde cĂ©leste et dans le monde d’ici-bas.

Plus sur le sujet :

L’alphabet de Rav Hamenouna – Zohar I, 2b-3b – Traduction par Jean de Pauly. Transmis par Samy.

Image par zofiaEliyahu de Pixabay

[1]. Ś•Ś‘ŚšŚ•Ś™ŚžŚ• Ś“ŚœŚš Ś™ŚžŚ•ŚȘŚ•ŚŸ ne veut pas dire « qui mourront en raison de ta marque », puisque c’est le contraire qui a eu lieu, et que tous ceux qui portaient la marque Ă©taient mĂ©nagĂ©s. Dans le TiqounĂ© Zohar, fol. 74a, oĂč se trouve rĂ©pĂ©tĂ© le mĂȘme passage, on lit ڕڐڠŚȘ ڑڔړڙ ŚžŚ•ŚȘڐ, c’est-Ă -dire « tu es mĂȘlĂ© Ă  la mort ».

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