Par Spartakus FreeMann

כתר

« Je suis le premier et je suis le dernier » (Esaïe 44, 6).

Le premier aspect de la lumière à se manifester dans le vide est l’expression du désir de Dieu de créer l’univers. Ce premier aspect de la Lumière est comme un rayon de lumière qui se forma rapidement en une sphère lumineuse encerclant le vide. Ce premier aspect de la création est le premier filtre ou la première Sephirah que Dieu utilisa afin de canaliser sa Lumière Divine.

Au point de vue numérique, le Nom: Kaph כ Tav ת Resh ר (Kether). Nous voyons alors que :

Kaph : 20, et en plénitude כ (20) + פ (80) = 100 = 1

Tav : 400, et en plénitude ת (400) + ו (6) = 406 = 10 = 1

Resh : 200, et en plénitude ר (200) + י (10) + ש (300) = 510 = 6

Et donc 620 = 8, ou en plénitude 510 + 406 + 100 = 1016. La valeur de Kether, 620, équivaut au nombre de commandements (Mitzvoth) donnés à Israël par Dieu : les 613 mitzvoth de la Torah écrite et les 7 mitzvoth de la Torah orale. Dans la Torah, 620 est le nombre de caractères pour écrire les 10 Commandements.

La première Sephirah est ainsi la première expression de Dieu dans le royaume de la création et cette Sephirah est nommée Kether qui signifie couronne. On la désigne sous ce nom, car elle est telle une couronne sur la tête du corps de l’Arbre des Sephiroth. Ainsi, Kether se situe bien au-dessus du reste de la création.

La Sephirah Kether se développe en deux Partzufim : un externe appelé Arikh Anpin (le Long Visage), qui correspond au pouvoir de la volonté (Ratzon) ; un interne Atik Yomin (l’Ancien des Jours) qui correspond au pouvoir du plaisir (taanug) dans l’âme.

Le Zohar (III, 288a) et le Arizal nous parlent des trois têtes (reshin) de Kether :

– Reishah d’Arikh (la tête du Long Visage) qui correspond à la force de la volonté (ratzon) ;

– Reishah d’Ayin (la tête du Néant) qui correspond à la force du plaisir (taanug) ;

– Reishah d’lo Ityada (la tête Inconnaissable) correspondant à la force de la foi (emunah).

Ces trois têtes correspondent de fait aux trois significations du mot « Kether » en hébreu : couronne (associé à reishah d’Ayin), attendre (associé à reishah d’lo Ityada) et entourer (associé à reishah d’Arikh).

La qualité essentielle de Kether réside en son Unité parfaite et inattaquable, mais féconde et prolifique. En germe, Kether contient toutes les autres Sephiroth. Le Nombre de Kether est d’ailleurs UN, אחד.

Kether est le sommet de la Colonne de l’Équilibre, colonne placée entre celles de la Miséricorde et de la Rigueur. En ce sens, Kether est la racine de l’Arbre, possédant les pouvoirs divins illimités conférés par sa place.

Il importe toutefois de ne pas confondre Kether avec Dieu, Kether est émanation et représentant du Pouvoir divin, jamais Dieu lui-même.

Kether est le Rouach Elohim Haïm ou Souffle d’Elohim Vivant — חים אלהים רואח.

Gikatila écrit dans ses Portes de la Lumière : « Cette Sphère est appelée Resh haLavan (le tête blanche). Fortuné est celui qui comprend cette vérité car alors il comprendra l’essence de lavan et de levanah, le commencement et la fin ».

Kether est également nommée Raavah Ilaah, la Volonté suprême du divin car c’est la Volonté plus que toute autre chose qui a défini son existence. La Volonté est la force de la Vie et Kether peut ainsi être appelée Ani אני qui signe « je », car c’est le premier signe de la conscience qui se développe en « Je suis ». « C’est la signification du verset : « Je suis le premier et je suis le dernier » (Esaïe 44, 6). Car Kether est la première Sephirah et elle est la dernière. Kether est Aïn (אין) et Kether est Ani (אני) ; car l’aspect de l‘Émanateur en tant que Malkhuth, qui est la plus bas, est appelé Ani (Je). La source de l’émané est Kether, la première Sephirah qui est appelée Aïn (néant – אין) » (Haïm Vital sur le Sepher Etz Haïm).

Kether est également l’Adam Kadmon, terme que l’on utilise parfois pour nommer cette Sephirah. L’Adam Kadmon est l’Homme Primordial mais il ne faut pas voir en Kether le symbole de l’Homme pour autant. L’Adam Kadmon est l’archétype de l’Homme divin qui reste bien éloigné de l’Adam terrestre que nous pouvons connaître en cette incarnation.

Un autre nom de Kether est le Diadème. Voici ce que nous en disent les textes de la Kabbale traditionnelle.

« Le mot Kether se rapporte encore au fait que quiconque saisit quoi que ce soit de cette connaissance à travers sa quête et cache son secret, l’armée des hauteurs le lui compte comme s’il Lui faisait un Diadème (Atarah), il est dit à son propos : “Je le protégerai puisqu’il connaît mon Nom” (Psaumes 91 :14). En vérité, nulle créature n’accède à la connaissance de cette chose par une vraie connaissance, mais l’on niera d’elle l’apparence et tout concept » (Commentaire de Moïse Botarel sur le Sepher Yetsirah, Jérusalem 1965).

Selon le Midrash de Rabbi Siméon le Juste, il y a une identité entre le Diadème (Atarah) et la Couronne (Kether), cette thèse est confortée d’ailleurs par le Talmud et le Midrash qui parlent d’un « ange qui recueille toutes les prières et qui fait d’elles une couronne (Atarah) qu’il dépose sur la tête du Saint Béni soit-Il ». L’Ange dont il est question ici ne peut être que Métatron, comme nous le verrons par la suite.

Sepher ha-Bahir chapitre 91 : « Mais pour quelle raison est-elle à la fin du mot écrit, et non pas en tête ? Pour t’enseigner que cette couronne monte haut, toujours plus haut.

Que faut-il entendre par là ?

Que cette couronne est une pierre dont toutes choses proviennent et sont couronnées, ainsi qu’il est écrit : La pierre que les constructeurs ont rejetée est devenue la pierre d’angle » (Psaumes 118, 22).

Et elle remonte jusqu’au lieu d’où elle fut taillée, ainsi qu’il est écrit : « dont le Nom fit vibrer la Pierre d’Israël » (Genèse 49, 24) ».

Eléazar de Worms : « Lorsque la Atarah est sur la tête du Créateur, elle porte le Nom Akatriel, alors cette Couronne (Kether) est cachée à tous les anges saints, elle se dissimule dans cinq cent mille parasanges. Alors, les anges demandent l’un à l’autre : « Où est le lieu de sa gloire ? » À son propos David dit : « Toi qui siège dans la cache du Très-Haut, toi qui loges à l’ombre de Chaddaï » (Psaumes 91 :1) – nous logeons dans les prières de Chaddaï puisque la prière est l’Ombre du Saint béni soit-Il, et elle siège à la gauche du Saint béni soit-Il comme une jeune épouse auprès du jeune époux et elle est appelée fille de roi. Parfois, en raison d’une mission elle est appelée « fille de la voix ». À son propos Salomon dit : « Je serai une habitante auprès de Lui » (Proverbes 8 :30). Et le nom de la Shekhinah est « Je serai » (Ehyeh) (Exode 3 :14) […] Mais le Créateur et Maître de la Shekhinah est totalement caché et il n’a ni mesure ni ressemblance, aucun œil ne l’a vu […] C’est le secret de la Couronne et c’est le secret de la Shekhinah, qui les connaît a une part pour le monde à venir, il hérite de deux mondes, le jugement de la Géhenne lui est épargné, il est aimé en haut et chéri en bas. » (Sepher ha-Hochmah, Jérusalem 1968).

Ainsi, la Couronne (Atarah) qui est la prière des hommes prend le nom de Kether quand elle est montée sur la tête du Créateur. Elle s’identifie à la Shekhinah, la dixième royauté et elle est l’épouse du Créateur.

Nous vous renvoyons ici à notre étude sur la Shekhinah afin de mieux saisir l’intimité entre « ce qui est en haut et ce qui est en bas ».

À cette Sephirah, on attribue en première place le Nom Divin Ehyeh – אהיה, qui se rapproche donc du ANI – אני — dont nous avons parlé. Ce Nom est celui qui se dresse comme une couronne et ne peut être connu que de Dieu seul. Ce Nom est le nom de la Miséricorde absolue, car ce nom accorde les bienfaits et la liberté. Miséricorde – Rah’amim חמים – ainsi qu’il est dit « je prononcerai devant toi le nom de יהוה. Je fais grâce à qui je fais grâce et j’ai pitié de qui j’ai pitié » (Exode 33 :19). « Le premier nom : Ehyeh (Je serai – ce Nom apparaît dans Exode 3 :14 : ehyeh asher ehyeh, « Je serai car Je serai »). Il est le secret du Nom propre et il est le nom de l’unité, unique parmi l’ensemble de Ses noms. En vérité, nous avons déjà traité du secret de l’Air limpide insaisissable [Sephirah Kether] : il n’a pas de nom connu ni de limite déterminée ni rien que l’homme puisse saisir… » (Le Sicle du Sanctuaire de Moïse de Léon, édition Verdier, traduction Charles Mopsik). Pour le Kabbaliste, le Nom Ehyeh désigne le processus d’existentation par lequel les essences se déploient en se structurant à partir d’un Point de Pensée.

L’Archange qui est traditionnellement attribué à Kether est METATRON. Il est le moyen utilisé par Dieu pour « parler » à l’initié : Moïse, Abraham, Noé. Métatron est le Prince de la Face, qui selon diverses sources kabbalistiques porte le Nom יהוה (Talmud, traité Sanhédrin 38b). Ce Prince de la Face porte en outre 70 Noms et résume en sa personne la totalité du monde angélique supérieur. Il joue, en outre, le rôle d’intermédiaire entre les hommes et le Roi du Ciel, il est leur guide sur le chemin de l’ascension céleste et le révélateur des mystères de la Création.

Dans le Livre Hébreu d’Hénoch, nous lisons : « Le secret de cette chose est qu’Hénoch est Métatron, qui est l’époux de la Reine, et il unit cette dernière au Roi grâce aux œuvres des Justes. » (fol. 15b).

מטטרון : METATRON

Mem : 40, en plénitude מ (40) + י (10) + ם (600) = 650 = 2

Teth : 9, en plénitude ט (9) + י (10) + ת (400) = 419 = 5

Teth : 9, en plénitude ט (9) + י (10) + ת (400) = 419 = 5

Resh : 200, plénitude ר (200) + י (10) + ש (300) = 510 = 6

Vav : 6, en plénitude ו (6) + י (10) + ו (6) = 22 = 4

Noun : 700, en plénitude נ (50) + ו (6) + ן (700) = 756 = 9

Et donc : 964 = 19 = 10 = 1 (אחד) et en plénitude : 31 = אל.

Le Ciel associé à Kether est Rashit haGuilgalim ou Premier Tourbillon.

Nous vous invitons à lire le second chapitre du Tomer Devorah ou Palmier de Déborah afin d’approfondir le sens mystique et moral de cette Sephirah.

Rabbi Cordovéro explique que l’on ne peut attribuer une couleur à Aïn, qu’aucune couleur ne peut être attribuée à Kether, une Sephirah comprise comme l’équilibre entre les états de l’être et du devenir, mais occultée, au sein de Aïn. Il se référait à Kether comme représentée par les extrêmes du blanc et du noir. Blanche, elle est comprise comme la « miséricorde », elle montre la « Miséricorde de Kether ». L’attribution du noir est censée indiquer la véritable essence de la Divinité, au-delà du temps, de l’espace et des événements. Ainsi, le grand Rabbi a écrit dans le Pardès Rimonim (Jardin de la Grenade) : « Cette essence ne change pas du tout de couleur, ni jugement ni compassion, ni droite ni gauche. Cependant, émanés au travers des Sephiroth le jugement et la compassion prévalent ».

Sous cette Sephirah est classé l’ordre angélique des קדשה חיות, Chioth Ha-Qodesh, les Êtres Vivants Sacrés. Ils représentent le zodiaque par les quatre signes, Taureau, Lion, Scorpion et Poisson – le Bœuf, le Lion, l’Aigle et l’Homme. La première Sephirah contient les neuf autres et les produit successivement. Dans la configuration de l’Arbre de Vie, Kether apparaît au sommet de l’axe central (Pilier du Milieu). Le Zohar nous dit « la couronne supernelle (Kether Elyon – עליון כתר) est la couronne du royaume (Kether Malkhuth) », ainsi, la première Sephirah, la plus élevée des Émanations divines est liée à la dernière, Malkhuth : « Kether est dans Malkhuth et Malkhuth est dans Kether ».

Dans les 32 Sentiers de la Sagesse, Kether est le « Sekhel Moufla », Conscience Extraordinaire, également appelée Nativ Kether.

Les autres noms de cette Sephirah selon Les Portes de la Lumière de Gikatila :

Eyeh – אהיה – Aïn אין – Kether כתר – Mazal Eliyon עליון מזל – Midoth haRah’amim החמים מדות – Atiqa Qadisha קדישא עתיקא – Rosh haLaban הלב ן ראש.

Les Noms attribués à Kether selon les « Cours des Philosophes de la Nature (cours n°12) » :

« Afin d’aider également la compréhension de Kether, nous donnons ici les noms qui lui sont attribués dans les textes cabalistiques :

Le Caché du Caché : Temira De Temirin

L’Ancien des Anciens : Othiga De Authigin

Le Plus Saint Ancien : Athikha Qadisha

L’Ancien : Athkha

L’Ancien des jours : Atikh Yomin

Le Point Primordial : Nequdah Reshunah

Le Point Un : Nequdah Peshotah

La Tête Blanche : Risha havorah

La Hauteur Inscrutable : Rom Meolah

D’autre part, il existe un texte cabalistique de base qui traite des trente-deux sentiers de la Sagesse et que nous donnerons sentier par sentier. Nous nous appuyons ici sur la traduction, à partir de l’hébreu, de Rittangelius (1642).

« Le premier sentier est nommé l’Intelligence Admirable ou Cachée (la Couronne supérieure) parce qu’il est la Lumière donnant le pouvoir de comprendre le Premier Principe, lequel n’a pas de commencement; et il est la Gloire Première, car aucun être créé ne peut parvenir à son essence » ».

Spartakus FreeMann, Nadir de Libertalia, 10 Adar 5765 – 6 Tevet 5769.

Kether
Shares

Centre de la mosaïque du plafond du Baptistère Saint-Jean, Florence, Italie, XIIIe et XIVe siècles. Photographie par Jebulon, 2011.

Commentaires Facebook