Article publié par EzoOccult le Webzine d'Hermès et mis à jour le : 27 décembre 2015

La Symbolique du Serpent, par Spartakus FreeMann

snake

Woman with Snake, Paul Outerbridge, 1938.

« Pourquoi t’es-tu attiré Dans le paradis du vieux serpent ? Pourquoi t’es-tu glissé Dans toi-même, dans toi-même ? »

Nietzsche, Ecce Homo, p. 269.

Le symbolisme du serpent est très ancien et a toujours été associé à l’idée de la Mort et de la Vie mais également à la notion d’Éternité – car il peut changer de peau régulièrement retrouvant ainsi l’apparence de la jeunesse. Pour les Anciens, cette mue représente le principe de l’éternel retour, du passage permanent de la vie à la mort et vice-versa.

Ainsi, de la mort sort la vie comme la désagrégation d’une graine dans le sol annonce la venue d’une vie nouvelle. Au niveau individuel, l’homme se doit de réaliser le renouveau du monde et de vaincre la mort et il personnifiera alors « la force créatrice de l’univers qui, se couvant elle-même dans l’introversion, serpent enlaçant son propre oeuf, menace la vie de sa morsure empoisonnée pour la conduire à la mort et se réenfanter elle-même de cette nuit, en se surmontant » [1]. Déjà Philon nous dit du serpent qu’il est, de tous les animaux, le plus spirituel, sa nature étant du feu, sa vie longue et qu’en même temps de sa peau, il se dépouille de sa vieillesse. Son venin provoque le passage de la vie à la mort, mais, utilisé à de faibles doses, il avait aussi la réputation d’être un remède [2].

Le serpent était également souvent associé aux forces secrètes de la terre d’où il surgissait et aux énergies sexuelles car, « le Serpent est phallique par sa forme. Caché, lové dans les anfractuosités de la terre, on le voit s’élancer soudain. Il est mythiquement le fils de la Terre, le dynamisme mâle engendré par la Grande Femelle » [3].

Lisons à présent ce qu’en dit le Dictionnaire des Symboles [4] : « Il joue des sexes comme de tous les contraires ; il est femelle et mâle aussi, jumeau en lui-même, comme tant de grands dieux créateurs qui sont toujours, dans leurs représentations premières des serpents cosmiques… Le serpent visible n’apparaît donc que comme la brève incarnation d’un Grand Serpent Invisible, causal et atemporel, maître du principe vital et de toutes les forces de la nature. C’est un vieux dieu premier que nous retrouvons au départ de toutes les cosmogénèses, avant que les religions de l’esprit ne le détrônent ».

À la fois mortel et guérisseur, symbole du bon et du mauvais démon (Agathodaïmon et Kokadaïmon), de Satan et du Christ, les Gnostiques faisaient de lui le symbole du bulbe cérébral et de la colonne vertébrale, lui conférant ainsi une identité certaine avec la psyché et l’inconscient.

Le principal symbole attaché au serpent reste le caducée, et son explication réside dans l’association serpent-bâton. En tant que symbole d’Esculape [5], le serpent y représenterait le remède, la médecine tandis que le bâton symboliserait l’Arbre de Vie, vie que le praticien essaye de maintenir grâce à ce remède.

En Grèce, une légende relate qu’Hermès découvrit le premier la puissance de son bâton magique quand il l’utilisa pour séparer deux serpents engagés dans un combat mortel. Les reptiles cessèrent immédiatement le combat, s’enlacèrent autour du bâton et s’embrassèrent. Il faut voir dans l’enlacement des serpents qui se font face, l’équilibre des forces antagonistes utilisé par l’hermétisme et sa discipline-fille, l’alchimie, pour décrire la notion d’unité dans l’opposition.

On rejoint ici la figure de l’AMPHISBENE qui comporte deux serpents enlacés dont l’un a une tête blanche qui symbolise l’initié qui a dégagé le volatil du fixe et a ainsi vaincu sa nature inférieure symbolisée par la tête noire de l’autre serpent. Les correspondances entre le serpent, les forgerons et l’alchimie – et il suffit de lire l’ouvrage magistral Forgerons et alchimistes de Mircea Eliade pour s’en convaincre – sont soulignées par cette sentence du peuple Dogon : « Tout forgeron lorsqu’il travaille est comme assis sur la tête du serpent ». Et l’on nous indique alors l’existence de rites magiques funéraires qui ont pour fonction de transmettre aux vivants les pouvoirs et connaissances issues du monde des morts.

Selon René Alleau [6], « Le nom de »serpent« a été donné, à toutes les époques et en des aires culturelles diverses, aux initiés eux-mêmes, qui recevaient le double pouvoir de »faire monter ou descendre« la force magique universelle. C’est pourquoi, dans les sociétés traditionnelles anciennes, le roi divinisé, qui avait reçu son pouvoir sacré par une transmission directe du démiurge ou de l’ancêtre, appartenait, comme l’attestent des textes abyssins archaïques donnant la liste des pharaons, à la ‘progéniture’ du serpent ».

À propos du caducée encore, Chevalier et Gheerbrandt, dans leur Dictionnaire des Symboles, écrivent : « Le serpent possède ce double aspect symbolique : l’un bénéfique l’autre maléfique, dont le caducée présente, si l’on veut, l’antagonisme et l’équilibre ; cet équilibre et cette polarité sont surtout ceux des courants cosmiques, figurés d’une façon plus générale par la double spirale ; Dans l’ésotérisme bouddhique, par exemple, le bâton du caducée correspond à l’axe du monde et les serpents à la Kundalini, cette énergie cosmique qui se trouve à l’intérieur de chacun ».

Enfin, la Tradition conserve un certain nombre de techniques afin d’éveiller le serpent ou le dragon endormi en dirigeant les forces vitales vers le sommet du crâne. Ainsi, dans l’ésotérisme oriental, l’acte de libérer la puissance du serpent est appelé la Montée de la Kundalini [7]. Conscient des dangers de cette technique, l’Oriental insiste toutefois sur le fait que la Kundalini ne doit pas être gardée prisonnière de l’épine dorsale, mais qu’elle doit se voir ouvrir les Portes des sphères supérieures afin de permettre au pratiquant d’Éveiller sa conscience au monde supérieur.

Dans cette tradition, l’association symbolique entre le phallus, le serpent et la langue (verbe) est très présente et elle est significative du lien qui existe entre énergie vitale, sexe et connaissance, comme nous le verrons plus loin.

Selon Bayard, les deux serpents enroulés du caducée, le yin et le yang du T’ai Chi et le swastika ou croix gammée des hindous, symbolisent tous une force cosmique, avec ses deux sens de rotation inversés. Dans ce caducée, les deux serpents reposent leur tête sur `Hesed [8] et Gebourah [9] et, ce sont justement ces deux Sephiroth que relie la Voie de Teth [10], la Voie du Serpent (confer l’article « La Lettre Teth et le Serpent » sur ce site [11]). Au sein du caducée, les ondulations des deux serpents forment la lettre Aleph (א), symbole de l’Air, par laquelle Dieu insuffla la vie dans les narines d’Adam. Leurs queues forment le Mem- מ, lettre symbolisant l’Eau, et les ailes au sommet du caducée forment la lettre Shin (ש), symbole du Feu de la Vie.

Enfin, le Serpent symbolise également le NUMEN de l’Acte de Métamorphose en même temps que la substance métamorphosée elle-même. Et on le retrouve ainsi dans la légende de GABRICUS et de BEYA, couple royal frère-soeur. Lors du hiérogamos, le frère pénètre entièrement dans le corps de sa soeur où il disparaît complètement, il se métamorphose alors en son sein en SERPENS MERCURIALIS [12].

Ce texte est issu des Oraisons du Serpent, par Spartakus FreeMann.

Notes

[1] Jung, Métamorphoses de l’âme et ses symboles, Georg éditeurs, 1953, traduction d’Yves Le Lay.

[2] Il existait ainsi une tribu, les Ophiogènes, qui se croyait apparentée aux serpents et descendant d’un héros-serpent. Dans cette tribu, nous raconte Strabon, les mâles passaient pour pouvoir guérir les morsures de serpents par l’imposition des mains. Les Psylles, un autre peuple, exposaient leurs enfants nouveau-nés au contact des serpents pour s’assurer de leur légitimité

[3] Suares cité dans La Déesse Sauvage de J. de Gravelaine

[4] Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Editions Robert Laffont 2002.

[5] En grec, Asclépios, fils d’Apollon et de la nymphe Coronis, était le dieu guérisseur d’Épidaure.

[6] Les Sociétés Secrètes, Livre de Poche, Paris, 1969.

[7] Pour une description plus détaillée de la Kundalini, nous renvoyons le lecteur aux « Liminaires considérations » à la fin des Oraisons du Serpent.

[8] ’Hesed, la Grâce, quatrième sephira de l’Arbre de Vie.

[9] Gebourah, la Sévérité est la cinquième sephira de l’Arbre de Vie.

[10] Teth, neuvième lettre de l’alephbeth hébreu, cette Voie correspond à la Justice et à l’Intelligence de l’activité spirituelle.

[11] Voir paragraphe 7 ci-après.

[12] Serpent de Mercure.

Articles similaires

Commentaires Facebook