La tĂȘte magique des Templiers

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La tĂȘte magique des Templiers par Salomon Reinach. 

On trouve encore, dans quelques catalogues de musĂ©es, la description de sculptures, reliefs sur pierre ou petit bronzes, qui sont qualifiĂ©s de baphomets ou de baphomĂ©tiques [Voir, par exemple, Chabouillet, Catalogue des CamĂ©es, n° 2255.]. Ces termes singuliers remontent au procĂšs des Templiers, soupçonnĂ©s d’avoir une mystĂ©rieuse idole dite Baphomet. Il n’est plus douteux que Baphomet soit une simple altĂ©ration de Mahomet [On trouve aussi, dans les interrogatoires du procĂšs, la forme Magometus (Finke, Papstum und Untergang des Templerordens, t. II, p. 343)] : l’accusation cherchait, en effet, Ă  Ă©tablir que les Templiers Ă©taient convertis Ă  l’islamisme et qu’aprĂšs avoir reniĂ© le dieu des chrĂ©tiens, dans leurs cĂ©rĂ©monies secrĂštes, ils rendaient hommage au prophĂšte des musulmans.

Personne ne consentirait plus Ă  discuter l’étrange hypothĂšse de M. de Hammer, qui voulait reconnaĂźtre dans Baphomet les deux mots grecs BaphĂ© et MĂȘtis et interprĂ©tait le prĂ©tendu composĂ© par « le baptĂȘme de l’intelligence ». La vĂ©ritable explication, qui saute aux yeux, avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© donnĂ©e par Sylvestre de Sacy (1810) et par Raynouard (1813).

Ce dernier historien refusait, malgrĂ© tous les aveux arrachĂ©s aux membres de l’ordre soit par la torture, soit par la menace de la torture, d’admettre l’existence de l’idole des Templiers et de ses copies ou congĂ©nĂšres. Pourtant, en 1872 encore, le savant bibliothĂ©caire d’OrlĂ©ans, Loiseleur, croyait fermement non seulement Ă  un Baphomet, mais Ă  plusieurs idoles de ce nom [Loiseleur, La doctrine secrĂšte des Templiers, Paris, 1872]. Dans l’intervalle entre le travail de Raynouard et celui de Loiseleur, les monuments qualifiĂ©s de baphomĂ©tiques s’étaient multipliĂ©s dans les collections.

La critique moderne n’en a rien laissĂ© subsister. Alors que Montaiglon, en 1881, parlait encore de figures baphomĂ©tiques [Voir Revue archĂ©ologique, 1881, I, p. 368 et Bulletin de la SociĂ©tĂ© des antiquaires, 1881, p. 207-208], j’ai montrĂ©, en 1886, qu’un objet ainsi dĂ©signĂ© au Cabinet des mĂ©dailles Ă©tait, en rĂ©alitĂ©, un moule asiatique en serpentine [Revue archĂ©ologique, 1885, I, p. 54 et suiv], probablement hittite ; M. de Villefosse, en 1900, a dĂ©noncĂ© comme des faux rĂ©cents, probablement du dĂ©but du XIXe siĂšcle, toute une sĂ©rie de petits bronzes dits baphomĂ©tiques, dont l’un, conservĂ© au musĂ©e du Louvre, semble porter la date 1156, correspondant Ă  l’époque la plus florissante de l’ordre [Bulletin de la SociĂ©tĂ© des antiquaires, 1900, p. 309] ; enfin, il y a peu d’annĂ©es, j’ai repris, dans la Revue africaine, l’examen des reliefs en pierre du musĂ©e de Vienne et de l’ancienne collection du duc de Blacas, aujourd’hui au MusĂ©e britannique, pour montrer sur quels indices fragiles reposait l’attribution aux Templiers de ces objets dĂ©pourvus de style, dont l’authenticitĂ© Ă©veille d’ailleurs de graves soupçons [Revue africaine, 1908, p. 1-23].

PrivĂ©e du soutien qu’elle croyait dĂ©river de certains monuments figurĂ©s, la croyance au Baphomet paraĂźt gĂ©nĂ©ralement abandonnĂ©e aujourd’hui ; du moins le dernier historien du procĂšs des Templiers, M. Finke, a-t-il pu Ă©crire (p. 327) :

« Il y a longtemps qu’on ne cherche plus la mystĂ©rieuse idole du Baphomet. [M. Finke renvoie sur ce point Ă  Wenk, Götting. gelehrte Anzeigen, 1890, p. 256 et suiv. (compte-rendu critique de l’ouvrage de Prutz) ; mais Wenk n’a guĂšre fait que rĂ©sumer Lea, dont le chapitre sur les Templiers est un chef-d’Ɠuvre parmi tant d’autres] »

C’est sans doute pour cette raison que M. Finke ne s’est pas arrĂȘtĂ© aux tĂ©moignages qui concernent cet objet et les objets similaires. Toutefois, il ne suffit pas de dire qu’une chose n’a pas existĂ© ; il semble nĂ©cessaire aussi de chercher comment elle a Ă©tĂ© conçue et quelles idĂ©es prĂ©existantes ont contribuĂ© Ă  la formation d’un fantĂŽme qui, aprĂšs avoir Ă©tĂ© exploitĂ© contre l’orthodoxie des Templiers, a tournĂ© la tĂȘte de Plus d’un archĂ©ologue.

La tĂȘte magique des Templiers Baphomet
Cérémonie maçonnique avec le Baphomet

I

Avant mĂȘme le commencement de la procĂ©dure, c’est-Ă -dire l’arrestation des Templiers français par ordre de Philippe le Bel (octobre 1307), le dĂ©nonciateur et calomniateur de l’ordre, le Biterrois Esquin de Floyrans [Finke, op. laud., p. 111], avait accusĂ© les Templiers auprĂšs du roi Jayme II d’Aragon, puis auprĂšs du roi de France, d’adorer une idole. Ce crime est un de ceux qui furent spĂ©cifiĂ©s dĂ©s le dĂ©but et sur lequel les commissaires royaux durent interroger les chevaliers [Ibid., p. 134].

Mais dans le procĂšs-verbal de leur enquĂȘte, que nous possĂ©dons, ce grief passe tout Ă  fait au second plan : les Templiers, Jacques de Molay en tĂȘte, confessĂšrent avoir renoncĂ© au Christ et crachĂ© sur la croix [Ibid., p. 166] ; mais ne dirent rien de leur prĂ©tendue idole. C’est seulement plus tard [Loiseleur, La Doctrine secrĂšte des Templiers, op. cit., p. 108. Voir les dĂ©positions de Carcassonne (novembre 1307), dans Finke, t. II, p. 321-324] que les tĂ©moignages se multiplient Ă  ce sujet, tĂ©moignages d’ailleurs contradictoires et mĂȘme inconciliables, comme le remarque dĂ©jĂ  Raynouard, puisque l’idole est, suivant les uns, une statue, suivant d’autres une tĂȘte, suivant d’autres encore, un ensemble de plusieurs tĂȘtes ou mĂȘme une peinture sur bois [Voir une page amusante de l’abbĂ© Corblet, « Le pour et le contre sur les Templiers » dans la Revue de l’art chrĂ©tien, 1865, IX, p. 393 sq].

Loiseleur, qui a Ă©tudiĂ© ces dĂ©positions et en a publiĂ© de nouvelles – celles que recueillirent les inquisiteurs de Florence – a essayĂ© d’en faire la moyenne pour arriver Ă  se former une opinion. « L’objet du culte des Templiers, Ă©crit-il [Loiseleur, ibid., p. 147], Ă©tait tantĂŽt une idole ayant une seule tĂȘte, laquelle Ă©tait barbue, tantĂŽt une autre idole ayant deux et mĂȘme trois tĂȘtes [Un tĂ©moignage parle mĂȘme de quatre tĂȘtes]. » Du corps de l’idole il ne dit rien, car la plupart des tĂ©moignages mentionnent seulement la tĂȘte. Le troisiĂšme tĂ©moin (entendu Ă  Florence) dĂ©clare que « le prĂ©cepteur de la maison de Sainte-Sophie de Pise avait une tĂȘte semblable Ă  l’idole de Bologne, tĂȘte qui Ă©tait sa propriĂ©tĂ© particuliĂšre et qu’il adorait [Loiseleur, ibid., p. 23]. »

Ainsi il y avait des tĂȘtes-idoles qu’on montrait dans les chapitres et d’autres qui servaient seulement Ă  des rites privĂ©s. « L’idole adorĂ©e par les Templiers, Ă©crit encore M. Loiseleur, paraĂźt, comme celle des Druses et des NosaĂŻris, ĂȘtre l’emblĂšme du mauvais principe ; mais elle en diffĂšre profondĂ©ment quant Ă  la forme, puisque c’est une tĂȘte humaine ayant un ou deux visages, tandis que chez les Druses au moins l’idole offre la figure d’un veau, symbole des cultes ennemis de la religion unitaire [Ibid., p. 94]. »

Loiseleur allĂ©guait encore, entre autres tĂ©moignages, celui d’un tĂ©moin de Florence, suivant lequel la tĂȘte Ă©tait placĂ©e dans la salle du chapitre et recevait les hommages de deux cents frĂšres prosternĂ©s [Ibid., p. 40] ; en montrant l’idole pour la premiĂšre fois Ă  l’un des initiĂ©s, le prĂ©cepteur lui avait dit : Ecce deus vester et vester Magumet [Ibid., p. 100].

Mais c’était peu d’adorer cette tĂȘte ; il fallait tirer parti de ses vertus magiques. Je cite encore Loiseleur :

« Pierre de Bonnefond apprit des tĂ©moins de sa rĂ©ception que la cordelette dont il Ă©tait ceint avait touchĂ©, dans les pays d’outre-mer, une certaine tĂȘte (c’est la tĂȘte par excellence, conservĂ©e en Orient, dont les autres seraient des copies [Cf. le tĂ©moignage d’un frĂšre servant (Finke, t. II, p.355) : « (debebat habere spem salvationis) in quoddam ydolum quod erat, ut sibi distum extitit, ultra mare, et in quoddam aliud ydolum quod erat ibi praesens in quadam banca opertum de sindato rubeo. »]). Les quatre premiers tĂ©moins de Florence dĂ©clarĂšrent avoir assistĂ© Ă  la cĂ©rĂ©monie de la consĂ©cration de la cordelette et de sa distribution tant Ă  eux-mĂȘmes qu’à plusieurs frĂšres prĂ©sents. Une fois consacrĂ©es par leur contact avec l’idole, les cordelettes Ă©taient conservĂ©es dans des coffrets pour en ĂȘtre extraites au fur et Ă  mesure des rĂ©ceptions. Ces coffrets voyageaient avec les Templiers et servaient ainsi Ă  serrer les idoles (voilĂ  l’origine des prĂ©tendus coffrets baphomĂ©tiques du duc de Blacas). Gaucerand de Montpesat dĂ©pose qu’il lui fut baillĂ© une ceinture que son initiateur tira de la caisse oĂč Ă©tait la figure de Baphomet et qu’il lui commanda de garder cette ceinture et de la porter perpĂ©tuellement. »

Loiseleur, La Doctrine secrĂšte des Templiers, op. cit., p. 111

Disons, en passant, que la mention de cette cordelette, rappelant le fil de lin que portaient les cathares albigeois, est une des causes de la profonde erreur oĂč Loiseleur est tombĂ©. Il voyait lĂ  une analogie frappante entre les Templiers et les hĂ©rĂ©tiques du midi de la France et se confirmait dans cette illusion par un autre tĂ©moignage, portant que l’idole avait le pouvoir de faire fleurir les arbres et de faire germer la terre.

« Ces termes, remarque-t-il, ne sont pas seulement ceux de l’accusation ; ce sont les expressions mĂȘmes dont se sert le frĂšre Bernard de Parme, le second des tĂ©moins entendus Ă  Florence. Or, ces termes sont exactement ceux employĂ©s par l’inquisition de Toulouse pour dĂ©signer le dieu mauvais des Cathares albigeois ; nouveau trait de lumiĂšre au milieu de ces tĂ©nĂšbres. »

Trait de lumiĂšre, en effet, mais pas dans le sens de la thĂšse de Loiseleur. On conçoit assez que les accusateurs du Temple, en possession des manuels qui avaient servi contre les albigeois, aient attribuĂ© aux chevaliers certaines erreurs albigeoises et aient cherchĂ© Ă  en obtenir l’aveu [De mĂȘme, dans les aveux relatifs aux cĂ©rĂ©monies secrĂštes, on voit intervenir un chat noir, brun ou blanc, qui est empruntĂ© aux histoires courantes de sorcellerie (par ex. Finke, t. Il, p. 350)].

Il fallait bien suggĂ©rer aux chevaliers des rĂ©ponses, puisqu’on les faisait parler, de grĂ© ou de force, de choses inexistantes. Ceux qui osaient dire, malgrĂ© les termes prĂ©cis de l’acte d’accusation, qu’ils ne savaient rien de l’idole, risquaient d’ĂȘtre traitĂ©s sans mĂ©nagements : tĂ©moin ce GĂ©rard de Pasage, du diocĂšse de Metz, qui, pour avoir fait une pareille rĂ©ponse, fut cruellement torturĂ© sur l’ordre du bailli de MĂącon, par la suspension de poids Ă  ses testicules [Michelet, ProcĂšs, I. p. 218 ; Finke, p. 159 : Respondit… quod propter dictos articulos quia non confitebatur eos coram baylico regio Matiscouensi, fuit quaestionatus ponderibus apensis in genitalibus suis et in aliis membris quasi isque as exanimacionem].

L’historien danois MĂŒnter a autrefois Ă©mis l’hypothĂšse que les prĂ©tendues tĂȘtes adorĂ©es par les Templiers Ă©taient de simples chefs reliquaires, comme on en trouve encore dans beaucoup de musĂ©es et de trĂ©sors d’églises. À l’appui de cette opinion, on allĂ©gua qu’une perquisition, faite au Temple de Paris en 1310, fit dĂ©couvrir, en effet, une tĂȘte en mĂ©tal contenant des reliques, qui fut prĂ©sentĂ©e Ă  la commission pontificale. Cette tĂȘte portait le numĂ©ro LVIII en chiffres romains ; on a supposĂ© qu’il y en avait, par suite, beaucoup d’autres, que les Templiers eurent le temps de mettre Ă  l’abri [Loiseleur, La Doctrine secrĂšte des Templiers, op. cit., p. 102].

À quoi l’on peut objecter – et l’objection paraĂźt sans rĂ©plique – que si la fameuse tĂȘte des Templiers avait Ă©tĂ© un chef reliquaire, il eĂ»t Ă©tĂ© trop facile aux accusĂ©s de le dĂ©clarer sans ambages et de faire tomber ainsi l’accusation d’idolĂątrie. Or, Ă  une seule exception prĂšs, aucun des tĂ©moins interrogĂ©s n’a dit que la tĂȘte fĂ»t un reliquaire ; ils ont dit des choses extravagantes, parce qu’ils ne savaient pas sur quoi on les interrogeait et qu’ils devaient bien, sous peine d’ĂȘtre torturĂ©s, inventer ou rĂ©pĂ©ter quelque chose.

L’idĂ©e que les Templiers avaient une idole devait se prĂ©senter naturellement Ă  leurs ennemis. Du fait mĂȘme qu’on les soupçonnait vĂ©hĂ©mentement d’hĂ©rĂ©sie, ils devaient ĂȘtre idolĂątres ; on sait que le mot idolĂątre figura sur l’écriteau de Jeanne d’Arc, bien qu’on ne l’ait jamais accusĂ©e ouvertement d’offrir un culte Ă  une image. Cette idole des Templiers idolĂątres devait ĂȘtre un Mahomet ou un Baphomet, puisqu’on voulait que ces soldats du Christ eussent passĂ© au camp ennemi de l’islamisme. Mais pourquoi une tĂȘte ? Pourquoi une tĂȘte douĂ©e de pouvoirs magiques ? On peut, je crois, tenter de rĂ©pondre Ă  ces questions, que Loiseleur, dans sa foi naĂŻve Ă  la vĂ©racitĂ© des aveux, n’avait pas la mĂȘme raison que nous de se poser.

doctrine secrĂšte des templiers - Baphomet, par Nosve (Simon Bossert), 2007.
Baphomet, par Nosve (Simon Bossert), 2007. Visiter sa galerie sur Deviant Art.

II

Rappelons d’abord les termes prĂ©cis d’un article de la premiĂšre enquĂȘte (articulo super quibus inquiretur contra ordinem Templi) :

Que les chevaliers, dans les diverses provinces, avaient des idoles, Ă  savoir des tĂȘtes, dont quelques-unes Ă  trois faces et d’autres Ă  une seule ; d’autres possĂ©daient un crĂąne humain. Ces idoles ou celte idole Ă©taient adorĂ©es… Les chevaliers disaient que cette tĂȘte pouvait les sauver, les rendre riches, qu’elle fait fleurir les arbres, qu’elle fait germer les moissons ; les chevaliers ceignaient ou touchaient avec des cordelettes une certaine tĂȘte de ces idoles et ensuite ils se ceignaient avec celle cordelette, soit au-dessus de la chemise, soit sur la peau.

Michelet, ProcĂšs, t. I. p. 92.

Voici maintenant la dĂ©position faite en prĂ©sence de deux Ă©vĂȘques par le notaire public, apostolica et imperiali auctoritate, Antonio Sicci (Antonius Sycus) de Verceil [Ibid., t. I, p. 645]. Notaire des Templiers en Syrie pendant quarante ans, il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© interrogĂ©, au cours de l’instruction, par les inquisiteurs parisiens.

Au sujet de l’article faisant mention de la tĂȘte, j’ai plusieurs fois entendu raconter ce qui suit dans la ville de Sidon. Un certain noble de cette ville aurait aimĂ© une certaine femme noble d’ArmĂ©nie ; il ne la connut jamais de son vivant, mais, quand elle fut morte, il la viola secrĂštement dans sa tombe, la nuit mĂȘme du jour oĂč elle avait Ă©tĂ© enterrĂ©e.

L’acte accompli, il entendit une voix qui lui disait : « Reviens quand le temps de l’enfantement sera venu, car tu trouveras alors une tĂȘte, fille de tes Ɠuvres. » Le temps accompli, le chevalier susdit (praedictus miles) revint au tombeau et trouva une tĂȘte humaine entre les jambes de la femme ensevelie.

La voix se fit entendre de nouveau et lui dit : « Garde bien cette tĂȘte, parce que tous les biens te viendront d’elle. »

À l’époque oĂč j’ai entendu cela, le prĂ©cepteur de ce lieu (Sidon), Ă©tait frĂšre Mathieu dit le Sarmage, natif de Picardie. Il Ă©tait devenu le frĂšre du Soudan Ă  Babylone qui rĂ©gnait alors, parce que l’un avait bu du sang de l’autre, ce qui faisait qu’on les regardait comme des frĂšres.

Le prĂ©cepteur des chevaliers Ă©tait un certain frĂšre Philippe ; le gonfalonier Ă©tait un maĂźtre des servants qui s’appelait frĂšre Simon Picard.

« Tempore vero quo hoc, erat praeceptor illius loci frater Matheus dictus le Sarmage Picardus (Michelet, ProcĂšs, t. I, p. 645). – Sur les relations cordiales entre ce personnage et les Sarrasins, voir Rey, L’Ordre du Temple en Syrie, p. 8. À cet endroit, Rey Ă©crit Sermage ; mais il Ă©crit Sarmage Ă  la page 26. L’index du tome II de Michelet porte Sauvage (Matheus), avec renvoi Ă  la p. 209 oĂč on lit lo Sauvacge. C’est sans doute le mĂȘme personnage

Avec ce curieux tĂ©moignage, nous sommes en plein folklore : le viol d’une morte aimĂ©e, ou nĂ©crophilie ; la fĂ©conditĂ© de cette monstrueuse union ; la puissance magique de la tĂȘte sĂ©parĂ©e du tronc. Cette dĂ©position Ă©mut vivement les inquisiteurs ; ils la firent Ă©crire par Antonio lui-mĂȘme et interrogĂšrent ensuite Ă  ce sujet plusieurs des tĂ©moins qui avaient rĂ©sidĂ© en Syrie.

L’un deux, frĂšre Jean Senandi, un servant, dit avoir vĂ©cu cinq ans Ă  Sidon ; il n’avait rien appris au sujet de la tĂȘte, mais il savait que la ville de Sidon avait Ă©tĂ© achetĂ©e par les Templiers et que Julien, un des seigneurs de cette ville, Ă©tait entrĂ© dans l’ordre [Sur Julien ou Julian, seigneur de Sagette, mort en 1275, voir Clermont-Ganneau, Recueil d’archĂ©ologie orientale, t. IV, p. 5 et suiv. « Julien, seigneur de Sagette, ne pouvant plus dĂ©fendre sa seigneurie contre les entreprises des musulmans, la cĂ©da aux Templiers moyennant finances en 1260 » (p. 7)].

Plus tard, ayant apostasiĂ©, il tomba dans la misĂšre ; Senandi avait entendu dire, mais ne se souvenait pas par qui, qu’un des ancĂȘtres de Julien avait aimĂ© une fille de ce pays et avait cohabitĂ© avec elle aprĂšs qu’elle fut morte.

Un tĂ©moignage beaucoup plus complet et plus fantastique que celui de Sicci lui-mĂȘme fut apportĂ© aux inquisiteurs par Hugues de Faure, chevalier, rĂ©conciliĂ© par l’évĂȘque de Limoges [Michelet, ProcĂšs, t. II, p. 225].

Il dĂ©clara qu’aprĂšs la chute d’Acre il se trouvait Ă  Chypre ; lĂ  il entendit conter par un chevalier, bailli de la ville de Limassol, qu’un noble avait aimĂ© une jeune fille de MaraclĂ©e en Tripoli. Ne Pouvant la possĂ©der vivante, il la fit exhumer aprĂšs sa mort, eut commerce avec elle et lui coupa ensuite la tĂȘte. Une voix l’avertit de conserver avec soin cette tĂȘte, qui avait le pouvoir d’anĂ©antir et de dissiper tout ce qu’elle regardait. Il la couvrit et la dĂ©posa dans un coffret. Peu aprĂšs, en lutte avec les Grecs qui rĂ©sidaient Ă  Chypre et dans les lieux voisins, il se servit de cette tĂȘte contre les villes et les camps des Grecs ; il lui suffisait de la montrer pour anĂ©antir ses ennemis. Un jour qu’il naviguait vers Constantinople, avec le projet de dĂ©truire cette ville, sa vieille nourrice vola la clef du coffret pour voir ce qu’il contenait et en retira la tĂȘte : aussitĂŽt une tempĂȘte terrible Ă©clata et le navire fut submergĂ© ; seuls quelques matelots purent se sauver et raconter ce qui s’était passĂ©. Depuis cet Ă©vĂ©nement, disait-on, il n’y avait plus de poissons dans cette partie de la mer. Mais Hugues de Faure n’avait pas entendu dire que cette tĂȘte eĂ»t appartenu ensuite aux Templiers et ne connaissait pas celle au sujet de laquelle maĂźtre Antoine de Verceil avait dĂ©posĂ©. Enfin, suivant un autre tĂ©moin, une tĂȘte mystĂ©rieuse paraissait parfois dans le tourbillon voisin de Satalia et alors tous les navires qui voguaient dans ces parages couraient les plus grands pĂ©rils.

Michelet, ProcĂšs, t. II, p. 238

L’histoire d’Hugues de Faure offre plusieurs Ă©lĂ©ments nouveaux. La tĂȘte n’est pas le produit d’un viol, mais c’est la tĂȘte mĂȘme de la morte sĂ©parĂ©e du tronc ; cette version est sans doute plus authentique que l’autre, car l’efficacitĂ© magique des tĂȘtes coupĂ©es est un trait fort connu dans le folklore [Voir Longperier, ƒuvres, t. II, p. 311, et surtout le grand mĂ©moire de Pinza, La Conservazione delle teste uname (analysĂ© par moi dans la Revue critique, 1898, II, p. 121)].

En second lieu, la tĂȘte n’est pas un talisman qui assure, d’une maniĂšre mal dĂ©finie, la fortune de son possesseur, mais une arme qui le rend invincible, qui lu permet d’anĂ©antir ses ennemis.

Enfin, l’histoire de la vieille nourrice, qu’un sentiment de curiositĂ© pousse Ă  violer le secret du coffret, est un des motifs les plus frĂ©quents des contes populaires ; la mention du coffret, oĂč la tĂȘte est soigneusement enfermĂ©e, peut ĂȘtre Ă  l’origine de la croyance obstinĂ©e qui attribuait aux Templiers des coffrets oĂč ils dissimulaient avec soin leurs talismans.

III

Ni Antonio Sicci ni Hugues de Faure, dĂ©posant en 1310, n’ont rien inventĂ©. Ils n’ont pas cherchĂ© non plus Ă  noircir les Templiers ; aucun d’eux n’a dit qu’un chevalier du Temple fĂ»t en possession de la tĂȘte magique. Ils se sont simplement faits l’écho d’une lĂ©gende plus ancienne qui paraĂźt vers 1190 dans Gautier Map, vers 1201 dans Roger de Hoveden, vers 1210 dans Gervais de Tilbury. Il suffit de rapporter la premiĂšre en date de ces versions, celle de Map, dans son livre si curieux De nugis curialium, Ă©crit Ă  la cour d’Angleterre entre 1182 et 1190. Notons que Map parle des Hospitaliers et des Templiers et qu’il raconte l’origine de ces ordres, en dĂ©plorant leur corruption croissante [Gautier Map, De nugis curialium, Édition Th. Wright, I, 18, p. 29]. Ce n’est pas Ă  dire que son texte ait influĂ© sur les tĂ©moignages citĂ©s plus haut : bien au contraire, cela est inadmissible mais son rĂ©cit est le prototype de ceux qui furent recueillis par les inquisiteurs et soumis, comme des documents sĂ©rieux, aux PĂšres du concile de Vienne en 1311.

Au temps de Gerbert, dit Map, il y avait Ă  Constantinople un jeune cordonnier trĂšs habile et trĂšs expĂ©ditif. Il lui suffisait de voir un pied nu, bien conforme ou difforme, pour trouver aussitĂŽt la chaussure qui lui convenait. Il n’excellait pas moins dans les jeux et les exercices physiques. Un jour, une belle jeune fille, entourĂ©e d’une nombreuse escorte, vint Ă  sa fenĂȘtre et lui montra son pied nu, dĂ©sirant ĂȘtre chaussĂ©e par lui. Le cordonnier devint amoureux Ă  la folie de sa cliente. DĂ©sespĂ©rant de se faire agrĂ©er d’elle, il quitta son mĂ©tier, vendit son patrimoine et se fit soldat, rĂȘvant d’acquĂ©rir une illustration qui fit de lui l’égal des nobles et lui donnĂąt quelque chance d’ĂȘtre accueilli. BientĂŽt, la fortune aidant, il s’éleva Ă  une haute distinction. Alors il demanda la jeune fille Ă  son pĂšre mais sa requĂȘte fut repoussĂ©e. Fou de colĂšre, il se joignit Ă  une bande de pirates et se fit redouter sur terre et sur mer. Tout Ă  coup il apprit que la jeune fille Ă©tait morte ; il court assister Ă  ses funĂ©railles, note le lieu de sa sĂ©pulture et, la nuit venue, ouvre le tombeau. On devine le reste. Son crime accompli, il entend une voix qui l’avertit de revenir au moment oĂč la morte aurait enfantĂ©. Il obĂ©it Ă  cet avis et, le temps rĂ©volu, retira de la tombe une tĂȘte humaine, avec dĂ©fense de la faire voir Ă  d’autres qu’à des ennemis. Il la dĂ©posa dans un coffret clos avec grand soin, puis se mit Ă  courir la terre ferme ; muni de ce masque de Gorgone (Gorgoneum ostentum), il pĂ©trifiait ceux qui l’approchaient comme avec la tĂȘte de MĂ©duse. Tous s’inclinaient devant lui, tous le reconnaissaient pour maĂźtre… À la mort de l’empereur de Constantinople, sa fille lui est offerte ; il l’accepte et lui apprend son terrible secret. Elle ouvre le coffret et, au rĂ©veil de son mari, lui montre le masque. Puis elle ordonne qu’on jette la tĂȘte de MĂ©duse (Medusaeum prodigium) et le corps du pirate dans la mer des Grecs. Les envoyĂ©s de la princesse exĂ©cutĂšrent ces ordres ; mais aussitĂŽt la mer se souleva avec fureur, comme si elle voulait vomir ce monstre, et il se forma en ce lieu un tourbillon, pareil Ă  celui de Charybde prĂšs de Messine, qui engloutit tout ce qui l’approche. Comme la jeune fille s’appelait Satalia, le tourbillon, Ă©vitĂ© de tous les navigateurs, s’appelle le gouffre de Satalia.

Sous cette forme, la lĂ©gende est tout Ă  fait transparente, Map lui-mĂȘme parle de la Gorgone et de MĂ©duse ; c’est une survivance, dans le folklore de la MĂ©diterranĂ©e orientale, du mythe de PersĂ©e. Suivant Gervais de Tilbury, c’est PersĂ©e lui-mĂȘme qui a jetĂ© Ă  la mer la tĂȘte de la Gorgone ; celle-ci, dit-il, Ă©tait une belle courtisane qui paralysait les Ăąmes des hommes. Mais les « indigĂšnes », ajoute-t-il, racontent une autre histoire. « Un chevalier aima une reine, mais ne put la possĂ©der ; quand elle fut morte, il la viola dans son sĂ©pulcre et il en rĂ©sulta cette tĂȘte monstrueuse. Au moment du crime, le chevalier entendit une voix dans les airs : “Ce que cette femme enfantera dĂ©truira et consumera toutes choses par son aspect.” Neuf mois aprĂšs, il ouvrit le tombeau et y trouva la tĂȘte ; il eut grand soin de ne pas la regarder ; mais lorsqu’il la faisait voir Ă  des ennemis, il les dĂ©truisait aussitĂŽt avec leurs villes. Un jour, naviguant sur mer, il s’endormit dans le sein de sa maĂźtresse ; celle-ci vola la clef du coffret qui contenait la tĂȘte et l’ouvrit ; mais, dĂšs qu’elle la regarda, elle mourut. Le chevalier, Ă  son rĂ©veil, vit sa maĂźtresse morte et, dans sa douleur, leva les yeux ; ses regards rencontrĂšrent la tĂȘte merveilleuse et il pĂ©rit avec son navire. On raconte que tous les sept ans la tĂȘte remonte sur l’eau, la face tournĂ©e vers le ciel, et qu’il en rĂ©sulte des dangers pour les navigateurs. »

Dans le rĂ©cit de Roger de Hoveden (mort en 1201), la vierge violĂ©e par le chevalier s’appelle Yse ; elle a donnĂ© son nom Ă  un groupe d’üles que Philippe-Auguste traversa lorsqu’il revint de Saint-Jean d’Acre en France [Liebrecht, Gervasius Tilbur, p. 93]. Les autres variantes ne mĂ©ritent pas d’ĂȘtre relevĂ©es.

IV

Ainsi, plus de cent ans avant le procĂšs des Templiers, nous trouvons en Orient, sur la cĂŽte syrienne, une lĂ©gende dĂ©rivĂ©e de celle de PersĂ©e et de MĂ©duse, mais oĂč PersĂ©e est devenu un chevalier, miles. Alors que PersĂ©e dĂ©capite la Gorgone endormie, le chevalier dĂ©capite une morte ou retire de sa tombe une tĂȘte magique, fruit d’un viol perpĂ©trĂ© dans le tombeau mĂȘme. Le chevalier cache avec soin cette tĂȘte redoutable ; il la tient enfermĂ©e dans un coffret. Le mystĂšre qui enveloppe ce talisman et le coffret oĂč on le transporte sont des traits qui se retrouvent dans les dispositions que l’enquĂȘte a recueillies.

Dans un pays oĂč le Templier Ă©tait le chevalier par excellence, il n’est pas Ă©tonnant que l’on ait racontĂ© d’un ou plusieurs Templiers la lĂ©gende du hĂ©ros grec devenu un chevalier de leur temps. Une fois cette histoire d’une tĂȘte magique mise en circulation, on imagina naturellement qu’elle servait Ă  la fois de talisman et d’idole ; comme personne ne l’avait vue, on en fit les descriptions les plus diffĂ©rentes ; mais il est Ă  remarquer que l’acte d’accusation parle d’une tĂȘte sculptĂ©e ou d’un crĂąne humain, par une Ă©vidente allusion Ă  quelque commĂ©rage fondĂ© sur la lĂ©gende syrienne de la tĂȘte coupĂ©e.

Au dĂ©but du Philopatris, qui date, comme je l’ai prouvĂ© [Cultes, t. I, p. 383-394], de la fin du Xe siĂšcle, un des interlocuteurs vient Ă  parler de la Gorgone. Critias affirme qu’elle Ă©tait vierge et que la puissance de sa tĂȘte coupĂ©e s’explique ainsi.

« Quoi, rĂ©pond TriĂ©phon, en coupant la tĂȘte Ă  unie vierge, on se procure un Ă©pouvantail ? Moi qui sais qu’on a coupĂ© dix mille vierges par morceaux “dans l’üle aux bords fameux qu’on appelle la CrĂȘte”, si j’avais su cela, mon bon Critias, que de Gorgones je t’aurais rapportĂ©es de CrĂšte ! J’aurais fait de toi un gĂ©nĂ©ral invincible ; les poĂštes et les rhĂ©teurs m’auraient mis au-dessus de PersĂ©e, parce que j’aurais trouvĂ© un bien plus grand nombre de Gorgones. »

Il me semble que ce passage peut contenir une allusion non seulement à la tradition antique, mais à la forme moderne que l’informateur de Gautier Map en a recueillie.

Les survivances de la lĂ©gende de PersĂ©e ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es en grand dĂ©tail par M. Sydney Hartland. Le voyageur anglais Bent les a encore rencontrĂ©es, vers 1880, dans l’üle de SĂ©riphos, un des centres du culte de PersĂ©e dans l’AntiquitĂ©. Les paysans, dĂ©couvrant des monnaies de l’üle Ă  l’effigie de la tĂȘte de la Gorgone, racontaient qu’elles avaient Ă©tĂ© frappĂ©es par la premiĂšre reine du pays, qui rĂ©sidait dans un chĂąteau fort, perchĂ© sur un roc au-dessus du port de Livadhi [Bent, dans Hartland, The legend of Perseus, t. I, p. 4].

L’épisode de PersĂ©e et d’AndromĂ©de Ă©tait localisĂ© par les Anciens dans les environs de JoppĂ© (Jaffa), oĂč l’on montrait le rocher auquel avait Ă©tĂ© enchaĂźnĂ©e la belle princesse ; non loin de lĂ  Ă©tait un Ă©tang aux eaux rouges, ou PersĂ©e, disait-on, avait lavĂ© la tĂȘte du monstre [Cf. Frazer, Pausanias, t. III. p. 454.].

Aujourd’hui encore, les ciceroni de Jaffa connaissent l’endroit ou fut dĂ©livrĂ©e AndromĂšde. Il n’est donc pas surprenant qu’un autre Ă©pisode mĂ©morable de la lĂ©gende de PersĂ©e se soit transmis, avec une vitalitĂ© particuliĂšre, dans les mĂȘmes lieux. Avant de devenir un chevalier, PersĂ©e y fut reprĂ©sentĂ© comme un magicien : c’est en cette qualitĂ© qu’il paraĂźt dans la chronique de Jean Malala [Malalas, Ă©d. Dindirf, p. 41], Ă©crite au VIIe siĂšcle, oĂč les rĂ©cits de la mythologie classique, traditions populaires fixĂ©es par la littĂ©rature, tendent Ă  se rĂ©soudre de nouveau en traditions populaires, colorĂ©es par les superstitions du temps.

Un curieux monument, conservĂ© Ă  Saint-PĂ©tersbourg, nous montre d’ailleurs que PersĂ©e jouait un rĂŽle dans la mĂ©decine magique de basse Ă©poque. Le hĂ©ros est reprĂ©sentĂ©, sur un sardonyx, tenant en mains la tĂȘte de MĂ©duse et la harpe ; au revers on lit : Fuis, podagre, PersĂ©e te poursuit [Kuhnert, ap. Roscher, Lexikon, P, p. 2027]. PersĂ©e tient ici la place qu’on assigne, sur d’autres monuments analogues, au roi Salomon ou Ă  l’archange Michel.

Ces observations-lĂ  ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© faites ; ce qui est nouveau, je crois, dans mon petit travail est le lien Ă©tabli entre les traditions syriennes relatives Ă  PersĂ©e, transformĂ© de hĂ©ros en magicien et en chevalier, et les histoires extravagantes qu’enregistrĂšrent les inquisiteurs du XIVe siĂšcle, chargĂ©s d’enquĂ©rir sur une tĂȘte ou un crĂąne magique dont on peut affirmer, malgrĂ© tant de tĂ©moignages, qu’ils n’ont jamais existĂ©.

V

Pour me rĂ©sumer, au risque de me rĂ©pĂ©ter, voici comment je conçois le dĂ©veloppement de la lĂ©gende qui, originaire des temps hĂ©roĂŻques de la GrĂšce, laquelle n’y crut jamais, finit par faire des dupes au concile de Vienne :

  1. Des gens venus d’Orient parlent d’un ou plusieurs chevaliers lesquels, en possession d’une tĂȘte magique, qu’ils cachent avec soin, acquiĂšrent richesse et puissance ;
  2. On soupçonne que cette tĂȘte magique appartient aux Templiers ;
  3. Comme le bruit court que les Templiers sont secrĂštement convertis Ă  l’islamisme, on soupçonne que cette tĂȘte n’est pas seulement un talisman, mais une idole qu’on rĂ©vĂšle aux initiĂ©s et qu’ils adorent ;
  4. Comme le symbole que les Templiers sont censĂ©s rejeter et mĂȘme souiller est le crucifix, le Christ, on qualifie du nom de Mahomet le symbole qu’ils prĂ©fĂšrent et opposent Ă  celui-lĂ , sans songer que les musulmans eux-mĂȘmes n’avaient pas d’images ;
  5. Par analogie avec ce qu’on croit savoir des hĂ©rĂ©tiques du midi de la France, les albigeois, on attribue aux Templiers la croyance que leur « dieu » fait fleurir les arbres, etc., et l’on estime qu’ils consacrent leurs cordelettes au contact de leur idole ou de leurs idoles.

Pourquoi l’acte d’accusation, confirmĂ© par de nombreux tĂ©moignages, attribue-t-il plusieurs tĂȘtes Ă  une ou plusieurs des idoles ? Petit-ĂȘtre faudrait-il reconnaĂźtre lĂ  aussi l’influence lointaine de certains monuments antiques polycĂ©phales, sculptures ou intailles, qui sont bien connus des archĂ©ologues ; mais c’est lĂ  une question accessoire que je prĂ©fĂšre laisser en suspens.

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La tĂȘte magique des Templiers, Salomon Reinach.

Revue de l’histoire des religions, 1911, p.25-29.

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